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7 AVRIL 2022: RENCONTRE AUTOUR DE L’ÉLÉPHANT BLANC À L’OFFICINE

Chers amis, chers lecteurs,

   Venez nous retrouver, Pascal Varejka et moi-même, jeudi 7 avril à 19h, à la galerie l’Officine de notre amie Claire Cecchini. Nous parlerons d’À la recherche de l’éléphant blanc, et aussi d’Animaux, mon propre recueil paru en 2020, toujours chez Unicité. Nous évoquerons également la collection « Éléphant blanc », créée par mes soins. 

Pour retrouver nos éditions:

http://www.editions-unicite.fr/collection/elephant-blanc.html

L’Officine

4 rue des Maronites

75020 PARIS (station Ménilmontant).

https://www.officinemenilmontant.com/

 

« ANIMAUX » ÉTUDIÉ À L’ÉCOLE!

… Ou plutôt au collège…

Quel plus beau cadeau de Noël?

Voici le mail que j’ai envoyé hier, ému, à l’ami poète Gaël Guillarme, chroniqué par mes soins sur le blog (cf. ci-dessous, un lien vers mon article). Professeur de Lettres classiques en Poitou-Charentes, Gaël a construit une séquence entière autour d’Animaux:

« Bonjour Gael,
  Je suis évidemment touché. D’une part, de savoir que mes textes sont étudiés au collège. D’autre part, parce que tu y as prêté une attention particulière (et on est toujours content d’être vraiment lu). Enfin, parce que j’ai l’impression d’avoir fait germer quelque chose. Tout se passe comme si ces enfants avaient complètement saisi le concept même des poèmes en prose, pour reproduire telle image, telle tournure langagière, telle évocation. Non, vraiment c’est un cadeau magnifique, à l’approche de Noël. Je constate aussi que les enfants sont demeurés souvent beaucoup plus imaginatifs que nous. Ainsi, parmi les multiples variations proposées ici, je trouve des engendrements inédits, des néologismes incroyables, des nouvelles bestioles comme les « carouilles ». Ou encore cette mer de Netböurg, soit une de ces géographies magiques dont parle Jean-Pierre Richard quand il évoque Nerval [dans le livre Poésie et profondeur. Jean-Pierre Richard ayant par ailleurs écrit l’essai Pages paysages qui donne son titre au blog].  C’est vraiment incroyable pour moi. Jamais je n’aurais pensé que ce petit recueil connaisse cette fortune. Dans un entretien, Tom Yorke a déclaré qu’il aimerait entendre un jour une des mélodies de Radiohead reproduites dans un jouet pour enfants. J’éprouve un peu cette sensation en lisant les rédactions. J’ai l’impression, d’ailleurs, qu’on perd beaucoup une fois devenu adulte, soit plus rationnel. Or précisément les fables ont un vernis de rationalité pseudo-scientifique. Vernis que j’ai moi-même soigneusement travaillé. 

J’ai adoré aussi cette interprétation toute personnelle de la couverture dessinée par Jacques Cauda, avec cette créature bizarre, qui ressemble à un test de Rorsach.  Je serais très heureux de te rencontrer en chair et en os si d’aventure tu passes à Paris.  Merci, encore une fois,  Et à très vite, pour de nouvelles aventures poétiques, 

Amicalement, 

ETIENNE »

… Gaël a passé des heures pour corriger chaque brouillon. Comment le remercier…

Bref. Je partage ci-dessous les rédactions en question. Les textes me donnent envie de créer de nouvelles bestioles, parfaitement inédites, avec le consentement de l’enseignant.

LES DOFAS

(Illustration de la 1ère de couverture du recueil)

         Les dofas, énormes oiseaux de mer, de la couleur des dauphins.

         Du bout de la queue au sommet de la tête, ils mesurent trois mètres. Leur silhouette fait penser à une graine en germination. La gemmule s’épanouit en une tête en formation. Seul l’œil semble fini. Les pattes sont pareilles à de molles méduses, mélangeant les eaux mousseuses et saumâtres. Le corps, duveteux, gris dauphin, flotte tel une bouée.

         Proches des côtes, ils ne s’éloignent jamais, vivent sur des fonds peu profonds. Leur respiration nécessite l’air du ciel. Les œufs, transparents, sont déposés dans les rochers. Solitaires, ils sont lents, nonchalants, indolents, indifférents.

         Souvent recherchés par les hommes car ce sont d’efficaces balayeurs des mers. Ils peuvent engloutir tous les déchets, débris laissés par les hommes. Mais ils peuvent aussi les avaler lorsque ces derniers s’aventurent trop près d’eux.

Rachel

LES SOURIS

         Créature aussi grosse qu’un chien.

         Avec leurs oreilles, elles entendent à plus de deux kilomètres. Elles peuvent sentir une odeur à plus de cinq kilomètres.

         Elles vivent souvent sous terre. Elles creusent elles-mêmes les galeries de leur terrier. Quand il pleut, elles se réfugient dans les constructions des hommes, cabanons en bois.

         Elles mangent tout, poules, vers, insectes, et même parfois elles se mangent entre elles.

         Certaines peuvent être domestiquées, mais la plupart ne peuvent pas l’être. Les hommes, qui en général ne les aiment pas, les chassent et les revendent aux zoos, comme nourriture pour les grands félins, tigres et lions. On raconte que certains chasseurs ne sont jamais revenus. Les plus sauvages des souris mordent et tuent les hommes, puis les mangent.

Enzo

LES BÔLCES

         Animal très gentil, avec de grandes dents, des yeux bleus. Poilus, les bôlces sont très forts. Ils courent plutôt vite et sont souvent tristes. Quand ils pleurent, leurs poils changent de couleur et deviennent bruns.

         Très peureux, ils ne savent pas chasser, et pourtant ils aiment plus que tout la viande. Leurs griffes sont très fragiles, souvent cassées. Ils passent toute la journée dans leur tanière. Plutôt intelligents, ils s’ennuient. Ils font alors du bruit avec leur nez noir, ça les occupe.

         Le bôlce vit sous terre, très profondément, fuyant la chaleur du jour. L’été, il quitte son habitat et part vers les pays froids, il revient durant l’hiver.

         Animal très recherché par les humains. Quand ceux-ci attrapent un bôlce, ils le dépècent, gardent la peau, pour en faire des vêtements. Le reste, la viande, part à la boucherie.

Valentin

LES LUCIOLES

         Grandes bestioles, adorables, de trois mètres de long, quatre de large. Elles habitent dans une grande forêt, près d’une mare. Malgré leur taille, elles mangent de petits insectes (larves, mouches), des fruits. Leur corps est d’une couleur vert clair, leurs ailes sont jaunes et transparentes. Leur corps produit une intense lumière dès la tombée de la nuit.

         Elles sont plutôt joueuses, très timides. Elles se reposent dans les arbres, elles jouent avec leurs enfants. Quand les Hommes pénètrent sur leur territoire elles s’enfoncent au plus profond de la forêt et souvent ne retrouvent plus jamais leur joie de vivre. 

         Les lucioles sont chassées par les Hommes. Enfermées dans des cages, elles servent à éclairer les rues des villes, pendant les nuits sombres de l’hiver.

Abygaëlle

 LES GRIFFONS

         Étranges créatures de la montagne, mi-aigles, mi-lions. Pelage brun, plumage blanc et gris, leur corps mesure un mètre de haut. Énormes griffes, permettant de défendre leur œuf d’or, grandes ailes pour survoler les villes. Une longue queue de lion, qui bouge selon leur humeur. Les yeux, énormes et bleus, brillent de mille feux, la nuit.

         Les griffons vivent au sommet d’une montagne et se nourrissent de lys à pétales violets, rares. Solitaire, le griffon n’aime pas la compagnie. À leur naissance, les parents abandonnent les petits, qui doivent alors se débrouiller seuls.

         Les chevaliers du royaume partent à la recherche des œufs d’or afin de les offrir à leur roi, mais ils ne reviennent souvent jamais. Le griffon pousse un cri spécifique afin de faire fuir les éventuels intrus. Il défend ensuite son nid grâce à ses énormes griffes. De nombreux chevaliers y ont perdu la vie.

         On dit que lorsqu’une personne trouve une griffe de griffon, elle aura de la chance durant un an.  

                                                                                                Angelina

LES DISQUES

         Long poisson plat, bleu, tacheté de vert.

         Les disques, fort féroces, se nourrissent de poissons, mais aussi de dauphins. Ils sortent peu de leur grotte, seulement pour chasser. Leur forme est un grand avantage. Plats et longs, ils peuvent se cacher partout. Le disque fonce alors sur sur sa proie, la déchire de ses dents aiguisées, dangereuses.

         Dans leur milieu naturel, les disques sont le plus souvent solitaires, mais certains vivent en groupe, dans une grotte sombre, enfouie dans les algues vertes et visqueuses.

         Les taches vertes protègent les disques des attaques d’éventuels prédateurs. Du venin. Si un homme touche à main nue le venin, il mourra dans d’atroces souffrances dans les jours qui suivent. Le disque est un poisson cependant très recherché. Sa chair, bien cuite, a un tendre goût de mélisse. C’est un repas de luxe, car la chasse est dangereuse.

         On utilise une technique spéciale pour ne pas toucher le venin. On attrape d’abord les nageoires, puis on applique la main sur la base de la tête. Le disque est alors paralysé, il ne peut plus bouger. On peut alors le tuer, le cuire, le manger.

Charlotte

LES LUCIOLES

         Grands insectes à l’abdomen transparent, le reste du corps noir. Leurs organes sont lumineux. Elles mesurent environ deux mètres et pèsent en moyenne quatre-vingt kilos. Elles possèdent deux petites ailes translucides, fixées au milieu de leur dos.

         Elles se retirent la nuit dans de grandes cages en verre, en haut des lampadaires. Les lucioles éclairent les rues de la vallée sombre. Le jour, elles se réfugient dans les greniers des habitations des hommes. Là, elles se nourrissent de l’obscurité de ces pièces silencieuses.

         Quand les lucioles meurent, leur corps disparaît, tel un souffle. La seule chose qui demeure est un petit cœur scintillant de la couleur de la lune. La tradition oblige les hommes à offrir ce cœur à leur enfant le jour de son départ. Ainsi, chaque habitant de la vallée sombre possède un petit cœur de luciole. On l’accroche à la porte de sa maison, pour souhaiter la bienvenue aux voyageurs.

Leïla

LES FOURMIS

         Énormes créatures violettes, tachetées de blanc, plus grandes qu’un éléphant. Elles deviennent rouges lorsque quelque chose les blessent. Elles pèsent environ mille-deux-cents kilos. Elles mesurent une dizaine de mètres. Leur durée de vie : entre trente et trente-cinq ans.

         Les fourmis sont plutôt solitaires. L’accouchement est toujours compliqué. Les femelles ne gardent leur bébé qu’une semaine, pendant laquelle elles le nourrissent d’herbes déjà mâchées. Le corps écailleux n’apparaîtra qu’à partir de la troisième année. Toutes fourmis se nourrissent de plantes.

          Les fourmis vivent dans de vastes cavernes noires, rouges comme la braise, qu’elles creusent, situées sur des îles au large. Elles n’aiment pas la lumière. Elles défendent jalousement leur territoire. Elles vivent cependant en bonne entente avec les Carouilles, sorte de grenouilles, qu’elles protègent.

         Les hommes viennent parfois déposer des offrandes sur le rivage, de l’herbe, comme s’ils leur offraient le plus grand des calmes.

  Inès

LES SOURIS

         Animal grand d’environ un mètre. Tacheté de gris et de noir. Grandes oreilles, grande moustache, petites pattes. Elles ont de petits yeux noirs, brillants. Elles vivent au plus profond des champs, dorment en groupe sous la terre. Elles se nourrissent essentiellement de blé, parfois de maïs. A la fin de l’été, les souris préparent leurs réserves pour le printemps prochain. Durant l’hiver, les souris hibernent, trois mois. A leur réveil, les arbres sont en fleurs.

         Hommes et souris vivent en harmonie. Les hommes leur laissent une partie de la récolte. C’est une sorte d’accord. Si celui-ci n’est pas respecté, à la saison suivante, les souris détruisent la récolte toute entière.

         En échange, elles se battent avec les chevreuils quand ils traversent les champs.

Léane

LES GRAVES

         Serpents longs de deux mètres, les graves vivent dans les forêts humides, dans les arbres. Il se nourrit de feuilles, de plantes, de racines. Il passe la moitié de la journée à manger, l’autre à digérer. Le grave s’attaque parfois aux plantations des hommes, qui les chassent pour cette raison, mais aussi pour leur chair comestible.  

          La chasse aux graves est difficile. L’animal, très rapide, est difficile à capturer. Capable de changer de couleur, il peut facilement se cacher, éviter la mort. On le repère cependant, dans la forêt, grâce au bruit qu’il produit, un bruit très grave.

         La morsure du grave n’est pas mortelle, mais elle inflige une douleur insupportable, très intense.

         La peau du grave est quant à elle utilisée pour confectionner des vêtements, des chaussures.

          Julie

LES MUSKELS

         Animal impressionnant, mi-cheval, mi-oiseau, mais très peureux. Gris, il possède quatre sabots noirs, deux ailes. Sa tête est assez grande, dotée d’un grand bec, de beaux yeux bleu clair. Sa grande taille ne l’empêche pas d’être majestueux, très gracieux, même si lorsqu’il est effrayé il peut avoir des mouvements brusques.

         Les muskels habitent dans les grottes, au sommet des montagnes. Ils ne se déplacent qu’en groupe, de dix à vingt. Ils ont peur du soleil et ne sortent de leur grotte que la nuit ou quand le temps est très nuageux. Ils passent la nuit à travailler. Les muskels sont organisés un peu comme des fourmis. Chacun a son poste. Ils entretiennent un lien familial fort.

         Ils ne croisent que très rarement les hommes, ne sortant que la nuit. Mais ils semblent les respecter car ils vivent comme eux en tribus.

Thaïs

LES PHOENIX

         Gigantesques aigles de dix mètres de long, couverts d’or et de flammes. Ils habitent au creux d’un volcan, sur une île. Ils se nourrissent d’une seule plante, la fleur d’or enflammée, qui leur donne leur pouvoir unique.

         Les phoenix défendent l’île, des animaux marins, Kraken, serpents des mers géants, carpes vampires ailées, autres monstres capables de détruire leur île paisible.        Les phoenix pondent leurs œufs dans la lave brûlante du volcan. Quelque jours plus tard, les bébés sortent de leur coquille, au milieu des flammes. Les petits ne quittent le volcan qu’au bout de plusieurs mois.

         Quand un grand Phoenix meurt, ses cendres se déposent sur la plage. L’oiseau d’or et de flammes renaît alors de ses cendres. Les habitants du village déposent des fleurs d’or enflammées sur le sable.

Thomas

LES ROSTRES

         D’étranges monstres, visqueux comme la larve. Son corps est recouvert d’une quantité extravagante de slime jaune, qui le rend semblable au blob. Couvert d’une membrane d’eau, il se déplace rapidement grâce à son envergure. Sur les côtés, des tentacules violettes, derrière, une longue queue. Ses yeux globuleux repoussent les prédateurs. Une bouche velue, des oreilles se rétractant sous la rosée du matin. Il verdit sous l’action du soleil. Flairant de la viande, son museau s’allonge.

         L’été il chasse. Il engloutit loutres, tortues, jusqu’à trente kilos par jour. L’hiver il hiberne. Dans son grand terrier, vers le Nord, il dort. S’il se réveille, c’est par peur de mourir.

         Les tribus du Nord le consomment. Écrasé, mélangé avec des épices sacrées, il subvient au besoin des Hommes. On ne le chasse que l’hiver, quand il hiberne. S’il se réveille et vous touche, vous en garderez une cicatrice jaunâtre dont les plus anciens aiment à raconter l’histoire.

Antoine

LES MOUCHES

         De grandes bestioles inoffensives, au dos confortable pour les traversées magiques au-dessus d’une île perdue dans la mer NëtBourg.

         De grands yeux rouges, quadrillés. De grandes ailes, avec des rayures orange et jaunes. Dotées d’une longue trompe, elles se nourrissent de jus de noix de coco. Elles habitent sur une île peuplée d’enfants orphelins, qui ne se nourrissent que de pictères morts.

         Les mouches aiment à survoler l’île pour voir les enfants jouer. Quand les enfants se chamaillent, elle interviennent, s’installent au milieu d’eux. Le soir, les mouches rejoignent les grands palmiers. Elles s’endorment pendant que les enfants se baignent.

         Quand une mouche meurt, les enfants brûlent son corps, mettent ses cendres dans une bouteille et la jette dans la mer NëtBourg.

Loane

LES  VAIROIS

(Illustration de la 1ère de couverture du recueil)

         Gigantesque bulle de gaz, verte de près, bleue de loin. Cyclope terrestre, il laisse derrière lui une traînée toxique. Une odeur de mort, qui s’étend sur des kilomètres dans le désert. Il aime les milieux chauds, arides. Main sur la tête, pattes à l’arrière lui permettent de creuser des galeries.

          Le varois se nourrit de sable, le convertit sous l’action du soleil en un gaz épais. Nomade, il ne cesse de se déplacer. On ne lui connaît pas d’habitat.

         Selon les spécialistes, il existerait depuis la nuit des temps, bien avant l’apparition de la vie.

         Ils attaquent les peuples du désert, sans raison aucune, les asphyxiant. On ne peut les tuer qu’en perçant leur œil unique. C’est tout ce qui reste de la gigantesque bulle de gaz. Les hommes récupèrent l’œil et s’en servent comme talisman contre les mauvais esprits. Ils en ornent aussi leurs pieux, leurs lances, quand ils partent à la guerre contre des tribus adverses.

Antoine

 LES MUSKELS

         Grand ours, peau noire, poils blancs, ils marchent sur deux pattes comme les humains. Leur taille est de deux mètres vingt pour les femelles, deux mètres pour les mâles à l’âge adulte. Ils se nourrissent de poissons et de bêtes errantes. Ils peuvent vivre jusqu’à soixante ans.

         Ils vivent dans les vastes montagnes. En période de reproduction, les mâles poussent un cri qui ressemble à celui de l’élan. Les femelles choisissent celui qui a le plus beau cri. Les muskels ont un instinct très maternel et défendent jusqu’à la mort leurs petits contre les prédateurs. Ils sont eux-mêmes de très bons chasseurs, dotés de redoutables griffes aiguisées qui déchirent les peaux les plus dures. On dit qu’ils aiment tuer.

         Les muskels sont protégés par les hommes depuis qu’ils sont en voie de disparition. On les surveille depuis de très hautes tours. Jadis, il étaient  chassés. Leur peau noire servait à confectionner des sacs ; leurs poils, blancs comme la neige, des manteaux.

Ninon

« ANIMAUX » À L’ÉCOLE! (série: mon propre travail)

L’année prochaine, mes élèves étudieront quelques « animaux » dEtienne Ruhaud. L’idée m’est venue comme une évidence: découverte de la poésie contemporaine pour des adolescents : sacré défi, certes, mais je suis persuadé qu’il y a dans ce merveilleux recueil quelque chose, relevant peut-être de la magie créatrice déjà pour certains perdue de l’enfance, qui saura les toucher ; et également, plus prosaïquement, mine d’or en terme d’exercices d’écriture dont j’ai déjà l’idée…

… Tel est le sympathique message laissé sur Facebook par mon ami, le poète Gaël Guillarme, professeur de Lettres classiques en Poitou-Charentes. Quelle plus belle récompense que de voir son recueil étudié en classe! Mon autre ami, également écrivain, Christian Ghiotti (alias Nasthir Togitichi), psychologue, a lui fait lire mes textes aux jeunes pensionnaires d’un IME (institut médico-éducatif), en Seine-Saint-Denis. Un chaleureux merci (je reproduis le texte ci-dessous).

Photo de Christian Ghiotti.

Animaux, lue d’une voix haute et craintive, par une élève (légèrement déficiente) d’un IME (institut médico-éducatif). Un bon support d’entretien clinique. Que d’associations ! Et elle lit du Ruhaud avec intérêt et plaisir ! Le surréalisme, ici, c’est la rencontre improbable d’ un livre d’un bon niveau, et d’une jeune femme de 18 ans abonnée aux Mangas. Ça vaut presque celle d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table à dissection… Elle n’est pas, de loin, la plus démunie de cette école. Le lien thérapeutique est bon, où va t elle m’emmener ?

« ANIMALE » (mon propre travail)

Un chaleureux merci à Laurentiu Mamlofaleam et à Diana Adamek.

ENTRETIEN AVEC FRANCK SENAUD (mon propre travail)

Président de l’association évryenne Préfigurations, professeur d’arts plastiques, Franck Senaud a consacré le numéro 115 de son webzine pluridisciplinaire aux « rapports animaux ». Et m’a interviewé.

https://www.prefigurationsrevue.com/2021/01/11/etienne-ruhaud-animaux/

Animaux incertains, décrits d’une langue précise et presque distanciée. Monstres sans monstruosités dont la forme apparait sur cette tension du langage précis et/ou impossible. Chaque animal est bizarre. C’est un petit mot mais qui dit un rapport. Une rencontre à faire avec son auteur.

Entretien avec Franck SENAUD



FS

Peut on initier sa présentation en vous demandant comment est venue l’idée de ce recueil ci ?

ER

Les créatures sont un peu nées comme cela. Enfant, j’adorais les chaînes animalières. A l’adolescence, j’ai été très marqué par le film Alien, qui représente une forme d’extraterrestre fondamentalement agressif, hostile à la vie. Par la suite, j’ai été évidemment très influencé par la lecture de Lautréamont, par l’univers fantasmatique de surréalistes comme Toyen. Évoquons également Kafka, découvert grâce à l‘Anthologie de l’humour noir de Breton.

L’inspiration m’est venue à partir de rêves, d’images, de fantasmes. Ainsi, le poème « Les lunes » m’a été « suggéré » par une vidéo YouTube, dans laquelle on voit une énorme lune en plastique, partiellement dégonflée, échappée d’un parc d’attraction, en Chine, venue rebondir sur une autoroute. Pareillement, j’ai eu envie d’écrire « Les disques » après avoir vu un documentaire sur les pêcheurs de perles.

FS

Les animaux sont le lien entre chaque texte ? Sont-ils récents ?

ER

Les textes les plus anciens ont été écrits il y a six ans environ. En fait, j’ai voulu créer un bestiaire, et chaque poème en prose évoque un animal imaginaire, à la façon d’une zoologie poétique. Le lien prégnant, je crois, demeure la bizarrerie, l’idée de détournement. Certains animaux, même dangereux, sont fondamentalement sympathiques, quand d’autres sont menaçants. Tous sont décalés. En soi, ce sont d’abord des créations humaines, puisqu’en réalité les animaux ne sont ni bons ni mauvais, ni décalés. Chacun appartient à une même chaîne alimentaire, naturelle, à une logique implacable, darwinienne. Ils obéissent à un instinct. Créatures appréciées par les petits comme par les grands, les pandas et les koalas sont régis par un instinct. Les serpents, les araignées, les scorpions ou les varans de Komodo sont eux aussi régis par un instinct. Sauf que leur image demeure négative. Tout cela est proprement humain. Je veux dire que tout est dans notre regard.

FS

Il s’agit, pour les animaux, plutôt d’un clin d’œil à un genre qu’un rapport décrit a l’animal ?

ER

Ah, question difficile…

En réalité j’entremêle espèces animales et végétales, faune et flore, par hybridation. Je veux dire que le bestiaire n’est pas uniquement animal.

Les bêtes, ou assimilées, ont essentiellement une dimension symbolique, même si je n’ai pas d’explication à proprement parler. C’est le fruit de mon inconscient, des mes craintes ou de mes fantasmes, je crois. Seule un psychocritique, un sémioticien, pourrait véritablement retrouver une signification profonde, dérouler le sens. J’ai seul la clef de cette parade sauvage, déclare Rimbaud dans les Illuminations. Moi, je n’ai absolument aucune clef. Je n’ai pas foi en l’auto-analyse.

FS

Pourquoi ce choix de l’ordre alphabétique ? Pour renforcer l’effet d’inventaire ?

ER

Précisément oui. L’ordre alphabétique confère un côté systématique au bestiaire. Je suis un grand lecteur d’encyclopédies. D’ailleurs certaines créatures m’ont été soufflées justement à la lecture d’encyclopédies, de livres de zoologie. Lautréamont, dont j’ai parlé plus haut, écrivait lui aussi à partir d’une bibliothèque scientifique.

FS

Il y a dans votre beau livre un jeu entre cet abécédaire froid et la « cruauté  » de ce que votre langage si précis décrit. On lit au début presque en passant et ces descriptions nous accrochent. Avez vous pensé cette tension du plan général aux détails dès le début de votre écriture ?

ER

Au début, j’ai rédigé ces quelques poèmes dans des carnets, en les notant, avant de les saisir sous word. Je n’avais pas l’idée d’un plan défini. Juste une continuité thématique. Les choses se sont ordonnées par la suite. Je pense que le cerveau agit de manière souterraine. Il y a parfois des cohérences qui nous échappent. C’est peut-être le cas pour ce bestiaire, en tous cas. Encore une fois, je travaille énormément l’aspect stylistique des poèmes, en raturant sans cesse, en reprenant. En revanche, je ne me sens pas maître de l’inspiration. J’ai l’impression d’être dominé par ces créatures, de les dompter par le verbe, tant bien que mal. Mais à l’arrivée ce sont elles qui me dominent encore et toujours.

En ce qui concerne l’écriture : j’ai adopté ce ton un peu détaché (qui n’exclue pas totalement le lyrisme), afin de donner un tour pseudo-scientifique à l’ensemble. Ces créatures, qui existent dans ma tête, puis sur le papier, doivent avoir l’air réelles.

La cruauté… La littérature est là pour tout dire, y compris le plus abject. Je crois vraiment en sa fonction cathartique, purgative. La littérature est aussi, d’abord, un exutoire qui permet de dire le non-dit. Ce pourquoi je suis si attaché à la liberté d’expression.

FS

Le préfacier indique une dette à Michaux, à Ponge.

Comme chez eux un mélange de description qui semble bien documentée. Est-ce le cas ? Comment procédez vous ?

ER

J’ai énormément lu Voyage en grande Garabagne. L’idée d’un pays lointain, complètement fantasmé, m’a évidemment touché, et m’a influencé. On pourrait aussi citer un poème comme « Icebergs ». Bien que son style soit parfois lourd, daté, Raymond Roussel demeure là encore une influence majeure. Citons ainsi Impressions d’Afrique, où on voit une espèce de ver géant jouer de la harpe, si mes souvenirs sont bons. Roussel a marqué les surréalistes, et particulièrement Dali qui lui rend hommage dans Impressions de la haute Mongolie. Parti soi-disant à la recherche d’un champignon hallucinogène dans une contrée imaginaire, le peintre nous révèle finalement avoir filmé en agrandi la portion métallique d’un stylo sur lequel il aurait uriné, pour évoquer une géographie magique.

Découvert en khâgne, grâce à ce même préfacier, qui fut mon professeur, Francis Ponge procède du matérialisme poétique, en décrivant précisément l’objet. Il s’agit cette fois d’éléments réels comme le pain, le savon, etc. Dans La fabrique du pré, Ponge décrit avec précision sa creative methode, en exposant les états successifs du texte « Le pré ». Je crois en cette rigueur du style, en cette volonté de précision totale, invoquée par Boileau dans son Art poétique. Mes textes ne doivent ainsi pas grand-chose à la furor poétique. J’écris lentement, péniblement, en reprenant chaque terme, en polissant, en consultant le dictionnaire. La genèse demeure longue. Lecteur de Breton, je me sens incapable de pratiquer l’écriture automatique. L’idée des créatures, leur aspect, me vient de façon automatique. En revanche je ne sais pas me « lâcher », et corrige sans cesse, jusqu’à agacer mon éditeur !

Les poèmes sont essentiellement descriptifs car il s’agit de définir des espèces. Les documentaristes des chaînes animalières ne procèdent pas autrement lorsqu’ils parlent de telle ou telle bête. À cette différence près qu’ils n’ont aucune prétention littéraire, et que les bêtes en question existent vraiment.

Paris-Evry, février 2021.

ALAIN ROUSSEL PARLE D' »ANIMAUX » (mon propre travail)

Alain Roussel est né en 1948. Il s’est intéressé très tôt à l’ésotérisme, dont l’alchimie et la cabale phonétique, et aux spiritualités orientales. Mais c’est la poésie, qu’il découvrira par la lecture, à l’âge de dix-huit ans, de Rimbaud, Lautréamont, Apollinaire, Breton, Desnos, Péret, Aragon, Artaud, Michaux…, qui l’incitera à écrire. Il a publié une trentaine de livres ou plaquettes, notamment chez Plasma (Drachline), Lettres Vives, Cadex, Apogée, La Différence et publie régulièrement des notes de lecture dans En attendant Nadeau, la revue Europe et sur son blog, Passager clandestin de la pensée.

Je reprends ici la présentation d’Alain Roussel sur le site de Maurice Nadeau, éditeur, s’il en est, des surréalistes. Membre de mon groupe Facebook dédié au mouvement, auteur prolixe, Alain a consacré un fort bel article à Animaux. Article lui-même repris sur son site personnel, ainsi que sur le blog de Piere Campion.

http://pierre.campion2.free.fr/roussel_ruhaud.htm

http://alainroussel.blogspot.com/2021/01/journal-de-lecture-etienne-ruhaud.html

C’est dans une sorte de réalisme fantastique que nous entraîne Étienne Ruhaud dans son livre, Animaux. On croit d’abord à un court traité de zoologie, très précis dans ses descriptions. puis on se dit que ces animaux sont tout de même étranges. Il n’est pas donné tous les jours de rencontrer des bégons, des bôlces, des braïns ou des caloplans. Et l’on comprend soudain que Ruhaud est l’inventeur particulièrement créatif d’animaux imaginaires, souvent atteints de gigantisme. Mais il peut lui arriver d’évoquer des animaux existants, tels le bourdon, l’escargot de Bourgogne ou le crabe tourteau auxquels il prête une taille préhistorique et des mœurs déroutantes. Avec humour, dont on devinera qu’il est de préférence de couleur noire, il nous invite à pénétrer dans un monde inquiétant où toutes les extravagances, comme on les aime, sont permises. Prenez les kraps : « Leur corps marron et pustuleux forme une boule. Seul le haut dépasse. Deux yeux rouges et une gueule plissée en une moue permanente, d’où sort parfois une langue en forme de laisse pour gober ce qui passe, ce qui nage ou ce qui vole : rongeurs, poissons, grenouilles, libellules et petits oiseaux. Toutes bestioles avalées dans un gargouillement. »

Si ces horrifiques créatures, qui apportent la preuve formelle que le Diable existe, sont souvent menaçantes, il appartient pourtant à l’homme d’en tirer quelques bénéfices. Ainsi du bourdon, dont « le corps mesure environ un mètre cinquante : Sanglé, sellé, l’animal fait la joie des enfants qui le montent, pour des promenades aériennes autour des volcans, par-dessus l’onde. Des circuits permettent aux jeunes touristes d’explorer les îles à dos de bourdon, des bouchons dans les oreilles et un casque sur la tête, par mesure de sécurité… »On pense au Michaux de Mes propriétés, avec je ne sais quoi dans le style de Lautréamont.

EXTRAIT

Les bourgognes

Énormes escargots tachetés, ocres.

Inodore, leur bave argentée s’étale dans la forêt, le long des chemins, et colle aux chaussures, aux pattes des bestiaux.

Ils consomment des champs entiers. Les paysans élèvent donc des murs, disposent du grillage, usent de poudre, ou les tuent, parfois d’une balle entre les cornes.

Non comestible, leur chair visqueuse et grise sert d’engrais. Vidée, nettoyée, coincée entre les pierres, leur coquille, elle, sert de niche, ou d’abri pour les bergers.

Alain Roussel

JACQUES LUCCHESI PARLE D’ANIMAUX DANS « LA GRAPPE » (mon propre travail)

Notre ami, le poète et éditeur marseillais Jacques Lucchesi, parle d’Animaux dans le numéro 101 de La Grappe, revue seine-et-marnaise. Un chaleureux merci à lui. Nous joignons le lien vers « Le port d’attache », sa maison, et vers le site du périodique en question.

http://editionsduportdattache.blogspot.com/

https://revuelagrappe.fr/

 

Avis à tous les défenseurs de la cause animale : ce livre n’est pas pour vous. Car les Animaux d’Etienne Ruhaud n’ont rien à voir avec ceux – chiens, chats, vaches, cochons – dont vous vantez l’intelligence et la sensibilité à longueur de tribunes et que vous voudriez élever à la dignité humaine. Ils appartiennent à des espèces inconnues des zoologues. Ils ne sont pas gentils, même lorsqu’ils ne sont pas franchement menaçants. Voici, par exemple, les Caloplans « soudés au mur, leur vaste corps plat se couvre d’une épaisse fourrure brune et soyeuse, très douce. Pas de face ni de gueule : juste deux immenses yeux gris, qui luisent dans l’obscurité et vous fixent intensément.» Avouez, vous tous qui fondez devant le regard de votre toutou, que vous n’aimeriez pas partager votre chambre avec ces créatures. Et c’est encore pire avec les Krugs, « des insectes échassiers hauts de trois mètres, perchés sur des pattes noires et poilues », les limaces carnivores « longues de quatre mètres » ou les Lunes, « vastes méduses volantes descendues des plateaux du ciel ». Si de tels monstres avaient le mauvais goût de proliférer dans notre voisinage, les êtres humains auraient de quoi d’inquiéter. Et ils ne se soucieraient plus que de protéger une seule espèce : la leur.

Rassurez-vous, braves gens: ces étranges bestioles, vous ne les croiserez pas en dehors de ce petit livre. Car tout comme la Vouivre, Godzilla ou les insectes de feu chers à Jeannot Szwarc, ils appartiennent au monde de l’imaginaire. Celui d’Etienne Ruhaud, en l’occurrence, se révèle être particulièrement riche et inventif sur le plan verbal. En quelques lignes, froides et précises, il fait surgir des êtres et des mondes d’une noirceur que n’eût pas renié Lovecraft. Ces cauchemars, ce sont pourtant les siens. Il n’ a pas eu besoin d’aller chercher l’inspiration dans quelque grimoire de zoologie fantastique. En cela il fait véritablement œuvre de poète, poursuivant un filon commencé avec Bestiaire, son précédent recueil. Ce faisant, il nous rappelle, contre tous ceux qui réduisent l’animal à sa seule dimension biologique, la place importante qu’il occupe, depuis des millénaires, dans notre culture et sa richesse inépuisable en tant qu’objet littéraire.

On saluera, pour terminer, l’excellente préface de Jean Renaud et les étonnantes illustrations de Jacques Cauda. Autant d’apports qui concourent à faire de ce petit livre de 50 pages un pur bijou à découvrir sans tarder.

Jacques LUCCHESI

DIDIER AYRES PARLE D' »ANIMAUX » DANS « LA CAUSE LITTÉRAIRE » (mon propre travail)

Un chaleureux merci à mon ami Didier Ayres et à son épouse Yasmina Mahdi, qui précédemment a chroniqué Disparaître. Quel beau cadeau de Noël! Merci aussi à Léon-Marc Lévy, directeur de La Cause littéraire. Ci-dessous un lien vers l’article en ligne:

https://www.lacauselitteraire.fr/animaux-etienne-ruhaud-par-didier-ayres

Étrangeté

Outre le vif sentiment que j’ai ressenti à la lecture des Animaux d’Étienne Ruhaud, je ne cessais d’inventer des titres à cette chronique. Est-ce la profusion des images – entre doute et effroi –, la qualité de la surprise, la liberté d’invention, l’aspect débridé des descriptions d’animaux imaginaires, est-ce cela qui me poussait dans cette science des titres ? Tel a été en tout cas mon chemin dans le livre. Je consigne ici quelques-unes de ces tentatives : Zoomorphie, Pur animal organique, Les bêtes intérieures, L’en-soi des faunes, Matière des bestioles, L’animal plurivoque, Là où meurent la raison des proies, Bêtes soûles, Rien de naturel. Cette liste veut seulement rendre la complexité et ce qui déréalise en même temps ce bestiaire riche et original.

Ce qui ressort de cette écriture, c’est le mélange de didactique feinte, qui permet de voir ce qui se déroule dans l’esprit du rédacteur, et cette impression d’insolite constante, qui me ramenait à Lynch ou Cronenberg, pour me référer au seul cinéma. Cependant, il faut dire aussi que cette collection bizarre d’un belluaire littéraire se rapproche plus facilement de Michaux ou encore du Cthulhu de Lovecraft que d’Apollinaire et des gravures de Dufy.

Dans ces descriptions se dessine une inquiétude devant une certaine agitation. Car ces bestioles parfois dangereuses, espèce de silures qui se décomposeraient, qui viendraient du royaume anthropologique des dieux de l’eau, faune remontant du monde aqueux de l’imagination bien souvent, sont ensemble fascinantes et repoussantes, en tout cas propres à une aventure intérieure très imagée, où le monstre est rendu visible. Est-ce du domaine de la tératologie, telle que l’évoque Foucault dans ses cours sur les Anormaux au Collège de France ?

Quoi qu’il en soit on se trouve sans doute dans la comptine enfantine et effrayante ou dans le monde plastique et organique de certains tableaux de Max Ernst. De cette manière on ne sombre pas tout à fait dans l’angoisse, mais on se voit pris au sein d’images ambiguës, comme les représente Jérôme Bosch, homme à tête de chien, créatures à demi-oiseau qui avalent des corps humains, fous à tête de chouette et aux bras multiples… Peut-être aussi on pourrait analyser la libido de ces drôles de chèvre-pied, comme s’il y avait en eux un mélange de désir et de mort. En fait, c’est particulièrement dans l’étrangeté que nous plongeons, dans un état à moitié fasciné par des espèces de freaks et un intérêt presque scientifique pour ces cartels d’un muséum fabuleux.

Donc, rien de mièvre ; pas de tendresse excessive pour des animaux domestiques doux et joueurs, des pets anglais si amusants et un tantinet ridicules. Non, au mieux on serait témoin de guerres de fourmis, de jets d’acide, de crimes étranges des abeilles des sables, ou au moins au-devant de la cruauté, absolument pas gratuite mais facilitant l’imagination et le rêve. Et comme je veux citer un extrait qui me semble parlant, je le ferai avec son entrée Scorpions, qui est mon signe zodiacal – et je précise que je suis la veille de la Toussaint, dans une contiguïté au mortel.

LES SCORPIONS

Myriades de scorpions, comme un mauvais rêve dans la ville en guerre.

Long de plusieurs mètres, leur corps orange et brun se couvre d’une fine fourrure vénéneuse. Leurs yeux violets brillent de cruels éclats, trouent la nuit d’éclairs rouges.

Ils se nourrissent des charognes laissées par les combats, mais aussi d’êtres vivants. Leur dard plonge hommes et animaux en d’atroces convulsions. Leurs pinces déchirent chair et os.

L’État les utilise pour éliminer les gêneurs. Opposants, marginaux et délinquants ont ainsi disparu de la cité, réduits en charpie, enterrée en fosse commune, loin des regards.

ÉRIC DUBOIS PARLE D' »ANIMAUX » (mon propre travail)

   Maintes fois cités sur Page Paysage, le poète Éric Dubois nous fait l’honneur d’évoquer Animaux dans une sympathique vidéo, diffusée sur YouTube. Nous publierons prochainement un article consacré à son recueil Langage(s), publié là encore chez Unicité. Décidément très actif, le président du « Capital des mots » (association loi 1901) cite également un extrait de notre livre sur un nouveau blog, illustré par Jacques Cauda (cf lien ci-dessous).

https://poesiemag317477435.wordpress.com/2020/11/27/etienne-ruhaud/

PRISCA POIRAUDEAU PARLE D' »ANIMAUX » (mon propre travail)

Notre amie Prisca Poiraudeau, régulièrement évoquée sur « Page paysage », nous fait l’honneur d’une recension sur le blog « Fée noire ». Merci à elle!

http://fee-noire.over-blog.com/2020/11/les-metamorphoses-animaux.html?fbclid=IwAR0K83yG48vAr-7Otsfrt7ekw4xx_WWWe4Rq97Upyx1IiUyiXiNhJiEcTNY

Animaux est un bestiaire qui peut évoquer les cabinets de curiosité. Ce sont des animaux surnaturels mais qui semblent vraisemblables tant l’auteur les décrit avec précision. En effet l’écriture n’est pas celle des contes mais plutôt celle des sciences naturelles. Il y a des animaux forestiers et d’autres sont aquatiques.

Cela me fait penser un peu à un grimoire de sorcier. L’auteur parle de certaines pratiques un peu païennes car certains animaux mi-végétaux, mi-minéraux ont des propriétés ou des vertus. Les animaux décris par Etienne Ruhaud sont le monde « des petites bêtes » grossies au microscope (ils sont de taille monstrueuse à hauteur humaine), c’est un monde assez cruel et morbide, les animaux sont assez répugnants et malsains. La nature y est extrêmement hostile. Cela me fait penser au dégout de Baudelaire pour la nature. Ce recueil pourrait être une sorte d’abécédaire, où chaque espèce est décrite en quelques mots, une espèce par page, les noms sont assez poétiques : « Les Bôlces », « Les Braïns », « Les Kabutos »…D’autres noms sont  connus, plus familiers comme « Les Dragons », « Les Cèpes », « Les Centaures », « Les Scorpions », « Les Lunes », « Les Baignoires », mais la plume d’Etienne Ruhaud les a réinventés. Ils nous sont faussement familiers. Les dragons ne sont pas ceux de nos livres d’enfants, ils sont moins merveilleux, le monde d’Etienne est désenchanté.  Nous sommes téléportés dans un étrange monde qui semble si  proche du nôtre. Nous ne savons pas de quel côté du miroir nous sommes. Est-ce l’univers d’un rêve Lovecraftien ? Ou bien La métamorphose de Kafka ? Quelles sont les angoisses qui se cachent derrière les métamorphoses? Tous les animaux apparaissent écœurants mais ce sont aussi des formes très diverses de « Vampires », ils sont vampirisants.

Les humains sont en arrière-plan. Des peuples qui semblent primitifs avec certaines pratiques magiques qui ne sont pas sans évoquer le chamanisme. La nature fait loi même si l’homme s’en défend ou cohabite tant bien que mal et en tire parfois profit. Si les animaux sont décrits avec une extrême précision, l’univers fantastique (ou de science fiction) qu’ils entrouvrent est assez flou. Etienne a su préserver le mystère. On peut songer à un monde du futur, quelques décennies après une catastrophe nucléaire où des animaux auraient pu muter et où la civilisation humaine est redevenue sauvage et s’est adaptée.

Je parle de populations humaines mais ce sont peut-être d’autres peuples plus lointains. On peut s’imaginer sur une autre planète, dans une autre galaxie, semblable à la notre.

La couverture est joliment illustrée par une encre en couleur de Jacques Cauda, un animal étrange légèrement flouté, dilué. Cela m’a rappelé les estampes (qui sont moins connues du grand public que d’autres œuvres) de Salvador Dali : des animaux un peu enfantins, aux couleurs pastelles, les contours estompées, saturées d’eau Il y a deux autres encres en noir et blanc dans ce bestiaire.

Note de lecture par Prisca Poiraudeau écrite 21 novembre 2020.  

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