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LA POSITION DU DÉCIDEUR

Sans être moi-même à proprement parler éditeur, ni directeur d’une revue (sinon électronique), je mesure désormais combien la position du décideur, est compliquée à l’égard de l’auteur. Car l’auteur, en France du moins, pense fréquemment que l’éditeur est à son service, et hurle souvent à l’incompréhension en cas de refus, ce qui est moins le cas outre-Atlantique. Un jour, un enseignant m’a expliqué en quoi l’auteur, fondamentalement, demeurait pour l’éditeur un prestataire de services. Comme 95 pour cent des étudiants, j’étais imprégné de marxisme (encore aujourd’hui) car c’était l’idéologie dominante à la faculté ès Lettres (comme le libéralisme l’est dans les écoles de commerce, ou en fac de droite), et de fait l’allégorie économique me choquait. Mais dans le fond, on est généralement choqué par les vérités. Et en effet, d’un point de vue financier, stricto sensu, l’auteur doit permettre à l’éditeur de s’en sortir, c’est-à-dire être rentable. Ou, à défaut, l’éditeur doit trouver des auteurs qui lui permettent ensuite de combler une sorte de trou financier, par exemple en publiant une tête d’affiche avant de sortir un livre de poésie, ou un texte expérimental qui se vendra moins (à l’instar de P.O.L.). De la même manière que Gus Van Sant sort un film plus commercial, tel Harvey milk après avoir réalisé « La trilogie de la mort », qui a probablement moins rapporté. Etant aux USA, où il faut bien gagner sa croûte, et où les cinéastes jouissent certes d’une liberté totale, mais n’ont pas la position de réalisateurs fonctionnaires, comme c’était le cas en ex-URSS. La position du décideur (éditeur, parent, dirigeant, professeur qui met une sale note), est inconfortable. Parfois on manque d’empathie (je m’inclue dans le « on ». Car on se sent toujours blessé quand on est éconduit). Pardonnez le ton péremptoire, le manque d’approfondissement. Cela fait suite à plusieurs discussions menées avec des amis hier soir.

ANGST 64

angst 64

« SUICIDE », ÉDOUARD LEVÉ, ÉDITIONS P.O.L., 2008 (ARTICLE PARU DANS DIÉRÈSE NUMÉRO 46, AUTOMNE 2009).

«La scène s’arrête là » (p.9)

Edouard Levé s’est donné la mort le lundi 15 octobre 2007, à l’âge de quarante-deux ans. Trois jours avant, il avait déposé un manuscrit chez P.O.L., où il retraçait le parcours d’un ami d’enfance, ayant lui-même mis fin à ses jours. Dénué de pathos, l’ouvrage suscitera  l’émoi de quelques critiques.  Toutefois,  Suicide ne constitue ni une autobiographie, ni un roman psychologique, et encore moins un quelconque testament. Le lecteur soucieux de classification parlera éventuellement de portrait.  Levé s’adresse à son ami décédé à la deuxième personne du singulier, et lui raconte son suicide par balles, puis sa propre vie, dépeint ses traits de caractère, ses singularités, dans un style à la fois sobre et classique, photographique[1]. Le livre, qui commence par la description d’un acte pour le moins énigmatique, sinon incompréhensible, s’achève  par une série de tercets, retrouvés dans le bureau du défunt par sa femme : « Le bonheur me précède / La tristesse me suit / La mort m’attend » (p. 124).

« Savais-tu pourquoi tu voulais mourir ? » (p. 108)

Sur une centaine de pages, Levé évoque différents moments de la brève existence de son ami.  Aucun jugement moral et/ou explication psychologique simpliste ne sont donnés.  L’auteur-spectateur, se contente de narrer, de fixer des instants, de prendre des instantanés…  Son absence de deuil, son objectivité, sont, à cet égard, significatives : « Je ne souffre pas en repensant à toi. Tu ne me manques pas » (p.108). Et à la fin l’énigme n’est pas dissipée : « Peut être as-tu voulu préserver le mystère autour de ta mort, en pensant que rien ne devait être expliqué » (id.).

  Quelques hypothèses, ou éléments de réponse, se présentent néanmoins au fil du récit. Le premier tient évidemment au mal être du personnage, voire à ses troubles mentaux. Hormis un étrange moment de joie pure, au cours d’un barbecue, Levé ne décrit que des phases de dépression,  accompagnées d’un traitement psychiatrique inefficace. Après un véritable effondrement moral, le personnage connaît une bouffée délirante, confusionnelle. S’y ajoute un sentiment d’étrangeté au monde, et même un phénomène de dépersonnalisation : « Tu passais d’une pièce à l’autre. Tu croisas un miroir (…). Tu reconnus ta physionomie, mais elle te parut être celle de quelqu’un d’autre » (p. 88). Le suicide apparaît ainsi comme un geste impulsif, incohérent, un coup de folie, ou de sang, si l’on préfère. L’acte fait d’ailleurs l’objet d’une mise en scène macabre, et pour le moins bizarre, puisque le héros se tire une balle dans la tête au-dessus d’une bande dessinée, ce qui suscite évidemment des interrogations de la part de ses parents. Coupé de lui-même, le jeune homme est également coupé du monde, et coupé d’une famille à laquelle il se sent une nouvelle fois « étranger » (p.96).

La source de cette inadaptation fondamentale n’est pas révélée. Plusieurs pistes nous sont toutefois données. Le personnage ne semble pas, a priori, à plaindre, sur le plan professionnel et financier. Il s’agit d’un individu intégré : « Tu n’étais pas solitaire, pauvre, alcoolique, abandonné (…). Tu ne manquais pas d’argent » (p.77).  Cela ne tient pas à une cause physique, physiologique, un problème cérébral, chimique. L’enfance, et les relations familiales pourraient en revanche expliquer quelque chose. L’agressivité du père est brièvement évoquée, lors de l’enterrement. Levé paraît ainsi penser que le suicide serait une sorte de violence héritée, mais dirigée contre soi même (ce qui constitue un phénomène psychologique connu et avéré) : « Tu t’es réservé une violence que tu n’eus pas pour les autres ». (p 64). De même, le jeune homme craint d’avoir déçu ses parents, déçu leurs attentes : « Tu te sentais un imposteur, car tu savais (…) tu n’aurais jamais ressemblé aux rêves qu’ils [tes parents] avaient faits » (p. 107).

On peut aussi imputer ce geste ultime à l’anomie, sentiment de non-appartenance au monde et de non-sens social, décrit par Durkheim[2], et qui ressurgit plusieurs fois dans le récit. Le héros se demande parfois ce qu’il fait sur Terre, quel est son rôle exact, tout en « donnant le change » à ses proches, comme une sorte de « comédien » (p.43) tragique.  A plusieurs reprises, Levé parle également de la peur de la décrépitude propre au personnage, notamment lorsqu’il croise un clochard dans le métro. Cette crainte de la déchéance, de la vieillesse, expliquerait ce désir de partir vite, et jeune. Effrayé et fasciné par la mort, le héros négatif va devancer la fin qui le guette, l’effraie et l’obsède. Levé parle ainsi de la visite nocturne d’un cimetière, ou encore de l’angoisse qui saisit son ami, au moment d’une interrogation orale d’entrée dans une grande école, et dont le thème est justement la mort, et le sens qu’elle prend dans le champ philosophique…

Ce faisant, ce départ prématuré apparaît chargé d’une portée artistique. La vie inaccomplie, absurdement achevée, devient une nouvelle source d’hypothèses, de construction, un singulier roman aux possibilités infinies: « Tu es un livre qui me parle quand je veux. Ta mort a écrit ta vie » (p. 14). Pour autant, Levé ne fait nullement l’apologie de cet acte douloureux. Il évoque ainsi la souffrance de la mère, à la fin du récit, et l’« égoïsme » du personnage (p.109).

            Une œuvre littéraire

Depuis la période romantique, nombre de poètes, parmi  lesquels Goethe, ou Vigny, ont écrit sur le suicide. Certains, tel Nerval ou Maïakovski, sont, hélas, passés à l’acte. Peu d’écrivains ont, en revanche, évoqué leur propre décision, leur propre choix.  Parmi eux, Stig Dagerman, romancier anarchiste suédois, a parlé de sa difficulté à vivre et à trouver un sens dans un texte très court, superbe, écrit deux ans avant sa disparition[3]. Citons également Le métier de vivre,  journal intime de Cesare Pavese[4]. De tels  écrits font cependant figures d’exception: condamné par l’Eglise comme par la morale sociale, la mort volontaire, qui constitue actuellement l’une des premières causes de décès en France, fait encore l’objet d’un tabou, d’une réprobation morale, ou, à l’inverse, d’une sorte de fascination morbide.  Sur ce plan précis comme sur tant d’autres, la littérature n’est pas détachée du monde réel. A ce titre, le livre d’Edouard Levé prend quasiment valeur d’étude. Il semble impossible de déterminer dans quelle mesure l’auteur s’est inspiré de sa propre existence, de ses propres difficultés et obsessions. Néanmoins il s’agit d’une sorte de témoignage, et, pour une part, d’une lettre d’adieu.

Plus qu’un simple ouvrage documentaire, Suicide constitue également, et peut être d’abord, un texte littéraire, au sens fort du terme. Levé ne se perd pas effectivement en considérations psychologiques, sociologiques ou morales oiseuses, même s’il cherche à comprendre. Plusieurs pistes nous sont données. En ce sens, Suicide est bel et bien ce qu’Umberto Eco appelle une « œuvre ouverte [5]», polysémique, et où le lecteur doit lui-même chercher un sens pluriel. En outre  l’écriture de Levé n’a rien du style plat et ennuyeux propre aux essais de sciences humaines ou aux récits de vie. « En poésie, je n’aime pas le travail sur la langue (…). Je rêve d’une écriture blanche, mais elle n’existe pas » déclare-t-il dans Autoportrait[6]. Parfois lyrique, mais toujours sobre, la plume de l’auteur garde toujours ce « sens du classicisme » qu’évoque Jacques Morice, au lendemain de son enterrement[7]. De fait, l’écrivain exprime parfaitement le caractère cruel et angoissant du suicide, avec pudeur et lucidité.


[1] Edouard Levé a publié trois albums de photographie aux éditions Philéas Fogg et P.O.L.

[2] Le Suicide, 1897.

[3] Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, 1952.

[4] Il mestiere de vivere, publié à titre posthume en 1952.

[5] L’œuvre ouverte, 1963.

[6] p. 60, P.O.L., 2005.

[7] Télérama n°2888, 22 octobre 2007.

« UNE GUERRE ENTRE EUROPÉENS EST UNE GUERRE CIVILE » (VICTOR HUGO)

« La guerre », Marcel Gromaire

MARCHÉ DE LA POÉSIE 2021

Chers amis, chers lecteurs,

Comme annoncé sur le blog, nous étions donc réunis le samedi 23 octobre vers midi au marché de la poésie, autour de mon fameux éléphant blanc (nom de la collection), et des éditions Unicité. à cette occasion, j’ai pu rencontrer nombre d’auteurs et de poètes. J’en connaissais certains via les réseaux sociaux, ou simplement de noms. J’ai également retrouvé certains amis habituels, auteurs chez Unicité ou simplement amis (tout court), à l’instar de Pascal Mora, François Mocaër (l’éditeur lui-même), Christophe Esnault, Claudine Sigler, Odile Cohen-Abbas, Claire Boitel et tant d’autres. Ci-dessous quelques photos.

François Mocaër (directeur des éditions Unicité), et Christophe Esnault (futur auteur chez « Eléphant blanc »).
L’éléphant blanc d’eBay, à l’assaut du marché de la poésie, ici dans le bus 86.
Claudine Sigler (amie et préfacière de Chansons et poèmes, Paul Vecchiali), Etienne Ruhaud et Pascal Mora (animateur du café-poésie de Meaux et directeur de l’anthologie franco-argentine Villes/Ciudades)
Pascal Mora et Didier Ayres.

OLIVIER MASSÉ PARLE DU « CANON SANDA » DANS « DIÉRÈSE » 82

Auteur des Poèmes préhistoriques (précédemment évoqués par mes soins. Cf. ci-dessous), le Girondin Olivier Massé a chroniqué Le Canon Sanda dans Diérèse 82. La note a par ailleurs été reproduite sur Babelio. Un chaleureux merci à lui, donc!

NB: Consacré à l’oeuvre poétique de l’éditeur et occultiste Paul Sanda, Le Canon Sanda est paru dans ma collection Eléphant blanc, aux éditions Unicité.

Cet essai d’Odile Cohen-Abbas entend nous présenter l’œuvre de Paul Sanda, passant en revue de nombreux recueils de ce poète. Pas moins de quatorze se succèdent ainsi, de 1999 (Pour la chair de l’ile) à 2020 (Les iles du silence). Le projet s’avère entièrement passionné, d’une dévoration de l’être atteignant d’emblée le cosmos (plusieurs photographies de l’espace galactique en font écho d’emblée et au fil des pages). La forte présence de Paul Sanda s’y prête assurément : en exergue, l’organisation saisissante de ses journées au rythme identique, fait de marches, de méditation et d’écriture, et en postface son commentaire félicitant l’autrice d’avoir saisi la facture organique de l’évocation. En effet, le corps, le désir sexuel comme une essence, sont très présents, et c’est toute une puissance de flux et de reflux, de bouleversements et de jaillissements, que l’on perçoit. Car Odile Cohen-Abbas nous donne avant tout à percevoir les effets de la poésie, ainsi que la substance qu’elle exprime, à travers son écriture enthousiaste au sens quasi étymologique, habitée par l’esprit du poète. Les rites des légendes, des mythes, des songes, des transgressions oniriques, ont même poids que ceux de la réalité. Toutes formes s’évasent, se transvasent, s’échangent, trouvent dans ces ondoyantes, giboyeuses mutations, impacts sensibles et poussées de sensualité. La passion n’empêche pas la méthode, et le lecteur appréciera, après chaque évocation, une citation substantielle du recueil en question, puis une nouvelle page faisant un écho enserré visuellement dans un grand cercle. Ainsi cet extrait de citation d’Entre chien et loup : j’ai voulu la mort pour chaque/transformation pour chaque caresse nouvelle/ pour chaque tourbillon sauvage des aspérités/ voilà que je pleure au château pour chaque/ étoile aigüe et pour tous les défis disparates du/ corps on dirait que la marmite stomacale tressaille/ voilà qu’aux abysses crevassés de ce mur/ soudain l’enfance agonise reçoit-il en écho une nouvelle réécriture explicative, méditation, prolongement, passage : Après « le grand feu de cuisine », le « grand brasier pour le festin cannibale », un fil de séparation se tire entre le passé jaloux et un présent, obscurément hypothétique, qui exige l’agonie de l’enfance en sacrifice.

A la lecture de chaque page il semble bien que tout, dans cet ouvrage, puisse ainsi se retrouver dans chacun de ses éléments, et la conception alchimique ne s’oublie pas, révélatrice du monde sans interruption. Travail de titan sur travail de titan, le Canon Sanda s’insère enfin dans la nouvelle collection littéraire des éditions Unicité, « Eléphant blanc », dirigée par Etienne Ruhaud.

L’article d’Olivier Massé sur le site Babélio:

https://www.babelio.com/livres/Cohen-Abbas-Le-canon-Sanda/1340159/critiques/2695448

Notre article sur les Poèmes préhistoriques d’Olivier Massé dans Diérèse 73 (été 2018):

https://www.babelio.com/livres/Masse-Poemes-prehistoriques/1304883/critiques/2545131

VENDREDI 27 HAHA, AN 149. OCCULTATION D’ALFRED JARRY.

Notre article sur Alfred Jarry:

ANGST 63

angst 63

UN ARTICLE SUR « ANIMAUX » DANS LES CAHIERS BENJAMIN PÉRET!

Merci à Jérôme Duwa pour sa note de lecture autour d’Animaux, dans les Cahiers Benjamin Peret numéro 10. Très intéressant, le périodique contient notamment un article sur la traduction de Péret en persan! Pour commander la revue:

https://www.benjamin-peret.org/qui-sommes-nous/publications/cahiers-benjamin-peret.html

« De la zoologie à la tératologie, il n’y a qu’un pas. Animaux propose l’ébauche d’un dictionnaire répertoriant quelques créatures ayant échappé à la sagacité des spécialistes. On croyait à tort connaître les « Baignoires », les « Truffes », ou les « Disques », alors qu’on ignorait tout de leur vie animale. De même pour les fameux « Bourgognes », ces escargots de taille prodigieuse qu’il est parfois nécessaire d’abattre d’une balle entre les deux cornes. De triste mémoire (quel souvenir nous ont-ils laissé au juste?), on évitera de mentionner ici les « Brains », ou, pire peut-être, les « Kraps » à l’inoubliable puanteur. Bienvenue parmi les cauchemars d’Etienne Ruhaud« 

CAFÉ-POÉSIE DE MEAUX DU 16 OCTOBRE 2021: PRÉSENTATION DE « VILLES/CIUDADES »

Chers lecteurs,

Comme prévu, nous avons donc présenté l’anthologie bilingue franco-argentine Villes/Ciudades (publiée par mes soins dans la collection « Eléphant blanc », éditions Unicité) à l’occasion du Café-poésie de Meaux, le 16 octobre, de 11 heures à midi. L’occasion de retrouver des amis comme Claudine Sigler, Didier Ayres, Yasmina Mahdi et naturellement l’organisateur lui-même, Pascal Mora. Une exposition autour de l’Argentine était également organisée à la médiathèque Luxembourg, où nous nous retrouvons chaque mois, un samedi matin.

Pour commander notre anthologie:

http://www.editions-unicite.fr/auteurs/MORA-Pascal/villes-ciudades/index.php

Pascal Mora, président de l’association « Café-poésie de Meaux », en pleine lecture.
Claudine Sigler en pleine lecture.
Un participant lit Traction-brabant, la revue de Patrice Maltaverne.
Quelques livres autour de l’Argentine, disposés par les bibliothécaires…
L’exposition photographique (photographie de Claudine Sigler).

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