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LIBRE-PROPOS SUR TOM WAITS

Tom Waits fête aujourd’hui ses 72 ans. L’artiste est rare, et je n’ai hélas jamais pu le voir en concert, ne l’ai jamais croisé au Louvre, sur mon lieu de travail. Je l’écoute depuis des années et possède plusieurs de ses disques.

Je revois également toujours avec le même plaisir Down by law de Jim Jarmush. Tom Waits y incarne Zack, animateur de radio malheureux dont la route croise celle d’un petit truand (John Lurie), et d’un Italien excentrique (Roberto Benigni). Drôle, mais étrangement sombre aussi, le film met en scène le Sud profond, au milieu des années 80, époque où la région n’avait rien de particulièrement touristique.

Adolescent, le film m’a donné envie de visiter la Nouvelle-Orléans. Down by law s’ouvre effectivement par un long et magnifique travelling noir et blanc, mettant en scène divers quartiers emblématiques, des chantiers en construction, le bayou, une école primaire fréquentée par des Afro-Américains, le tout rythmé par la chanson Jockey full of Bourbon. Comme Detroit actuellement, marqué par la crise, la fameuse métropole semble à moitié détruite, laissée à l’abandon, ce qui lui confère un aspect doublement glauque et romantique. On est ainsi frappé par l’alternance de luxueuses résidences de style colonial légèrement décaties, et de logements pauvres, à la limite de la ruine.

The unending steam, Clarence John Lauglin,, 1939.

Le premier plan montre le fameux cimetière. Celui-là même où Denis Hopper et Peter Fonda, accompagnés de prostituées, se défoncent, au milieu d’Easy rider. Devenu lieu de deal, et situé au milieu d’un quartier dangereux, la nécropole fut également photographiée par Clarence John Laughlin (1905-1985), poète surréaliste originaire de Lake Charles, mais inhumé au columbarium du Père-Lachaise, et dont nous avons déjà parlé ici même, à plusieurs reprises. L’homme nous laissé de nombreux clichés de l’endroit, sans pour autant y être inhumé, S’estimant incompris dans son propre pays, Laughlin désirait en effet reposer à Paris. Ses voeux ont été exaucés. Pour autant son oeuvre demeure totalement inconnue en France même (cf. notre article ci-dessous).

John Kennedy Toole (1937-1969)

La Nouvelle-Orléans, c’est aussi, pour moi, le décor dans lequel évolue l’obèse pédant, écrivain raté, mon double détesté, Ignatius Reilly dans La Conjuration des imbéciles. Ou plutôt le double potentiel de l’auteur, John Kennedy Toole, suicidé à trente-deux ans car il vivait chez sa mère et ne trouvait pas d’éditeur (alors même que le roman devint mondialement célèbre après sa mort…) Autant de raisons, donc, d’aller en Louisiane. Ou, à défaut, d’écouter Tom Waits…

Edna million in a drop dead suit
Dutch pink on a downtown train
Two dollar pistol but the gun won’t shoot
I’m in the corner on the pouring rain
Sixteen men on a dead man’s chest
I been drinking from the broken cup
Two pairs of pants and a mohair vest
I’m full of bourbon and I can’t stand up

Hey little bird , fly away home
Your house is on fire , your children are alone
Hey little bird , you fly away home

Your house is on fire , your children alone

Schiffer broke a bottle on Morgan’s head
I’m stepping on the devil’s tail
Across the stripes of a full moon’s head
All through the bar’s of a Cuban jail
Bloody finger’s on a purple knife
Flamingo drinking from a cocktail glass
I’m on the lawn with someone else’s wife

Admire the view from the top of the mast

Hey little bird , fly away home
Your house is on fire , your children alone
Hey little bird , fly away home

Your house is on fire , your children are alone

Yellow sheets on a Hong Kong bed
Stazybo horn and a slingerland ride
To the carnival is what she said
A couple hundred dollars makes it dark inside
Edna million in a drop dead suit
Dutch pink on a downtown train

Two dollar pistol but the gun won’t shoot
I’m in the corner on the pouring rainHey little bird , fly away home
Your house is on fire , your children alone
Hey little bird , fly away home
Your house is on fire , your children are alone

Hey little bird , fly away home
Your house is on fire , children alone
Hey little bird , fly away home
Your house is on fire , your children are alone

ANNIVERSAIRE!

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   Le 9 septembre 2014, Donald Tusk démissionnait de son poste de premier ministre de la Pologne pour présider le Conseil européen, succédant ainsi à Herman Van Rompuy… C’est tout ce que j’ai trouvé sur Wikipédia, du moins, pour cette date. Aucune mention de l’ouverture du blog, où votre serviteur publiait un premier billet évoquant John Kennedy Toole, immortel auteur de La conjuration des imbéciles. 

  Cela fait donc très exactement cinq ans, soit un quinquennat, que nous publions ici, après avoir clôturé un précédent blog, sur hautetfort. Joyeux anniversaire à « Page Paysage » et grand merci aux happy fews (une centaine d’abonnés) qui le suivent!

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John Kennedy Toole (1937-1969)

LA POSITION DU LECTEUR (brève réflexion)

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   Le 26 mars 1969, John Kennedy Toole se suicidait au gaz dans sa voiture, à la Nouvelle Orléans. Il avait trente et un ans, et laissait derrière lui un grand manuscrit, refusé de son vivant, sauvé par sa mère, et considéré désormais comme un chef d’œuvre. Le rejet des grandes maisons l’avait, en quelque sorte, tué.

   J’ai lu La Conjuration des imbéciles deux fois, avec un plaisir égal, et le cas Toole m’amène à d’amères réflexions. Il est parfois difficile de saisir la portée de ce qu’on vous donne à lire, et il est souvent difficile d’y faire face. De façon générale, s’engager, ou d’être engagé, à lire un manuscrit, ou même un livre publié, s’avère délicat. Les gens placent un grand espoir en vous, que vous n’osez décevoir, car, au fond, vous les aimez bien, et même s’ils vous sont indifférents, même si vous ne les voyez que rarement et que leur démarche procède d’un certain égocentrisme, vous n’avez pas envie de les blesser. On touche au nerf, à l’être interne. L’absence de reconnaissance littéraire, artistique, ou, pire, l’indifférence, procèdent de la déception amoureuse, et pousse parfois à la haine. Ce pourquoi mieux vaut n’être ni éditeur, ni critique.

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