PAGE PAYSAGE

Accueil » Non classé

Archives de Catégorie: Non classé

MÉMOIRE DES POÈTES (bis): « LES ESPACES DU SOMMEIL » (ROBERT DESNOS)

Le poète surréaliste Robert Desnos (1900-1945) est né à Paris le 4 juillet 1900. Une pensée pour lui.

Robert Desnos (1900-1945), poète français, en 1927. Credit:Henri Martinie / Roger-Viollet

LES ESPACES DU SOMMEIL

Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s’y heurtent confusément
avec des créatures de légende cachées dans les fourrés.
Il y a toi.

Dans la nuit il y a le pas du promeneur
et celui de l’assassin et celui du sergent de ville
et la lumière du réverbère
et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.

Dans la nuit passent les trains et les bateaux
et le mirage des pays où il fait jour.
Les derniers souffles du crépuscule
et les premiers frissons de l’aube.
Il y a toi.

Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Une horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a toi l’immolée, toi que j’attends.

Parfois d’étranges figures naissent
à l’instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux,
des floraisons phosphorescentes apparaissent
et se fanent et renaissent comme des feux d’artifice charnus.
Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.

Et l’âme palpable de l’étendue.
Et les parfums du ciel et des étoiles
et le chant du coq d’il y a 2,000 ans
et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.

Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde
et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
Il y a toi sans doute que je ne connais pas,
que je connais au contraire.

Mais qui, présente dans mes rêves,
t’obstines à s’y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable
dans la réalité et dans le rêve.

Toi qui m’appartiens de par ma volonté
de te posséder en illusion
mais qui n’approches ton visage du mien
que mes yeux clos aussi bien au rêve qu’à la réalité.

Toi qu’en dépit d’un rhétorique facile
où le flot meurt sur les plages,
où la corneille vole dans des usines en ruines,
où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb.

Toi qui es à la base de mes rêves
et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses
et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit il y a les étoiles
et le mouvement ténébreux de la mer,
des fleuves, des forêts, des villes, des herbes,
des poumons de millions et millions d’êtres.

Dans la nuit il y a les merveilles du mondes.
Dans la nuit il n’y a pas d’anges gardiens
mais il y a le sommeil.
Dans la nuit il y a toi.

Dans le jour aussi.

« La magie noire », René Magritte, 1943.

BRAVO! AFARIN!

L’Iranienne Zahar Amir Ebrahimi a obtenu une palme pour son interprétation dans le film Holy spider (Les nuits de Mashad) d’Ali Abassi. J’ai ici traduit un bref passage de son discours, un peu au hasard.

« Je suis très reconnaissante. Ce mélange de vie et d’ombres… Ca m’a sauvée. Et ça va sauver encore des vies en Iran, en Afghanistan, au Mali, dans les banlieues parisiennes. Ce film, Les Nuits de Mashad, parle des femmes, de leur corps (…). Tout ce qu’on ne peut montrer en Iran ».

ANGST

AURORA CORNU (1)

Roumaine, rohmérienne… Bientôt l’éléphant blanc nous amènera rive gauche, en compagnie de Pierre Cormary, pour parler de l’actrice et femme de Lettres Aurora Cornu, en un récit bio-autobiographique. Parution du livre début automne chez Unicité, dans ma chère collection.

« LES CHÂTEAUX DE L’ENFANCE S’ÉLOIGNENT » (MAURICE PIALAT)

L’église orthodoxe Saint-Séraphin-de-Sarov a brûlé le 17 avril 2022.

Nichée derrière une porte cochère verte, 91 avenue Lecourbe, la petite chapelle russe Saint-Séraphin-de-Sarov n’aura donc pas résisté aux flammes, ce dimanche de Pâques. Les croyants y verront un signe. Les russophobes pratiquants (haine permise, sournoise), adeptes de la reductio ad poutinum, ne sachant distinguer un autocrate impérialiste d’une culture ancienne, si riche, s’en réjouiront lâchement, en mode mineur, sur le refrain « Bien fait! » ou « On va pas les plaindre ». Les complotistes y verront une attaque, lors qu’il ne s’agit sans doute que d’un banal incident.

N’étant ni orthodoxe, ni tsariste, ni rien du tout, j’éprouve cependant une certaine peine à imaginer l’édifice, construit par des Russes exilés, à jamais disparu. J’aimais y emmener des amis, de la famille, non pour assister aux offices, que je trouvais d’ailleurs fort beaux avec leurs choeurs de basse, leurs voix féminines, mais pour admirer l’isba consacrée au milieu du jardin, en plein centre, si incongrue et pourtant si émouvante, avec ses clochetons bleus, sortis d’un conte. C’était comme partager un coin à champignons, faire découvrir un bon restaurant, un lieu enchanteur inattendu, par-delà gaz d’échappement, foules, smartphones et tracas urbains. L’intérieur était orné d’icônes colorées, quasi naïves, tel un rêve slave.

Mardi 24 Pédale 149 Nativité de St Stéphane, faune, fête suprême quarte

Ces Nymphes, je les veux perpétuer…

28 VENTÔSE, AN 230 (CAPILLAIRE)

La Nymphe du Rivage aux Poissons fait la guerre,

Dans ce Mois où les Vents déchaînés et les eaux,

Les font rentrer au Fleuve & rendent à la Terre,

La Prairie où les Fleurs ramènent les Oiseaux.

ANGST 11/09

DÉCADE II, DUODI DE FLORÉAL DE L’AN 229 DE LA RÉVOLUTION, FÊTE SAINFOIN.

MÉMOIRE DES POÈTES: MICHEL ZIMBACCA (1924-2021)

Me suis rendu, ce matin, à l’enterrement de Michel Zimbacca, 96 ans, à Pantin (mes récentes pérégrinations n’ont aucun rapport). La cérémonie, rythmée par la musique de Louis Armstrong, fut sobre et émouvante, et les cieux devaient rester cléments. En 2008, peu après mon arrivée à Paris, je fréquentais le groupe surréaliste en compagnie de Marie-Dominique Massoni, Pierre-André Sauvageot et de Guy Girard, qui devint un copain. J’étais un peu intimidé, et Michel Zimbacca, en grand aîné, se montra à la fois accueillant et chaleureux, m’encourageant à lire mes contes animaliers. Je ne suis hélas jamais parvenu à faire son interview. A la fois cinéaste professionnel (il travaillait pour EDF), poète et plasticien, l’homme a connu la grande période du surréalisme: Breton, Peret, etc. Hélas il évoquait peu le passé, parlant peu de ses voyages en Amérique latine. On lui doit notamment L’invention du monde, film ressorti en DVD. J’en reparlerai.

(On reconnaît Michel Zimbacca (cf. post précédent), tout à fait au fond, au deuxième rang, posant sa main sur l’épaule d’une belle jeune femme blonde. A ses côtés, Clovis Trouille puis Juan Andralis. Remarquons également, adossé à la colonne, un certain Julien Gracq. Au premier rang, Man Ray, une jeune femme inconnue (donc), Max Ernst, Alberto Giacometti, André Breton, Benjamin Peret et Toyen. Le jeune homme souriant au deuxième rang est Jean-Pierre Duprey. Juste au-dessus de Toyen, Simon Hantaï et Wilfredo Lam tenant une pipe)

%d blogueurs aiment cette page :