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Archives d’Auteur: ETIENNE RUHAUD

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SURRÉALISTES 34, « KOMPOZICIJA », MILENA PAVLOVIC BARILI (Serbie), 1938.

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INSPIRATION (manque)

   Je n’ai plus d’inspiration pour écrire un roman. J’aurais aimé parler d’un gilet jaune, ou d’un vieux garçon victime d’un brouteur africain, de Tinder… Mais je ne parviens pas à trouver l’angle d’attaque. Disparaître aura été peut être mon seul récit. Restent les journaux intimes (plusieurs milliers de pages), mais je crois aux œuvres constituées, pas à l’étalage pur du MOI, à la complaisance morbide, à la facilité. Les journaux peuvent étre à la base de la fiction, mais ilfaut faire rentrer le texte, les idées, les thèmes, dans une structure stricte, ce qui demande un travail d’orfèvre. Je vais donc en rester aux essais et à la critique, du moins momentanément. Le reste viendra peut-être. J’ai l’impression de devoir cultiver un arpent caillouteux, aride, de me casser les dents sur du granit Plutôt ne rien dire que de ne rien donner qui me semble inspiré et vrai.

ANGST 34

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« BEAUTÉ DU FUNAMBULE », PATRICK LEPETIT, éditions RAFAËL DE SURTIS, Cordes-sur-Ciel, 2018 (article paru dans « Diérèse » 76, printemps-été 2019)

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   Une poésie du deuil : ainsi devons-nous qualifier ce nouveau recueil de Patrick Lepetit. Dédié à un ami décédé, Beauté du funambule s’ouvre par une citation programmatique de Nietzsche : Viens, compagnon rigide et glacé ! Je te porte à l’endroit où je vais t’enterrer de mes mains. S’ensuivent quarante pages de vers libres, comme autant de fragments d’un discours douloureux. Souhaitant se relever encore, l’auteur nage dans une comédie noire, car rien ne peut prémunir du désespoir, de la mélancolie. Le monde extérieur devient farandoles futiles, et aucune sagesse, aucun système, ne semble atténuer ce sentiment d’absurdité, de vanité. Élément lumineux, traditionnellement heureux, le soleil en gloire n’éclaire plus guère que la kermesse des chairs (p. 29).

   Hadès (p. 16), dieu des Enfers, a triomphé. Que faire, dès lors, puisque les cieux sont vides, sinon s’en remettre au verbe ? Tel Orphée, P. Lepetit magnifie la perte en chantant, et nous emporte doublement, par sa culture et par son lyrisme. Les références érudites surgissent au fil des pages, tels des clins d’œil donnés aux grands aînés, dont la présence a l’effet d’un baume. Normalien, philosophe de formation, l’auteur maîtrise parfaitement ses classiques, et instille son savoir, ses références, sans pour autant tomber dans la pédanterie, le tic livresque. Ainsi la citation est-elle subtilement intégrée dans la phrase, à l’instar de cette allusion à la fameuse main de gloire (mandragore), de Nerval : Le sable ici est rude/main de gloire/l’azur au soir sanglant comme attente (p. 33). Cette allégorie solaire se trouve filée ensuite à travers une reprise d’Apollinaire, en l’occurrence du dernier vers de « Zone »: Soleil cou coupé. Le lyrisme, lui, est omniprésent, au détour de chaque phrase, cet ensemble formant la plaintive élégie, soit, étymologiquement, chant de mort (en grec ancien ἐλεγεία / elegeía, signifiant littéralement « chant de mort »). Riche, mais également sobre, la poésie de P. Lepetit procède par touches. Comme si évoquer l’affliction, la perte, ne pouvait passer que par la simplicité, la pudeur du verbe. Comme si marcher au-dessus des gouffres, en funambule, exigeait l’ascèse, la pureté du mot. Cet art du peu, cet arte povera, n’est pas sans rappeler le haïku : Arpenter l’obscurité/à la lueur rouge des braises,/la mémoire morte,/errer en douleur/ sous l’insensé/dans l’impensable. (p. 26). Orné d’une toile du surréaliste néerlandais Rik Lina, ce nouvel opuscule, sombre et lumineux, est une nouvelle fois publié par Paul Sanda, aux éditions « Rafaël de Surtis ».

 

DONATIEN ALPHONSE FRANCOIS

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   Ci-gît un adolescent qui mourut poitrinaire: vous savez pourquoi Ne priez pas pour lui (Lautréamont, Maldoror). C’est donc ici, sous ce foyer de l’enfance, que repose Sade. Interné sur ordre de Bonaparte à l’hospice de Charenton, l’écrivain montait des pièces avec les fous. Il demanda, comme ultime volonté, qu’on ne plante pas de crucifix sur sa tombe. La chose lui fut refusée. Ensuite, le cimetière disparut. Innocents bambins, qui gambadez sur le corps du divin marquis!

SURRÉALISME 34: JORGE BANDEIRA, PATAPHYSIQUE (MADE IN BRASIL)

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Mon ami pataphysicien brésilien, Jorge Bandeira, originaire de Manaus, a judicieusement repris mon portrait Facebook pour compléter son calendrier pataphysique (Alfred Jarry ayant créé un calendrier spécifique, ubuesque, au cours de sa brève existence). J’envoie des éditions françaises d’Ubu à Jorge, dans le Nordeste, et il me renvoie ses travaux, grosso modo. C’est donc avec plaisir que je vous présente son travail sur cette page, lui disant MERDRE!

PS: Et avouez que je fais quand même plus jeune sur la photo…

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CULTES ANTIQUES (réflexion)

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   Il y a deux ou trois ans, nous visitions; mon ami Laurent D. (afghanologue patenté) et moi-même, le temple de Mormon qui venait d’ouvrir au Chesnay, non loin de Versailles. Aucune perspective d’adhésion à ce culte très anglo-saxon, très « brite », naturellement. L’événement avait été vendu par BFM TV, la chaîne ayant précisé que les Saints des Derniers jours n’étaient pas à proprement parler une secte, et qu’un ancien candidat républicain était venu spécialement des USA pour visiter le lieu. Je me demande si le nouveau centre de scientologie, qui vient d’ouvrir dans la très communiste ville de Saint-Denis, a coûté plus cher encore que cet espèce de truc en marbre blanc, assez réussi je dois le dire (bénitier géant porté par des bœufs, fausses toiles impressionnistes, comme s’il s’agissait d’une religion en toc, le tout pour 80 millions d’euros). Ca ressemble un peu au siège de l’Humanité imaginé par Niemeyer, avec cette volonté de se fondre dans le paysage. Je n’irai pas le visiter, car les techniques de manipulation mentale des scientologues m’inquiètent, et parce que je n’ai jamais pu supporter Tom Cruise. Reste que cette résurgence de croyances américaines à gros budget a quelque chose de troublant. Un peu comme la profusion de délires variés dans la Rome décadente, une sorte de résurgence antique.

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