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« GENGIS JOBS », JEAN-MARC PROUST, éditions Rafael de Surtis, 2017 (article à paraître dans « Diérèse » 72, printemps 2018).

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   Rapprocher Gengis Khan (1155-1227) de Steve Jobs (1955-2011) peut apparaître sinon délirant, du moins singulier. Quels rapports entretiennent effectivement un chef de guerre mongol du XIIème-XIIIème siècle, et le fondateur d’Apple, sinon leur réputation universelle ? Le titre programmatique du nouveau livre de Jean-Marc Proust, une nouvelle fois publié par Paul Sanda et les éditions Rafael de Surtis, a de quoi surprendre. Quelle identité attribuer à ce « Gengis Jobs » ? Et comment confondre, ou du moins associer, la figure d’un informaticien brillant, et celle d’un guerrier pour le moins sanguinaire, bien que révéré dans son pays d’origine ?
La postface nous apporte quelques éléments de réponse. Le collage, selon Jean-Marc Proust, n’est pas surréaliste mais critique, déclare effectivement François Huglo, soulignant ainsi la dimension éminemment politique d’un tel ouvrage. D’une part, Gengis Khan, qui a mené bataille depuis la Chine jusqu’aux portes de l’Europe apparaît comme un des premiers agents de la mondialisation. D’autre part, Steve Jobs demeure marqué par l’esprit new age, hippie, d’essence orientale, de celui qui, par son idéologie libertaire, a aboli les frontières, et a servi de caution morale au libéralisme, dans sa phase actuelle, pour reprendre les idées de Michel Clouscard. Enfin, chacun à leur manière, Gengis Khan et Steve Jobs sont des meurtriers. D’un côté, le despote mongol a massacré des millions de personnes, et anéanti de nombreuses cités, dont la brillante Ispahan. D’autre part, Jobs, rebelle (…) devenu homme d’affaire, pour reprendre les termes de Proust, est aussi un tueur économique de masse, et, indirectement, un destructeur, sur le plan strictement écologique.
La forme même du livre a de quoi déconcerter le lecteur rationnel. Le destin des deux personnages est au départ mêlé, à travers des paragraphes séparés, avant d’être clairement dissocié en différents chapitres, numérotés en chiffres romains, de I à XXVII, pour mieux nous rappeler qu’il s’agit là d’une épopée, ou plutôt de deux épopées n’en formant qu’une : celle, sanglante, du « loup bleu », et l’autre, sorte de success story financière. On songe évidemment aux procédés du cut up, à la poésie objectiviste d’Outre-Atlantique, par essence marxiste. À la manière de Charles Reznikoff, ou de George Oppen, J.M. Proust mêle en effet chiffres concrets, statistiques, faits historiques et dates, tout en soulignant certains mots en capitales, en jouant sur la typographie : Jobs humilie ses collaborateurs et ses lubies entraînent un surcoût et des retards. NeXT DANS LE MUR. PEROT INVESTIT 20 MILLIONS DE DOLLARS (page 42). La froideur du ton, l’absence délibérée de lyrisme placent définitivement J.M. Proust, que nous avons évoqué à travers un précédent numéro , dans une filiation venue d’outre-Atlantique. Par-delà l’actuelle vogue du haïku, et au rebours d’une tendance assez romantique, sinon spirituelle, dans le champ poétique d’aujourd’hui, J.M. Proust choisit définitivement le réel. Une démarche originale.

 

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SURRÉALISTES 7: « LES BALEINES » PAR PRISCA POIRAUDEAU

   Notre amie, la jeune Prisca Poiraudeau, s’est inspirée de notre poème « Les Baleines » (paru dans le recueil Petites fables, chez Rafael de Surtis, sous les auspices de Paul Sanda). Nous reproduisons donc ici sa toile, ainsi que le poème, et la remercions chaleureusement. Notons également que son prochain livre, L’Âme-chambre, sortira en début d’année chez Unicité.

Notre présentation de « Fée noire », le blog de Prisca Poiraudeau

Notre lecture de « La demeure des chiens fantômes »

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« L’âme-chambre sous les eaux » par Prisca Poiraudeau.

 

LES BALEINES

Grandes baleines de la douleur.

Blanches comme la Lune, leur œil rond et bleu semble à jamais figé dans la mélancolie.

Au moment de mourir, elles échouent sur le rivage nu. Leur cri lamentable fige ciel et terre. Poissons, crabes, mouettes et hommes s’arrêtent dans ce puissant sonar.

Le Soleil se noie de cendres.

CINÉ-CLUB 9: « MONSIEUR FANTÔMAS », ERNST MOERMAN (1897-1944), UN FILM AVEC LE PÈRE DE JOHNNY!

  En dépit de son aspect souvent décalé, pour ne pas dire intimiste, ce blog n’est pas tout-à-fait en dehors du Monde et de l’actualité. On parle beaucoup, ces derniers temps, de la mort de Johnny Hallyday, devenu héros national, et en quelque sorte panthéonisé, tant par les médias que par le gouvernement, qui lui a donné des funérailles grandioses (à l’instar du grand Hugo). À titre privé, je n’ai jamais rejeté l’homme, qui donnait l’impression d’une certaine sincérité. En revanche je n’ai jamais adhéré à ses chansons, hormis peut-être Tennessee, écrite par Michel Berger (car n’oublions pas que Johnny fut un interprète). Petit serrement au cœur, malgré tout, à l’annonce de sa disparition, car l’homme représentait une part de l’histoire de France, de cet Hexagone des « petits blancs », des ouvriers moqués par Cabu, au moins symboliquement. Cela étant il eut convenu de raison garder, de ne pas faire une sorte de psychodrame national du décès d’un artiste ayant bien vécu, et mort à 74 ans. La chose paraît certes impossible, dans le cas du journalisme. Bast! Revenons en à la poésie.

  … Et donnons un ciné-club putaclick, selon l’expression consacrée, mais fidèle à l’esprit de « Page paysage » en présentant ce court-métrage surréaliste de l’écrivain et réalisateur belge Ernst Moerman (1897-1944). Tourné en 1937, et salué par Paul Éluard, Monsieur Fantômas présente la particularité de faire jouer un certain Léon Smet (1908-1989), acteur wallon, père naturel de Johnny l’ayant peu ou prou abandonné peu après sa naissance. Devenu une sorte de semi-clochard, l’homme, qui ignorait son fils, repose désormais au cimetière de Schaerbeek non loin de René Magritte. Nous n’en dirons pas davantage. Johnny est devenu un sujet trop sérieux, et trop sensible!

RAMON LOPEZ VELARDE, 1921 (ITZPAPALOTL, série mexicaine, 2)

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   Nous présentons aujourd’hui notre second numéro d' »Itzpapalotl », série consacrée à la culture, et plus particulièrement à la poésie mexicaine. Créée il y a un mois sur l’impulsion de notre lectrice et amie Claudine Sigler, fidèle du blog, « Itzpapalotl » (littéralement « papillon d’obsidienne » en langue nahuatl), paraîtra donc mensuellement. N’étant jamais allé au Mexique, grande terra incognita, en ce qui me concernce, je ne peux que souscrire au projet et le défendre. Une porte vers la littérature internationale, évidemment. Nous y reviendrons lors de nos traditionnels vœux de nouvelle année, le 1er janvier. Laissons la parole à Claudine, qui a donc traduit, et préfacé, ce texte de Ramon Lopez Velarde, daté de 1921.

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Ramon Lopez Velarde (1888-1921)

Ramon Lopez Velarde (1888-1921)
Né à Zacatecas, et mort à Mexico, durant sa courte vie (33 ans) il fut avocat, journaliste, enseignant, et publia simultanément trois recueils de poésie. Dans le dernier d’entre eux, édité après sa mort, se trouve La Suave Patria (la Douce Patrie), un long texte épique, lyrique, composé à l’occasion du premier centenaire de l’Indépendance du Mexique.
Ce texte est considéré aujourdui comme le “Poème National” du Mexique, et étudié régulièrement dans les écoles. Nous en livrons ici un extrait traduit en français, où nous avons tenté de reproduire son élan et sa vibration (la versification du texte original est par ailleurs de facture très classique, ce dont ne rend pas compte la traduction).

« LA SUAVE PATRIA »
Poema de Ramon Lopez Velarde (1921)

 

(…) Suave Patria: permite que te envuelva
En la más honda música de selva
Con que me modelaste por entero
Al golpe cadencioso de las hachas,
Entre risas y gritos de muchachas
Y pájaros de oficio carpintero.

Primer acto:

Patria: tu superficie es el maíz,
Tus minas el palacio del Rey de Oros.
Y tu cielo, las garzas en desliz
Y el relámpago verde de los loros.

El Niño Dios te escrituró un establo
Y los veneros de pétroleo el diablo.

Sobre tu Capital, cada hora vuela
Ojerosa y pintada, en carretela;
Y en tu provincia, del reloj en vela
Que rondan los palomos colipavos,
Las campanadas caen como centavos.

Patria: tu mutilado territorio
Se viste de percal y de abalorio.
Suave Patria: tu casa todavía
Es tan grande, que el tren va por la via
Como aguinaldo de juguetería.

Y en el barullo de las estaciones
Con tu mirada de mestiza, pones
La inmensidad sobre los corazones.

¿Quien, en la noche que asusta a la rana,
No miró, antes de saber del vicio,
Del brazo de su novia, la galana
Pólvora de los fuegos de artificio?

Suave Patria: en tu tórrido festín
Luces policromías de delfín,
Y con tu pelo rubio se desposa
El alma, equilibrista chuparrosa,
Y a tus dos trenzas de tabaco sabe
Ofrendar aguamiel toda mi briosa
Raza de bailadores de jarabe.

Tu barro suena a plata, y en tu puño
Su sonora miseria de alcancia;
Y por las madrugadas del terruño,
En calles como espejos, se vacía

El santo olor de la panaderia.

 

 

Ramon Lopez Velarde – La Douce Patrie

(…) Douce Patrie, permets que je t’enveloppe
Dans la plus profonde musique forestière
Avec laquelle tu m’as modelé tout entier
Au rythme cadencé des haches
Entre des rires et des cris d’adolescentes,
Et des oiseaux au travail fondateur.

Premier acte :
Patrie, ton aire est le maïs,
Tes mines, le palais du roi des Ors.
Et ton ciel, les hérons glissants
Et l’éclair vert des perroquets.

L’Enfant-Dieu t’a légué une étable,
Et les sources du pétrole, le diable.

Sur ta Capitale chaque heure vole
Aguicheuse et fardée, en calèche ;
Et dans ta province, de l’horloge en veille
Que protègent les palombes à queue de paon,
Les volées de cloche tombent comme des sous.

Patrie : ton territoire mutilé
Se vêt de percale et de verroterie.
Douce patrie, ton bercail est encore
Si grand, que le train serpente sur le rail
Comme une étrenne d’un magasin de jouets.

Et dans la cohue des gares
De ton regard de métisse, tu déposes
L’immensité sur tous les coeurs.

Qui, dans la nuit qui effarouche la grenouille,
N’a regardé, avant de goûter le vice,
Sur le bras de sa fiancée, la délicate
Poussière des feux d’artifice?

Douce patrie: dans ton festin torride
Tu luis de polychromies de dauphin,
Et à tes cheveux blonds se marie
L’âme, équilibriste avaleuse,
Et elle sait bien, toute ma vaillante
Race de danseurs de jarabe,
Offrir l’eau de miel à tes deux tresses de tabac.

Ton argile tinte comme l’argent, et dans ton poing
Sa sonore misère de tirelire;
Et dans les petits matins de mon terroir,
S’écoule, dans les rues comme des miroirs,
La sainte odeur de la boulangerie (…)

(Présentation et traduction par Claudine Sigler)

ANGST 16

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ÉVÉNEMENTIEL DE DÉCEMBRE 2017

Chers lecteurs,

  La vie littéraire, artistique, se poursuit, malgré la pluie, malgré le froid. Quelques éléments nouveaux, donc, pour ce dernier évènementiel de l’année 2017. Le mois de novembre a vu le nombre de visiteurs augmenter. Quelques nouveaux abonnés, parmi lesquels un jeune poète et un ufologue, que je ne nommerai pas. Un premier visiteur irakien, également, ce qui constitue évidemment une agréable surprise. Mais venons en aux faits!

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Pétrarque, par Jacques Cauda. 

  Réalisateur, écrivain, peintre, illustrateur, notre ami Facebook Jacques Cauda expose depuis le 1er décembre, avec d’autres artistes, à la librairie « Équipages », au 61 rue de Bagnolet, 75020 PARIS (métro Porte de Bagnolet). Les éditions Tinbad, chez lesquels l’homme a publié Comilédie, sont également présentes. Venez donc avant le 31.

 

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La conteuse Karine Leroy en pleine action.

 

   Mardi 12 décembre à 20h, Karine Leroy viendra interpréter « Les Contes de la lune verte » au Bouffadou, 93 rue des Vignoles 75020 Paris (métro Maraîchers). L’entrée est libre, et un chapeau circulera dans la soirée. Chacun peut également amener quelque chose à boire ou à manger. Ambiance conviviale. (Métro Maraîchers ou Alexandre Dumas, bus 26 64, station Orteaux)

Site de la conteuse Karine Leroy

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   Le 16 décembre, notre lecteur et ami surréaliste franco-québécois David Nadeau, animateur de la revue La vertèbre et le rossignol, présentera ses Poésies complètes à la librairie Saint Jean-Baptiste, 565 rue Saint Jean, dans la belle ville de Québec, de l’autre côté de l’Atlantique, à partir de 17 heures. Je suis déjà allé à Québec à l’occasion d’un festival de poésie (ce qui a d’ailleurs été évoqué sur le blog), mais hélas pour le coup je ne pourrai pas être présent. Je le signale néanmoins à l’attention de mes amis canadiens, puisque certains semblent suivre « Page paysage ».

meaux café poésie

  Organisé par notre ami Pascal Mora, le traditionnel café-poésie de Meaux se tiendra lui ce même 16 décembre. Tout est indiqué sur cette belle affiche. Je serai de la partie (pour la première fois!)

cénacle ruhaud etienne

  Organisé par notre ami poète, l’increvable Marc-Louis Questin, alias Lord Mandrake, le prochain Cénacle du cygne se tiendra le jeudi 28 décembre, peu après Noël, à partir de 20 heures, à La Cantada II, 13 rue Moret, 75011 PARIS, métro Ménilmontant. Je serai présent. Pas de thèmes imposés, cette fois-ci. Freestyle, comme disent les Anglo-Saxons et les jeunes!

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  Dans notre événementiel de novembre, nous évoquions le groupe pictave « Wallack », en plein essor. Vous pouvez d’ores et déjà soutenir leur projet en achetant le disque à sortir en janvier, soit le mois prochain, via la plateforme Ulule (suivre le lien ci-dessous). Un don de 10 euros vous permettra d’acquérir le produit. Plusieurs extraits sont disponibles sur Internet.

     Avant de vous souhaiter à tous de bonnes fêtes de fin d’année (avec un peu d’avance, il est vrai), évoquons le court-métrage Gypsies, par notre ami Stéphane Rizzi. Le tournage commence aujourd’hui même, dimanche 3 décembre, en Seine-Saint-Denis. Je suis à titre privé très fier d’en être le dialoguiste non exclusif, et d’avoir signé mon premier contrat de production il y a maintenant deux semaines. On retrouvera dans ce petit film notamment l’actrice syro-égyptienne Nanda Mohammad. Notre précédent travail, Cantate/macabre, ayant rencontré un certain succès (dans le milieu underground indépendant), on espère qu’il en ira de même pour cette histoire.

  Et joyeux Noël!!

 

 

 

BLOGORAMA 28: RICHARD KHAITZINE

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   Ce blogorama présente un site original, consacré par une fille à son père. Lydia Khaitzine, fille du regretté Richard, écrivain atypique disparu en 2013, veut en effet faire connaître et reconnaître l’œuvre relativement confidentiel de ce penseur anticonformiste, attiré par différentes activités de l’esprit. Laissons lui donc la parole.

   Le blog de Richard Khaitzine a été créé pour faire part de son activité littéraire mais pas uniquement… celui-ci se voulait ludique et culturel au sens large. Richard Khaitzine était scénariste, écrivain, conférencier, historien et journaliste. Il se définissait comme un agitateur d’idées, un penseur libre. Celui-ci s’était spécialisé dans l’étude des philosophies, des religions, des mythes et du symbolisme sous toutes ses formes. Après son décès, sa fille Lydia Khaitzine a repris le blog de son père dans un but de perpétuer sa mémoire et de promouvoir sa pensée et ses oeuvres. Ce blog était un moyen aussi d’annoncer aux lecteurs et à tous ceux qui le connaissaient… tous projets concernant Richard Khaitzine.

Le blog de Richard Khaitzine (cliquer sur le lien)

NB; Nous serons probablement amenés à reparler de Richard Khaitzine. En attendant, les plus courageux (motivés?), peuvent consulter sa page Wikipédia.

Page Wikipédia consacrée à Richard Khaitzine.

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