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Archives Mensuelles: mars 2018

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UNE LECTURE DE « DISPARAÎTRE » PAR JEAN-FRANÇOIS JACQ (série « mon propre travail », n°1)

Chers lecteurs,

  Comme vous le savez, « Page paysage » est avant tout basé sur l’idée de partage, ce à quoi nous nous employons, notamment à travers l’événementiel, qui permet de présenter le travail de nos amis créateurs, mais pas uniquement. Afin de faire connaître mon propre travail littéraire et éventuellement scénaristique, j’ai décidé de créer une nouvelle série qui cette fois parle uniquement de mes livres ou du blog, sobrement intitulé « Mon propre travail ». Voici donc un premier numéro, où on pourra lire un dithyrambique article de notre ami Jean-François Jacq, dont nous avons d’ailleurs déjà parlé ici dans un article critique.

disparaître

   Je ne suis pas un lecteur ordinaire, saisi de plein fouet par l’inéluctable se profilant de page à page, hanté par le personnage de Renaud dont la descente m’est, au demeurant, éminemment familière. Ayant connu la rue à l’âge de dix-neuf ans, et ce durant plusieurs années, je ne suis absolument pas en mesure de faire preuve de complaisance à l’égard du roman d’Etienne Ruhaud. Roman, je l’avoue d’emblée, le mot me gêne. Il me dérange d’autant plus que l’auteur nous met face à une histoire romancée, et que nous en dépassons rapidement le cadre, Ruhaud nous invitant à pénétrer l’envers de ce quotidien nauséabond, se suffisant à lui seul pour n’avoir à apporter aucune explication quant aux raisons de la chute de son personnage. Lorsque le processus est en marche, rien ne peut plus l’arrêter. Et c’est l’une des grandes réussites de ce livre. Ne pas donner à comprendre. Renaud ne m’est pas donc pas étranger (d’où ce rejet à l’égard du terme roman). Je suis tout près de lui au fil de la lecture de Disparaître, à ses côtés à un point tel que je ressens exactement le vide se faire en son corps, et que je me surprends – ce qui n’est nullement mon habitude de lecteur – à en murmurer les mots, happé par la justesse de la mécanique anthropologique de Disparaître. Sachez-le. Ruhaud ne vous a pas dupé. Ruhaud de nous conter une histoire somme toute banale, puisque c’est ainsi que nous côtoyons ceux dont les corps finissent par éclater sur le pavé. Combien de morts, précisément à Thiais, carré des indigents, dans la plus grande indifférence ? Le lecteur que je suis tient à remercier l’auteur que tu es pour cet immense Disparaître, d’un point de vue littéraire, mon cher Etienne. L’auteur que je suis le considère comme frère de sang de mon récit (Hémorragie à l’errance), traitant de mes années passées à la rue. Pas un seul jour sans que je n’y pense. Et il en sera ainsi jusqu’à ma mort, jusqu’à ce qu’à mon tour, communément à Renaud, peut-être bien dans mon lit mais empreint de la même liquéfaction que ce personnage en résonance avec ce que je suis, jusqu’à ce qu’à mon tour je disparaisse. Un livre de cet acabit ? Il y a bien longtemps que cela ne m’était pas arrivé.

L’article sur le site même de Jean-François Jacq

Notre lecture de « Fragments d’un amour suprême », par Jean-François Jacq

jacq jean françois

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BLOGORAMA 32: THIERRY GUINHUT

  … Un 31ème BLOGORAMA riche et foisonnant, avec cette brève présentation du blog de Thierry Guinhut, écrivain et critique, qui nous livre des analyses de fond depuis « overblog ». Très instructif. Laissons-lui la parole, en reprenant le propos, trouvé sur le site.

guinhut

Après une maîtrise en Histoire de l’Art Contemporain, Thierry Guinhut devient agrégé de Lettres Modernes. Critique d’art et de littérature, il a animé une revue et collaboré à Art-Press, Calamar, La République des Lettres, La Revue des Deux Mondes, Encres Vagabondes, Edelweiss… Aujourd’hui, on lit ses articles et études principalement consacrés aux littératures étrangères dans Le Matricule des Anges, Europe et L’Atelier du roman. Il nourrit un blog littéraire et photographique qui réunit également sa réflexion dans le domaine de la philosophie politique, dont les articles sont repris par Contrepoints et L’Institut des Libertés. Ecrivain, il a publié un roman et relaté quelques unes de ses expériences de marcheur dans des récits en Massif Central et dans Le Passage des sierras et autres récits pyrénéens et espagnols, à paraître. Photographe, il a réalisé des expositions sur les étangs de la Brenne et sur la Montagne Noire, en y ajoutant les peintures et collages des Triptyques géographiques. Salué par la presse, Le Marais poitevin fut couronné par le Grand prix Hippolyte Bayard de Photographie 1991 et lui valut de figurer parmi les 70 « Modern Masters of Right Brain Left Brain Photography » (Amphoto, New York, 1994). Après son abécédaires photographiques Ré une île en paradis, ses seize semaines de marche entre Béarn et Aragon, il fit le portrait du Parc naturel régional du Haut-Languedoc. Il prépare un vaste roman polymorphe, La République des rêves, et un roman mêlant fantastique, critique sociale et dialogue philosophique : Les Métamorphoses de Vivant. Suite à ses trente-deux semaines de marche entre Haute Garonne et Catalogne, il travaille à une édition revue et considérablement augmentée de Au coeur des Pyrénées, en vue de proposer avec Pyrénées entre Aneto et Canigou un diptyque complet des Pyrénées. Et bientôt le roman Muses Academy, les sonnets d‘À une jeune Aphrodite de marbre ...

Le blog de Thierry Guinhut (cliquer sur le lien)

MÉMOIRE DES POÈTES XXIV: SARANE ALEXANDRIAN (1927-2009) ET MADELEINE NOVARINA (1923-1991), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 87, COLUMBARIUM, case 40048 (article à paraître dans « Diérèse » 73, été 2018)

DIVISION 87 (pour la description de l’ensemble crématorium-columbarium, nous renvoyons le lecteur à notre article autour de Max Ernst)

Notre article sur Max Ernst (cliquer sur le lien)

Sarane Alexandrian (1927-2009) et Madeleine Novarina (1923-1991) -case 40048-

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Photographie de Pierre-Yves Beaudouin

   Surnommé « Sarane » par sa nourrice indienne, Lucien Alexandrian est né à Bagdad le 15 juin 1927 d’une mère française et d’un père arménien, stomatologue du roi Fayçal Ibn Hussein. Maîtrisant à la foi l’arabe, l’arménien, le turc et le français, l’enfant arrive très jeune à Paris, chez sa grand-mère, pour soigner une poliomyélite. Là, il suit les cours du lycée Condorcet mais termine sa scolarité à Limoges, avant de rejoindre le maquis. Engagé dans la Résistance, il rencontre l’exubérant dadaïste autrichien Raoul Hausmann (1886-1971). Très proche d’André Breton dès son retour à Paris, Sarane Alexandrian, qui obtient son baccalauréat en philosophie en 1946, suit des études d’art à l’école du Louvre, et se voit confier le secrétariat de la revue Cause, en compagnie de l’Égyptien Georges Henein (1914-1973), et d’Henri Pastoureau (1912-1996, père du médiéviste Michel Pastoureau). Tous trois sont chargés de répondre aux demandes d’adhésion de surréalistes venus du monde entier, puisque le mouvement s’est internationalisé. En 1948, après avoir quitté le groupe suite à l’exclusion de Roberto Matta, S. Alexandrian cofonde Néon, périodique qui connaît cinq numéros, et qui se veut le manifeste du « Contre-groupe H ». En rupture avec l’orthodoxie de Breton, cette nouvelle tendance associe essentiellement la jeune garde, avec notamment Claude Tarnaud, Stanislas Rodanski, Alain Jouffroy (1927-2013, inhumé dans la division 49 et précédemment évoqué Notre article sur Alain Jouffroy (cliquer sur le lien)), Jindrich Heisler (inhumé au cimetière de Pantin. Sa tombe a disparu), ou encore Jean-Dominique Rey. Citons également Madeleine Novarina, que Sarane Alexandrian épouse en juillet 1959, et qui restera à ses côtés jusque dans la tombe. Désirant se détacher de l’abstraction, pour en revenir au sensible, le contre-groupe H puise essentiellement son inspiration dans le vécu. En outre S. Alexandrian dissocie nettement poésie et politique, et se défie notamment de l’engagement très fort du groupe surréaliste belge auprès du parti communiste : La révolution poétique et la révolution politique n’ont rien à faire ensemble. Elles n’ont pas les mêmes objectifs ni les mêmes moyens, elles n’intéressent pas le même public et ne mobilisent pas les mêmes acteurs. La première est supérieure à l’autre, intellectuellement, et ne saurait sans déchoir se mettre sous sa dépendance déclare-t-il ainsi dans Le Spectre du langage (manuscrit demeuré inédit), ou encore Ce ne sont pas aux poètes de s’engager dans la politique, ce sont aux politiciens de s’engager dans la poésie. Poursuivant sensiblement le même objectif, le groupe « Infini » lui succède de 1949 à 1966. Le « grand Cri-Chant du rêve », comme le surnomme Victor Brauner (1902-1966, inhumé au cimetière de Montmartre), ne remettra cependant jamais en cause son amitié et son admiration pour Breton, auquel il consacre d’ailleurs un ouvrage brillant, André Breton par lui-même (éditions du Seuil, 1971): Auprès de lui, on apprenait le savoir-vivre des poètes, dont l’article essentiel est un savoir-aimer… On l’admirait pour la dignité de son comportement d’écrivain, ne songeant ni aux prix, ni aux décorations, ni aux académies.

 

alexandrian

Sarane Alexandrian

   Lecteur acharné, travailleur infatigable, esprit toujours curieux, Sarane Alexandrian poursuit une œuvre abondante, diversifiée, tant dans le champ théorique que dans le champ littéraire pur. Outre sa célèbre trilogie consacrée aux pouvoirs de l’imagination et de l’intuition (Le Surréalisme et le rêve, Le Socialisme romantique et L’Histoire de la philosophie occulte), l’auteur, qui signe de nombreux articles dans L’Oeil ou L’Express, publie de nombreux contes, petits bijoux hypnotiques, oniriques, dont certains ont été regroupés par Paul Sanda, dans L’impossible est un jeu (éditions Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2012). Citons notamment « L’enlèvement de la Joconde », où les protagonistes masculins du Louvre (le Condottiere, mais aussi les esclaves de Michel-Ange), sortent de leurs cadres, descendent de leur piédestal, pour devenir réels, une fois la nuit tombée, et tenter de ravir la belle Monna Lisa. Illustré par Jacques Hérold (1910-1987, inhumé au cimetière de Montparnasse), S. Alexandrian atteint probablement le sommet de son art romanesque à travers Les Terres fortunées du songe, une de ses aventures mentales (sic), monument de prose surréaliste, inclassable, mêlant poésie et narration, paru en 1980. Érotologue invétéré, il publie en outre nombre d’essais autour de la magie sexuelle, tel l’Histoire de la littérature érotique (Seghers, 1983), ou Le Doctrinal des jouissances amoureuses (Filipacchi, 1997). Enfin on lui doit de nombreuses monographies d’artistes, parmi lesquels bien des surréalistes, tel Jacques Hérold, cité plus haut, mais aussi Salvador Dali, les Allemands Hans Bellmer (cf. notre article sur Hans Bellmer (cliquer sur le lien)) Max Ernst (cf. le lien sur notre notice plus haut), dont nous avons parlé dans Diérèse, Jean Hélion ou encore sa propre épouse, Madeleine Novarina. Dernier volume paru, Les Peintres surréalistes (Hanna Graham, New-York-Paris, 2009) semble couronner ces années de réflexion, faire la synthèse. Influencé par des maîtres aussi différents que l’humaniste Cornélius Agrippa, André Breton, Aleister Crowley, ou Charles Fourier (1772-1837, inhumé au cimetière de Montmartre), Sarane Alexandrian aura joué un rôle phare dans l’évolution de la pensée surréaliste, notamment à travers Supérieur inconnu, revue d’avant-garde qui compte trente numéros, parus entre 1995 et 2011. Parmi les contributeurs, citons notamment Christophe Dauphin, qui a entre autres consacré une magnifique biographie à l’intéressé : Sarane Alexandrian ou le défi de l’imaginaire (L’Âge d’homme, Paris, 2006). Mort à Ivry, comme Antonin Artaud, le 11 septembre 2011, des suites d’une leucémie, Sarane Alexandrian lègue ses biens à la Société des Gens de Lettres en souhaitant que celle-ci encourage la création en aidant financièrement un auteur, le directeur d’une troupe de théâtre ou l’animateur d’une revue particulièrement méritant. D’un montant de 10 000 euros, la bourse Sarane Alexandrian a donc été fondée en ce sens.

 

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Dans L’aventure en soi (Mercure de France, 1990), récit autobiographique, Sarane Alexandrian mentionne longuement la femme de sa vie, prématurément décédée en 1991, à l’âge de soixante-sept ans. Tante de l’écrivain Valère Novarina, sœur de l’architecte Maurice Novarina, Madeleine Novarina naît le 28 novembre 1923 à Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, au sein d’une fratrie de neuf enfants, et grandit au 2 place des Arts. Entrepreneur en bâtiment, son père, Joseph, refuse de la laisser intégrer l’école des Beaux-Arts. C’est donc auprès de son cousin, le peintre Constant Rey-Millet (1905-1959), qui lui-même admire ses gouaches fantastiques, que Madeleine effectue son apprentissage. Ayant pris une part active à la Résistance, elle est arrêtée avec sa sœur en juillet 1943, et interrogée par la Gestapo. L’officier SS, qui qualifie alors sa création « d’art dégénéré », décide de la faire déporter au camp de concentration de Ravensbrück. La jeune artiste est sauvée in extremis par son amant, l’avocat Marcel Cinquin, sous réserve qu’elle quitte Lyon définitivement. Arrivée à Paris, elle se lie d’amitié avec Victor Brauner dès mars 1946, et expose au premier Salon des Surindépendants. Là, Breton la remarque, et l’invite à participer aux réunions du groupe, le lundi au Café de la Place Blanche et le jeudi aux Deux-Magots, à Saint-Germain-des-Prés. En 1950, âgée de vingt-sept ans, elle fait un mariage malheureux avec un architecte de l’atelier Zavaroni, et peint alors une série de toiles sadomasochistes qu’elle détruira ultérieurement. Appréciée par Hans Bellmer, Benjamin Péret puis par Max Ernst, Dorothea Tanning, Yves Tanguy et Key Sage, elle fait la connaissance de Sarane Alexandrian en novembre 1954. Ils se marient fin juillet 1959.
Ayant obtenu une commande grâce à son frère Maurice, qui travaille alors pour les bâtiments civils, Madeleine Novarina réalise d’abord une mosaïque dans un immeuble d’Auguste Perret, au 52 rue Raynouard, derrière la maison de Balzac, puis seize vitraux en un style résolument moderne pour les églises de Vieugy et Marignier, en Haute-Savoie. D’autres commandes affluent, notamment pour les vitraux de l’église Notre-Dame-de-la-Paix à Villeparisis, en Seine-et-Marne, de la basilique Saint-François-de-Sales à Thonon-les-Bains et de la chapelle funéraire de l’église Saint-Maurice, à Annecy. Une rupture se produit alors, à travers les Patchworks, où se mêlent calligraphie, figuration et abstraction, à travers des scènes imaginaires surprenantes, avec diverses créatures apparaissant sur fond géométrique.
Ce travail se poursuit jusqu’en 1971. À l’été 1972, très affaiblie par une tumeur maligne, Madeleine Novarina doit mettre entre parenthèses ses grandes réalisations pour ne plus réaliser que des dessins automatiques à l’encre de chine, sortes de paysages intérieurs, pour reprendre les termes de son époux. C’est la troisième période de son art, plus intimiste, après les gouaches surréalistes de sa jeunesse, puis les travaux monumentaux. La maladie évolue lentement. Tombée dans le coma le 2 novembre 1991, Madeleine Novarina meurt prématurément deux jours plus tard. Pour finir, citons ces quelques vers, qui rappellent furieusement Henri Michaux:

Encore la corvée du ménage

Je tambouillonne

Tu m’écirages

Elle vaissellise

Nous surrécurons

Vous empailledeferisez

Ils mirauzenzimisent

 

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« Amoureuse arrivant sur un pas de danse », Madeleine Novarina, 1965.

Un site sur Sarane Alexandrian

Un site sur Madeleine Novarina (cliquer sur le lien)

 

EDGAR POE, Jean Hautepierre, Pardès, collection « Qui suis-je ? », Grez-sur-Loing, 2012 (article paru dans « Diérèse » 58, automne-hiver 2012)

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   La vie d’Edgar Poe est toute entière marquée par le sceau du malheur. Né à Boston en 1809 de parents comédiens, très tôt orphelin, le futur écrivain est recueilli par le riche négociant John Allan, avec qui il ne s’entendra jamais. Ayant passé une partie de son enfance en Angleterre, Poe se montre excellent élève, mais doit interrompre ses études à Westpoint pour des motifs financiers. Engagé plusieurs années durant dans l’armée, l’homme connaît ses premiers succès littéraires, écrit énormément pour la presse, mais demeure pauvre. En 1847, le décès de Virginia, son épouse bien aimée, le plonge dans la dépression. Alcoolique, de plus en plus instable, il meurt à Baltimore deux ans plus tard, probablement suite à une crise de delirium tremens.
Introduit en France par Baudelaire et Mallarmé, Poe fait l’objet de nombreuses biographies, parfois brillantes. Pourtant, comme on peut le lire en quatrième de couverture : Edgar Allan Poe est un personnage à la fois connu et méconnu. Loin des mythes, des interprétations parfois fantaisistes, Jean Hautepierre s’en tient à la vérité, aux faits, et démonte certaines légendes et idées reçues, entretenues a posteriori. Publié par les éditions Pardès dans l’excellente collection « Qui suis-je ? », ce petit livre décrit de façon sobre et objective le bref parcours du Maître. Il ne s’agit pas, pour autant d’un simple récit de vie. L’auteur, qui a lui-même traduit des poèmes de Poe, a peut être d’abord voulu étudier la portée d’une œuvre immense et variée, saluée par les plus grands, ainsi qu’en témoignent les hommages reproduits à la fin du volume : (…) l’œuvre d’Edgar Poe a donné une impulsion essentielle en de nombreux domaines de la vie de l’esprit, apportant une orientation nouvelle au récit et à la science-fiction, exerçant une influence considérable sur la poésie française, créant le roman policier, élaborant une théorie de la création et de la critique littéraires. Développant un point de vue original et néanmoins rigoureux sur les divers ouvrages de Poe, loin de certaines lectures psychocritiques, Jean Hautepierre montre également en quoi les Histoires extraordinaires ou Le Corbeau demeurent actuels, continuent d’inspirer différents créateurs, dans différentes disciplines, tel les musiciens du groupe « The Cure », le compositeur Philipp Glass ou encore Alex Proyas, réalisateur du film The Crow… Bref, Edgar Poe est semblable aux anciens Grecs : plus on le connaît, plus on mesure l’ampleur de son génie. Également dramaturge et poète, Jean Hautepierre signe là une étude à la fois concise, efficace et pénétrante.

« MEXICO-TENOCHTITLAN », UN TEXTE DE CLAUDINE SIGLER (Itzpapalotl, série mexicaine, 5)

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   Dans ce cinquième chapitre de notre « Itzpapalotl », voici un texte mien (extrait de mon livre Eldorado ( janvier 2018)).

  Dans cet acrostiche*, je rends hommage à Mexico/Tenochtitlan (ancien nom de la capitale mexicaine, fondée au centre du lac de Texcoco au début du XIVème siècle par les mexicas, une tribu aztèque).

* acrostiche : le double nom de la ville se lit verticalement à la gauche du texte

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Mexico – Tenochtitlan

Midi. La pluie tombait, au cœur des Amériques :
Elle se divisait en mil torrents obliques,
Xylophone géant, qui chantait sur le sol,
Inondant de café un jaune tournesol.
C‘était l’eau des volcans, qui jetait sur ma joue
Ou des paillettes d’or, ou des gouttes de boue.

Toi, jaillie des marais sur un haut-plateau froid !
En ton sein j’ai connu la ferveur, et l’effroi :
Nuit noires veloutées de charbon, d’obsidienne,
Ou matinées pétries de ta lumière indienne ;
Chryslers très déglinguées, côtoyant des tacots
Harnachés de ficelle, et petits bourricots ;
Tacos au coin des rues, faits du maïs magique,
Immuable repas du peon, du cacique…
Tes indiens d’autrefois : les prêtres mexicas,
Les guerriers, les maçons… Du fond des chinampas*,
Assaillis et vaincus par l’Espagnol impie
N‘ont-ils pas dit ton nom, en mourant, comme on prie ?

Claudine Sigler
(janvier 2018)

  • les canaux entre les jardins flottants, qui existent encore aujourd’hui.

Lien pour commander le livre de Claudine Sigler (cliquer)

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« LES KRAPS » (création personnelle, 5)

 

MONDE SUB-LUNAIRE

« Les Kraps », vus par Monique Marta.

 

 

LES KRAPS

Bizarres batraciens, tout ronds, sans queue ni pattes, enfoncés dans des tombes, au milieu des marais.

De loin on dirait d’énormes œufs pourris, enfouis aux trois-quarts.

   Leur corps marron et pustuleux forme comme une boule, un gros ballon. Seul le haut dépasse. Deux yeux rouges et une gueule plissée d’une moue permanente, et d’où sort parfois une langue en forme de laisse, pour gober ce qui passe, ce qui nage ou ce qui vole : rongeurs, poissons, libellules, grenouilles et petits oiseaux. Toutes bestioles avalées dans un gargouillement.

Toxique, leur peau brûle l’épiderme. Les habitants les craignent, et les vénèrent, leur sacrifiant parfois un lapin, ou un poulet, pour apaiser les astres. Seuls les enfants s’en amusent, les tuant à coups de pierre comme on crèverait une vesse-de-loup. Le krap dégage une forte fumée verte, odeur de soufre et de merde, dans une explosion de sang, de tripes, et de vermine, un ultime pet. Répandus à plusieurs mètres, les restes de l’animal, très fertiles, nourrissent la terre, et engendrent de nouveaux kraps.

 

SURRÉALISTES 20, YOSUKE UENO (né en 1977 au Japon)

surréalisme japonais

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