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MEMOIRE DES POÈTES XIII: ANDRÉ PIEYRE DE MANDIARGUES ET SA FEMME BONA (Cimetière du Père-Lachaise)

André Pieyre de Mandiargues peint par sa femme Bona

André Pieyre de Mandiargues peint par sa femme Bona

DIVISION 14
Né le 14 mars 1909 à Paris au sein d’une famille calviniste aisée d’ascendance à la fois languedocienne et normande, André Pieyre de Mandiargues est un élève médiocre qui s’ennuie à l’école. Devenu rentier avant même sa majorité grâce à l’héritage paternel, il entame une licence de Lettres, puis, fasciné par la civilisation étrusque, étudie l’archéologie tout en parcourant l’Europe et le Proche-Orient. Il fréquente aussi assidûment le milieu littéraire et artistique de la capitale, et se lie d’amitié avec le photographe Henri Cartier-Bresson, Lanza del Vasto, mais également les surréalistes Léonora Carrington (1917-2011, inhumée à Mexico), Léonor Fini (1918-1996), avec laquelle il vivra un temps, et Max Ernst (1891-1976. Ses cendres reposent au columbarium, case 2102). En 1943, réfugié à Monte-Carlo pour fuir la guerre, André Pieyre de Mandiargues publie à compte d’auteur Dans les années sordides. Suite de singuliers poèmes en prose, riches en images et en métaphores, ce premier recueil illustre les obsessions propres au créateur, son érotisme, mais aussi une certaine attirance pour le macabre, une esthétique à la fois fantasque et morbide. En 1963, La motocyclette le révèle au grand public. Très singulier, le récit décrit le péril de Rébecca : âgée de dix-neuf ans, la jeune amazone quitte le domicile conjugal, en Alsace, pour rejoindre, à moto, la ville allemande d’Heidelberg, où l’attend son amant. Le livre procède, une nouvelle fois, d’une puissante et puissante sensualité. Ayant reçu le prix Goncourt en 1967 pour son roman La marge, qui décrit l’errance d’un homme traumatisé à Barcelone, puis le Grand Prix de poésie de l’Académie française en 1979, André Pieyre de Mandiargues continue à écrire romans et poèmes jusqu’à sa mort, le 13 décembre 1991. À l’âge de quatre-vingt-deux ans, ce grand collectionneur d’objets pornographiques, qui a préfacé Pierre Loüys, laisse derrière lui une importante œuvre, qui compte également d’intéressants essais et traductions, parmi lesquelles celles d’Octavio Paz, qu’il contribue à faire découvrir au public hexagonal, mais aussi celles de William Butler Yeats ou de Yukio Mishima. Moins connues sans doute, ses correspondances avec Jean Paulhan ou Francis Ponge sont également très riches, et révèlent une sensibilité complexe, un grand éclectisme. Pieyre de Mandiargues, qui n’a jamais à proprement parler fait partie du groupe surréaliste, mais qui l’a fréquenté, tout en consacrant plusieurs textes à Arcimboldo (Arcimboldo le merveilleux, Robert Laffont, 1977), Hans Bellmer (Le Trésor cruel de Hans Bellmer, Le Sphinx, Paris, 1979), peut être rattaché, du fait de son inspiration, au courant. Procédant d’un univers fantasmatique trouble, et d’un imaginaire débordant, quoique habilement maîtrisé, les livres de Pieyre de Mandiargues, poursuivent l’inspiration de Breton, et y participent. Toujours redécouverts, ces derniers ont parfois été portés à l’écran : en 1976, La Marge est ainsi adaptée par Walerian Borowczyk (1923-2006, inhumé au Vésinet, dans les Yvelines), quand une version filmée de la nouvelle « La Marée » constitue la première saynète des Contes immoraux, où nous retrouvons Fabrice Luchini. André Pieyre de Mandiargues se situe au cœur d´un blason baroque qui s´ouvre des poètes élisabéthains au surréalisme, du dolce stil nuovo au romantisme allemand. Chez lui se réconcilient le rêve méditerranéen et le songe nordique, au soleil noir étincelant d´Eros, écrit Salah Stétié (in Mandiargues, Seghers, Paris, 1978).

Pieyre de Mandiargues et sa femme Bona

Pieyre de Mandiargues et sa femme Bona

   D’abord inhumé dans la trente-cinquième division, André Pieyre de Mandiargues repose aujourd’hui dans la quatorzième, aux côtés de son épouse, Bona Tibertelli de Pisis (1926-2000). Nièce de l’artiste ferrarais Filippo de Pisis, cette dernière apprend la peinture dans un institut de Modène, puis vient à Paris, où elle fréquente les surréalistes, avant d’épouser l’homme de lettres en 1950. Très amoureux, ce dernier consacre un essai au travail de sa femme, Bona, l’amour et la peinture (éditions Skira, Genève, 1971). Exposée à la fondation Berggruen, en Allemagne, puis à Milan, dans son pays d’origine, Bona découvre la technique du collage lors d’un voyage au Mexique en 1958, et en fait son mode d’expression plastique préféré. Également auteure, Bona a écrit un récit (La cafarde, Mercure de France, 1967), une autobiographie (Bonaventure, Stock, 1977), et des Poèmes (Fata Morgana, 1988). Elle figure également dans le très beau livre de Georgiana Colvile, Scandaleusement d’elles. Trente-quatre femmes surréalistes (Jean-Michel Place, Paris, 1999).

MANDIARGUES_Pierre_1909-1991_Ecrivain

Photo trouvée sur le site de l’APPL (Association des Amis du Père Lachaise)

PS: Selon certaines sources, la tombe d’André Pieyre de Mandiargues se trouverait en réalité dans la treizième division du Père-Lachaise. Je vérifierai et apporterai une correction si nécessaire très prochainement.

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