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« Ci-gît un adolescent qui mourut poitrinaire : vous savez pourquoi. Ne priez pas pour lui. »  (Mémoire des poètes)

Le 24 novembre 1870, 7 rue du Faubourg-Montmartre, un jeune original de vingt-quatre ans mourait, emporté par la maladie, loin de Montevideo, sa ville natale. D’abord inhumé dans un caveau provisoire du cimetière Montmartre, son corps fut ensuite transporté en fosse commune. Il repose désormais sous une expansion de l’hôpital Beaujon, qui a en quelque sorte grignoté la nécropole, loin du monde insoucieux; du moins si on en croit le travail du regretté Jean-Jacques Lefrère, qui a enquêté des années durant, jusqu’à retrouver une photo d’Isidore Ducasse, dont le visage nous était jusqu’alors inconnu (cf. Le visage de Lautréamont). Redécouvert par les surréalistes, Lautréamont/Ducasse est depuis incontournable.

On ne me verra pas, à mon heure dernière (j’écris
ceci sur mon lit de mort), entouré de prêtres. Je veux
mourir, bercé par la vague de la mer tempétueuse, ou
debout sur la montagne… les yeux en haut, non : je sais
que mon anéantissement sera complet. D’ailleurs, je
n’aurais pas de grâce à espérer. Qui ouvre la porte de
ma chambre funéraire ? J’avais dit que personne
n’entrât. Qui que vous soyez, éloignez-vous ;

(Chant I).

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ANDRÉ BRETON ET THÉODORE FRAENKEL EN 1916 (série surréaliste)

MÉMOIRE DES POÈTES: FRANCIS BOUVET (1929-1979). Cimetière du Père-Lachaise.

L’atelier de Victor Brauner, rue Perrel, en 1952.

De gauche à droite : François Bouvet, Sarane Alexandrian, Alain Jouffroy, Luce Hoctin, Jean-Dominique Rey, Jacqueline et Victor Brauner. Tableau au mur : La Cavalier du Rien

Photo : Théodore Brauner. IMEC/Fonds Alexandrian.

Localisation : division 65. Compter six tombes depuis la division 66 (au Sud) et vingt-deux tombes depuis la division 68 (à l’Est). Sinon, prendre l’allée centrale qui divise la division 65 en deux, compter six lignes. Francis Bouvet repose dans la deuxième tombe à gauche, avec la famille Dècle, soit une chapelle blanche récemment ravalée, ornée de grappes.

 Surréaliste précoce

  Né le 21 février 1929 dans le très chic Auteuil, Francis Bouvet passe ses premières années derrière la façade haussmannienne du 94 rue Miromesnil, où son père, ancien poilu, exerce la profession de dentiste, comme avant lui son propre père. Sa mère est d’origine pied-noire. L’enfant se lie alors avec le futur compositeur Pierre Henry, fondateur de la musique concrète, et qui restera son ami. Contrairement à son aîné, Jean-Marie, futur docteur, Francis commence à peindre et à sculpter dès l’adolescence, bravant ainsi la volonté paternelle. À seize ans, ce très jeune participant[1] fréquente les réunions des Deux-Magots, de la Place-Blanche, et participe à l’exposition bruxelloise « Surréalisme », de décembre 1945 auprès de René Magritte, Marcel Mariën ou encore Jacques Hérold. L’année suivante, il rencontre André Breton à son retour en France. Le poète lui fait bon accueil, comme en témoigne une lettre adressée par Bouvet lui-même, le 8 juin 1946. Enthousiaste, inventif, Bouvet se montre actif au sein du groupe, signant notamment Liberté est un mot vietnamien, tract anticolonialiste d’avril 1947 publié dans Le Libertaire. En novembre 1947, on le retrouve à la galerie Maeght, 13 rue de Téhéran, pour l’Exposition Internationale du surréalisme. Accompagné de Claude Tarnaud et de Michel Herz, Bouvet a confectionné les deux « alvéoles » de la salle de magie, soit une sorte d’hôtel conçu par Breton lui-même, et auquel collabore également le plasticien tarnais Francis Meunier. La rencontre avec Sarane Alexandrian s’avère déterminante. Bouvet écrit dans Néon, avec ses jeunes amis surréalistes : Francis Bouvet (…) peignait des tableaux auxquels il donnait les titres des romans de Peter Cheney, On ne s’embête pas, Qu’est-ce qu’on déguste, etc. Il arrivait en tenant à la main tantôt les Méditations cartésiennes de Husserl, tantôt un album de Mickey. Son ironie le faisait exceller dans notre constant partis pris de mêler la frivolité au sérieux, déclare ainsi Alexandrian[2]. Abstraites, colorées, les toiles aux courbes rigoureusement découpées et acérées, aux couleurs franches[3] de Bouvet évoquent à certains égard le style de Miro.

Sans titre. Huile sur toile de 1947 donnée par l’artiste.

L’année 1948.

   En juin 1948, on retrouve la signature de Bouvet au bas d’un tract violemment anticlérical, rédigé (essentiellement) par Henri Pastoureau : « À la niche les glapisseurs de Dieu ». Toujours en juin, l’artiste, dix-neuf ans seulement, expose à nouveau en compagnie d’onze autres jeunes créateurs, parmi lesquels Meunier, Demarne, ou encore Jerzy Kujawski, cette fois à la galerie Jean Bard, dans le cadre de la manifestation « Comme », sous le patronage d’Alexandrian et de Maurice Baskine, préfacier du catalogue. Alors qu’il passe ses vacances d’été à Penne d’Agenais chez les Seigle, couples de surréalistes montalbanais, Bouvet reçoit une carte postale chaleureuse d’André Breton, alors à La Chaise-Dieu. La rupture se produit toutefois en novembre, pour un motif apparemment futile. Traumatisé par l’expérience du cancer, le peintre d’origine arménienne Arshile Gorky, alors exilé aux États-Unis, s’est pendu en juillet. André Breton accuse rapidement le libertin Roberto Matta, lui-même peintre et amant de Madame Gorky, d’avoir aggravé le désespoir d’Arshile. L’exclusion est prononcée le 25 octobre. Refusant de s’associer à la mesure, Victor Brauner est à son tour exclu pour « activités fractionnelles », suivi par Alexandrian, Jouffroy, Rodanski, Tarnaud… et Francis Bouvet.

Carte postale d’André Breton à Francis Bouvet

L’éditeur

   Quatre ans s’écoulent. Francis Bouvet continue à fréquenter le milieu surréaliste, et notamment Sarane Alexandrian, avec lequel il expérimente la « psychanalyse collective » dans une villa de Blonville, station balnéaire du Calvados, à l’été 1951 : l’un de nous devait se confesser, couché dans une pièce obscure, tandis que les autres, dans une pièce éclairée, l’écoutaient par la porte entrouverte. Cette situation angoissante pour le patient rendait sa confession particulièrement intense. Jouffroy ponctua la sienne de rires fébriles (réactions médiumniques), Bouvet eut une inhibition, Brauner révéla révéla de splendides fantasmes que je notai au fur et à mesure[4].

   À partir de 1952, Bouvet cesse toute activité artistique, pour se consacrer à l’édition. D’abord secrétaire général des éditions de Minuit, il se lie d’amitié avec Michel Butor et participe ainsi à l’émergence du Nouveau Roman. Méticuleux, Bouvet dirige ensuite les collections artistiques chez Flammarion, rue Racine. Ses goûts sont pour le moins éclectiques. Auteur d’un Recueil général des incunables géographiques[5], Bouvet préface également un album consacré à Pierre Bonnard, publie Chestov, ou correspond avec Christian Dotremont, sans pour autant parvenir à publier les fameux logogrammes. Hugolâtre transi, il regroupe toutes les poésies de son idole en un seul volume de 3,8 kilogrammes, comptant 153 837 vers, étalés sur 1800 pages. Réalisant ce projet fou en 1961, Jean-Jacques Pauvert se souvient, non sans émotion, de son cher Francis Bouvet, trop tôt disparu[6]. Bouvet, qui mène une activité intense, habite alors passage Dauphine, au 27 rue Mazarine, en plein quartier littéraire, avec sa femme Sylvine Delannoy, fille du compositeur Marcel Delannoy, et leurs deux enfants. La famille passe ses vacances avec celle d’Yves Bonnefoy, en Italie notamment, au mois d’août 1973. Hélas la maladie interrompt cette carrière brillante. Hospitalisé à Villejuif, Francis Bouvet décède le douze septembre 1979, à seulement cinquante ans. Outre ses œuvres plastiques, dispersées chez des particuliers, ce grand mélomane aura notamment rédigé les commentaires d’un portfolio de bois gravés, dont l’auteur n’est autre qu’Antoine Duhamel, le célèbre compositeur.

Les oeuvres complètes de Victor Hugo, publiées chez Jean-Jacques Pauvert sous la direction de Francis Bouvet.

[1] Sur un sculpteur et ses peintres, Yves Bonnefoy, Plon, Paris, 1989, p. 101.

[2] L’aventure en soi, Le Mercure de France, Paris, 1990, p. 274.

[3] Dictionnaire général du surréalisme et de ses environs, Adam Biro, René Passeron, PUF, Paris, 1982, p. 61.  

[4] L’aventure en soi, Sarane Alexandrian, Ibidem, p. 335.

[5] Éditions de Minuit, 1961.

[6] La traversée du livre, éditions Viviane Hamy, Paris, 2004, p. 314.

« DAS VERHÄNGNIS » (« LE DESTIN »), KONRAD KLAPHECK, ALLEMAGNE, 1989, surréalisme.

CORTI, SADE, TOYEN: TROIS ÉVÉNEMENTS RIVE DROITE (SEPTEMBRE/OCTOBRE 2022)

Chers amis,

J’assisterai, théoriquement, à ces trois évènements. Une occasion, peut-être, de nous retrouver. Mon mail: er10@tutanota.com

En 1925, José Corti ouvre une librairie avec sa femme, Nicole, au 6 rue de Clichy à Paris. À la même époque, il édite ou diffuse la plupart des auteurs surréalistes. En 1938, c’est au 11 rue Médicis que se fixe la librairie, dont Julien Gracq pousse la porte. Il restera fidèle à Corti puis à ses successeurs. Pendant la Seconde Guerre mondiale, José Corti diffuse des textes clandestins et marque son opposition au nazisme en publiant notamment des auteurs juifs et anglais. Après la guerre, il édite des textes poétiques, des textes critiques d’universitaires novateurs dans la collection « Les essais » (Georges Blin, Jean Rousset, Georges Poulet, Charles Mauron, Gilbert Durand) et publie aussi des classiques méconnus du romantisme européen (Beckford, Blake, Maturin, de Maistre, Walpole) comme des précurseurs du surréalisme (Lautréamont).

Bertrand Fillaudeau travaille avec les Corti de 1980 à 1984. Ils le choisissent pour prendre la suite. En même temps qu’il conserve l’esprit de Corti, il développe largement les collections « Domaine romantique » et « Les Essais », il crée les collections « Ibériques » et « En lisant en écrivant », et accueille de nouveaux auteurs français (dont Ghérasim Luca, Christian Hubin, Éric Faye, Georges Picard, Claude Louis-Combet, Pierre Chappuis…) et étrangers (dont Léonid Andreïev, Hermann Hesse, Emily Dickinson, Miklos Szentkuthy, Robert Burton…).

Fabienne Raphoz, écrivain et poète, le rejoint en 1996 et crée les collections « Merveilleux » et « Biophilia » ainsi que la « Série américaine ». Elle accueille également de nouveaux auteurs de langue française (dont Denis Grozdanovitch, Caroline Sagot Duvauroux, Julie Mazzieri, Tatiana Arfel, Marc Graciano, Aurélie Foglia, Jean-Christophe Cavallin, Bruno Remaury…).

Reprenant à leur tour le geste de José et Nicole Corti 39 ans auparavant, Fabienne Raphoz et Bertrand Fillaudeau ont choisi de passer, en 2023, le flambeau des éditions à Marie de Quatrebarbes et Maël Guesdon. Ce geste est celui, particulièrement précieux aujourd’hui, du choix de l’indépendance, dans un contexte où la diversité (celle du monde de l’édition comme du vivant) est plus que jamais mise en danger. C’est ce choix, constamment reconduit depuis 85 ans, que cette soirée fêtera, en proposant, autour de quelques lectures d’amis, auteurs, artistes et traducteurs, un cheminement dans le catalogue hors normes des éditions Corti.

Librairie « Le Monte-en-l’air »

2 Rue de la Mare, 75020 Paris (métro Ménilmontant)

Le Prix Sade 2022 sera décerné le vendredi 7 octobre 2022, à 19h30, à la Galerie Suzanne Tarasieve, sise au 7, rue Pastourelle, Paris 3ème.

Le jury du prix Sade 2022 est composé de:
– Emmanuel Pierrat (Président), avocat et écrivain
– Jean Streff (Secrétaire Général), écrivain, scénariste et réalisateur
– Anne Hautecoeur (Secrétaire Générale adjointe), éditrice
– François Angelier, journaliste et écrivain
– Philippe Brenot, psychiatre et écrivain
– Octavie Delvaux, écrivaine
– Catherine Robbe-Grillet, écrivaine
– Laurence Viallet, éditrice et traductrice

Le Prix Sade 2022 sera doté d’une œuvre photographique d’Alexandra Yonnet.

Clôture de la 8e édition
Czech-In Film Festival
Toyen – La baronne subversive du surréalisme
Genre : Documentaire
Réalisatrice: Andrea Sedláčková
Année : 2022
Durée : 75 min.

En présence de la réalisatrice.
Suivi d’un verre d’amitié.
Réservations : kinovisegrad@hotmail.com

Synopsis: Une recherche documentaire passionnante sur la vie et l’œuvre de Marie Čermínová, connue dans le monde de l’art sous le nom de Toyen. Peintre surréaliste, elle fut une amie proche des écrivains Paul Éluard et André Breton. La réalisatrice suit les traces de l’artiste, notamment à Prague et à Paris, où elle a vécu pendant de nombreuses années, mais aussi dans des lieux qui furent des sources d’inspiration pour elle, comme l’Ile de Sein, Saint-Cirq-Lapopie ou Château Lacoste.

Projection : VOST FR, vendredi le 28 octobre 2022 à 18h30
Auditorium de l’Hôtel de Ville, 5 rue de Lobau, Paris 

VERNISSAGE DE L’EXPOSITION « DREAM GARDENS » (GREGG SIMPSON), 24 SEPTEMBRE 2022.

Chers amis,

Artiste canadien d’inspiration surréaliste, Gregg Simpson exposera la semaine prochaine à la Galerie Azote, 9 rue Saint-Paul (station Saint-Paul, ligne 1). Le vernissage aura lieu samedi 24 septembre, de 17 heures à 19 heures. J’y serai vers 18h20. Mon mail: er10@tutanota.com

SANS TITRE, STANISLAO LEPRI (1905-1980). Série surréaliste.

UNE FEMME COMBLÉE! (MÉMOIRE DES POÈTES)

Photographie trouvée sur le site de Philippe Landru. Tous droits réservés.

À Saint-Dyé-sur-Loire (Loir-et-Cher). la peintre surréaliste argentine Leonor Fini (1905-1996), repose avec ses deux amants: l’ancien diplomate et peintre italien Stanislao Lepri (1905-1980), et l’essayiste franco-polonais Constantin Jelenski (1922-1987), de dix-sept ans son cadet. Les trois intellectuels formaient un trio amoureux parfaitement assumé, et restèrent ensemble jusqu’à leur mort, partageant le même atelier, non loin du Louvre. Leonor leur survécut, et décida de les réunir pour l’éternité.

On sait que la plasticienne fut d’abord amoureuse de Lepri, rencontré dans les années 40, et auquel elle resta toujours plus attachée. Fasciné par Leonor Fini, l’aristocrate romain abandonna la carrière consulaire pour prendre le pinceau. Le jeune Jelenski, demi-frère d’un des nombreux amants de Leonor, croisa leur route vers 1950. Bisexuel, épris de Lepri, il ne devait plus les quitter.

La femme-artiste poursuivit sa production jusqu’à son dernier souffle dans un hôpital d’Aubervilliers. Selon ses voeux, l’appartement-atelier ne fut vendu qu’après la mort du dernier de ses dix-sept chats, représentés sur de multiples tableaux: après elle, ils coulèrent une existence paisible dans le décor où ils avaient été heureux en compagnie de celle qui sut si bien les immortaliser (notice: https://sites.google.com/site/latribudesgatos/les-amis-des-gatos/leonor-f)

Stanislao Lepri, Constatin Jelenski, et Leonor Fini dans leur maison de Nonza, en Corse.
Stanislao Lepri, Leonor Fini et Constantin Jelensky (tableau de Leonor Fini).

MÉMOIRE DES POÈTES: JEAN-PIERRE DUPREY ET JACQUES PREVEL PAR CHRISTOPHE DAUPHIN

« Et je suis las de cette brume qui m’efface.

Je suis fatigué de cette misère

Et j’imagine un amour que je pourrais vivre sans pleurer.

J’imagine un pays où je pourrais mourir sans regret. » (Jacques Prével, épitaphe)

Le mythe du poète maudit? Jean-Pierre Duprey (1930-1959), astre noir du surréalisme, et Jacques Prevel (1915-1951), tuberculeux et dernier compagnon de route d’Artaud, qu’il fournissait en laudanum, en opium. Deux auteurs normands présentés par Christophe Dauphin aux éditions « Les hommes sans épaules » de la librairie galerie Racine. Le tout préfacé par Gérard Mordillat qui réalisa justement un film autour du dernier Artaud, après 1948, à Ivry. À lire.

« STUNDE UND GEBURT » (« Les heures et la naissance », 1901), ALFRED KUBIN (1877-1959), AUTRICHE. Surréalisme.

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