PAGE PAYSAGE

Accueil » Articles publiés par ETIENNE RUHAUD

Archives d’Auteur: ETIENNE RUHAUD

« LE CANON SANDA » SUR BABÉLIO!

Le Bordelais Olivier Massé, dont nous avons déjà parlé sur ce blog (en chroniquant notamment Poèmes préhistoriques, cf. ci-dessous), a introduit Le Canon Sanda sur Babélio, soit dans la principal site de partage littéraire francophone. L’éléphant blanc fait donc une entrée triomphale sur le portail. Le début d’une longue série… Pour retrouver la critique d’Olivier Massé, ainsi que celle de Christophe Dauphin (copiée/collée par mes soins), suivre le lien suivant.

Le canon Sanda – Odile Cohen-Abbas – Babelio

https://pagepaysage.wordpress.com/2018/10/13/poemes-prehistoriques-olivier-masse-lharmattan-2013-article-paru-dans-dierese-73-ete-2018/

FRANÇOIS BON PARLE D’ÉLÉPHANT BLANC!

Il y a déjà quelques semaines, le bourreau de travail François Bon, vlogueur quotidien, évoquait notre collection « éléphant blanc » des éditions Unicité, et plus particulièrement Canon de Sanda, au cours d’une vidéo consacrée aux services de presse (à partir de la 24ème minute). Nous l’en remercions donc chaleureusement, d’autant que nous estimons son écriture et son style, son énergie.

LITTÉRATURE ET SURRÉALISME À AIX-EN-PROVENCE (JUSQU’AU 3 OCTOBRE 2021)

… Christian Arthaud m’annonce la tenue d’une exposition consacrée au surréalisme, très prochainement à Aix-en-Provence. Le vernissage sera donc organisé vendredi 30 juillet à 18h, au 21 bis cours Mirabeau. On retrouvera les informations complètes en cliquant sur le lien ci-dessous.

L’expo de l’été à ne pas rater : « Surréalisme & littérature » – Les actus – Site du Département des Bouches-du-Rhône (departement13.fr)

SELF-PORTRAIT, RITA KERNN-LARSEN, 1937, DANEMARK (série surréaliste).

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Rita Kernn-Larsen, Self-Portrait (Know Thyself), 1937, huile sur toile, 40 x 45 cm, © Adagp, Paris

FRÉQUENTATION

« Flag », Jasper Johns, USA, 1955.

La fréquentation du blog est en chute libre depuis janvier 2020. Une part des visiteurs venait des Etats-Unis, ce que je ne me suis jamais expliqué, dans la mesure où tous les articles sont en français (peut-être des francophones, ou des Cajuns). Je pense surtout que cela demeure lié au fait que j’en sois resté à la version gratuite, non par économie mais parce que la technique m’agace vite, et que j’en demeure à une forme de minimalisme.

Bizarrement, et je le dis sans affectation, peu me chaut. On pourra toujours objecter que je n’en parlerais pas si je m’en moquais réellement. Disons simplement que le blog est peut-être d’abord un moteur, plus qu’une fin en soi ou une façon de capter l’attention. Evidemment, on aime être lu. Evidemment, il y a là une satisfaction narcissique évidente, sans quoi on ne chercherait pas un éditeur, et on ne partagerait aucun texte (ce pourquoi d’ailleurs l’attitude de certains auteurs qui feignent le détachement est si vaine et si agaçante). Toutefois, je réalise que le simple fait de poursuivre un projet sur des mois, des années, suffit à sa peine. Et que la finalité réelle demeure le livre. Donc, si on en produit pas de livres, et qu’on en reste à l’idée de récolter un maximum de likes et de smileys (souvent de pure complaisance), cela ne fait aucun sens. Le blog permet certes de partager des choses, mais il m’apparaît surtout comme un brouillon vers la finalité supérieure du volume, de l’imprimé, qu’il soit physique ou électronique, sous forme de PDF, d’ebook. C’est très personnel. Je ne crois pas à la survivance des blogs après la disparition de l’auteur. Les livres, eux, même ignorés, resteront à la Bibliothèque Nationale. Il m’est ainsi arrivé d’ouvrir un livre de Théodore Koenig, précédemment évoqué, qui n’avait pas été coupé, et donc jamais lu depuis son arrivée dans les magasins de l’établissement, soixante ans plus tôt. J’ai donc demandé à un agent de couper les pages en question, et le livre a existé, sous mes yeux, mon regard. Comme s’il m’attendait, ou comme s’il attendait n’importe quel lecteur. Tandis que les lignes que vous lisez ici, si elles ne sont imprimées, un jour, disparaîtront à jamais (enfin, tout disparaîtra à jamais. C’est un autre débat. A voir, d’ailleurs. On attend qu’Elon Musk sauve l’Humanité, à défaut de sauver la prose de quelque surréaliste wallon).

Le blog m’aide à maintenir une forme de discipline d’écriture, puisque je me fixe de fournir tant de billets -même de simples images bizarres glanées sur le Net-, par mois. Le fait d’être, même un peu, suivi, génère une pression positive. Mais le fait d’avoir quinze, trente, ou trois mille followers n’est pas en soi si déterminante. Mieux vaut un roman lu par cent personnes qu’un blog lu par des milliers.

MÉMOIRE DES POÈTES: PAUL REVEL (1922-1983). ARTICLE PARU DANS « DIÉRÈSE » 81 (PRINTEMPS-ÉTÉ 2021)

Localisation : Cimetière du Père-Lachaise. Columbarium, case 14057, premier sous-sol, allée I.

   Méditerranéen de naissance, parisien d’adoption, l’homme aura longtemps vécu non loin du Père-Lachaise, vers Nation. On lui doit essentiellement de belles toiles abstraites, ornées de motifs quasi obsessionnels représentant des points, des aplats…

Cannes, enfance et formation

  Paul Revel, ou Paul Jean Revel à Cannes, le même jour que Serge Reggiani, soit le 2 mai 1922. Angéline Amelotti, sa mère, est couturière. Ange, son père, est cultivateur. Modeste, la famille compte déjà plusieurs enfants. Paul, que rien ne semble destiner aux arts, gardera toute sa vie un lien fort avec ce paysage marin, enrichissant sa palette de couleurs vives. Il passe alors ses vacances d’été au cœur de l’Estérel, pêchant poulpes et oursins. La guerre passée, il connaît, comme Éluard, des soucis de santé, et séjourne dans un sanatorium moderne, en béton armé, du plateau d’Assy, au milieu des Alpes savoyardes. Là, il se lie d’amitié avec les peintres Henri Ginet et Ladislas Kijno, ainsi qu’avec l’écrivain Bernard Landry. Monté à Paris en 1948, Revel fréquente notamment les ateliers d’André Lhôte et de Fernand Léger, à l’instar de Serge Gainsbourg. Il expose pour la première fois deux toiles post-cubistes au Salon des Indépendants l’année suivante, en 1949.

   Manifestement déçu par la capitale, Revel se fait construire un atelier entouré d’oliviers, dans sa région d’origine. Pour vivre, il s’associe à son frère et cultive les anémones, renoncules vives, gorgées de Soleil. Selon le surréaliste José Pierre (1927-1999)[1], c’est là qu’il rencontre d’autres peintres du Sud, comme Pierre Gastaud et François Arnal. En 1956, invité par Romulad Dor de la Souchère, il expose au musée d’Antibes, futur musée Picasso. Bien vite, il redescendit dans son midi natal (…) Les fleurs, pour Revel-le-peintre, ne sont pas de simples prétextes à peinture, des agréments décoratifs : bien plutôt des entités vivantes, écrit son ami Jean-Clarence Lambert[2].

 Retour à Paris

   L’aventure azuréenne dure plusieurs années. Définitivement revenu à Paris en 1958, Paul Revel vit un an durant dans les sous-sols aménagés d’un cinéma, en compagnie de Gastaud. Situé au 5 rue des Vignes, dans le très chic seizième arrondissement, non loin du jardin du Ranelagh, de la maison de Balzac, le Ranelagh est devenu, sous l’impulsion d’Henri Ginet, un des hauts-lieux de la nouvelle création. Théâtre construit en 1894 sur l’emplacement d’un salon de musique datant de 1755, devenu cinéma en 1931, le Ranelagh, qui retrouvera sa vocation première par la suite, projette des films expérimentaux, accueille diverses manifestations.

  En 1959, Revel emménage au 11 bis impasse Delépine, vers la station « rue des Boulets », dans une ancienne fabrique de jouets. Son ami Paolo Boni l’aide à installer une presse de graveur. Petit coin de verdure au milieu du onzième arrondissement, l’impasse Delépine convient parfaitement à ce latiniste autodidacte, grand lecteur, homme de méditation, contemplatif. Revel gagne alors en célébrité, multipliant les expositions, en France comme à l’étranger, et notamment à Buenos Aires ou à Jérusalem. Il retourne également souvent dans le Midi visitant sa famille ou ses amis, construisant sans le savoir l’école d’Antibes, mouvement pictural spontané, involontaire. Atteint d’un cancer de la gorge depuis plusieurs années, il meurt le 19 avril 1983, à huit heures du matin, treize jours avant son soixante-et-unième anniversaire, dans l’atelier qu’il aimait tant, en compagnie de sa femme Aline. Incinéré, il repose désormais, à l’instar de Lars Bo (cf. plus haut), derrière une plaque de graveur argentée au deuxième sous-sol du columbarium, allée I.

Photographie de Philippe Landru. Tous droits réservés.

Phases, Jaguer…

   Les fréquentations, les choix politiques de Paul Revel le rapprochent incontestablement du surréalisme. On compte ainsi parmi ses amis plusieurs figures historiques, à l’instar de Ginet, précédemment cité, ou de Jean-Pierre Vielfaure. Ayant rencontré Édouard Jaguer (1924-2006. Inhumé dans la division 24), lors de son retour à Paris, l’artiste participe à l’aventure de la revue Phases, aux expositions « Solstice de l’image », « La cinquième saison-greffages » et « Vues imprenables » organisées au Ranelagh entre 1961 et 1963. Comme Blin ou Leiris, à l’invitation de Jaguer, Revel a également signé le Manifeste des 121 de septembre 1960, en protestation contre la guerre d’Algérie. Ceci posé, il semble difficile de classer Revel parmi les surréalistes purs et durs. Abstraite, constituée de formes géométriques minérales souvent rondes, sa peinture demeure très éloignée de l’onirisme propre à Dali, à Tanguy ou à Magritte. On ne peut non plus qualifier ses toiles de tachistes, ce mouvement théorisé par Charles Estienne, auquel se raccrochera momentanément Breton. Selon Jean-Clarence Lambert[3], Phases est le seul regroupement auquel Revel peut être associé. Une entreprise unique dans son projet, et qui perdura, avec une activité vraiment internationale (…). En continue expansion du surréalisme originel, opérant dans les marges de la vie artistique institutionnelle et du marché de l’art, Phases reste difficile à définir… Revue du surréalisme tardif, Phases est justement plus libre, en termes d’inspiration, donc moins directement… surréaliste ! Ce qui convient probablement plus à l’esprit original, indépendant, de Revel.

Sans titre. Paul J. Revel. Tous droits réservés.

  Citons, pour terminer la prose poétique de José Pierre[4] : Les forces de la Terre, que l’on imagine volontiers obscures par opposition à la lumière solaire, secrètent en réalité la plus rare lumière, celle même des gemmes, dont le feu n’est pas moins vif pour être enseveli. C’est celle que nous restitue Revel dans des peintures dont la lente élaboration s’accomplit à l’image des interminables métamorphoses minérales. La belle clarté lactescente qui s’en dégage et ne voile qu’à demi le feu intérieur, c’est au prix d’une patiente alchimie dont le résultat, en définitive, échappe à la lucidité créatrice. L’opale est là comme chez elle : de son éclat participe la splendeur calme, un peu crayeuse, de ces murailles que crevassent de longs sillons pareils à des cicatrices immémoriales et où s’ouvrent parfois comme des oasis d’émeraude pâle…

N.B. : Placée sous le signe du surréalisme, notre série demeure diversifiée. Nous nous attachons en effet à évoquer des figures extrêmement variées, certaines célébrissimes, à l’instar d’Apollinaire (Diérèse numéro 71), ou d’Éluard (Diérèse numéro 77). Certaines beaucoup moins connues, sinon oubliées.


[1] Cf. Abécédaire, éditions Le Terrain Vague, Paris, 1971.

[2]Paul J. Revel, éditions Somogy, Paris, 2008, page 10.

[3] Paul J. Revel, ibidem, page13.

[4] L’abécédaire, ibidem, page 388.

Composition, encre de Chine. Paul J. Revel. Tous droits réservés.

« VITAMINES NOIRES », CLAIRE BOITEL, ÉDITIONS RAFAËL DE SURTIS, 2020 (note parue dans « Diérèse » 81, printemps-été 2021)

   La narratrice croise un homme énigmatique, brun. Celui-ci lui demande de lâcher une allumette dans le métro. Sa mission accomplie, d’autres mondes apparaissent, comme si la mèche s’était embrasée. La femme erre ainsi dans les méandres d’un songe étrange et labyrinthique, où se mêlent plusieurs strates oniriques, peuplées de personnages récurrents : Olga, Anatole, les Ennemis, la Dame au chat, ainsi que le singulier Monsieur du début. Ce dernier pose des électrodes sur la tête de notre héroïne, note les pensées qui en surgissent sur ordinateur, puis la pénètre: Je suis tombé amoureux de ton cerveau en train de s’ouvrir, de s’épanouir, lui déclare t’il ainsi (p. 26).

   Sous-titré « roman », le singulier récit de Claire Boitel a de quoi surprendre, puisqu’il n’obéit pas à une logique narrative classique. Nulle cohérence apparente, sinon celle de l’inconscient, dans ce bref et dense volume : on pourrait ainsi parler d’écriture romanesque automatique, dans la mesure où Claire Boitel passe d’une vision à l’autre, sinon d’un fantasme à l’autre. Rien d’étonnant, donc, à ce que Paul Sanda, responsable de la maison des surréalistes, ait publié l’opuscule, tant celui-ci évoque l’univers roussélien, soit une série de visions instantanées, de tableaux oniriques. Le terme même est d’ailleurs lâché page 73 : Mon maître surveille ce dialogue surréaliste. On songe parfois à La coquille et le clergyman, adapté d’Antonin Artaud par Germaine Dulac, ou encore au premier David Lynch, au long cauchemar d’Eraserhead. Car loin d’être apaisé, Vitamines noires, évoque souvent une hallucination colorée, peuplée de mirages, notamment lorsqu’une piscine apparaît au moment où les deux protagonistes ont des rapports. Le titre même du livre fait sens : la bouche d’ombre parle. Le cortex semble précisément dopé par les fameuses vitamines noires : dans les sinuosités roses de mon cerveau rampe un filet de teinte noire (p. 29). Et même si la fin évoque un brusque réveil, dans une chambre à la couleur de coquille d’œuf (p. 98), le rêve semble se maintenir, encore et toujours, puisque jusqu’au bout, il pleut des flocons de cendre (p. 100). Quel sens donner à cette exploration ? La narratrice elle-même paraît s’interroger : quelle est la face cachée de ce paradis ? (p. 29).

  Reste, pour explorer cette terra incognita, ces espaces du rêve, un style riche en images. Parfois surprenantes, les métaphores fusent au fil des lignes, provoquant des rapprochements inattendus : Les centaines de bras de mon amant nous déshabillent, mes seins nous regardent comme de gros yeux, nous nous transformons en insectes de chair rose avec quelques touffes de poil (p. 51). Venue de la poésie, Claire Boitel signe là un livre original, riche.

ANGST 59

angst 59

« SEPT FRAGMENTS IMMANENTS POUR UNE ALCHIMIE POÉTIQUE », PAUL SANDA, « COLLECTION ARTS ARTISTES », ÉDITIONS RAFAËL DE SURTIS, 2012 (note de lecture parue dans « Diérèse » 81, printemps-été 2021)

Reading View. Appuyez sur Alt+Maj+A pour accéder à l’aide sur l’accessibilité.

  Le titre renvoie inévitablement à l’alchimie du verbe d’Une saison en enfer. Dans la cinquième partie du recueil, Rimbaud évoque effectivement la littérature démodée, les romans de nos aïeules ou encore les rythmes naïfs qui ont forgé sa sensibilité de poète encore bambin. Éditeur des surréalistes, et donc, de facto, rimbaldien, Paul Sanda revient lui aussi sur ses premières émotions esthétiques, soit celle de la petite enfance, à travers sept textes introspectifs, comme autant d’hommages à des livres lus, relus, aimés. Faut-il d’ailleurs parler de « livres » au sens strict ? Paul Sanda fait essentiellement allusion à des bandes-dessinées, soit à diverses émotions plastiques générées par des comics encore célèbres comme Tintin, ou désormais oubliés, comme Petzi l’alpiniste ou La Planète bouboule. Il s’agit donc de découvertes faites à six-sept ans, au moment où l’acquisition de la lecture et de l’écriture est encore récente, sinon fragile, où les images se gravent à jamais dans l’inconscient. Reproduites sur satiné blanc dans l’opuscule, (qui tient aussi du livre d’art), les vignettes colorées plongent, ou replongent le lecteur dans une sorte d’enchantement, de rêve irisé. Ces mêmes images, Paul Sanda les relie à ses futures découvertes littéraires, et notamment à sa rencontre avec le surréalisme évoqué plus haut. L’opuscule n’est-il pas dédié, notamment, à Jean Rollin, Sarane Alexandrian et Alain Pierre-Pillet ? Annoncée par la voix nasillarde de la radio paternelle (p. 19), la mort d’André Breton est vécue comme un drame, un traumatisme : Je ne sais pourquoi mais, sur l’instant, cette nouvelle me troubla vraiment ; et je garde un souvenir absolument net de cette sentence mécanique qui prend dans mon histoire personnelle aujourd’hui, en vision prémonitoire, tout son relief. Convoquant notamment Jules Monnerot, Pierre Mabille, ou André Pieyre de Mandiargues, P. Sanda montre précisément en quoi ces primes icônes paralittéraires forgent à jamais la sensibilité, la manière d’être au monde, comme le souligne José Pierre évoquant4 la splendide illustration des contes populaires et des livres d’enfance. C’est en effet la BD, genre marginal, méprisé, qui permet à l’enfant encore non-intellectualisé, non poli par l’érudition, d’accéder à l’imaginaire, de s’évader, de parcourir des paysages mentaux vierges, non bornés la raison, le bon sens. 

  Chroniqué par nos soins dans Diérèse 80, Auberge de la tête noire constitue une autobiographie en vers, puisque l’auteur y décrit son enfance vendéenne à travers une série de poèmes. Sept fragments… s’inscrit dans le même cycle d’auto-analyse, de souvenirs, d’introspection. Il s’agit cette foi de parler de soi à travers les autres, à travers la création des autres. De re-explorer les jeunes années à travers une bibliographie. Pareil projet s’inscrit dans la logique du Pacte bicéphale, ouvrage co-écrit avec Rémi Boyer, publié un an auparavant5, ce qu’annonce l’auteur dès l’incipit. On ne peut, non plus, s’empêcher de songer au Leiris de L’Âge d’homme, de Biffures. Servis par un style élégant et souple, le désir de vérité propre à P. Sanda apparaît effectivement radical.

« LA CIME NE ME CONTREDIT PAS. ESSAI DE LIBERTÉ ESTHÉTIQUE », ARTA SEITI, FAUVES ÉDITIONS, PARIS, 2021 (citation).

Je viens de l’abîme. Mon corps transpire et ma gorge suffoque.

De la source d’eau tombe de rares goutelettes.

La fontaine est asséchée depuis des semaines . Attente de quelques heures. Le ciel gris dans les hauteurs est homogène sans nuages. La terre se réveille assoiffée.

Les murmures des gouttes d’une seule source deviennent sourds. Surdité aiguë. Mes vêtements se déchirent de la sècheresse. J’attends que le ciel m’apporte dans mes terres la pluie.

Où sont-elles ces femmes qui dans leur repas commun versent sur les brasiers non encore éteints le sel des aiguilles des hauteurs? Faudrait-il qu’elles fassent des sacrifices pour que ma source ruisselle au gré de ma soif?

Je viens de l’abîme. Assoiffée, la nature ne veut pas verser ses larmes. Ni moi d’ailleurs. J’entends à peine un bruit de pas. Est-ce cette poupée que l’on promène pour provoquer la pluie?

Je m’approche de la source. Mes poignées de mains sentent le toucher des gouttes. J’en prends soin et les porte précieusement. Répandre l’eau. Comme les femmes qui versaient l’eau pour mener à bien leur rite devant une sécheresse interminable. Poupée en chiffon. Poupée en lambeaux!

%d blogueurs aiment cette page :