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« RUE PHILIDOR » (article paru dans « L’ami du 20ème » de novembre 2018)

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   Commençant au 36 rue des Maraîchers, et s’achevant au 17 passage de Lagny, qui lui est perpendiculaire, la voie donne sur la Petite-Ceinture, située en hauteur, juste en face des toutes nouvelles résidences Philidor.

Trois appellations successives
Petit chemin rural, la rue Philidor fait d’abord partie de l’ancienne commune de Charonne, comme l’indique un plan cadastral de 1812. Situé au milieu des cultures, dans le quartier des maraîchers, le sentier traverse probablement les vignes. Aussi reçoit-il la dénomination de « ruelle des Gouttes-d’Or », qui renvoie effectivement au vin blanc, le même qui était alors produit vers la future rue de la Goutte d’Or (aujourd’hui dans le 18ème arrondissement).
Rattachée à Paris en vertu du décret du 23 mai 1863, le passage change de nom. Il devient le «sentier de la Plaine» avant de prendre sa dénomination actuelle le 10 février 1873. C’est dire que cette voie connaît trois appellations différentes : l’une sous le premier Empire, la deuxième sous le Second, et la dernière sous la IIIème République.

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Musicien et compositeur dès l’âge de 14 ans
Issu d’une famille de musiciens, André Danican Philidor (1726-1795), qui a donné son nom à la rue, commence à composer et à enseigner son art dès l’âge de quatorze ans. Proche de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), de Denis Diderot (1713-1784) et de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) qui le critique, le créateur connaît quelques démêlés avec la justice pour avoir tenu des propos audacieux sur le manque de liberté d’expression. Il part ainsi en Hollande, puis en Angleterre, où il rencontre Haendel, et devient franc-maçon. Revenu en France en 1754, il se marie avec une musicienne. Il trouve alors sa voie dans l’opéra-comique, car ses œuvres sacrées sont mal accueillies.

   Bénéficiant des largesses royales, partisan d’une monarchie constitutionnelle et donc suspect aux yeux des révolutionnaires, Philidor s’exile à Londres en 1792, et ne peut revenir à Paris malgré les demandes répétées de sa femme et de son fils aîné restés sur place. Mort dans la capitale britannique trois ans plus tard, il est inhumé au St. James de Picadilly.

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…Et grand joueur d’échecs
Son buste orne désormais la façade du Palais Garnier, et pourtant l’homme demeure surtout connu pour sa carrière aux échecs. Brillant joueur, Philidor a en effet disputé de nombreuses parties prestigieuses et nous a laissé une célèbre Analyse des échecs (1749), traité dans lequel il expose ce qui deviendra la « défense Philidor ». Plus récemment, on retrouve Philidor sous les traits d’un compositeur et d’un champion d’échecs dans Le Huit, thriller de Katherine Neuville traduit de l’anglais et publié au Cherche-Midi en 2002.
Une bien belle référence, donc, pour cette toute petite rue, longue de 95 mètres, large de douze, et qui ne comprend ni monuments historiques, ni commerces.

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Au numéro 9 de la rue, le centre socio-culturel de la RATP
Mais au 9 se dresse le centre socio-culturel de la RATP, bâtiment tout en verre construit par Patrick Berger, architecte, notamment, de la Canopée des Halles. Comprenant notamment une salle d’exposition, un conservatoire de musique et une école d’arts plastiques, le bâtiment vitré, sobre, s’arrête à la hauteur des voies ferrées.
Suite à une extension de l’ancienne gare aux marchandises de Charonne, la rue, initialement plus longue, a été amputée du tronçon la reliant au boulevard Soult en 1905, et donc raccourcie.
                                                                                                                                      

Etienne Ruhaud

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« CE LIEU SERA NOTRE FEU », PASCAL MORA, éditions Unicité, Saint-Chéron, 2018 (article paru dans « Diérèse » 74, automne-hiver 2018).

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   Nombre de recueils actuels semblent marqués par un certain désenchantement, comme si l’époque et son climat infusaient sur la production littéraire. Publié chez Unicité, ce troisième livre de Pascal Mora semble au contraire porté par l’énergie, l’enthousiasme propre aux aèdes antiques. Dédié à l’univers urbain, ce nouveau petit livre semble bien différent du précédent opus, consacré aux forêts, à la Nature, et chroniqué dans le numéro 66 (hiver 2015). Ayant fait le pari de la ville, en quelque sorte, Pascal Mora s’attache à dépeindre les cités qu’il a traversées, qu’il s’agisse de Paris, Mexico, Naples, Lisbonne ou New York : Les multiples mégalopoles littorales/Forment la mosaïque des peuples/Au bord des abysses salines. Loin des villes tentaculaires et quelque peu angoissantes d’Émile Verhaeren, les villes de P. Mora sont d’abord des lieux de rencontre, et donc de joie, de renouveau. L’auteur, qui y voit plusieurs similarités, qui tente de définir une sorte de commune structure (entre telle ou telle rue, telle ou telle place), célèbre parallèlement la diversité : qu’il s’agisse de la variété des architectures, des maisons, des styles, ou de la diversité des peuples. Dès lors le titre prend sens : Ce lieu sera notre feu. La ville devient zone de contact, d’incandescence, même si jamais Pascal Mora ne semble céder à une vision idyllique, quelque peu mièvre, du béton : Bâtiments au modèle des années 50/Les architectes ont divagué/Dans la laideur massive./Banlieue d’épreuve ou d’abandon/Distord corps et esprit.

   Ayant résolu de chanter les mégapoles, Pascal Mora n’oublie pas non plus en quoi l’espace peut être oppressant, laid, déshumanisé et déshumanisant. Une forme d’angoisse, légère mais précise, apparaît ainsi parfois au détour d’une phrase. Ce bonheur (nuancé) d’être au monde, au sein d’une cité heureuse, prend forme à travers un vers libre à la fois tonique et plein, mêlant images, bruits et odeurs, avec force métaphores. Également photographe, Pascal Mora a créé le concept de poésimages sur son blog, en mêlant textes et clichés. De fait, le verbe est ici caractérisé par une sorte de surabondance plastique. La nuit urbaine murmure son velours bleu./ Ailées comme des sphères,/Les millions d’âmes nous constellent/D’un pluriel de paroles. Loin des plaquettes souvent abstraites, pour ne pas dire sèches, loin du haïku par définition elliptique, P. Mora nous offre le bonheur d’un style incarné, généreux. Orné des œuvres de l’Allemand Thomas Hendrich, préfacé par la femme de Lettres franco-équatorienne Rocio Duran-Barba, ce quatrième volume semble écrit pour nous réconcilier avec le monde, avec les trottoirs et les boulevards de nos cités

SURRÉALISTES 29: « MÉLANCOLIE HERMÉTIQUE » DE GIORGIO DE CHIRICO (1888-1978)

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« L’ANNEAU DE CHILLIDA », MARILYNE BERTONCINI (éditions du Grand Tétras, 2018)

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Aube de frissons grisLes  magnolias alignent des perles de corail

Au fond de quelle nuit brûlent leurs fruits à feu?

Le matin s'avance masqué dans l'ombre des nuages

Lente l'aube s'étire dans les ramures grises

Le palmier cache un rire de geisha
derrière la palme d'une main

Une pie qui jacasse au-dessus du balcon
secoue son grelot de bois sec

Le vol lourd des choucas halète sur le platane
gravière crissant d'oiseaux sur la place
déserte

ALCHIMIE SÉQUANO-DIONYSIENNE (création personnelle)

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   « J’ai seul la clé de cette parade sauvage » (A. Rimbaud). La formule alchimique parfaite en Seine-Saint-Denis? Le secret de la vie éternelle? Giorgios D. Zioutos, intellectuel communiste grec inhumé au cimetière de Pantin, le plus grand de France (deux fois le Père-Lachaise), dans une banlieue sinistre où vécut pourtant J. Higelin. Et cette étrange énigme découverte sur sa tombe, tandis que je cherchais Jean Schuster et André Hardellet pour les besoins d’un essai que personne, ou si peu, ne liront, au milieu de nulle part. Intrigué par la formule, je retrouve la fille de l’homme, elle-même auteure, réalisatrice, engagée pour le KKE (parti communiste grec). Son nom signifie « Tête noire » (Mavrokefalidou), et elle ne connaît pas l’origine du rébus borgésien. A force d’enquête, je remonte jusqu’à une maîtresse française, aujourd’hui très âgée, vivant près des Grands-Boulevards, et répondant à mes questions d’une voix polie, légèrement chevrotante, évoquant un écrivain en exil qu’elle a passionnément aimé. Un jour je reçois un pli, composé dans une belle écriture manuscrite, scolaire, quasi calligraphiée.. La dame m’informe que l’équation ne saurait être résolue, car elle renvoie à des détails trop intimes, « entre lui et moi, vous comprenez, Etienne ». Je lui propose de prendre un verre, quelque part à Paris, puis de nous promener dans un parc, certain de résoudre la question. Allusions érotiques contenues dans ces quelques lettres? Le mystère demeure entier.

ÉVÉNEMENTIEL DE DÉCEMBRE 2018

Chers lecteurs,

21/06/1991. STUDIO: CLAUDE COURTOT, ECRIVAIN

   Le jeudi 13 décembre, un hommage sera rendu au surréaliste Claude Courtot à la librairie « Les éditeurs associés », dans le VIème arrondissement de Paris (11 rue Médicis). Tout est indiqué ci-dessous. Retrouvez également ma biographie de l’écrivain. Membre de l’association des amis de Benjamin Peret, je serai naturellement présent (pour me contacter er10@tutanota.com)

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Le samedi 15 décembre, je serai à Meaux, en compagnie de mes amis Pascal Mora et Claudine Sigler, afin de lire des textes.

RUE DU VOLGA (article paru dans « L’ami du 20ème » en septembre 2018)

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   Plus long fleuve d’Europe, la Volga devient le Volga sous la plume de Jules Verne, dans Michel Strogoff, roman des steppes sibériennes publié en 1876. La forme masculine semble donc pratiquée au XIXème siècle, ce qui explique probablement que la « Vieille Rue », ou « Ancien chemin de Montreuil », soit devenue rue du Volga et non rue de la Volga en 1877. Avec ses 3690 kilomètres, le cours d’eau russe traverse huit grandes villes, parmi lesquelles Nijni-Novgorod, Kazan, avant de se jeter dans la Caspienne, en formant le détroit d’Astrakhan. Des peuples fort divers, parmi lesquels les Tatars musulmans, les Kalmouks bouddhistes ou encore des Allemands, vivent dans son bassin. Longue de 485 mètres, la rue du Volga débute elle au 70 rue d’Avron, et s’achève au 65 boulevard Davout, exactement en face de la station de tramway « Porte de Montreuil », après le restaurant situé à l’angle.

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   Plutôt calme et résidentielle, sans commerces bruyants, la voie forme un saisissant contraste avec la rue d’Avron parallèle. Pas de monuments marquants, mais une belle petite place ombragée, à l’extrémité Ouest, avec une fontaine à caryatides de la Mairie de Paris, plantée sur un dallage qui évoque une portée musicale garnie de notes et d’une clé de sol, formée par des pavés. Évoquons également le romantique pont en meulière qui enjambe la rue, décor occasionnel pour les photographes de mode, juste avant un parc, ainsi que la minuscule section piétonnière séparant la rue des Pyrénées et la rue des Maraîchers. Outre le salon oriental El Warda ou l’Entrepôt 49, ainsi que la bar du Manoir, la rue du Volga héberge le collège de Pataphysique, installé dans un atelier, au numéro 51 A. Fondé en 1948 en mémoire d’Alfred Jarry (1873-1907), écrivain fantaisiste et auteur du célèbre Ubu-roi, régie selon des termes bien précis, l’organisation promeut des sciences inexistantes, dans un esprit absurde, humoristique, et publie la revue Viridis candela (« la chandelle verte » en latin).

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