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PANTIN

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   Et toujours la même émotion, mêlée de délectation morose et d’obscénité, en franchissant les portes du cimetière de Pantin, refuge des renards franciliens, le plus grand de France (107 hectares). Un endroit hors de tout, cerné d’immeubles et de restaurants portugais quasi déserts, à la recherche d’on ne sait quoi, de cette mélancolie peut être aux abords de la ville. A retrouver tel clown oublié dont le sourire illumina les grands de la planète, tel réalisateur de séries B, telle actrice comique au hasard des allées, ou ce poète surréaliste dont la sépulture se couvre d’orties, et qu’on ne lira plus, ente Pierrot Pipo; Fréhel et Reinette l’Oranaise. Tout un monde enfoui, et dont on aimerait refuser l’effacement. Comme si tout cela n’était qu’une parenthèse, et que les défunts de toutes époques devaient ressurgir, parler, réinventer quelque chose, se croiser une fois la nuit tombée.

MÉMOIRE DES POÈTES XV: RAYMOND ROUSSEL (1877-1933), cimetière du Père-Lachaise, division 89.

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   Cadet d’une famille de trois enfants, Raymond Roussel naît le 20 janvier 1877 au 25 boulevard Malesherbes, à Paris, au sein d’un milieu privilégié. Ayant déménagé, avec sa famille, dans un luxueux hôtel au 50 de la rue de Chaillot[1], l’adolescent est admis, à l’âge de seize ans, au Conservatoire national supérieur de la capitale, en classe de piano. En 1894, la mort de son père, riche agent de change, le met à l’abri du besoin, et lui permet de s’adonner pleinement à l’art[2].

  Raymond Roussel, qui écrit d’abord des textes pour accompagner ses partitions, délaisse finalement la musique rebelle à son inspiration[3], au profit de la littérature. À dix-sept ans, il compose ainsi Mon Âme, long poème à la métrique parfaite, qui sera publié, en 1897, dans Le Gaulois. Cette même année paraît, chez Alphonse Lemerre, à compte d’auteur, La Doublure, roman en alexandrins rédigé dans une extrême exaltation, suite à un voyage au Sud de la France et en Italie, période au cours de laquelle il éprouve une sensation de gloire universelle d’une intensité extraordinaire[4]. Le livre, qui décrit l’échec du comédien Gaspard Lenoir, éternelle doublure, et dépeint de façon minutieuse le carnaval de Nice, ne rencontre aucun succès. Roussel tombe en dépression : J’eus l’impression d’être précipité jusqu’à terre du haut d’un prodigieux sommet de gloire, déclare-t-il ainsi[5]. Chargé de le soigner, le célèbre psychiatre Pierre Janet évoquera son cas dans l’essai De l’angoisse à l’extase, en 1926.

  Le jeune homme fréquente alors les salons mondains, rencontre les grandes figures de ton temps, tel Marcel Proust, ou Jules Verne, qu’il décide de visiter en 1899. Vers 1900, il écrit également une série de poèmes basés sur un principe d’homophonie, regroupés après sa mort sous le titre de Textes de grande jeunesse et de Textes-Genèse, ainsi que deux vastes fresques dramatiques : La Seine, gigantesque drame de sept-mille vers, riche de quatre cents personnages, puis, Les Noces. Demeurés inédits, les manuscrits ne seront retrouvés qu’en 1989, par hasard, cachés dans une malle, au fond d’un garde-meuble. Roussel, en effet, ne publie à cette époque que quelques textes minimalistes, aux antipodes des fresques citées. Parus en 1904, toujours chez Alphonse Lemerre, les trois poèmes de La Vue décrivent ainsi des éléments minuscules, tels une étiquette collée sur une bouteille d’eau minérale, tandis que le bref conte intitulé Chiquenaude narre un mystérieux spectacle, sur scène. D’autres courts textes paraissent alors dans le supplément dominical du Gaulois.

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   Sorti en 1910, le roman en prose Impressions d’Afrique qui marque une forme d’aboutissement esthétique, séduit notamment le très mondain Robert de Montesquiou, mais ne rencontre, une nouvelle fois, aucun succès public. Pire, l’adaptation théâtrale menée par Edmond Rostand, en 1911, suscite un tollé. Complexe, l’œuvre décrit le naufrage du paquebot Lyncée près des côtes africaines. Capturé par l’armée de l’empereur Talou VII, l’équipage prépare un spectacle, comprenant de bien surprenants numéros, et intitulé « Le gala des incomparables ». Charmé, le souverain libère les prisonniers le lendemain de la représentation. Le livre, qui commence par le tableau sans explications du gala en question, et se poursuit par le portrait des personnages, déroute assez naturellement le lecteur, qui ne comprend le sens de l’action que dans la dernière partie. Affecté par ce nouvel échec, marqué par la mort d’une mère dont il reste très proche, Raymond Roussel s’isole, ne fréquentant plus guère que Charlotte Frédez, dite « Dufrêne », une maîtresse officielle, affichée complaisamment pour masquer une homosexualité non assumée. Paru en janvier 1914, Locus Solus semble prolonger le geste initié dans Impressions d’Afrique : inventeur un peu fou, double fantasmé de l’auteur, Martial Canterel[6] invite ses amis à se promener dans son jardin, baptisé « locus solus » (le « lieu unique » en latin). Les protagonistes découvrent ainsi diverses créations, toutes très singulières, à l’instar de cette tête encore vivante de Danton, d’un énorme diamant de verre contenant une danseuse, ou encore d’un chat sans poil. Le clou du spectacle semble être atteint lorsque Martial Canterel présente à ses individus huit tableaux vivants, faisant intervenir des hommes prisonniers d’immenses cages en verre. Morts, mais ponctuellement ressuscités grâce à la resurrectine, un sérum imaginé par Canterel, les défunts reproduisent certains instants marquants de leur existence. Sombre, manifestant une sorte d’humour macabre, placé sous l’influence de Jules Verne et considéré comme un texte de science-fiction, Locus Solus demeure également le troisième et dernier roman achevé de Raymond Roussel. On retrouve en tous cas des allusions au récit dans le film d’animation Innocence : Ghost in the Shell 2, réalisé en 2003 : « Locus Solus » devient effectivement le nom d’une entreprise produisant des robots tuant leurs propres propriétaires. On croise également la route d’un étrange pirate informatique, habitant une maison emplie d’étranges œuvres mécaniques pareilles à celles imaginées par Roussel. Dans un autre domaine, le saxophoniste américain John Zorn a sorti en 1983 un album intitulé Locus Solus, un festival de musiques expérimentales nantais porte le même nom, et le compositeur Sean McBride a adopté le pseudonyme de « Martial Canterel ». Méprisée à l’époque, l’œuvre est on ne peut plus actuelle.

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   Au début de la guerre, R. Roussel entame la rédaction de L’Allée des lucioles, roman poétique demeuré inachevé, et racontant la visite de Voltaire et de Lavoisier à Frédéric II. Il débute aussi une vaste ode dans la lignée de La Vue, et dont les fragments constitueront les Nouvelles impressions d’Afrique, longue suite versifiée parue en 1932, qui joue sur l’homonymie et les rapprochements syntaxiques. Comportant notamment une impressionnante, et étonnante, suite de parenthèses, et qui donnent matière à différentes interprétations critiques, ces énigmatiques Nouvelles impressions sont en outre suivies de cinquante-neuf étranges photogravures, issues de dessins à la plume commandés à Henri-Achille Zo (1873-1933). Après l’armistice, Roussel entreprend un tour du monde, et séjourne notamment à Tahiti, sur les traces de Pierre Loti, qu’il admire. En 1923, il charge Pierre Frondaie de monter une luxueuse adaptation de Locus Solus, ce qui s’avère un nouveau fiasco, mais lui vaut l’attention des jeunes Dadaïstes sur fond de scandale. Estimant qu’il ne réussissait pas au théâtre car ses pièces n’étaient que des adaptations, Roussel écrit lui-même L’Étoile du front, drame censé se passer en région parisienne. Représenté le 6 mai 1924, la pièce provoque à nouveau une controverse, et même des rixes Pendant le second acte, un de mes adversaire ayant crié à ceux qui applaudissaient « Hardi la claque », Robert Desnos lui répondit : « Nous sommes la claque et vous êtes la joue ». Le mot eut du succès et fut cité par divers journaux, témoignera ainsi Roussel[7]. Le 2 février 1926 sa dernière pièce, La Poussière des soleils, est cette fois représentée au Théâtre de la Porte Saint-Martin, dans les étonnants décors de Numa et Chazot. Drame extravagant, légèrement morbide, censé se dérouler dans une Guyane de fantaisie, la pièce conquiert un public acquis aux avant-gardes, mais la critique demeure rétive.

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La « roulotte automobile », en 1926.

   Ayant renoncé à la littérature, Raymond Roussel, qui voyage dans une « roulotte automobile », sorte d’ancêtre du camping-car créé par ses soins, se passionne pour les échecs. Miné par les drogues, en proie à des soucis financiers, il publie encore ses Nouvelles impressions d’Afrique, évoquées plus haut, en 1932, puis prépare dans le détail la sortie de son ultime volume, Comment j’ai écrit certains de mes livres, opuscule qui sortira en 1935. Résolu à se reposer à Palerme, il loue, début juin 1933, une voiture, et embauche un mystérieux jeune chauffeur de taxi, dont l’identité demeure inconnue. Michel Ney[8], son neveu, assiste au départ rue Quentin-Bauchart. Âgée de cinquante-trois ans, Dufrêne, la maîtresse officielle, doit rejoindre l’écrivain plus tard. Le 14 juillet 1933, ce dernier est retrouvé mort dans sa chambre, au Grand hôtel et des Palmes, à la suite d’une overdose de barbituriques. Deux semaines auparavant, Raymond Roussel avait tenté de s’ouvrir les veines avec un rasoir. La thèse du suicide ne fait donc aujourd’hui guère débat, bien que certains évoquent une expérience aux stupéfiants qui aurait mal tourné. Le 3 août, son décès est rendu public dans le journal Paris-midi, et Michel Ney, auprès duquel R. Roussel s’est excusé de n’avoir plus un sou, se trouve nommé principal héritier. L’homme, qui avait demandé à reposer seul dans un caveau de trente-deux places (comme aux échecs) est enterré avec les siens, dans une tombe en marbre noir ornée d’un crucifix.

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Tombe de Raymond Roussel, division 89.

   Disparu en 1933, soit neuf ans après la parution du premier Manifeste, Raymond Roussel n’a jamais été surréaliste, ni même dadaïste. On dit que je suis dadaïste ; je ne sais même pas ce que c’est le dadaïsme, aurait-il ainsi déclaré, hilare, à Michel Leiris[9] En 1912, pourtant, Francis Picabia (inhumé au cimetière de Montmartre), et Marcel Duchamp (inhumé au cimetière de Rouen) assistent, enthousiastes, à la représentation des Impressions d’Afrique. Considérant Roussel comme un maître absolu, Duchamp fait beaucoup pour sa postérité, et reconnaît son influence, tandis que Robert Desnos, ou Benjamin Péret, à leur tour, se passionnent pour son style, sa force d’imagination et sa capacité d’invention. Surréaliste dans l’anecdote[10], plus grand magnétiseur des temps modernes[11] selon André Breton, l’auteur demeure l’un des grands intercesseurs du mouvement. En 1976, notamment, Salvador Dali produit ainsi un moyen-métrage sublime, visible sur les sites de partage, réalisé en hommage au poète, et fidèle à son inspiration, Impressions de la Haute-Mongolie, hommage à Raymond Roussel (cf. en bas de page). Derrière l’extravagance, une certaines illisibilité, la fantaisie soigneusement cultivée de Roussel, voire son irrévérence, se cache un grand créateur, obsédé par la recherche formelle, désireux d’explorer de nouvelles voies, de nouveaux champs, en appliquant des procédés quasi mathématiques à la langue, énoncés dans le dernier opuscule, sorte de testament littéraire, Comment j’ai écrit certains de mes livres. Doté d’une imagination débordante, également inventeur[12], Raymond Roussel n’a cessé d’être redécouvert, en particulier par les Oulipiens, et les structuralistes, qui voient en lui, à juste titre, un précurseur. À la suite de Breton, citons ainsi quelques extraits des déconcertantes, mais magnifiques, Nouvelles impressions d’Afrique :

Canto IV Les Jardins de Rosette vus d’une dahabieh (pp. 210-253)

Rasant le Nil, je vois fuir deux rives couvertes

De fleurs, d’ailes, d’éclairs, de riches plantes vertes

Dont une suffirait à vingt de nos salons

(Doux salons où sitôt qu’ont tourné deux talons

((En se divertissant soit de sa couardise

(((Force particuliers, quoi qu’on leur fasse ou dise,

Jugeant le talion d’un emploi peu prudent,

Rendent salut pour oeil et sourire pour dent;)))

Si—fait aux quolibets transparents, à la honte—

(((Se fait-on pas à tout? deux jours après la tonte,

Le mouton aguerri ne ressent plus le frais;

 

[1] L’adresse, qui sera celle de Raymond Roussel jusqu’à sa mort, correspond aujourd’hui au 20, rue Quentin-Bauchart, dans le 9ème arrondissement. L’hôtel a par ailleurs été démoli en 1950.

[2] On parle de plusieurs millions de francs-or. La fortune est alors gérée par Eugène Leiris, père de Michel Leiris, lui-même enterré dans la 97ème division, et auteur de l’essai Roussel & Co (Fata Morgana/Fayard, Paris, 1998).

[3] Cf. Comment j’ai écrit certains de mes livres, Alphonse Lemerre, Paris, 1935.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Le nom lui-même de Martial Canterel fait référence, de manière directe, au poète romain Martial, quand le patronyme « Canterel » évoque le « Kantor », le « maitre de chapelle », le « conteur », etc.

[7] Comment j’ai écrit certains de mes livres. Ce bon mot est repris, en substance, à la fin de Lady Paname, film réalisé par Henri Jeanson, dans un dialogue entre Louis Jouvet et Maurice Nasil.

[8] Le neveu de R. Roussel est le descendant direct du maréchal Ney, noble d’Empire. Par le mariage de sa sœur, Raymond Roussel se trouve ainsi lié à la famille Bonaparte.

[9] Cité dans Roussel & Co, op. cit.

[10] Manifeste du surréalisme, 1924, page 38.

[11] Anthologie de l’humour noir, Jean-Jacques Pauvert, 1966, réédition au Livre de poche, Paris, 1984, page 291.

[12] Outre l’ancêtre du camping-car, on doit à Raymond Roussel d’a imaginé une « machine à lire » pour faciliter le déchiffrement de ses propres ouvrages. Il a également enregistré un brevet sur l’utilisation du vide, a inventé une formulation aux échecs, découvert un théorème mathématique. Pianiste de formation, il était également médaille d’or au pistolet.

RETOUR À THIAIS

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   Pourquoi j’aime autant les cimetières, les tombes, les disparus, les oubliés, les sépultures de clowns, d’artistes de music-hall, de has been, de ces gens dont il reste si peu, sinon une indication, un surnom? S’agit-il là de complaisance morbide avec ce sentiment honteux de contempler à loisir le malheur, ou du désir de maintenir quelque chose, de l’angoisse de la perte, d’un goût non avoué pour la marginalité? De l’espoir que, de nous, quelque chose subsiste? Je ne saurais répondre, tant on est mauvais juge de soi-même. Ce matin, je suis revenu au cimetière de Thiais, ce vaste ensemble funéraire aux cénotaphes anonymes, où furent ensevelis tant de maudits, terroristes, résistants, collabos, et surtout SDF, de ces petites morts du métro qu’on n’aimerait pas voir, que j’évoque dans Disparaître, mon bref et unique roman. Je ne sais quand l’heure viendra ni ce que deviendra notre corps. Reste que l’endroit, pour glauque qu’il soit, demeure toujours aussi émouvant, au fond, si on sait le sonder, y redécouvrir les figures méconnues, à l’image du peintre américain Beaufort Delaney, dont l’art joyeux et le sourire contrastent tant avec la tristesse abyssale de la zone. En marchant ce matin dans les allées, sous le timide soleil, redécouvrant les lignes et les lieux de mon récit, au sud de nulle part, mais accompagnée de S., jeune Iranienne enthousiaste, me revenaient en mémoire les airs de Fahrad Mehrad,Jacques Brel persan enterré dans le minuscule carré achéménide de l’ensemble, comme un souvenir d’empire enfoui.

31 AOÛT 1867

   2840529-baudelaire-le-grand-charlesLe 31 août 1867, il y a très exactement cent quarante huit ans, Charles Baudelaire mourait dans un modeste apparemment de la rue Beautreillis, près de la maison de Victor Hugo, là où devait décéder Jim Morrison un siècle plus tard, en 1971. Âgé de quarante six ans, épuisé par l’abus de drogue, la misère et la syphilis, l’homme commençait à être connu. Comment lui rendre hommage sinon en citant un poème moins célèbre, le seul versifié du Spleen de Paris, évoquant justement la capitale?

  Le coeur content, je suis monté sur la montagne
D’où l’on peut contempler la ville en son ampleur,
Hôpital, lupanars, purgatoire, enfer, bagne,
Où toute énormité fleurit comme une fleur.
Tu sais bien, ô Satan, patron de ma détresse,
Que je n’allais pas là pour répandre un vain pleur;
Mais comme un vieux paillard d’une vieille maîtresse,
Je voulais m’enivrer de l’énorme catin
Dont le charme infernal me rajeunit sans cesse.
Que tu dormes encor dans les draps du matin,
Lourde, obscure, enrhumée, ou que tu te pavanes
Dans les voiles du soir passementés d’or fin,
Je t’aime, ô capitale infâme! Courtisanes
Et bandits, tels souvent vous offrez des plaisirs
Que ne comprennent pas les vulgaires profanes.

"Le pont au change", Charles Méryon, 1854.

« Le pont au change », Charles Méryon, 1854.

… Citons également cet incroyable « Rêve parisien », cette fois extrait des Fleurs du mal:

A Constantin Guys

I

De ce terrible paysage,
Tel que jamais mortel n’en vit,
Ce matin encore l’image,
Vague et lointaine, me ravit.

Le sommeil est plein de miracles !
Par un caprice singulier,
J’avais banni de ces spectacles
Le végétal irrégulier,

Et, peintre fier de mon génie,
Je savourais dans mon tableau
L’enivrante monotonie
Du métal, du marbre et de l’eau.

Babel d’escaliers et d’arcades,
C’était un palais infini,
Plein de bassins et de cascades
Tombant dans l’or mat ou bruni ;

Et des cataractes pesantes,
Comme des rideaux de cristal,
Se suspendaient, éblouissantes,
A des murailles de métal.

Non d’arbres, mais de colonnades
Les étangs dormants s’entouraient,
Où de gigantesques naïades,
Comme des femmes, se miraient.

Des nappes d’eau s’épanchaient, bleues,
Entre des quais roses et verts,
Pendant des millions de lieues,
Vers les confins de l’univers ;

C’étaient des pierres inouïes
Et des flots magiques ; c’étaient
D’immenses glaces éblouies
Par tout ce qu’elles reflétaient !

Insouciants et taciturnes,
Des Ganges, dans le firmament,
Versaient le trésor de leurs urnes
Dans des gouffres de diamant.

Architecte de mes féeries,
Je faisais, à ma volonté,
Sous un tunnel de pierreries
Passer un océan dompté ;

Et tout, même la couleur noire,
Semblait fourbi, clair, irisé ;
Le liquide enchâssait sa gloire
Dans le rayon cristallisé.

Nul astre d’ailleurs, nuls vestiges
De soleil, même au bas du ciel,
Pour illuminer ces prodiges,
Qui brillaient d’un feu personnel !

Et sur ces mouvantes merveilles
Planait (terrible nouveauté !
Tout pour l’oeil, rien pour les oreilles !)
Un silence d’éternité.

II

En rouvrant mes yeux pleins de flamme
J’ai vu l’horreur de mon taudis,
Et senti, rentrant dans mon âme,
La pointe des soucis maudits ;

La pendule aux accents funèbres
Sonnait brutalement midi,
Et le ciel versait des ténèbres
Sur le triste monde engourdi.

Tombe de Charles Baudelaire au cimetière Montparnasse. Photo trouvé sur "Le Tiers livre", blog de François Bon.

Tombe de Charles Baudelaire au cimetière Montparnasse. Photo trouvé sur « Le Tiers livre », blog de François Bon.

MEMOIRE DES POETES IX: JACQUES-HENRI BERNARDIN DE SAINT-PIERRE (1737-1814) AU PÈRE-LACHAISE

STATUE DE BERNARDIN DE SAINT PIERRE AU JARDIN DES PLANTES DE PARIS

STATUE DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE AU JARDIN DES PLANTES DE PARIS

 

CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, (16 rue du Repos, 75020 PARIS métro Père-Lachaise, ligne 2)

DIVISION 11

Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814)

  Né le 17 janvier 1737 au Havre, Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre s’enthousiasme dès l’enfance pour Robinson Crusoé, et voyage avec son oncle, capitaine de navire, jusqu’en Martinique. Revenu en Normandie, et écœuré par la vie maritime, il étudie chez les Jésuites, à Caen, à Rouen, et enfin à Versailles, à l’École Royale des Ponts et Chaussées, où il obtient le grade d’ingénieur militaire. Il intègre l’armée à Düsseldorf, mais son insubordination lui vaut d’être révoqué, et de rentrer en France dès 1760. Sans ressources, il retourne brièvement sous les drapeaux l’année suivante, pour se rendre à Malte, alors menacée par une invasion turque, et survit péniblement en donnant des cours de mathématiques à Paris. On le retrouve ensuite intriguant en Hollande, en Russie, à la cour de l’impératrice Catherine, puis en Pologne, où il tombe fou amoureux de la belle-princesse Marie-Caroline Radziwiłł, et enfin en Prusse, à Dresde et à Berlin. En 1766, complètement ruiné, l’homme loue une chambre chez un curé, à Ville-d’Avray, et commence à rédiger ses Mémoires. Ses projets littéraires sont néanmoins interrompus par un nouveau départ, cette fois en Île de France (actuelle île Maurice), en 1768. Bernardin de Saint-Pierre, qui a obtenu un nouveau grade de capitaine-ingénieur, découvre avec tristesse un pays ravagé par la déforestation massive et la spéculation féroce. Ce faisant, il convainc le gouverneur de l’île de protéger les forêts primaires, et lance ainsi l’un des premiers programmes de sauvegarde écologique. Revenu, cette fois définitivement, à Paris en 1771, le botaniste-aventurier fréquente assidûment la Société des gens de Lettres ainsi que le salon de Madame de Lespinasse, où il rencontre d’Alembert, et également Jean-Jacques Rousseau, avec qui il se lie d’une profonde amitié, non sans partager sa mélancolie. En 1773 paraît son Voyage à l’Île de France, à l’île Bourbon et au cap de Bonne-Espérance, par un officier du Roi (Amsterdam et Paris, 2 volumes, in octavo), épais récit sous forme de lettres à un ami. Longuement méditées, et longuement préparées, ses célèbres Études sur la nature sont publiées onze ans plus tard. Bernardin de Saint-Pierre y développe sa théorie du finalisme anthropocentrique, doctrine selon laquelle tout, dans le monde, serait fait pour l’homme, pour son confort. Citons ainsi le chapitre XI de la section Harmonies végétales des plantes avec l’homme :

Il n’y a pas moins de convenance dans les formes et les grosseurs des fruits. Il y en a beaucoup qui sont taillés pour la bouche de l’homme, comme les cerises et les prunes ; d’autres pour sa main, comme les poires et les pommes ; d’autres beaucoup plus gros comme les melons, sont divisés par côtes et semblent destinés à être mangés en famille : il y en a même aux Indes, comme le jacq, et chez nous, la citrouille qu’on pourrait partager avec ses voisins. La nature paraît avoir suivi les mêmes proportions dans les diverses grosseurs des fruits destinés à nourrir l’homme, que dans la grandeur des feuilles qui devaient lui donner de l’ombre dans les pays chauds ; car elle y en a taillé pour abriter une seule personne, une famille entière, et tous les habitants du même hameau.

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  Aujourd’hui quelques peu oubliées, et jugées fantaisistes, ces Études connaissent à l’époque un succès immédiat. Brusquement sorti de l’ombre, Bernardin de Saint-Pierre va alors habiter un luxueux appartement, au 21 quai des Grands-Augustins (dans l’actuel sixième arrondissement). L’expérience vécue sur l’île Maurice, et ses peines de cœur, lui inspirent l’écriture de ce qui reste son chef d’œuvre, et aussi le seul de ses livres à être passé à la postérité. Sorti en 1787, ce court roman décrit les malheurs de deux enfants innocents, issus de familles différentes et élevés en tant que frère et sœur, tels Adam et Ève, dans un jardin virgilien, édénique au bord de l’Océan Indien. Amoureuse de Paul, la chaste Virginie est brusquement arrachée à sa terre natale, et envoyée en métropole, pour hériter d’une tante qu’elle ne connaît pas, et recevoir une éducation digne de son rang. Profondément malheureuse loin de son amant, Virginie revient quelques années plus tard, mais, pris dans la tourmente, le vaisseau qui la ramène échoue sur les rochers, sous les yeux de Paul, qui meurt de chagrin. Le pessimisme de l’auteur, qui, dans une vision rousseauiste et préromantique, oppose la civilisation corrompue à une nature idyllique, séduit rapidement ses contemporains. Les adaptations artistiques, gravures et peintures, fleurissent jusqu’au XIXème siècle. En 1841, dans Le curé du village, Honoré de Balzac[1] (1799-1850) parlera d’un des plus touchants livres de la langue française […] par la main du Génie. En 1857, dans Un cœur simple, Gustave Flaubert (1821-1880) prénommera Paul et Virginie les deux enfants de Madame Aubain, et Paul et Virginie fera partie des lectures d’Emma, dans Madame Bovary. Disciple de Flaubert, Guy de Maupassant (1850-1893), évoquera lui aussi Paul et Virginie dans Bel-Ami, en 1885, et, plus récemment, certains ont vu dans Le Chercheur d’or de J.M.G. Le Clézio, une réécriture du fameux récit. Enfin, Jean-Luc Godard rendra un discret hommage à Bernardin de Saint-Pierre dans Pierrot le fou; en 1965, un feuilleton reprenant l’intrigue sera diffusé à la télévision en 1974; en 1992, une comédie musicale sera montée par le metteur en scène Jean-Jacques Debout… C’est dire si Paul et Virginie, composé dans un style ample et poétique, mêlant, selon Sainte-Beuve (1804-1869), la suavité et la lumière, demeure actuel.

   En 1792, Bernardin de Saint-Pierre épouse Félicitée Didot, de trente ans sa cadette, et devient intendant du Jardin des Plantes, où sa statue, accompagnée de celle de Paul et Virginie, se dresse toujours. Sa place est supprimée l’année suivante, et, fin 1794, il est appelé à enseigner la morale à l’École normale de l’an III, créée par la Convention. Piètre orateur, il n’y fera que trois apparitions, et se trouve finalement nommé membre de l’Institut de France en 1795, dans la classe de langue et de littérature, où il se brouille avec ses collègues, notamment Cabanis (1757-1808). Pestant contre l’athéisme, Bernardin de Saint-Pierre soutient à partir de 1797 le culte révolutionnaire de la théophilantropie, qui vise à renforcer la république en donnant une nouvelle foi aux Français, en remplacement du catholicisme, lié au pouvoir royal. Il entre à l’Académie française en 1803.

   Sa première femme qui lui a laissé un fils, Paul, disparu très tôt, et… Virginie, (qui, elle, épousera le général Marie Joseph Gazan), décède en 1800. Bernardin de Saint-Pierre se remarie avec une des filles du libelliste Anne-Gédéon de la Fitte de Pelleport, Désirée, qui elle-même se remariera avec l’homme de lettres Louis-Aimé Martin. Le 21 janvier 1814, l’écrivain-scientifique, s’éteint paisiblement dans sa campagne d’Éragny, au bord de l’Oise, à l’âge de soixante-dix-sept ans. Hormis Paul et Virginie, ses livres ne sont plus guère lus. Évoquons malgré tout La chaumière indienne et Le Café de Surate, deux petits contes satiriques publiés en 1790 et magnifiquement écrits, mais peut être aussi l’étonnante Arcadie, publiée cette fois neuf ans plus tôt, long poème en prose et description utopique d’une république idéale, débarrassée de toute violence. L’homme repose désormais sous une dalle toute simple au pied d’un mur, émouvante de sobriété, et indiquée sur le plan fourni à l’entrée.

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TOMBE DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE (division 11), photographie personnelle.

[1] Enterré dans la 48ème division.

MEMOIRE DES POETES VI: GHOLAM HOSSEIN SA’EDI (1936-1985), Cimetière du Père-Lachaise, Lettres persanes, 2.

Gholam-Hossein_Saedi

   Non loin de Sadegh Hedayat (cf. précédent article), sous une tombe ocre, très sobre, repose un autre écrivain persan, méconnu en France. Né le 4 janvier 1936 à Tabriz, au Nord du pays, d’un père fonctionnaire, Gholam Hossein Sa’edi, ( غلامحسین ساعدی) part vivre dans un petit village après l’invasion de la région par les troupes soviétiques, en 1941. Ce premier contact avec la vie rurale nourrira son œuvre. En 1953, Sa’edi, qui n’a que dix-sept ans, est emprisonné pour la première fois. Cette année-là, la CIA lance en effet l’opération Ajax, et organise un coup d’État pour destituer le premier ministre Mohammad Mossadeq (1882-1967), qui vient de nationaliser  une compagnie pétrolière anglo-américaine. Les militants de gauche sont arrêtés, et Sa’edi, engagé depuis 1949 aux côtés des séparatistes du Parti Démocratique d’Azerbaïdjan, puis auprès du parti Tudeh, d’obédience communiste, est incarcéré, interrogé.

   Parallèlement, ses premiers livres paraissent : d’abord des nouvelles, puis la pièce de théâtre Leylaj’ha, publiée en 1957 sous le pseudonyme féminin de Gohar Morad. Sae’di, qui exerce le métier de psychologue clinicien à Téhéran à la fin des années 60, rencontre l’élite littéraire de la capitale, et se lie avec de nombreux auteurs. Il voyage également au Sud, le long du golfe persique, et en ramène plusieurs études ethnographiques. En 1968, il forme, avec ses confrères, l’Association des écrivains d’Iran, notamment pour protester contre la censure qui les frappe. La liberté d’expression diminue alors fortement, et, en application des nouvelles lois, les éditeurs doivent obtenir l’aval du Ministère de la Culture pour pouvoir imprimer. Sa’edi, qui traduit nombre d’articles scientifiques, et poursuit une intense activité intellectuelle, devient rédacteur en chef de la revue d’opposition Alefba. En 1974, le gouvernement du Shah Reza Pahlavi (1919-1980) en interdit la publication. Sa’edi est à nouveau arrêté, et torturé par la police secrète, la SAVAK, dans la terrible prison d’Evin. Dépressif, suicidaire, censuré dans son pays, il est célébré, et invité, aux États-Unis.

Arrivée de l'ayatollah Khomeini à l'aéroport international de Mehrabat, après quatorze ans d'exil, le 1er février 1979.

Arrivée de l’ayatollah Khomeini à l’aéroport international de Mehrabat, après quatorze ans d’exil, le 1er février 1979.

 

 

   Après la Révolution de 1978, et le renversement du Shah, Sa’edi s’oppose à l’aile religieuse menée par l’ayatollah Khomeini (1902-1989), et rejoint le progressiste Front National Démocratique. La république islamique ayant été officiellement instaurée le 1er avril 1979, Sa’edi, dont l’ami dramaturge Sayid Soltanpour a été sommairement exécuté en 1981, est menacé. Il quitte donc définitivement le territoire en 1982, et passe par le Pakistan, pour arriver en France. Il y fonde l’Association des écrivains iraniens en exil et une compagnie théâtrale, réédite Alefba, et écrit deux nouvelles pièces, ainsi que divers essais. Miné par l’exil, Sa’edi boit de plus en plus, et meurt d’une cirrhose le 23 novembre 1985, à quarante-neuf ans, à l’hôpital Saint-Antoine, en présence de son père et de son épouse. Suivies par de nombreuses personnes, ses funérailles sont alors filmées, et sont d’ailleurs aujourd’hui visibles sur les sites de partage.

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    Auteur d’une quarantaine d’ouvrages, Sa’edi s’est d’abord attaché à décrire l’univers rural, avec un grand souci de réalisme, à travers de courtes histoires. Malheureusement ses livres (à la fois des pièces, des nouvelles, des romans, des réflexions, des récits de voyage, et des contes pour la jeunesse), ne sont pas traduits en français. Le cinéphile pourra malgré tout regarder La vache (گاو, Gāv), étrange film à la mélancolie hypnotique, servi par une magnifique bande originale, entièrement écrit par Sa’edi, réalisé par Dariush Mehrjui en 1968, et que l’ayatollah Khomeini lui-même aurait avoué avoir aimé. Interprété par l’acteur Ezzatollah Entezami, Hassan, paysan pauvre du Nord, marié mais sans enfant, s’attache à sa vache, unique bovin du hameau. Hélas, l’animal meurt subitement alors que son propriétaire se trouve en ville. Les autres paysans font alors tout pour cacher la terrible vérité à Hassan. Celui-ci finit évidemment par comprendre, et sombre dans la folie, jusqu’à se prendre lui-même pour une vache, et de mourir. De mystérieux personnages, semblables à des démons, apparaissent à la fin. Inspiré par le néoréalisme italien, le film emprunte aussi aux histoires anciennes : selon la légende, au Xème siècle de notre ère, le prince samanide Nooh Ibn Mansur se croyait réincarné dans la peau d’une vache, et aurait été guéri de ses hallucinations par le grand médecin iranien Avicenne. Évoquons également le film Le Cycle, réalisé là encore par Dariush Mehrjui, sorti en 1978 après une longue censure, et qui décrit les mésaventures d’un vieil homme pauvre et malade et de son fils, victimes d’un escroc qui organise la vente clandestine de sang humain pour les hôpitaux de Téhéran.

Ibn Sina, dit Avicenne (980-1037), miniature persane.

Ibn Sina, dit Avicenne (980-1037), miniature persane.

NB : La tombe de Gholam Hossein Sa’edi n’est pas indiquée sur le plan. Située, comme nous l’avons dit plus haut, à côté de la sépulture d’Hedayat, dans le division 85, elle longe l’avenue transversale n°2. Par ailleurs, pour les plus motivés, une version sous-titrée de La vache est disponible sur le site YouTube, avec les sous-titres anglais (la version complète française ne figure plus, sans doute pour des raisons de droits, puisque le film a été restauré, et qu’il est ressorti sur les écrans français en 2014, soit l’an dernier).

MEMOIRE DES POETES IV, ANDRE HARDELLET (1911-1974), CIMETIÈRE DE PANTIN 1

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CIMETIÈRE DE PANTIN (164 avenue Jean Jaurès, 93500 PANTIN, Station Fort d’Aubervilliers ou Aubervilliers Pantin-Quatre chemins, ligne 7)

   Immense, pour ne pas dire monstrueux, le cimetière de Pantin s’étale sur 107 hectares, compte 32 kilomètres d’avenue et d’allées, et regroupe près de 145 000 sépultures, soit plus d’un million de défunts, ce qui en fait le plus grand cimetière de France, le troisième plus grand cimetière d’Europe, et le septième plus grand cimetière du monde encore en activité. Ouvert par la préfecture de la Seine en 1886, cet énorme ensemble dépend bien, administrativement, de Paris, à l’instar des cimetières de Bagneux (créé la même année), et de Thiais, installés en banlieue par manque de place intra-muros. Sa situation géographique, le faible nombre de personnalités connues, l’état de dégradation de nombreuses sépultures, abîmées par la pollution, la tristesse qui s’en dégage, n’en font pas un lieu touristique, à la différence du Père-Lachaise. Il s’agit d’abord d’un cimetière populaire.

   Depuis plusieurs années, la municipalité tente de rendre le lieu plus attractif. Un plan avec les tombes célèbres (parmi lesquelles celle du cinéaste Jean-Pierre Melville, né Grumbach, ou du philosophe Emmanuel Lévinas) est ainsi fourni à l’accueil. De même on dénombre près de 8700 arbres, de 74 essences différentes, donnant leur nom aux allées (avenue des Marroniers rouges, avenue des Acacias communs, avenue des Peupliers argentés), et certaines divisions, telle la 88, sont transformées en secteurs paysagers. Enfin, un véhicule aménagé a été prévu pour le transport des personnes à mobilité réduite.

NB : Le cimetière compte 217 divisions, numérotées de 1 à 163, puis de 201 à 217, ce qui fait un total de 180 divisions, composées généralement d’une quarantaine de tombes.

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ANDRÉ HARDELLET

Division 9 :  Né à Vincennes le 13 février 1911, André Hardellet entame des études de médecine avant de reprendre la bijouterie familiale, les Alliances Nuptia, dans le Marais. Il ne commence à publier qu’à quarante ans passés, avec La Cité Montgol (Seghers, 1952), mais s’impose vite comme un poète singulier, le seul conquérant des terres vraiment lointaines qui vaillent la peine, pour reprendre les termes d’André Breton en 1958. Romancier, essayiste, l’homme, qui fréquente le milieu littéraire parisien, tournera également un court-métrage avec Serge Gainsbourg en 1972, La dernière violette, et écrira plusieurs chansons, dont le fameux « Bal chez Temporel », repris par Guy Béart et Patachou :

Si tu reviens jamais danser

Chez Temporel un jour ou l’autre

Pense à ceux qui tous ont laissé leur nom gravé

Auprès du nôtre.

  En 1973, le prestigieux prix des Deux-Magots récompense l’ensemble de son œuvre. La même année, Lourdes, lentes…, récit érotique, rimbaldien, publié quatre ans plus tôt chez Jean-Jacques Pauvert sous le pseudonyme de Steve Masson, choque Raymond Marcellin, ministre de l’Intérieur, et Hardellet se trouve condamné pour « outrages aux bonnes mœurs », par la 17ème chambre correctionnelle de Paris. Très affecté par l’affaire, un peu oublié par la critique, l’homme s’épanche auprès de Françoise Lefèvre un certain 23 juillet 1974… et meurt le lendemain, à l’âge de soixante-trois ans. La romancière lui rendra hommage dans Les larmes d’André Hardellet (éditions du Rocher, 1998). Publiées en trois tomes chez Gallimard entre 1990 et 1992, dans la collection l’Arpenteur, ses œuvres sont aujourd’hui largement reconnues, et étudiées par le monde universitaire. Plusieurs professeurs, tels Françoise Demougin ou l’écrivain-cinéaste Philippe Claudel, maître de conférences à Nancy, lui ont ainsi consacré leur thèse. Enterré avec les siens, André Hardellet repose dans un caveau très sobre, sans décoration, indiqué sur le plan fourni à l’entrée.

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