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« ANIMAUX » À L’ÉCOLE! (série: mon propre travail)

L’année prochaine, mes élèves étudieront quelques « animaux » dEtienne Ruhaud. L’idée m’est venue comme une évidence: découverte de la poésie contemporaine pour des adolescents : sacré défi, certes, mais je suis persuadé qu’il y a dans ce merveilleux recueil quelque chose, relevant peut-être de la magie créatrice déjà pour certains perdue de l’enfance, qui saura les toucher ; et également, plus prosaïquement, mine d’or en terme d’exercices d’écriture dont j’ai déjà l’idée…

… Tel est le sympathique message laissé sur Facebook par mon ami, le poète Gaël Guillarme, professeur de Lettres classiques en Poitou-Charentes. Quelle plus belle récompense que de voir son recueil étudié en classe! Mon autre ami, également écrivain, Christian Ghiotti (alias Nasthir Togitichi), psychologue, a lui fait lire mes textes aux jeunes pensionnaires d’un IME (institut médico-éducatif), en Seine-Saint-Denis. Un chaleureux merci (je reproduis le texte ci-dessous).

Photo de Christian Ghiotti.

Animaux, lue d’une voix haute et craintive, par une élève (légèrement déficiente) d’un IME (institut médico-éducatif). Un bon support d’entretien clinique. Que d’associations ! Et elle lit du Ruhaud avec intérêt et plaisir ! Le surréalisme, ici, c’est la rencontre improbable d’ un livre d’un bon niveau, et d’une jeune femme de 18 ans abonnée aux Mangas. Ça vaut presque celle d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table à dissection… Elle n’est pas, de loin, la plus démunie de cette école. Le lien thérapeutique est bon, où va t elle m’emmener ?

« ANIMALE » (mon propre travail)

Un chaleureux merci à Laurentiu Mamlofaleam et à Diana Adamek.

ENTRETIEN AVEC FRANCK SENAUD (mon propre travail)

Président de l’association évryenne Préfigurations, professeur d’arts plastiques, Franck Senaud a consacré le numéro 115 de son webzine pluridisciplinaire aux « rapports animaux ». Et m’a interviewé.

https://www.prefigurationsrevue.com/2021/01/11/etienne-ruhaud-animaux/

Animaux incertains, décrits d’une langue précise et presque distanciée. Monstres sans monstruosités dont la forme apparait sur cette tension du langage précis et/ou impossible. Chaque animal est bizarre. C’est un petit mot mais qui dit un rapport. Une rencontre à faire avec son auteur.

Entretien avec Franck SENAUD



FS

Peut on initier sa présentation en vous demandant comment est venue l’idée de ce recueil ci ?

ER

Les créatures sont un peu nées comme cela. Enfant, j’adorais les chaînes animalières. A l’adolescence, j’ai été très marqué par le film Alien, qui représente une forme d’extraterrestre fondamentalement agressif, hostile à la vie. Par la suite, j’ai été évidemment très influencé par la lecture de Lautréamont, par l’univers fantasmatique de surréalistes comme Toyen. Évoquons également Kafka, découvert grâce à l‘Anthologie de l’humour noir de Breton.

L’inspiration m’est venue à partir de rêves, d’images, de fantasmes. Ainsi, le poème « Les lunes » m’a été « suggéré » par une vidéo YouTube, dans laquelle on voit une énorme lune en plastique, partiellement dégonflée, échappée d’un parc d’attraction, en Chine, venue rebondir sur une autoroute. Pareillement, j’ai eu envie d’écrire « Les disques » après avoir vu un documentaire sur les pêcheurs de perles.

FS

Les animaux sont le lien entre chaque texte ? Sont-ils récents ?

ER

Les textes les plus anciens ont été écrits il y a six ans environ. En fait, j’ai voulu créer un bestiaire, et chaque poème en prose évoque un animal imaginaire, à la façon d’une zoologie poétique. Le lien prégnant, je crois, demeure la bizarrerie, l’idée de détournement. Certains animaux, même dangereux, sont fondamentalement sympathiques, quand d’autres sont menaçants. Tous sont décalés. En soi, ce sont d’abord des créations humaines, puisqu’en réalité les animaux ne sont ni bons ni mauvais, ni décalés. Chacun appartient à une même chaîne alimentaire, naturelle, à une logique implacable, darwinienne. Ils obéissent à un instinct. Créatures appréciées par les petits comme par les grands, les pandas et les koalas sont régis par un instinct. Les serpents, les araignées, les scorpions ou les varans de Komodo sont eux aussi régis par un instinct. Sauf que leur image demeure négative. Tout cela est proprement humain. Je veux dire que tout est dans notre regard.

FS

Il s’agit, pour les animaux, plutôt d’un clin d’œil à un genre qu’un rapport décrit a l’animal ?

ER

Ah, question difficile…

En réalité j’entremêle espèces animales et végétales, faune et flore, par hybridation. Je veux dire que le bestiaire n’est pas uniquement animal.

Les bêtes, ou assimilées, ont essentiellement une dimension symbolique, même si je n’ai pas d’explication à proprement parler. C’est le fruit de mon inconscient, des mes craintes ou de mes fantasmes, je crois. Seule un psychocritique, un sémioticien, pourrait véritablement retrouver une signification profonde, dérouler le sens. J’ai seul la clef de cette parade sauvage, déclare Rimbaud dans les Illuminations. Moi, je n’ai absolument aucune clef. Je n’ai pas foi en l’auto-analyse.

FS

Pourquoi ce choix de l’ordre alphabétique ? Pour renforcer l’effet d’inventaire ?

ER

Précisément oui. L’ordre alphabétique confère un côté systématique au bestiaire. Je suis un grand lecteur d’encyclopédies. D’ailleurs certaines créatures m’ont été soufflées justement à la lecture d’encyclopédies, de livres de zoologie. Lautréamont, dont j’ai parlé plus haut, écrivait lui aussi à partir d’une bibliothèque scientifique.

FS

Il y a dans votre beau livre un jeu entre cet abécédaire froid et la « cruauté  » de ce que votre langage si précis décrit. On lit au début presque en passant et ces descriptions nous accrochent. Avez vous pensé cette tension du plan général aux détails dès le début de votre écriture ?

ER

Au début, j’ai rédigé ces quelques poèmes dans des carnets, en les notant, avant de les saisir sous word. Je n’avais pas l’idée d’un plan défini. Juste une continuité thématique. Les choses se sont ordonnées par la suite. Je pense que le cerveau agit de manière souterraine. Il y a parfois des cohérences qui nous échappent. C’est peut-être le cas pour ce bestiaire, en tous cas. Encore une fois, je travaille énormément l’aspect stylistique des poèmes, en raturant sans cesse, en reprenant. En revanche, je ne me sens pas maître de l’inspiration. J’ai l’impression d’être dominé par ces créatures, de les dompter par le verbe, tant bien que mal. Mais à l’arrivée ce sont elles qui me dominent encore et toujours.

En ce qui concerne l’écriture : j’ai adopté ce ton un peu détaché (qui n’exclue pas totalement le lyrisme), afin de donner un tour pseudo-scientifique à l’ensemble. Ces créatures, qui existent dans ma tête, puis sur le papier, doivent avoir l’air réelles.

La cruauté… La littérature est là pour tout dire, y compris le plus abject. Je crois vraiment en sa fonction cathartique, purgative. La littérature est aussi, d’abord, un exutoire qui permet de dire le non-dit. Ce pourquoi je suis si attaché à la liberté d’expression.

FS

Le préfacier indique une dette à Michaux, à Ponge.

Comme chez eux un mélange de description qui semble bien documentée. Est-ce le cas ? Comment procédez vous ?

ER

J’ai énormément lu Voyage en grande Garabagne. L’idée d’un pays lointain, complètement fantasmé, m’a évidemment touché, et m’a influencé. On pourrait aussi citer un poème comme « Icebergs ». Bien que son style soit parfois lourd, daté, Raymond Roussel demeure là encore une influence majeure. Citons ainsi Impressions d’Afrique, où on voit une espèce de ver géant jouer de la harpe, si mes souvenirs sont bons. Roussel a marqué les surréalistes, et particulièrement Dali qui lui rend hommage dans Impressions de la haute Mongolie. Parti soi-disant à la recherche d’un champignon hallucinogène dans une contrée imaginaire, le peintre nous révèle finalement avoir filmé en agrandi la portion métallique d’un stylo sur lequel il aurait uriné, pour évoquer une géographie magique.

Découvert en khâgne, grâce à ce même préfacier, qui fut mon professeur, Francis Ponge procède du matérialisme poétique, en décrivant précisément l’objet. Il s’agit cette fois d’éléments réels comme le pain, le savon, etc. Dans La fabrique du pré, Ponge décrit avec précision sa creative methode, en exposant les états successifs du texte « Le pré ». Je crois en cette rigueur du style, en cette volonté de précision totale, invoquée par Boileau dans son Art poétique. Mes textes ne doivent ainsi pas grand-chose à la furor poétique. J’écris lentement, péniblement, en reprenant chaque terme, en polissant, en consultant le dictionnaire. La genèse demeure longue. Lecteur de Breton, je me sens incapable de pratiquer l’écriture automatique. L’idée des créatures, leur aspect, me vient de façon automatique. En revanche je ne sais pas me « lâcher », et corrige sans cesse, jusqu’à agacer mon éditeur !

Les poèmes sont essentiellement descriptifs car il s’agit de définir des espèces. Les documentaristes des chaînes animalières ne procèdent pas autrement lorsqu’ils parlent de telle ou telle bête. À cette différence près qu’ils n’ont aucune prétention littéraire, et que les bêtes en question existent vraiment.

Paris-Evry, février 2021.

ALAIN ROUSSEL PARLE D' »ANIMAUX » (mon propre travail)

Alain Roussel est né en 1948. Il s’est intéressé très tôt à l’ésotérisme, dont l’alchimie et la cabale phonétique, et aux spiritualités orientales. Mais c’est la poésie, qu’il découvrira par la lecture, à l’âge de dix-huit ans, de Rimbaud, Lautréamont, Apollinaire, Breton, Desnos, Péret, Aragon, Artaud, Michaux…, qui l’incitera à écrire. Il a publié une trentaine de livres ou plaquettes, notamment chez Plasma (Drachline), Lettres Vives, Cadex, Apogée, La Différence et publie régulièrement des notes de lecture dans En attendant Nadeau, la revue Europe et sur son blog, Passager clandestin de la pensée.

Je reprends ici la présentation d’Alain Roussel sur le site de Maurice Nadeau, éditeur, s’il en est, des surréalistes. Membre de mon groupe Facebook dédié au mouvement, auteur prolixe, Alain a consacré un fort bel article à Animaux. Article lui-même repris sur son site personnel, ainsi que sur le blog de Piere Campion.

http://pierre.campion2.free.fr/roussel_ruhaud.htm

http://alainroussel.blogspot.com/2021/01/journal-de-lecture-etienne-ruhaud.html

C’est dans une sorte de réalisme fantastique que nous entraîne Étienne Ruhaud dans son livre, Animaux. On croit d’abord à un court traité de zoologie, très précis dans ses descriptions. puis on se dit que ces animaux sont tout de même étranges. Il n’est pas donné tous les jours de rencontrer des bégons, des bôlces, des braïns ou des caloplans. Et l’on comprend soudain que Ruhaud est l’inventeur particulièrement créatif d’animaux imaginaires, souvent atteints de gigantisme. Mais il peut lui arriver d’évoquer des animaux existants, tels le bourdon, l’escargot de Bourgogne ou le crabe tourteau auxquels il prête une taille préhistorique et des mœurs déroutantes. Avec humour, dont on devinera qu’il est de préférence de couleur noire, il nous invite à pénétrer dans un monde inquiétant où toutes les extravagances, comme on les aime, sont permises. Prenez les kraps : « Leur corps marron et pustuleux forme une boule. Seul le haut dépasse. Deux yeux rouges et une gueule plissée en une moue permanente, d’où sort parfois une langue en forme de laisse pour gober ce qui passe, ce qui nage ou ce qui vole : rongeurs, poissons, grenouilles, libellules et petits oiseaux. Toutes bestioles avalées dans un gargouillement. »

Si ces horrifiques créatures, qui apportent la preuve formelle que le Diable existe, sont souvent menaçantes, il appartient pourtant à l’homme d’en tirer quelques bénéfices. Ainsi du bourdon, dont « le corps mesure environ un mètre cinquante : Sanglé, sellé, l’animal fait la joie des enfants qui le montent, pour des promenades aériennes autour des volcans, par-dessus l’onde. Des circuits permettent aux jeunes touristes d’explorer les îles à dos de bourdon, des bouchons dans les oreilles et un casque sur la tête, par mesure de sécurité… »On pense au Michaux de Mes propriétés, avec je ne sais quoi dans le style de Lautréamont.

EXTRAIT

Les bourgognes

Énormes escargots tachetés, ocres.

Inodore, leur bave argentée s’étale dans la forêt, le long des chemins, et colle aux chaussures, aux pattes des bestiaux.

Ils consomment des champs entiers. Les paysans élèvent donc des murs, disposent du grillage, usent de poudre, ou les tuent, parfois d’une balle entre les cornes.

Non comestible, leur chair visqueuse et grise sert d’engrais. Vidée, nettoyée, coincée entre les pierres, leur coquille, elle, sert de niche, ou d’abri pour les bergers.

Alain Roussel

JACQUES LUCCHESI PARLE D’ANIMAUX DANS « LA GRAPPE » (mon propre travail)

Notre ami, le poète et éditeur marseillais Jacques Lucchesi, parle d’Animaux dans le numéro 101 de La Grappe, revue seine-et-marnaise. Un chaleureux merci à lui. Nous joignons le lien vers « Le port d’attache », sa maison, et vers le site du périodique en question.

http://editionsduportdattache.blogspot.com/

https://revuelagrappe.fr/

 

Avis à tous les défenseurs de la cause animale : ce livre n’est pas pour vous. Car les Animaux d’Etienne Ruhaud n’ont rien à voir avec ceux – chiens, chats, vaches, cochons – dont vous vantez l’intelligence et la sensibilité à longueur de tribunes et que vous voudriez élever à la dignité humaine. Ils appartiennent à des espèces inconnues des zoologues. Ils ne sont pas gentils, même lorsqu’ils ne sont pas franchement menaçants. Voici, par exemple, les Caloplans « soudés au mur, leur vaste corps plat se couvre d’une épaisse fourrure brune et soyeuse, très douce. Pas de face ni de gueule : juste deux immenses yeux gris, qui luisent dans l’obscurité et vous fixent intensément.» Avouez, vous tous qui fondez devant le regard de votre toutou, que vous n’aimeriez pas partager votre chambre avec ces créatures. Et c’est encore pire avec les Krugs, « des insectes échassiers hauts de trois mètres, perchés sur des pattes noires et poilues », les limaces carnivores « longues de quatre mètres » ou les Lunes, « vastes méduses volantes descendues des plateaux du ciel ». Si de tels monstres avaient le mauvais goût de proliférer dans notre voisinage, les êtres humains auraient de quoi d’inquiéter. Et ils ne se soucieraient plus que de protéger une seule espèce : la leur.

Rassurez-vous, braves gens: ces étranges bestioles, vous ne les croiserez pas en dehors de ce petit livre. Car tout comme la Vouivre, Godzilla ou les insectes de feu chers à Jeannot Szwarc, ils appartiennent au monde de l’imaginaire. Celui d’Etienne Ruhaud, en l’occurrence, se révèle être particulièrement riche et inventif sur le plan verbal. En quelques lignes, froides et précises, il fait surgir des êtres et des mondes d’une noirceur que n’eût pas renié Lovecraft. Ces cauchemars, ce sont pourtant les siens. Il n’ a pas eu besoin d’aller chercher l’inspiration dans quelque grimoire de zoologie fantastique. En cela il fait véritablement œuvre de poète, poursuivant un filon commencé avec Bestiaire, son précédent recueil. Ce faisant, il nous rappelle, contre tous ceux qui réduisent l’animal à sa seule dimension biologique, la place importante qu’il occupe, depuis des millénaires, dans notre culture et sa richesse inépuisable en tant qu’objet littéraire.

On saluera, pour terminer, l’excellente préface de Jean Renaud et les étonnantes illustrations de Jacques Cauda. Autant d’apports qui concourent à faire de ce petit livre de 50 pages un pur bijou à découvrir sans tarder.

Jacques LUCCHESI

DIDIER AYRES PARLE D' »ANIMAUX » DANS « LA CAUSE LITTÉRAIRE » (mon propre travail)

Un chaleureux merci à mon ami Didier Ayres et à son épouse Yasmina Mahdi, qui précédemment a chroniqué Disparaître. Quel beau cadeau de Noël! Merci aussi à Léon-Marc Lévy, directeur de La Cause littéraire. Ci-dessous un lien vers l’article en ligne:

https://www.lacauselitteraire.fr/animaux-etienne-ruhaud-par-didier-ayres

Étrangeté

Outre le vif sentiment que j’ai ressenti à la lecture des Animaux d’Étienne Ruhaud, je ne cessais d’inventer des titres à cette chronique. Est-ce la profusion des images – entre doute et effroi –, la qualité de la surprise, la liberté d’invention, l’aspect débridé des descriptions d’animaux imaginaires, est-ce cela qui me poussait dans cette science des titres ? Tel a été en tout cas mon chemin dans le livre. Je consigne ici quelques-unes de ces tentatives : Zoomorphie, Pur animal organique, Les bêtes intérieures, L’en-soi des faunes, Matière des bestioles, L’animal plurivoque, Là où meurent la raison des proies, Bêtes soûles, Rien de naturel. Cette liste veut seulement rendre la complexité et ce qui déréalise en même temps ce bestiaire riche et original.

Ce qui ressort de cette écriture, c’est le mélange de didactique feinte, qui permet de voir ce qui se déroule dans l’esprit du rédacteur, et cette impression d’insolite constante, qui me ramenait à Lynch ou Cronenberg, pour me référer au seul cinéma. Cependant, il faut dire aussi que cette collection bizarre d’un belluaire littéraire se rapproche plus facilement de Michaux ou encore du Cthulhu de Lovecraft que d’Apollinaire et des gravures de Dufy.

Dans ces descriptions se dessine une inquiétude devant une certaine agitation. Car ces bestioles parfois dangereuses, espèce de silures qui se décomposeraient, qui viendraient du royaume anthropologique des dieux de l’eau, faune remontant du monde aqueux de l’imagination bien souvent, sont ensemble fascinantes et repoussantes, en tout cas propres à une aventure intérieure très imagée, où le monstre est rendu visible. Est-ce du domaine de la tératologie, telle que l’évoque Foucault dans ses cours sur les Anormaux au Collège de France ?

Quoi qu’il en soit on se trouve sans doute dans la comptine enfantine et effrayante ou dans le monde plastique et organique de certains tableaux de Max Ernst. De cette manière on ne sombre pas tout à fait dans l’angoisse, mais on se voit pris au sein d’images ambiguës, comme les représente Jérôme Bosch, homme à tête de chien, créatures à demi-oiseau qui avalent des corps humains, fous à tête de chouette et aux bras multiples… Peut-être aussi on pourrait analyser la libido de ces drôles de chèvre-pied, comme s’il y avait en eux un mélange de désir et de mort. En fait, c’est particulièrement dans l’étrangeté que nous plongeons, dans un état à moitié fasciné par des espèces de freaks et un intérêt presque scientifique pour ces cartels d’un muséum fabuleux.

Donc, rien de mièvre ; pas de tendresse excessive pour des animaux domestiques doux et joueurs, des pets anglais si amusants et un tantinet ridicules. Non, au mieux on serait témoin de guerres de fourmis, de jets d’acide, de crimes étranges des abeilles des sables, ou au moins au-devant de la cruauté, absolument pas gratuite mais facilitant l’imagination et le rêve. Et comme je veux citer un extrait qui me semble parlant, je le ferai avec son entrée Scorpions, qui est mon signe zodiacal – et je précise que je suis la veille de la Toussaint, dans une contiguïté au mortel.

LES SCORPIONS

Myriades de scorpions, comme un mauvais rêve dans la ville en guerre.

Long de plusieurs mètres, leur corps orange et brun se couvre d’une fine fourrure vénéneuse. Leurs yeux violets brillent de cruels éclats, trouent la nuit d’éclairs rouges.

Ils se nourrissent des charognes laissées par les combats, mais aussi d’êtres vivants. Leur dard plonge hommes et animaux en d’atroces convulsions. Leurs pinces déchirent chair et os.

L’État les utilise pour éliminer les gêneurs. Opposants, marginaux et délinquants ont ainsi disparu de la cité, réduits en charpie, enterrée en fosse commune, loin des regards.

ÉRIC DUBOIS PARLE D' »ANIMAUX » (mon propre travail)

   Maintes fois cités sur Page Paysage, le poète Éric Dubois nous fait l’honneur d’évoquer Animaux dans une sympathique vidéo, diffusée sur YouTube. Nous publierons prochainement un article consacré à son recueil Langage(s), publié là encore chez Unicité. Décidément très actif, le président du « Capital des mots » (association loi 1901) cite également un extrait de notre livre sur un nouveau blog, illustré par Jacques Cauda (cf lien ci-dessous).

https://poesiemag317477435.wordpress.com/2020/11/27/etienne-ruhaud/

PRISCA POIRAUDEAU PARLE D' »ANIMAUX » (mon propre travail)

Notre amie Prisca Poiraudeau, régulièrement évoquée sur « Page paysage », nous fait l’honneur d’une recension sur le blog « Fée noire ». Merci à elle!

http://fee-noire.over-blog.com/2020/11/les-metamorphoses-animaux.html?fbclid=IwAR0K83yG48vAr-7Otsfrt7ekw4xx_WWWe4Rq97Upyx1IiUyiXiNhJiEcTNY

Animaux est un bestiaire qui peut évoquer les cabinets de curiosité. Ce sont des animaux surnaturels mais qui semblent vraisemblables tant l’auteur les décrit avec précision. En effet l’écriture n’est pas celle des contes mais plutôt celle des sciences naturelles. Il y a des animaux forestiers et d’autres sont aquatiques.

Cela me fait penser un peu à un grimoire de sorcier. L’auteur parle de certaines pratiques un peu païennes car certains animaux mi-végétaux, mi-minéraux ont des propriétés ou des vertus. Les animaux décris par Etienne Ruhaud sont le monde « des petites bêtes » grossies au microscope (ils sont de taille monstrueuse à hauteur humaine), c’est un monde assez cruel et morbide, les animaux sont assez répugnants et malsains. La nature y est extrêmement hostile. Cela me fait penser au dégout de Baudelaire pour la nature. Ce recueil pourrait être une sorte d’abécédaire, où chaque espèce est décrite en quelques mots, une espèce par page, les noms sont assez poétiques : « Les Bôlces », « Les Braïns », « Les Kabutos »…D’autres noms sont  connus, plus familiers comme « Les Dragons », « Les Cèpes », « Les Centaures », « Les Scorpions », « Les Lunes », « Les Baignoires », mais la plume d’Etienne Ruhaud les a réinventés. Ils nous sont faussement familiers. Les dragons ne sont pas ceux de nos livres d’enfants, ils sont moins merveilleux, le monde d’Etienne est désenchanté.  Nous sommes téléportés dans un étrange monde qui semble si  proche du nôtre. Nous ne savons pas de quel côté du miroir nous sommes. Est-ce l’univers d’un rêve Lovecraftien ? Ou bien La métamorphose de Kafka ? Quelles sont les angoisses qui se cachent derrière les métamorphoses? Tous les animaux apparaissent écœurants mais ce sont aussi des formes très diverses de « Vampires », ils sont vampirisants.

Les humains sont en arrière-plan. Des peuples qui semblent primitifs avec certaines pratiques magiques qui ne sont pas sans évoquer le chamanisme. La nature fait loi même si l’homme s’en défend ou cohabite tant bien que mal et en tire parfois profit. Si les animaux sont décrits avec une extrême précision, l’univers fantastique (ou de science fiction) qu’ils entrouvrent est assez flou. Etienne a su préserver le mystère. On peut songer à un monde du futur, quelques décennies après une catastrophe nucléaire où des animaux auraient pu muter et où la civilisation humaine est redevenue sauvage et s’est adaptée.

Je parle de populations humaines mais ce sont peut-être d’autres peuples plus lointains. On peut s’imaginer sur une autre planète, dans une autre galaxie, semblable à la notre.

La couverture est joliment illustrée par une encre en couleur de Jacques Cauda, un animal étrange légèrement flouté, dilué. Cela m’a rappelé les estampes (qui sont moins connues du grand public que d’autres œuvres) de Salvador Dali : des animaux un peu enfantins, aux couleurs pastelles, les contours estompées, saturées d’eau Il y a deux autres encres en noir et blanc dans ce bestiaire.

Note de lecture par Prisca Poiraudeau écrite 21 novembre 2020.  

UN ENTRETIEN AVEC JEAN-PAUL GAVARD PERRET (mon propre travail)

Jean-Paul Gavard-Perret me gâte, en ce moment. L’universitaire et poète savoyard, spécialiste de Beckett, auteur d’un article sur Animaux, m’offre une belle interview pour le site Lelittéraire.com. Je l’en remercie, évidemment, et reproduit le texte ci-dessous, ainsi que le lien vers le site en question. C’est la deuxième interview de ma vie, la première ayant été réalisée en 2013 par Yann Landry sur YouTube, après la sortie de Disparaître. Grand merci à Jean-Paul, donc! L’aventure continue.

Etienne Ruhaud le dompteur — entretien avec l’auteur (Animaux)

Ruhaud tisse et détisse sans cesse un grand tapis grouillant sous la mousse de ses “contes” ani­ma­liers. Dans ce tapis : un motif — comme dans la célèbre  nou­velle d’Henry James. Et, comme lui, il y com­bine l’amusement et le mys­tère, conduit à s’interroger sur l’essence de la lit­té­ra­ture et l’existence de son motif secret. Celle qui consti­tue la trame de son écri­ture revient comme un leit­mo­tiv, de texte en texte : la bête.
Et par elle, au passé qui n’est fait que d’illusions, l’écriture donne un ave­nir mons­trueux. C’est un futur anté­rieur, vivant. C’est un retour fric­tion­nel qui apprend une vérité et crée une his­toire qui n’aurait pas pu exis­ter. De même qu’il faut deux temps pour créer un trau­ma­tisme, il en faut aussi deux pour le résoudre et c’est ce que l’écriture pro­pose.
En ce moment, la pan­dé­mie et les désordres du monde nous font redou­ter le tota­li­ta­risme tou­jours prêt à sur­gir, la liberté et l’épique dro­la­tique se dis­putent la vedette, lais­sant pla­ner la peur mais juste ce qu’il faut.

Etienne Ruhaud, Ani­maux, Edi­tions Uni­cité, Saint-Chéron, 2020, 50 p. — 12,00 €.

Entre­tien : 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Soit les néces­si­tés pro­fes­sion­nelles, soit le désir de lire, d’écrire, ou tout sim­ple­ment de me pro­me­ner en ville.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
J’en ai accom­pli une par­tie en voya­geant, et plus encore en publiant des livres.

A quoi avez-vous renoncé ?
J’ai briè­ve­ment songé à deve­nir réa­li­sa­teur, puis j’ai com­pris que la chose serait très compliquée.

D’où venez-vous ?
Je suis né à Rennes mais n’ai pas d’origine bre­tonne. Mon père, un ancien édu­ca­teur spé­cia­lisé, y avait été muté. J’ai essen­tiel­le­ment grandi à La Rochelle. Ensuite, j’ai un peu voyagé en France. Je vis à Paris depuis plus de dix ans.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Le goût des livres et de la culture, essen­tiel­le­ment, ce qui n’est pas négligeable.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Boire un bon verre de vin.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres poètes ?
Peut-être mon approche ani­ma­lière, puisque j’écris des bes­tiaires, et mon goût pour les sur­réa­listes com­plè­te­ment oubliés.

Com­ment définiriez-vous votre approche de la faune et de la flore ?
J’aime énor­mé­ment les ani­maux, même si je place l’homme au-dessus, du fait qu’il ait une conscience. Je fré­quente les zoos et regarde les émis­sions ani­ma­lières. J’aime aussi me retrou­ver en forêt, bien que je ne connaisse pas le nom des arbres ou des plantes.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Je n’en n’ai pas vrai­ment sou­ve­nir. En matière de pein­ture, j’ai tout de suite été séduit par Arcim­boldo, Dali, Jérôme Bosch et René Magritte.

Et votre pre­mière lec­ture ?
Là aussi c’est com­pli­qué. Il devait s’agir d’une col­lec­tion verte. Jeune, j’ai été très mar­qué par une his­toire de pirates dont j’ai oublié le nom, puis par les romans de Jack London.

Quelles musiques écoutez-vous ?
J’écoute beau­coup de clas­sique (avec un faible pour Debussy ou Schu­bert), mais aussi du métal, de l’électro, et un peu de chan­son française.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
“Les fleurs du mal” et “Exten­sion du domaine de la lutte” de Michel Houel­le­becq. Entre autres.

Quel film vous fait pleu­rer ?
“Œdipe-roi” de Pasolini.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Un homme en léger sur­poids, myope, rela­ti­ve­ment grand.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
À un amour de jeu­nesse, car je crai­gnais sa réaction.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
La Nouvelle-Orléans et Mos­cou. Je n’y suis jamais allé.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Il y en aurait beau­coup. J’ai été très mar­qué par les roman­tiques fran­çais, dont Gérard de Ner­val, mais aussi par les sur­réa­listes, ou assi­mi­lés, comme Artaud, Michaux. Je ne sais pas si je suis proche d’eux. En matière de roman contem­po­rain, j’apprécie beau­coup d’auteurs. Je ne crois abso­lu­ment pas à l’idée selon laquelle il n’y aurait plus rien. Je peux vous citer entre autres Michel Houel­le­becq, Thierry Jon­quet, ou encore Fran­çois Bon.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Une bague en or, avec un dia­mant. Mais c’est très cher !

Que défendez-vous ?
Le droit à une liberté d’expression totale, quelles qu’en soient les consé­quences. Cela existe aux États-Unis.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Je ne crois pas tel­le­ment aux théo­ries laca­niennes, mais cette phrase est fort belle. Bien qu’un peu péremptoire.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?“
« Si vous avez com­pris quelque chose à ce que je viens de dire, c’est que je me suis mal exprimé » (Jean-Luc Godard).

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Si je crois au livre numé­rique et aux nou­velles tech­no­lo­gies dans le domaine lit­té­raire. La réponse est oui !

Pré­sen­ta­tion et pré­sen­ta­tion réa­li­sés par jean-paul gavard-perret, le 19 novembre 2020.

Etienne Ruhaud le dompteur – entretien avec l’auteur (Animaux) | lelitteraire.com

FRANÇOIS BON PARLE D' »ANIMAUX » SUR YOUTUBE (mon propre travail)

Nous avons plusieurs fois évoqué François Bon et « Le Tiers-Livre » sur le blog. Travailleur infatigable, François met chaque jour en ligne une nouvelle vidéo YouTube. Il y a quelques jours, l’homme nous fait l’honneur d’évoquer Animaux. Je suis naturellement touché, dans la mesure où je lis et apprécie François Bon depuis des années. J’ai par ailleurs eu l’occasion, récemment, de le recroiser non loin du Louvre, et nous avons pris un café ensemble (du temps de la vie normale, avant le confinement). J’en reparlerai prochainement. En attendant, je partage un lien vers le site éditorial de François (il est bon de le soutenir en s’abonnant, si possible). Grande fierté, également, d’apparaître aux côtés des mes amis Julien Boutreux et Christophe Esnault, également cités dans la vidéo.

https://www.tierslivre.net/

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