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UN ENTRETIEN AVEC CATHERINE ANDRIEU (PARU DANS LA REVUE « LE PORTULAN BLEU » N°38. MAI 2022). SÉRIE « LA VOIX DES AUTEURS »

ENTRETIEN AVEC CATHERINE ANDRIEU (paru dans la revue Le Portulan bleu, mai 2022)

   Née à Metz en 1978, Catherine Andrieu grandit au bord de la Méditerranée. Enseignant brièvement la philosophie, elle s’installe finalement à Paris en 2004 pour préparer l’agrégation mais abandonne toute pratique professionnelle suite à un grand bouleversement intérieur. Consacré à Spinoza, son premier livre paraît en 2009 chez l’Harmattan. Désormais tournée vers la poésie, la peinture, la jeune femme expose dans plusieurs galeries dans la capitale comme en province et publie de nombreux recueils. Catherine Andrieu vit depuis peu à Royan, où elle poursuit une œuvre singulière, originale, parfois troublante, tout en s’adonnant au piano.

ENTRETIEN AVEC CATHERINE ANDRIEU

  1. Plusieurs recueils sont illustrés par tes propres peintures. Tu es à la fois plasticienne, poétesse, et musicienne, comme l’indique le titre Piano sur l’eau. Établis-tu une correspondance entre ces trois activités créatives ?

J’établis d’abord une distinction entre la création et la seule interprétation. Le piano, c’est mon travail. Bien sûr c’est faux, mais je veux dire que j’y travaille, avec la notion d’hygiène, de régularité, d’effort et de progrès. J’ai l’impression -c’est étrange peut-être- que le piano fait appel à une intelligence scientifique, mathématique. Intelligence à laquelle je n’ai plus accès dès lors que je suis préoccupée.

Le piano m’a accompagnée toute ma vie, même quand je ne pouvais en jouer. J’ai commencé enfant. Mais je n’ai jamais créé, même si j’estime posséder un certain sens musical. Ainsi conçu, le piano implique l’existence d’une contrainte. Cela n’a rien à voir avec mes activités de plasticienne et de poétesse. La musique, c’est en quelque sorte une forme de méditation et d’ascèse. J’ai abandonné la peinture il y a plusieurs années. Cela ne veut pas dire que je n’y reviendrai pas, mais disons que c’est par le contact avec la matière (je peignais souvent avec les mains) que j’ai retrouvé les racines les plus profondes de ma créativité. A vingt ans j’étais une jeune intellectuelle, et j’avais perdu la spontanéité que je pouvais avoir quand je ne me comparais pas encore à Nietzsche ou Heidegger. À vingt-six ans un ami d’enfance s’est suicidé, ce qui m’a bouleversé. J’ai eu besoin de retrouver un ancrage dans ma sensorialité et n’ai pu le faire qu’en peinture, sans formation préalable, avec une naïveté probablement confondante pour quelqu’un qui aurait étudié. J’ai fait néanmoins de nombreuses expositions, à Paris et dans les Ardennes. Mais je ne me sentais pas toujours vraiment « légitime », ni non plus en accord avec une culture contemporaine hyper expérimentale axée vers les installations, la vidéo. Pour finir, je me suis mise à écrire comme je peignais, et j’ai retrouvé la spontanéité de mes quinze ans. L’écriture me suffit. A six ans j’étais poète. C’est comme ça, un don, ça ne s’explique pas. L’écriture est mon territoire.

2.Dans un précédent recueil, tu évoques le physicien et penseur Stephen Hawking[1]. Par ailleurs, tu es philosophe de formation et tu as publié un ouvrage sur Spinoza[2]  Là aussi, te sens-tu marquée, lorsque tu écris, par ta formation de philosophe ?

Oui, sans aucun doute. La philosophie m’a apporté la rigueur et la logique dont je manquais. Elle a complètement structuré mon écriture. Mais elle m’a fait perdre mon identité propre, stylistiquement parlant, pendant des années. C’est pour ça qu’il m’a fallu, après huit ans d’études, passer par la peinture, telle Mary Barnes avec ses excréments. J’ai en effet inventé une façon de m’exprimer au carrefour de toutes mes influences : forme un peu « affectée », surannée parfois, mélangée d’oralité, de culture populaire et de ce qui me constitue dont je n’ai qu’une vague idée. Mon livre sur Spinoza date de l’époque « philo », il est très ardu. Quant à l’astrophysicien Hawking, c’est très différent : je suis tombée éperdument amoureuse de cet homme ! Je me suis passionnée pour sa recherche et sa vie et j’ai écrit sur lui : un recueil entier, et un poème seul dans Piano sur l’eau. J’ai toujours pensé que l’intelligence était érotique. Et Stephen Hawking était très, très intelligent.

3.Refuge, journal de l’oubli, est dédié à tes chats Paname et Lune, que tu déclares aimer passionnément (Oui, je t’aime, ma petite Lune, je t’aime infiniment, p. 28). Comment expliques-tu cet attachement aux félins ? Te sens-tu plus proche du monde animal ?

Je suis fondamentalement antispéciste. Ce n’est pas parce que j’aime les animaux, c’est parce que je les respecte, comme dit Aymeric Caron. Je ne donne pas dans l’anthropocentrisme. Les seuls animaux que j’aime vraiment sont les félins. Je crois qu’ils me fascinent parce qu’ils sont dangereux. Les chats aussi sont dangereux, les vétérinaires en ont souvent peur. Un chat ne fait que ce qu’il veut, et j’aime cette liberté. Mais, bien que j’aie des chats depuis l’âge de quatre ans, je ne les ai pas tous aimés également. Avec Paname, dont je parle dans Piano sur l’eau et Refuge, journal de l’oubli, j’ai vécu une passion folle et douloureuse. Je n’ai jamais pu penser à lui sans anticiper sa disparition. Il était une petite âme vivant à mes côtés. Il était mon amour absolu, je ne peux rien ajouter à ça. Quant à Lune, elle est arrivée il y a peu dans ma vie, c’est encore un bébé chat mais elle a déjà du caractère!

Revue Le Portulan bleu. Un chaleureux merci à Martine Rigo-Sastre.

4.Pour autant, les êtres humains sont bel et bien présents dans ton livre, qui constitue une série d’hommages appuyés à tes anciens amoureux, à ton éditeur, l’éclaireur Paul Sanda (p. 33), à tes proches. Ainsi, Refuge, journal de l’oubli, constitue-t-il en quelque sorte une galerie de portraits, une autobiographie?

Je crois que ton analyse est très juste, que ce journal, cette galerie de portraits comme tu dis, est en réalité une forme d’autobiographie, et je suis coutumière du genre. Pourquoi ai-je parlé de ces personnes-là en particulier? Je n’en peux rien dire consciemment, mais il y a sûrement un fil d’Ariane, quelque chose qui échappe. Il y a des images comme des leitmotiv dans mon œuvre, et quelques personnes qui reviennent jusque dans Refuge, c’est le cas de mon père qui a une problématique avec la mémoire, d’où le titre. Je voulais vraiment rendre hommage à mon éditeur Paul Sanda, parce qu’il est extraordinaire, et qu’il me guide sur mon chemin d’auteur. Paul Sanda voit clair en moi, révélant une part d’obscurité. Paul est présent à chaque étape de ma création. En particulier pour ce recueil, Refuge était encore en germe, tel un brouillon, et Paul a vu la forme que cela allait prendre. Sans lui j’étais foutue !

5.À ce propos, pourquoi parler de journal de l’oubli ? La mort est très présente dans ton recueil et tu fais souvent allusion à des amis disparus, notamment un enseignant ou un camarade de classe suicidé. Est-ce pour garder mémoire, pour garder trace, que tu écris ? Tu cites la formule de Borges, en guise d’épilogue : qui parle de concave mémoire humaine (p. 35).

Ce qui me fascine et me tourmente, c’est l’ultime respiration dans le passage de vie à trépas. Elle contient en elle le Mystère de la vie dans son entier, et davantage peut-être. C’est très banal de dire ça, mais je retiens de ma formation qu’être philosophe c’est souvent s’interroger comme un enfant à propos d’un monde auquel l’on ne s’habitue pas. Je suis hantée par la mort, complètement. Comme je suis malade psychique et très fragile, j’ai souvent attiré des personnes qui l’étaient tout autant que moi, et trois de mes amis se sont suicidés avant l’âge de trente ans. De façon moins brutale mais tout aussi tragique, j’ai perdu, comme tout le monde, des êtres chers, emportés par la maladie, parfois au terme de grandes souffrances. L’absurdité apparente de la vie tient à la beauté de l’éphémère, et j’ai eu l’occasion, grâce à un chat, de faire une expérience surnaturelle il y a peu. Tout cela me laisse à penser que le hasard n’est que le point de vue de notre ignorance. Je ne crois pas en un Dieu anthropomorphique bien sûr, mais je crois en une forme de persistance de l’âme. Mais oui, pour répondre à ta question, il s’agit d’un journal contre l’oubli, l’écriture comme ce refuge où je peux encore vivre un peu avec mes souvenirs et mes morts. Je pense pouvoir dire que mon œuvre est de bout en bout anamnèse. Et aussi que je suis incapable, ou à peu près, de légèreté (rires).

6.Tu alternes prose et vers libres. Tu as par ailleurs, par le passé, pratiqué le vers régulier, en hommage à un père amateur de littérature classique. Où te sens-tu le plus à l’aise ?

Je pense que les récits que j’ai publiés aux éditions Rafael de Surtis, regroupés dans le recueil Des nouvelles du Minotaure, sont ce que j’ai fait de mieux, et ne sont pas, à proprement parler de la poésie, à l’exception de Hawking ; Etoile sans origine. J’aime la prose, je la préfère aux vers libres, bien que ceux-ci me soient plus faciles. Les vers rimés, non, je n’aime pas du tout, bien que j’aie donné dans ce style en hommage à mon père et sous pseudonyme.

7.La couverture de Piano sur l’eau représente la mer, vue depuis ton balcon. Tu as longtemps vécu dans la capitale avant de déménager pour Royan, au bord de l’Atlantique. Tu évoques parfois l’élément marin. Ce changement de lieu a-t-il joué un rôle décisif dans ton écriture ?

Oui, j’ai vécu dix-huit ans à Paris, et m’y suis sentie complètement inspirée, absorbée par une forme de noirceur et de goût pour la provocation. Je voulais défier les dieux. La sexualité y tenait une bonne place, mais bien sûr ça n’était pas l’essentiel de cette fantasmagorie poétique débridée. En revanche, d’un point de vue plastique, mes dessins numériques sur photographie (qu’on retrouve sur mon site) formaient un vrai ensemble érotique qui, paradoxalement, plaisait énormément aux galeristes. J’étais influencée, jusque dans mon écriture, par une esthétique underground. Mais sur les photos mes femmes avaient quelque chose de la petite fille violée, et dans mes textes le plaisir était humiliant. J’avais la rage contre l’entité qu’on appelle Dieu, mes amis étaient morts et le ciel déserté. Quant à moi, j’étais malade. Les trois dernières années j’ai publié une dizaine de textes, mais je ne sortais plus de chez moi. J’ai décidé de rejoindre mes vieux parents à Royan, une nuit où j’ai été hospitalisée, atteinte de la Covid. Je revenais aux sources et revoyais l’océan, moi qui avais grandi en Méditerranée, fille du soleil et de la mer. Les couleurs ne sont pas les mêmes, et Royan ne sera jamais Collioure ;c’est ma jeunesse qui s’en est allée. Cela étant mon appartement donne sur le port et sur le rivage, comme on le voit sur la couverture de Piano sur l’eau, c’est complètement hallucinant, idyllique. Avec la présence de la mer, j’ai retrouvé la petite fille qui courait sur les rochers, son innocence et sa pureté. Et c’est avec ça, après une longue imprégnation, que je me suis (re)mise à écrire, d’abord Piano sur l’eau, donc, puis Refuge, journal de l’oubli, et c’était si pur et si différent. Il y est toujours question de la mémoire et de l’oubli, du souvenir et de la perte. J’y parle beaucoup de mes chats aussi. Je n’aurais pas pu écrire comme je l’ai fait sans le mouvement des marées. C’est du moins ce que je crois si j’en juge par la magie du lieu… Et les fées lumineuses qu’on y rencontre la nuit (rires). 

8.Sur la couverture de Refuge, journal de l’oubli, figure Christ enfant méditant, tableau attribué à Mathieu Le Nain. Un de tes livres s’appelle J’ai commencé à dessiner des anges[3]; et tu qualifies à plusieurs reprises tes chats d’anges. Te sens-tu mystique ? Ta poésie possède t-elle une dimension métaphysique ?

Quand j’étais enfant, ma maman, qui est très pieuse, me disait que les morts portaient des ailes, et je trouvais cela magique : ça expliquait pourquoi ils pouvaient rester au ciel sans tomber! Ma sœur, quant à elle, croit que nos chats sont nos anges. Et moi, en bon auteur, j’absorbe ces croyances pour en faire un objet poétique. Si tu me demandes si j’y crois je dirais non, absolument pas, bien que j’aie réussi, (et je ne demande pas à ce qu’on me croie) à entrer en contact avec mon chat Paname quelques minutes après sa mort. Toute ma vie j’ai attendu ce signe, et il est venu de l’être dont j’ai été le plus proche ces treize dernières années. À présent je n’ai plus peur de la mort. Pour te répondre enfin, non, je ne me sens pas mystique, et ma poésie, qui est profonde je crois, a une dimension non pas métaphysique mais existentielle. La figure du Christ, néanmoins, m’interroge et ne cesse de ma fasciner.

9.On sent, dans ta poésie, une souffrance à la fois psychologique et physique, puisque tu y évoques à la fois la maladie mentale et la dégradation du corps. Vois-tu, précisément, la poésie comme un exutoire ? Penses-tu, comme L.F. Céline, qu’il faille mettre ses tripes sur la table ? Derrière cette mélancolie, cette nostalgie, pointent parfois des instants de joie. Te sens-tu parfois heureuse quand tu écris, ou heureuse d’écrire ? Crois-tu qu’écrire permette d’échapper au désespoir ?

La dégradation psychologique implique la dégradation physique. Les antipsychotiques m’ont fait prendre beaucoup de poids. Ce n’est pas si facile à vivre dans une société de l’image et de la comparaison, a fortiori lorsqu’on vous compare à celle que vous avez été. J’étais une très jolie jeune fille qui a été aimée globalement pour de mauvaises raisons, je m’en suis aperçue rétrospectivement. La vraie lumière, c’est maintenant que je la partage avec les gens. Pour me décentrer un peu, tout le monde a des incidents de parcours ou bien vieillit tout simplement. Je crois que le Sens, vraiment, c’est ça : apprendre à se dépouiller de ce qui n’est pas essentiel. Sinon il n’y a que dans la vieillesse qu’enfin la société vous lâche, comme le disait Deleuze. Je n’ai pas le goût de la poésie formaliste, hermétique ou trop intelligente. D’ailleurs je n’ai pas d’avis sur ce qu’est la poésie et ne sait pas si elle peut changer le monde. J’ai juste besoin de m’exprimer. Je le fais, avec un certain soulagement et parfois jusqu’à l’épuisement car je travaille très vite, souvent dans la joie. Oui, je mets mes tripes sur la table. Beaucoup jugent cela naïf (quand je parle de mes chats par exemple) ou indécent. Ce n’est ni bien ni mal. C’est.

Mars 2022.


[1] Hawking ; étoile sans origine, Rafael de Surtis, 2018.

[2] De l’éternité du mode fini dans l’Ethique de Spinoza, L’Harmattan, Paris, 2009.

[3] Rafael de Surtis, 2020.

Un tableau de Catherine Andrieu.

Pour consulter le site de Catherine Andrieu:

https://www.catherineandrieu.fr/

Nos précédents billets consacrés à Catherine:

« PIANO SUR L’EAU », CATHERINE ANDRIEU, ÉDITIONS RAFAEL DE SURTIS, 2021. 

Ce matin je m’étais coupé les cheveux

Juste avant de voir ton masque mortuaire

Grimaçant gueule ouverte yeux ouverts

Ton souffle comme seule preuve de ta présence

Les stupéfiants a dit le vétérinaire en te caressant

S’il savait que tu l’aurais abattu d’un seul coup de patte

Toi l’âme de la forêt sauvage

Et te voilà tu n’es pas mort mais mes cheveux

Sont devenus blancs en une seule nuit

Tu as le secret de mes nuits étoilées

La rue illuminée le soir, le manège que tu regardes

Couché sur le balcon les bateaux

Je me mets au piano et nous glissons

Sur l’eau. 

« À FLEUR DE PEAU », CATHERINE ANDRIEU, éditions Vincent Rougier, collection « Ficelle », 2020 (CRITIQUE)

   Ces jours-ci sort le nouveau recueil de Catherine Andrieu, aux éditions Vincent Rougier. Comme annoncé sur les réseaux sociaux, votre serviteur en a écrit la préface (reproduite ci-dessous).

Site de l’éditeur Vincent Rougier

Site de Catherine Andrieu

andrieu

 

  Une poésie de la mémoire…  Ainsi pourrions-nous qualifier ce nouveau recueil. Dans la lignée du premier opuscule publié[1], Catherine Andrieu se livre à une forme de confession en vers libres, évoquant les différents âges de sa vie, et plus particulièrement l’enfance, qu’il s’agisse de chimères griffonnées, portes vers l’imaginaire, ou de souvenirs plus réels, souvent plus douloureux : À l’école le Monsieur/N’a pas le droit de te toucher/Là, tu sais, entre les jambes. On ne saurait, pour autant, parler d’autobiographie au sens strict, soit d’un récit ordonné et exact, avec un début et une fin. Sous la lumière tout est flou, et, de fait, la chronologie semble totalement bouleversée, comme si l’auteur nous livrait un flux de conscience d’où la notion de temporalité, d’exactitude, semblait bannie. Les souvenirs se télescopent, se confondent, s’entremêlent en un subtil maelstrom brassant époques, figures, et lieux. Tantôt, nous voici dans la chambre de la maison familiale, tantôt nous sniffons de la poudre blanche, au milieu du rêve. Ut pictura poesis, le tout s’incarne en une série de tableaux plus ou moins précis, parfois de simples croquis littéraires. Peinture et écriture demeurent indissociables chez Catherine, poète ET plasticienne.

  Les allusions, les histoires, semblent nimbées de mystère, et demanderaient une initiation. Parfois un étrange mysticisme affleure, notamment à travers cette singulière prêtresse africaine, prêchant dans le désert…Que signifie ? S’il nous est interdit de tout comprendre, il reste permis de se laisser porter par les mots, la métaphore. Car le ton, lui, demeure simple. La plume procède de la pure figuration, refuse l’abstraction, la complication. Limpide, le style de Catherine tend parfois vers la naïveté, sinon le prosaïsme. Mais ni cette douce musicalité, ni le lyrisme, ni la construction d’un monde, ni les réminiscences heureuses, ne semblent prémunir du désespoir. Les jouets sont partis, les chats, chers compagnons, sont emportés, la cocaïne n’est que vaine pharmacopée, l’amour échoue, et, dès l’enfance, la magie s’est envolée : À dix ans, je ne crois pas en toi ! Si, pour reprendre Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible est rassasier, comment survivre ? La culture, les rêveries de monsieur Hugo, les œuvres de Dali, ou la mythologie antique, très présente chez Catherine, apportent un baume. Et plus encore la poésie, si elle ne guérit complètement, demeure un compromis, une voie lucide, l’unique exutoire : Je ne suis pas belle ma jeunesse se fane/Mais j’ai le secret du cœur et de l’Univers/Gravé sur le visage et les mains/Et les bêtes m’écoutent aussi/À  fleur de peau.

[1] Poèmes de la mémoire oraculaire, éditions du Petit Pavé, 2010.

« J’AVAIS BIEN DIT VAN GOGH », CATHERINE ANDRIEU, éditions Rafael de Surtis, 2017.

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   Le contraire de l’amour n’est pas la haine, c’est la peur… Et j’avais tellement peur du Divin Phallus, celui du Maître, à cause du viol! Et tu m’as dit je t’aime avec ma tête, je t’aime avec mon cœur, je t’aime avec mon cul. Et je me soumets. Tu en as fait une berceuse à laquelle je me suis complètement abandonnée. Et tu m’embrasses tendrement sur le front…

   Il nous faut l’invention d’un paysage.

   Et j’invente la forêt, et ses lumières d’écume. Et tu inventes la mer qui se fait verte. Un jour nous nous marierons. Le jour où il n’y aura plus rien dans l’espace. Le jour où… Rien et rien c’est encore autre chose. (p. 19)

ÉVÉNEMENTIEL DE MARS 2018

Chers lecteurs, chers poètes,

  Un événementiel qui intervient quelque peu tardivement, en ce vendredi 2 mars. Il faut dire aussi que le mois de février, rigoureux et venteux cette année, ne compte que vingt-huit jours, ce qui décale tout.

DRIEU HERVIER

  Certains bondiront peut-être, ou se désabonneront du blog, en voyant l’illustration ci-dessus. Mon ancien professeur de littérature comparée, Julien Hervier, normalien et agrégé d’allemand, âgé de 82 ans, publie un livre autour du très controversé Pierre Drieu La Rochelle, qui fut, avant son revirement politique vers l’extrême-droite, très proche de Breton et du groupe surréaliste (j’en reparlerai un jour). Par nostalgie étudiante, et parce j’ai lu quatre fois Le feu follet, je pense donc me rendre à la dédicace qui se tiendra le 6 mars à partir de 18h15 à la grande librairie Compagnie, dans le Quartier Latin (58 rue des Écoles, 75006 PARIS, métro Cluny-La Sorbonne). Je joins ci-dessous le quatrième de couverture:

   D’«Alcool» à «Saphisme», Julien Hervier dresse un portrait alphabétique de Drieu la Rochelle en «désamoureux». Cette approche originale éclaire l’écrivain, «couvert de femmes» et entré en Pléiade en 2012, dans les zones d’ombre qui font de lui un cas à part en littérature, à la fois honni et admiré. Une histoire de désamours explore ainsi les grandes passions douloureuses de l’auteur de Gilles et du Feu follet : la guerre, la politique, l’amitié et la sexualité, et d’autres, moins connues : la peinture, la religion, l’argent, la drogue, etc.
Après sa grande biographie d’Ernst Jünger, on attendait que Julien Hervier consacrât un livre à Drieu la Rochelle, dont il est l’un des meilleurs connaisseurs actuels. Plutôt qu’une somme biographique, il a choisi l’élégance et la sobriété d’un abécédaire. Cet essai objectif, aux citations choisies, ne manquera pas d’être un bréviaire pour les amateurs de l’écrivain et, pour les autres, une passionnante entrée dans son œuvre.

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  Ce même mardi 6 mars, à peu près à la même heure et pas trop loin, Dominique Noguez, qui a préfacé mon roman Disparaître, présentera son propre roman à la librairie du Panthéon (15 rue Victor Cousin, RER B Luxembourg, métro Cluny la Sorbonne). Le tout sera accompagné de lectures d’Arthur Dreyfus et de Mark Greene.

Notre article sur « Pensées bleues » de Dominique Noguez (cliquer sur le lien)

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 Le jeudi 8 mars, cette fois à la librairie « L’humeur vagabonde » (dont le nom reprend le titre du célèbre livre d’Antoine Blondin, situé au Père-Lachaise), Frédéric Ciriez dédicacera BettieBook, son nouveau roman, histoire des amours contrariés d’un critique littéraire professionnelle et d’une booktubeuse de Melun, sur fond de « revenge porn ». Du beau, du neuf! (Librairie « L’humeur vagabonde », 44 rue du Poteau, 75018 PARIS, métro Jules Joffrin ou Porte de Clignancourt).

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  Retour au Quartier-Latin le 9 mars, puisque le plasticien et écrivain Jacques Cauda présentera ses dessins, à partir de 18h30 à la librairie « L’Emoi des mots », comme indiqué ci-dessus. Nous évoquerons d’ailleurs plus longuement le travail littéraire de ce même Jacques Cauda, habitant du XXème, dont nous avons déjà parlé ici même à plusieurs reprises.

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   Du 10 au 11 mars (soit toute la nuit), notre ami plasticien et nouvel auteur bordelais David Brocourt présentera son livre de correspondance avec des tueurs en série (publié au Camion noir), au festival « Sadique master », au cinéma « Les 5 Caumartin », (101 rue Saint-Lazare, 75009 PARIS, métro Saint-Lazare). Pour les passionnés d’enquête, de crime. Sanglant!

Une présentation de « Page paysage » sur le site de David Brocourt (cliquer sur le lien)

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   Le 17 mars, comme chaque mois, notre ami Pascal Mora animera le Café Poésie de Meaux, à la médiathèque Luxembourg. Je viendrai peut-être y lire mes propres textes.

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   Ce même 17 mars, de 14h à 15h, notre amie Diana Adamek, professeure de littérature à Cluj-Napoca dédicacera La douce histoire du triste éléphant, roman publié chez Rafael de Surtis, au pavillon de la Roumanie, au Salon du Livre de Paris (1 Place de Versailles 75015 Paris).

Notre article sur le roman de Diana Adamek (cliquer sur le lien)

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   Le 22 mars, après 20 heures, à la Cantada (13 rue Moret, 75011 PARIS, métro Ménilmontant), se tiendra le Cénacle du Cygne, soirée artistique libre, animée par l’inaltérable Marc-Louis Questin, avec des chants, de la danse, de la poésie, du théâtre, des performances, du cinéma… J’y lirai mes textes. Venez nombreux!

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Signalons enfin la parution de plusieurs livres, écrits par quatre amis de longue date, lecteurs du blog, et parfois contributeurs:

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  • L’âme-chambre, chez Unicité, par Prisca Poiraudeau.

 

_ Ce monde m’étonneTrès au-delà de l’irréel et J’avais bien dit Van Gogh par Catherine Andrieu.

 

  • Ce vide lui blesse la vue (éditions « La Mèche lente »), et Comment écrire un livre qui fait du bien (éditions « Le Temps qu’il fait ») par Denis Montebello.

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  • Eldorado de notre amie, animatrice de la rubrique « Itzpapalotl » Claudine Sigler, chez Blurb.

   Nous évoquerons ces sept ouvrages prochainement ici même. D’ores et déjà, si vous souhaitez en connaître (un peu) sur les auteurs…

Pour commander « Eldorado » de Claudine Sigler (cliquer sur le lien)

Le site de Catherine Andrieu (cliquer sur le lien)

Un entretien avec Denis Montebello autour de Pétrarque (cliquer sur le lien)

Blogorama 4: Une présentation de « Cotojest », le blog de Denis Montebello (cliquer sur le lien)

« La maison de la gaieté » de Denis Montebello, présenté par Etienne Ruhaud (cliquer sur le lien)

Blogorama; « Fée noire », le blog de Prisca Poiraudeau. (cliquer sur le lien)

« La demeure des chiens fantômes » de Prisca Poiraudeau par Etienne Ruhaud (cliquer sur le lien)

 

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