PAGE PAYSAGE

Accueil » Un classique par mois (défi)

Archives de Catégorie: Un classique par mois (défi)

UN CLASSIQUE PAR MOIS: ROGER NIMIER (épisode 3)

Poursuivons la série, poursuivons le pari: lire un classique par mois, ou plutôt un auteur classique que nous n’aurions absolument jamais parcouru.

Je connais mal le groupe des Hussards. Non par prévention politique (car il faut demeurer ouvert, et considérer que le littéraire dépasse, souvent, l’idéologie au sens strict, sauf quand l »engagement supplante, et détruit, le plaisir du texte, son universalité). Il y a quelques années, j’achetai Monsieur Jadis, qui n’est sans doute pas le meilleur roman de Blondin. J’ai parlé récemment de Cécil Saint-Laurent, auteur d’une surprenante fiction autour de l’avortement, interdit dans les années 50. Venons-en à Nimier. Le Hussard bleu m’est tombé des mains, en faculté. Je n’ai pas d’expérience militaire réelle, et le format même du livre, ses courts chapitres, m’ont découragé. Trouvé dans une boîte à livres -et j’aime cette idée de rencontre fortuite, d’échange gratuit- Histoire d’un amour m’a séduit du fait de son format même, tant j’aime les vieux Folio, cette espèce de quadrilatère en 3 D inscrit sur la tranche, l’élégance même des couvertures blanches.

Alors comment résumer l’intrigue? Disons simplement qu’il s’agit d’un roman de moeurs, écrit par un bourgeois assumé, ce qui sous ma plume n’a rien de péjoratif. Une ancienne soldate ayant combattu à l’Est en 14-18, devenue couturière, retrouve à Paris un ancien prisonnier de guerre autrichien, devenu peintre cynique, moderniste. Trompée par l’artiste raté, Michèle Vilmain tente de se suicider, et embauche une jeune infirmière naïve, qu’elle forme à la vie parisienne, avant de la mettre dans les pattes du peintre en question, un certain Philip. Je ne dévoile pas la fin. Disons simplement qu’Anne, le jeune infirmière en question, termine dans les bras de John, soldat américain qu’elle n’aime pas vraiment, et rejoint le Nouveau Continent, légèrement perdue.

Daté? Oui, un peu. Mais superbement écrit, dans une langue parfois surprenante car très poétique. Les dialogues sont également savoureux, de même que le sens psychologique de Nimier, sa critique même du parisianisme. Je retiens également cette longue scène onirique finale, lorsqu’ Anne, bien ballotée par les évènements, rêve de retrouver l’ingrat Philip en une nuit d’amour, alors même qu’elle dort dans le train qui la mène vers le ferry:

Obstinément, Anne gardait son front contre la vitre. Le froid et le vacarme la brûlaient. La campagne, comme une peau bien morte, s’étirait sous ses yeux. À chaque kilomètre, un grand morceau de cette peau s’arrachait d’elle-même et la laissait désespérée, mais vive (…) Cette grande époque qui s’était terminée en une semaine, elle l’imaginait comme un continent entier. Elle s’éloignait de lui, mais ce continent existait. Elle quittait la France pour qu’il demeure intact. (…)

Bientôt, elle serait sur Le-Paris et elle se plairait à bord. Il fallait qu’elle sache bien ça. Pour se moquer d’elle, sans doute, ce bateau portait ce nom-là.

Paris était une grande ville qui servait à toutes sortes de choses. On en faisait une capitale, un centre intellectuel, un lieu de plaisir, un tas de monuments gris sous un ciel gris. C’était aussi un ciel noir et un fleuve qui traversait la ville. Le long de ce fleuve, elle avait marché, aux côtés de Philip. Et le matin, elle s’était réveillée devant lui. Et il lui avait parlé. Et il avait entendu sa voix véritable. (p. 171-173). 

En 1961, le roman a été adapté pour l’écran, avec une distribution prestigieuse (Jean Seberg, Micheline Presle, Maurice Ronet). Roger Nimier a lui-même co-scénarisé le film.

UN CLASSIQUE PAR MOIS, EUGÈNE LABICHE (épisode 2)

En juin, j’ai donc lancé le défi « Un classique par mois » (que les abonnés peuvent suivre, du reste, s’ils le souhaitent). J’ai également dit que je valoriserai les volumes minces, car je manquais de temps. En juillet, j’ai comblé une nouvelle lacune en attaquant Eugène Labiche, dont on trouve les pièces en libre-accès sur la toile. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas lire la pièce la plus fameuse, ou, disons-le, la plus célèbre? Une nouvelle fois, je ne résumerai pas l’histoire ici. Je renvoie le lecteur, paresseusement peut-être, à la fiche Wikipédia. Il semble de toute façon impossible de donner un aperçu global de la pièce. Le principe du vaudeville demeure le quiproquo, le rebondissement. Il en va d’ailleurs de même chez Feydeau ou Courteline, que je me suis promis de lire prochainement (et donc d’en parler ici même). Régulièrement donné à la Comédie Française car indémodable, Un chapeau de paille d’Italie m’a beaucoup plu, rappelant les ambiances Belle-Époque, l’insouciance d’avant la grand carnage de 14-18. On y voit se croiser la bonne société parisienne et banlieusarde, habilement caricaturée. Cela se lit d’une traite et met plutôt de bonne humeur. Je sais d’ores et déjà ce que je lirai en août (en sus des lectures « obligatoires », services de presse et autres ouvrages liés à mon étude du surréalisme).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_chapeau_de_paille_d%27Italie

UN CLASSIQUE PAR MOIS. CÉCIL SAINT-LAURENT (épisode 1)

Sur Facebook, j’ai lancé défi. Lire un classique par mois, d’un auteur que vous n’avez jamais pratiqué. Ça peut être une pièce de Racine, ou un long roman, ou un bref recueil. Le tout est de s’y tenir et d’être honnête. J’ai moi-même des lacunes, et mon programme demeure « serré », dans la mesure où je dois parcourir plusieurs services de presse, des livres autour du surréalisme. Peu de temps, donc, pour les incontournables, ceux que je me devais de lire, au cours de mes études.

Reste à définir ce qu’est un classique… Rimbaud, c’est un classique.. Franck Herbert aussi. Je me plie à la règle en publiant chaque mois une photo du livre lu (entre tous les autres). On pourra se référer à La bibliothèque idéale, soit à l’excellent volume de Bernard Pivot, longue série de bibliographie, pour qui veut acquérir une solide culture littéraire.

Hasard du calendrier: la veille du vote anti-IVG de la cour suprême aux Etats-Unis, j’entame ce bref roman trouvé dans une boîte à livres. Cécil Saint-Laurent y évoque justement la question de la sexualité féminine et de l’avortement, en 1954. C’est la première fois que je lis le vieux Hussard, et je n’ai pas été emballé par l’intrigue. Bizarrement, Saint-Laurent pourtant conservateur, semble prendre la défense de la jeune Pénélope Racan, jeune femme volage mise en garde à vue. Je recopie paresseusement une critique trouvée sur Babelio, et qui résume assez bien l’histoire:

36, quai des Orfèvres, 1954. Hélène, maîtresse éconduite à cause de Peny, a décidé de se venger. Elle envoie une lettre anonyme à la police judiciaire: le docteur Danieli, toxicomane, exercerait ses talents au noir comme avorteur et Peny serait sa cliente. L’inspecteur principal adjoint Forbin est chargé de la faire avouer. Car si elle n’a rien à craindre, Danieli, lui, est passible d’une peine de prison. Forbin va découvrir cette jeune femme de 22 ans, qui a l’âge de sa fille, et a choisi de passer son existence à aller d’un homme à l’autre, leur distribuant des notes suivant leurs prouesses au lit. C’est ça, être une jeune femme moderne, affirme-t-elle à Forbin. Forbin sait qu’elle a avorté. Peny sait qu’il sait. Mais dans ce roman noir, l’enquête est subalterne. Il s’agit surtout d’exprimer le conflit de deux générations autour de la nouvelle condition féminine. Danieli finit par se suicider, probablement d’une overdose, et Peny est relâchée. Une Sacrée Salade est un plaidoyer en demi-teintes pour qu’on n’avorte plus dans la clandestinité

Une sacrée salade a été adapté en 1955 par Alexandre Astruc. On y retrouve notamment Anouk Aimée, ainsi que Michel Piccoli et Gianni Esposito.

%d blogueurs aiment cette page :