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MÉMOIRE DES POÈTES XXV: MAURICE NADEAU (1911-2013), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 87, COLUMBARIUM (article à paraître dans « Diérèse » 73, été 2018)

DIVISION 87 (pour la description de l’ensemble crématorium-columbarium, nous renvoyons le lecteur à notre article autour de Max Ernst)

Notre article sur Max Ernst (cliquer sur le lien)

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Maurice Nadeau (1911-2013)

   Né à Paris le 21 mai 1911, orphelin de guerre très jeune, Maurice Nadeau intègre l’école Normale Supérieure de Fontenay Saint-Cloud après le baccalauréat, et adhère dès 1930 au PCF. Exclu en 1932, il adhère à la Ligue Communiste, mouvement d’obédience trotskiste fondé par Pierre Naville (1903-1994), lui aussi surréaliste, et fréquente assidûment Breton, Gide, Prévert ou encore Benjamin Péret. Agrégé ès Lettres en 1936, il enseigne à Prades, dans les Pyrénées-Orientales, comme professeur, puis à Thiais comme instituteur. Il collabore alors, en compagnie de Breton, à la revue Clé, pour protester contre l’internement en France de républicains espagnols. Brièvement mobilisé lors de l’entrée en guerre, Nadeau résiste auprès de David Rousset (1912-1997), et réchappe de peu à la déportation. Publiée en 1945, son Histoire du surréalisme, fait longtemps référence.

   Ayant abandonné l’Éducation nationale dès 1945, Nadeau devient critique à Combat, journal issu de la Résistance, sous le patronage d’Albert Camus. Grand découvreur, il révèle notamment Georges Bataille, René Char, Henri Michaux, Henry Miller, ou encore Claude Simon. Il entame également l’édition des œuvres complètes de Sade, et prend la défense de Louis-Ferdinand Céline, alors en disgrâce. Pendant plus de trente ans, il travaille pour plusieurs périodiques et pour plusieurs maisons, parmi lesquelles Corréa, Juliard, Denoël ou encore Robert Laffont. Son activité politique se poursuit, puisqu’il signe le Manifeste des 121, pour protester contre la guerre d’Algérie, avec Jean-Paul Sartre.

   Le 15 mars 1966, aux côtés de François Erval, Maurice Nadeau fonde La Quinzaine littéraire, qu’il anime en compagnie d’Anne Sarraute (1930-2008) et dont il prend la direction dès 1970. Le bimensuel, qui connaîtra d’importantes difficultés financières, sera soutenu par une vente aux enchères, organisée en 1976, avec la participation de Pierre Soulages, Henri Michaux ou Samuel Beckett notamment. L’année suivante, en 1977, Nadeau fonde sa propre maison d’édition, qu’il rebaptisera « éditions Maurice Nadeau » en 1984, et qu’il dirigera jusqu’à sa mort. Fidèle à sa réputation, l’homme déniche nombre de futurs génies, qu’il fait parfois traduire. Citons entre autres Malcolm Lowry, J.M. Coetzee, Fernando Arrabal, mais aussi Georges Perec, et Michel Leiris, et, plus récemment, Michel Houellebecq, à travers son premier roman, Extension du domaine de la lutte.

   Toujours en proie à des difficultés financières, Maurice Nadeau signe, le 16 mai 2013, un texte intitulé « Vous ne laisserez pas mourir la Quinzaine« , sorte de manifeste programmatique dans lequel il imagine les moyens légaux de sauver un journal devenu culte, mais trop peu lu. Il meurt le mois suivant, soit le 16 juin 2013, à l’âge de cent deux ans, avec le titre de commandeur des Arts et Lettres. Incinéré au Père-Lachaise, il repose désormais avec les siens, dans le cimetière de Jouy-en-Morin, en Seine-et-Marne. Réalisateur, son fils Gilles Nadeau a repris la direction de la Quinzaine, quand sa fille, Claire Nadeau, est actrice.

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Maurice Nadeau repose désormais au cimetière de Jouy-sur-Morin, en Seine-et-Marne.

  Pionnier, M. Nadeau nous a laissé un témoignage poignant, et vivant, sur ses contemporains, à travers Grâce leur soient rendues, paru en 2010 chez Albin Michel. Ses relations avec Breton et le milieu surréaliste demeurent néanmoins, comme souvent, conflictuelles. Ayant rencontré le « pape du surréalisme » le 11 novembre 1938 à l’issue d’un meeting du P.O.I (Parti Ouvrier Internationaliste), il se voit confier des responsabilités importantes au sein du mouvement, dont l’impression du bulletin Clé (évoqué plus haut), et l’organisation de la FIARI (Fédération internationale de l’art révolutionnaire indépendant). Proche de la revue résistante La Main à plume, sous l’Occupation, Nadeau accepte mal les critiques que Breton adresse à son Histoire du surréalisme, notamment lorsque ce dernier lui reproche d’avoir enterré le mouvement, et de surévaluer le rôle de Queneau ou de Prévert. Il n’en participe pas moins à divers évènements, dont une exposition de tracts surréalistes, organisée à la librairie La Hune du 29 juin au 17 juillet 1948, pour la parution des Documents surréalistes qu’il a lui-même réunis. En 1949, dans Combat, il fait grief à Breton de se tourner vers l’occultisme, au détriment de la révolution. Piqué, l’auteur de Nadja reproche au futur éditeur de n’avoir aucune vraie sensibilité poétique, pour s’être fourvoyé dans l’affaire de La « Chasse spirituelle », texte apocryphe de Rimbaud, faux publié par des comédiens. Malgré tout, la jeune génération surréaliste, qui compte notamment Jean Schuster (1929-1995, inhumé au cimetière de Pantin) ou Charles Duits (1925-1991, inhumé au cimetière de Montparnasse), apporte son soutien matériel à La Quinzaine.

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« L’HORIZON PARTAGÉ », LIONEL BOURG, QUIDAM ÉDITEUR. (ARTICLE PARU DANS « DIÉRÈSE » 51, HIVER 2010)

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Une autobiographie épistolaire : ainsi pourrions-nous qualifier L’Horizon partagé. Onze lettres adressées à des proches décrivent effectivement un parcours de vie, une enfance heureuse mais marquée par certaines difficultés scolaires, une adolescence engagée et enfin l’âge mûr : l’amitié et la poésie.
Lionel Bourg se raconte, donc, sans pour autant s’enfermer dans le piège de l’auto-contemplation, du narcissisme. L’horizon demeure partagé, au sens où chaque courrier constitue un hommage à l’interlocuteur : un camarade d’école, la fille, ou encore la compagne de l’écrivain. Diverses figures, généralement attachantes, prennent ainsi corps au fil des pages, comme cet oncle, ex-résistant communiste, bougon mais bienveillant, digne des Vies minuscules de Pierre Michon : « Tiens, je t’entends, déjà, l’usine à en vomir tous les matins quant tu partais avant le jour, et le Parti, les airs, les insultes, les humiliations à n’en plus finir (…) » (p. 109-110). Union, l’écriture dépeint généralement d’heureux moments, comme si l’existence restait au fond un cadeau, la possibilité sans cesse renouvelée de rencontrer des gens, de lire de nouveaux livres, de découvrir des paysages inédits. La tristesse point néanmoins fréquemment, notamment lorsque L. Bourg écrit à sa défunte mère : « Une femme usée, flétrie, qui rêve ou se souvient confusément des gens qu’elle a connus, jadis, un mari, des amants, les membres désormais indistincts d’une même famille » (p. 25). Une certaine nostalgie, relativement discrète, se dégage également en filigrane, sans qu’on puisse toutefois parler de passéisme.
Restent, dès lors, la magie de l’évocation du verbe, et le goût pour la poésie, pour elle-même et par elle-même. Riche d’une vaste érudition livresque et artistique, L. Bourg convoque de nombreuses figures tutélaires, à la fois des versificateurs tel Apollinaire ou René-Guy Cadou, mais aussi des peintres et des chanteurs parmi lesquels Ferré et Brassens. Lyrique, inspirée, la prose limpide de L’Horizon partagé reste d’ailleurs proche du verset : « C’est l’heure / Tout s’assemble. / Les amants de septembre ont embrassé l’été » (p. 184). Créateur d’une œuvre sensible et variée, Lionel Bourg signe là un de ses plus beaux livres.

 

 

« DETENTE SOBRA… » DE SOR JUANA INÉS DE LA CRUZ (ITZPAPALOTL 6, série mexicaine)

(Chronique mensuelle animée par notre amie Claudine Sigler)

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   Juana Inés de Asbaje y Ramírez de Santillana (1648-1695), connue sous le nom de Sor Juana Inés de la Cruz, est une religieuse mexicaine, auteure et poète. Issue d’une famille noble de la Nouvelle-Espagne, mais de naissance sans doute illégitime, elle montre précocement des dons étonnants pour la poésie, et aussi pour les sciences, la musique, la théologie. En 1662, elle devient la dame de compagnie de la vice-reine, à laquelle la liera une amitié profonde et durable. Toutefois, en 1669, elle prend le voile et devient Sœur Juana Inés de la Cruz, trouvant enfin dans un monastère le temps et le recul nécessaires pour mener une vie consacrée à l’étude et à la création. Malgré son retrait du monde, tout relatif, elle continue à écrire et à susciter l’admiration de ses contemporains. Sor Juana s’éteint en 1695, au cours d’une épidémie de peste. Son œuvre poétique figure parmi les plus emblématiques de la langue espagnole. Elle est particulièrement reconnue au Mexique (où elle est la seule femme à figurer sur un billet de banque). Ses écrits sont très variés, et comportent notamment des sonnets d’une inspiration très profane, comme nous le voyons ci-dessous :

 

Detente sombra…

Detente, sombra de mi bien esquivo
Imagen del hechizo que más quiero,
Bella ilusión por quien alegre muero,
Dulce ficción por quien penosa vivo.

Si al imán de tus gracias atractivo
Sirve mi pecho de obediente acero,
¿Para qué me enamoras lisonjero,
si has de burlarme luego fugitivo?

Mas blasonar no puedes satisfecho
De que triunfa de mí tu tiranía;
Que aunque dejas burlado el lazo estrecho

Que tu forma fantástica ceñía,
Poco importa burlar brazos y pecho
Si te labra prisión mi fantasía.

 

Arrête-toi, ombre…

Arrête-toi, ombre de mon amour fuyant,
Reflet du mauvais sort que pourtant j’aime tant,
Eclatante illusion par qui je meurs joyeuse,
Douce fiction par qui je vis si malheureuse.

Si, de tes grâces, cet aimant ensorcelant,
S’arrime à mon cœur fait d’acier obéissant,
Pourquoi me berces-tu de paroles flatteuses
Si ensuite elles sont à chaque fois trompeuses ?

Ainsi, tu ne peux pas tirer gloire, ravi,
Du triomphe sur moi de ton jeu tyrannique ;
Car, quoique tu te ries de ce lien étréci

Qu’a embrassée ainsi ta forme fantastique,
Même si te te joues de mes bras, de mon sein
C’est bien ma fantaisie qui en prison te tient.

(Traduction /adaptation de Claudine Sigler)

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HOLZWEGE/CHEMINS QUI NE MÈNENT NULLE PART (création personnelle, 6)

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   Bonjour Madame, Ca va? Ah, quel temps pourri, etc. Dialogue étrange, hier, dans l’ascenseur, avec la nièce d’un ancien président de la République, infirmière en psychiatrie à la retraite, qui vit avec son fils, manifestement dépressif dans ma résidence porte de Montreuil. Pas de ressemblance physique avec son oncle, que j’ai par ailleurs déjà croisé au musée. Juste une femme de petite taille, déjà âgée, au fort caractère, si on en croit le concierge sicilien, habillée sobrement mais élégamment, et qui fait ses courses au Monoprix.
Et, vers Maraîchers, derrière la station de métro, en face de la Société Générale, ce clone de Martin Heidegger: même pardessus, même petit chapeau allemand ringard, à la Derrick, même petite moustache avec cet air concentré, digne, quelque peu empesé, même serviette en cuir marron, avec des mocassins de vieux, à pompons. Comme une réincarnation sortie du Lidl

« LA BONNE VIE » DE ROGER GILBERT-LECOMTE (1907-1944). UNE LECTURE MUSICALE!

   Un lecteur du blog, ami des réseaux sociaux, m’a envoyé il y a quelques semaines sa propre adaptation de « La Bonne vie », poème le plus célèbre de Roger Gilbert-Lecomte, figure emblématique du « Grand Jeu ». Mort prématurément du tétanos en pleine guerre, usé par les drogues, l’homme est enterré à Reims, et nous l’avons déjà cité sur « Page Paysage ».

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Je suis né comme un porc
Je suis né comme un dieu
Je suis né comme un mort
Ou ne valant pas mieux
J’ai joui comme un porc
J’ai joui comme un vieux
J’ai joui comme un mort
J’ai joui comme un dieu
Sans trouver cela mieux
J’ai souffert comme un porc
J’ai souffert comme un vieux
J’ai souffert comme un mort

J’ai souffert comme un dieu
Et je n’en suis pas mieux

Je mourrai comme un vieux
Je mourrai comme un porc
Je mourrai comme un dieu
Je mourrai comme un mort
Et ce sera tant mieux

SURRÉALISTES 21: « PATCHWORK » (MADELEINE NOVARINA)

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Notre article sur Madeleine Novarina et Sarane Alexandrian

ANGST 21

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