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RAMON LOPEZ VELARDE, 1921 (ITZPAPALOTL, série mexicaine, 2)

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   Nous présentons aujourd’hui notre second numéro d' »Itzpapalotl », série consacrée à la culture, et plus particulièrement à la poésie mexicaine. Créée il y a un mois sur l’impulsion de notre lectrice et amie Claudine Sigler, fidèle du blog, « Itzpapalotl » (littéralement « papillon d’obsidienne » en langue nahuatl), paraîtra donc mensuellement. N’étant jamais allé au Mexique, grande terra incognita, en ce qui me concernce, je ne peux que souscrire au projet et le défendre. Une porte vers la littérature internationale, évidemment. Nous y reviendrons lors de nos traditionnels vœux de nouvelle année, le 1er janvier. Laissons la parole à Claudine, qui a donc traduit, et préfacé, ce texte de Ramon Lopez Velarde, daté de 1921.

ramon lopez

Ramon Lopez Velarde (1888-1921)

Ramon Lopez Velarde (1888-1921)
Né à Zacatecas, et mort à Mexico, durant sa courte vie (33 ans) il fut avocat, journaliste, enseignant, et publia simultanément trois recueils de poésie. Dans le dernier d’entre eux, édité après sa mort, se trouve La Suave Patria (la Douce Patrie), un long texte épique, lyrique, composé à l’occasion du premier centenaire de l’Indépendance du Mexique.
Ce texte est considéré aujourdui comme le “Poème National” du Mexique, et étudié régulièrement dans les écoles. Nous en livrons ici un extrait traduit en français, où nous avons tenté de reproduire son élan et sa vibration (la versification du texte original est par ailleurs de facture très classique, ce dont ne rend pas compte la traduction).

« LA SUAVE PATRIA »
Poema de Ramon Lopez Velarde (1921)

 

(…) Suave Patria: permite que te envuelva
En la más honda música de selva
Con que me modelaste por entero
Al golpe cadencioso de las hachas,
Entre risas y gritos de muchachas
Y pájaros de oficio carpintero.

Primer acto:

Patria: tu superficie es el maíz,
Tus minas el palacio del Rey de Oros.
Y tu cielo, las garzas en desliz
Y el relámpago verde de los loros.

El Niño Dios te escrituró un establo
Y los veneros de pétroleo el diablo.

Sobre tu Capital, cada hora vuela
Ojerosa y pintada, en carretela;
Y en tu provincia, del reloj en vela
Que rondan los palomos colipavos,
Las campanadas caen como centavos.

Patria: tu mutilado territorio
Se viste de percal y de abalorio.
Suave Patria: tu casa todavía
Es tan grande, que el tren va por la via
Como aguinaldo de juguetería.

Y en el barullo de las estaciones
Con tu mirada de mestiza, pones
La inmensidad sobre los corazones.

¿Quien, en la noche que asusta a la rana,
No miró, antes de saber del vicio,
Del brazo de su novia, la galana
Pólvora de los fuegos de artificio?

Suave Patria: en tu tórrido festín
Luces policromías de delfín,
Y con tu pelo rubio se desposa
El alma, equilibrista chuparrosa,
Y a tus dos trenzas de tabaco sabe
Ofrendar aguamiel toda mi briosa
Raza de bailadores de jarabe.

Tu barro suena a plata, y en tu puño
Su sonora miseria de alcancia;
Y por las madrugadas del terruño,
En calles como espejos, se vacía

El santo olor de la panaderia.

 

 

Ramon Lopez Velarde – La Douce Patrie

(…) Douce Patrie, permets que je t’enveloppe
Dans la plus profonde musique forestière
Avec laquelle tu m’as modelé tout entier
Au rythme cadencé des haches
Entre des rires et des cris d’adolescentes,
Et des oiseaux au travail fondateur.

Premier acte :
Patrie, ton aire est le maïs,
Tes mines, le palais du roi des Ors.
Et ton ciel, les hérons glissants
Et l’éclair vert des perroquets.

L’Enfant-Dieu t’a légué une étable,
Et les sources du pétrole, le diable.

Sur ta Capitale chaque heure vole
Aguicheuse et fardée, en calèche ;
Et dans ta province, de l’horloge en veille
Que protègent les palombes à queue de paon,
Les volées de cloche tombent comme des sous.

Patrie : ton territoire mutilé
Se vêt de percale et de verroterie.
Douce patrie, ton bercail est encore
Si grand, que le train serpente sur le rail
Comme une étrenne d’un magasin de jouets.

Et dans la cohue des gares
De ton regard de métisse, tu déposes
L’immensité sur tous les coeurs.

Qui, dans la nuit qui effarouche la grenouille,
N’a regardé, avant de goûter le vice,
Sur le bras de sa fiancée, la délicate
Poussière des feux d’artifice?

Douce patrie: dans ton festin torride
Tu luis de polychromies de dauphin,
Et à tes cheveux blonds se marie
L’âme, équilibriste avaleuse,
Et elle sait bien, toute ma vaillante
Race de danseurs de jarabe,
Offrir l’eau de miel à tes deux tresses de tabac.

Ton argile tinte comme l’argent, et dans ton poing
Sa sonore misère de tirelire;
Et dans les petits matins de mon terroir,
S’écoule, dans les rues comme des miroirs,
La sainte odeur de la boulangerie (…)

(Présentation et traduction par Claudine Sigler)

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