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TITRE INCONNU, KAROL BARON (1939-2004), Slovaquie (surréalisme)

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TITRE INCONNU, CHARLOTTE EDEY (Surréalisme, Grande-Bretagne)

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MÉMOIRE DES POÈTES: MAURICE RAPIN (1924-2000) ET MIRABELLE DORS (1913?-1991), CIMETIÈRE DE BERCY (329 rue de Charenton, 75012 Paris, métro Porte de Charenton, ligne 8). Article publié dans « Diérèse » numéro 78, printemps 2020.

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Le petit cimetière de Bercy, au Sud de Paris.

   Quittons momentanément le Père-Lachaise pour nous déplacer au sud de la capitale, dans le XIIème arrondissement, en un lieu plus confidentiel, moins couru, pour évoquer deux surréalistes quelques peu oubliés : Maurice Rapin et Mirabelle Dors, sa femme.

 Un tout petit cimetière

   Situé à l’extrémité Sud-Est de Paris, à quelques mètres seulement de Charenton et du bois de Vincennes, ce petit cimetière (61 ares pour 1161 tombes) ouvre en 1816 pour enterrer les défunts de Bercy, riche village, alors célèbre pour ses entrepôts de vin. En 1860, Bercy est administrativement rattaché à la ville de Paris, et le lieu devient un cimetière de quartier parmi d’autres, accueillant essentiellement la bourgeoisie locale, les négociants en spiritueux. On ne trouvera pas de célébrités ici, mais saluons la mémoire d’Henry Céard (1851-1924), naturaliste proche de Zola, et auteur de l’étonnant roman-fleuve Terrains à vendre au bord de la mer, en 1906. Signalons également ces belles sculptures de sabliers volants sur les murs de l’enceinte, rappelant notre condition mortelle (Tempus fugit ! en latin), ainsi que cette étrange tombe en forme de dolmen, évoquant la dernière demeure du spirite Allan Kardec, au Père-Lachaise. Admirons enfin la grande croix gallicane qui orne la sépulture du pasteur écossais Charles Greig (1853-1922) : gravée en lettres énormes sur un écriteau, la maxime « CHRIST EST MA VIE ».

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Mirabelle Dors et Maurice Rapin

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Maurice Rapin (1924-2000) et Mirabelle Dors (1913 ?- 1999)

Rapin, scientifique et artiste…

  Né le 30 juin 1924 au 110 rue de Reuilly dans un milieu de garagistes (son père théorise le principe de « machine-outil »), ayant une sœur, Maurice Rapin s’intéresse très jeune à la peinture et à la musique, mais étudie d’abord les sciences. Il soutient ainsi une thèse autour du « métabolisme des porphyrines observés au moyen du microscope à fluorescence », et entre au laboratoire d’anatomie et d’histologie comparées de la Sorbonne, tout en apprenant les rigoureux principes du dessin botanique au Muséum d’Histoire Naturelle. Ayant accompli son service militaire dans les transmissions, été garçon dans un café parisien, il devient finalement un professeur apprécié au lycée Carnot, puis au lycée Jules Ferry de Versailles. Très actif, il suit des cours de mathématiques modernes à la faculté, et mène parallèlement ses activités créatrices. En 1954, il épouse l’artiste moldave Mirabelle Dors, contre l’avis de sa famille. Extrêmement proche des surréalistes, exposé « À l’Étoile scellée », il publie différents textes théoriques dans Médium, informations surréalistes, le journal de Jean Schuster (inhumé au cimetière de Pantin), et développe une œuvre singulière, basée sur certains systèmes scientifiques stricts.

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« Course en bleu », Maurice Rapin, 1983.

   Maurice Rapin, qui a rompu avec Breton ce personnage atroce (sic) converti au tachisme de Charles Estienne (1908-1966), se rapproche notamment de Clovis Trouille (1889-1975) et de René Magritte, avec lequel il entretiendra jusqu’au bout une abondante correspondance. À travers plusieurs écrits, il définit ainsi ce que doit être le surréalisme populaire, en réaction directe contre l’abstrait, pour reprendre les termes de Jeanine Rivais. L’association « Figuration critique » voit ainsi le jour en 1978. Il s’agit de faire connaître divers artistes, à travers un salon qui se tient à Mons, en Belgique. Décédé le 10 octobre 2000, Maurice Rapin, est incinéré. Ses cendres reposent désormais auprès des siens, dans le caveau familial, sous une lourde pierre tombale en granit ornée d’un crucifix.

  André Breton est mort. Aragon est vivant. C’est un double malheur pour la pensée honnête, déclare étrangement Rapin, qui aurait manqué trois jours de travail après la disparition du pape du surréalisme, en 1966. Entretenant des relations mitigées, voire houleuses, avec l’intéressé, Maurice Rapin, s’est toujours identifié comme naturaliste[1], Légèrement sceptique à propos de mai 68, il n’en demeure pas moins communiste, disciple de Lénine, et décide de rendre l’art accessible en renouant avec la figuration, à l’instar de Magritte cité plus haut.

   Mirabelle, la mystérieuse Moldave

  Née, selon toute vraisemblance, en 1913 dans une famille francophone, Mirabelle Dors, qui est entrée très jeune dans l’atelier du sculpteur Ludo, tente d’animer des groupes surréalistes à l’Est, puis émigre en France avec son compagnon Ghérasim Luca (1913-1994), en 1952[2]. Accueillie par André Breton, elle réside d’abord rue Joseph de Maistre, à Montmartre. D’après la légende, son nom français viendrait de sa peau couleur mirabelle, et du goût pour l’hypnose propre au poète, qui lui ordonne fréquemment de dormir (d’où l’injonction « dors »). Ayant rencontré Maurice Rapin au début des années 50, et devenue sa femme, Mirabelle ; qui a vécu dans une chambre du Smoking Palace, emménage 1 rue Louis Gaubert, à Vélizy-Villacoublay, dans une maison peinte en vert, couleur mousse, sommairement meublée, orné d’un buste de son mari, planté dans le jardin. En compagnie de celui-ci, elle poursuit une activité plastique intense, créant d’étranges masques totémiques, tout un foisonnement de créatures chimériques, parfois inquiétantes. Personnalité forte, féministe, elle incarne la tendance surréaliste populaire, puis anime l’association « Jeune Peinture », et enfin « Figuration critique », mouvement résolument cosmopolite, né d’une prise de conscience d’un groupe qui se respecte et ne doit pas chercher à s’intégrer là où s’exerce le pouvoir officiel.

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   Parallèlement, elle co-signe de nombreux tracts. Malade, hospitalisée à plusieurs reprises, elle meurt le 12 novembre 1999, quelques mois avant son époux. Selon nos informations, elle ne reposerait pas à ses côtés. Laissons-lui la parole à travers ce bref poème, glané sur le riche site de la critique Jeanine Rivais, et daté du 27 mai 1971 :

AU SOMMEIL D’AUJOURD’HUI

Dans ce palais taillé dans une seule perle, des ombres chinoises labourent les champs avec les doigts de la main. Ailleurs, on a découvert des visages qui se sont imprimés dans des bijoux vivants. Mais un jour reviendra avec des fleurs et des fantaisies musculaires.

  Signalons également l’hommage rendu à Maurice Rapin et Mirabelle Dors en juillet 2001 dans le numéro 33/34 du Cri d’Os, et l’exposition qui s’est tenue en octobre 2017 à la galerie parisienne Détais, donnant lieu à un intéressant catalogue.

N.B. : La tombe de Maurice Rapin se trouve dans la sixième division, le long de l’allée. Un plan est d’ailleurs accroché au mur d’enceinte. Par ailleurs le petit cimetière de Bercy ne doit pas être confondu avec le cimetière de Valmy, situé quelques mètres plus loin, le long du périphérique, et dépendant de la commune de Charenton, et où repose Willy Anthoons (1911-1982). Opposé à la figuration, mais non lié au mouvement qui nous intéresse, ce sculpteur belge nous a néanmoins laissé un dessin à l’encre de chine intitulé Composition surréaliste.

[1] Mirabelle et Rapin, API, Vélizy-Villacoublay, 1990.

[2] Nous avons évoqué Ghérasim Luca dans Diérèse 73.

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Composition de Mirabelle Dors.

TITRE INCONNU, CRUZEIRO SEIXAS (né en 1920), Portugal, surréalisme.

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« VISTA VISION », GREGG SIMPSON, 1967, CANADA, surréalisme.

vista vision gregg simpson 1967

« PLUTÔT LA VIE » (A.B.)

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Le poète belge Paul Dermée (1885-1951) et sa femme, Céline Arnauld née Carolina Goldstein, (1886-1952), qui se suicida un an après sa mort.

  Je racle les archives de Paris sur internet. Retrouve des gens par mail, par coups de fil aux ayant-droits. De sympathiques vieillards, généralement, compréhensifs, résilients, égrainant les souvenirs d’une voix chevrotante, avec des éclats, parfois, des sursauts d’émotion, récitant des vers, des extraits totalement oubliés, profondément confinés dans les réserves de la BNF. Et ce même si souvent on n’a pas envie de réveiller des deuils, de révéler des conflits familiaux, qu’on se fait l’effet d’être un fouille-merde. J’aime ce travail d’enquête autour du mouvement volatil que fut le surréalisme. Le travail historique, technique, auquel je n’étais pas préparé. J’aime le surréalisme en tant que fuite vers le rêve, refus du réel brut et immédiat permettant de supporter le quotidien. Cette évasion vers un passé futuriste, onirique, comme une façon de survivre dans la cité. Cette façon de se tourner délibérément vers le songe.

« LA POMPE A SANG », JEAN GAUDRY (1933-1991)

gaudry
été
le coquet coquelicot
décalqua quelques claques de rouge
sur le mouvant visage
des blés blonds ondulant
envoûtés par le vent.
GERCES, PJ. Oswald, 1957, page 33
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à Lydie Chapovaloff
réelle vint Lydie bel et divin lit d’ailes
m’extraire de vos puits sans chaîne ni margelle
où broyé par vos riens je crevais sans chandelles
du cirque dégarni de gradins et de ris
d’où ne suaient que supplices et sources taries
tu fis bouger la cire et rentrer la hernie
décrochant de sa croix et mon X et mon nid
le ciel clos s’envahit de lumière et de vie
et l’extase remplace en l’indécis lavis
l’adorable carcasse agacée de la nuit
où vèlaient mes désirs mes vélos et l’ennui (page 15)
je ne veux plus de mes os
je ne veux plus de ma chair
je ne veux plus de ma lampe
de la lampe qui m’éclaire
je veux éteindre les étreintes
et ne veux que la crainte
je veux tuer les plaintes
et crever les enceintes
boire les vertes absinthes
les vers les abbés et les saintes (p. 11)
gaudry 2

« DANS LA VALISE EN CARTON », JEAN-FRANÇOIS VEILLARD, collage, 2019.

veillard

19 FÉVRIER 1896, NAISSANCE D’ANDRÉ BRETON À TINCHEBRAY (ORNE)

Union libre

 

Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d’éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d’étoiles de dernière grandeur
Aux dents d’empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d’ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d’écriture d’enfant
Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle
Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d’allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d’as de cœur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d’écume de mer et d’écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d’initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d’orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d’or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d’éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d’amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu.

                                                                                                                             Clair de terre,  (1931)

« LA CONCEPTION DE LA LUNE », FÉLIX LABISSE, 1961. (surréalisme)

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