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LA DEMEURE DES CHIENS FANTÔMES, éditions Unicité, 2015 (article paru dans « Diérèse » 70, printemps-été 2017)

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   Illustré par les propres toiles de l’auteur, préfacé par Marc-Louis Questin,  dont nous avons parlé dans l’avant-dernier numéro (Diérèse 68, page 287-288), cet étonnant recueil possède la fraîcheur des contes. Inspirée par des sources extrêmement diverses, qu’il s’agisse de mangas, de littérature surréaliste, ou des histoires de notre enfance, la jeune Prisca Poiraudeau construit un univers bien à elle, très singulier, où la logique des rêves l’emporte sur la rationalité à proprement parler. Dialogues improvisés, fragments de journal intime, rencontres avec des chats surnaturels, des elfes, et autres créatures féériques : les récits semblent suivre leur propre cohérence, loin des canons de l’écriture scénaristique. Une pointe d’érotisme vient relever l’ensemble : Nous avons fait l’amour. Le petit soleil dans mon sexe de ses rayons a inondé mon corps de chaleur, de feu… J’ai frissonné. Je me suis ouverte à lui. J’en avais envie (page 105). Plutôt que de parler de nouvelles à chute, nous devrions ici évoquer ce que Jean-Yves Tadié appelle « récit poétique », soit une narration dans laquelle le lyrisme, les impressions, l’emportent sur la logique de l’intrigue proprement dite. L’expression de « récit onirique » semblerait elle aussi appropriée : comme Nerval dans Aurélia, Prisca se laisse en effet aller au rêve, dépeignant ainsi un monde parallèle, des êtres et des paysages vus en songe.

   Tout n’est pas idéal ni paisible, toutefois, dans ce décor chimérique. Une pointe d’inquiétude et d’angoisse transparaît effectivement entre les lignes : La jeune fille a sursauté, a pris la fuite, elle a croisé ces grands arbres noirs des infirmières diaphanes en longues blouses blanches ressemblant à des fantômes, elles s’avançaient vers elle. Des brancards roulaient lentement, sur les feuilles mortes dorées, craquantes… Des squelettes, des momies y reposaient, le lierre et les ronces s’entortillaient aux barreaux rouillés. Bambi est effrayée (page 152). L’enchantement paraît ici se dissiper pour laisser place aux démons, aux tourments de l’adolescence. Derrière leur caractère apparemment enfantin, les toiles d’art brut elles aussi semblent marquées une forme de mélancolie diffuse. Rien de naïf ni de gratuit, donc, dans un livre riche en images fortes, et qui  dénote déjà une singulière maturité.

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2 commentaires

  1. […] Notre lecture de « La demeure des chiens fantômes » […]

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  2. […] « La demeure des chiens fantômes » de Prisca Poiraudeau par Etienne Ruhaud (cliquer sur le lien) […]

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