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« LES SURRÉALISTES » 2,  JACQUES HÉROLD (JACQUES BLUMER), 1910-1987 

 

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« Vénus anadyomène à l’approche de Cythère », vers 1930.

 

 

MÉMOIRE DES POÈTES XVI: GEORGES MÉLIÈS (1861-1938), Cimetière du Père-Lachaise, division 64 (article paru dans Diérèse 70, printemps-été 2017)

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   Marie-Georges Jean Méliès, dit Georges Méliès, naît le 8 décembre 1861 à Paris, au 49 boulevard Saint-Martin, dans le 3ème arrondissement, au sein d’une famille très aisée de fabricants de chaussures. Après des études au lycée Michelet de Vanves, puis à Louis-le-Grand, il effectue son service militaire à Blois. Bien qu’aucune trace écrite ne subsiste, la légende veut que l’appelé ait fréquenté le prestidigitateur Robert Houdin dans sa propriété de Saint-Gervais-la-Forêt. Revenu à la vie civile, Georges Méliès, qui désire devenir peintre, travaille quelques temps chez son père, et y apprend des rudiments de mécanique. En 1883, envoyé à Londres pour perfectionner son anglais, le jeune homme vend des corsets dans un grand magasin de confection, et en profite pour apprendre la prestidigitation auprès David Devant, comédien dont il réalise les décors, à l’Egyptian Hall. Revenu à Paris, il épouse Eugénie Génin, riche pianiste d’origine hollandaise, et se produit avec elle à la galerie Vivienne et au cabinet fantastique du musée Grévin notamment. Parallèlement, il poursuit une carrière de journaliste et de caricaturiste, notamment au journal antiboulangiste La Griffe, détenu par son cousin Adolphe Méliès. En 1888, fort des 500 000 francs rapportés par l’héritage familial, Méliès rachète son théâtre à la veuve de Robert Houdin, au 8 boulevard des Italiens. S’y produisent alors de célèbres illusionnistes tel le professeur Carmelli (1850-1919), qui passe pour être d’une habileté inégalée, mais aussi Okita, au style japonisant, au milieu des somptueux décors d’Houdin embellis par Méliès, et peuplés d’incroyables automates. Les soirées s’achèvent par des projections de photographies, sur des plaques en verre, dans une sorte d’ambiance poétique. Parallèlement, Méliès fonde en 1891 l’Académie de Prestidigitation, qui changera plusieurs fois de nom, et qui contribuera à donner un véritable statut à la profession .
Remerciez-moi, je vous évite la ruine, car cet appareil, simple curiosité scientifique, n’a aucun avenir commercial ! lui aurait dit l’un des frères Lumière, ou leur père (les versions divergent), lors de la première projection du Cinématographe, le 28 décembre 1895, à l’Hôtel Scribe, 14 boulevard des Capucines, à Paris. Désirant racheter le brevet de l’invention, Méliès essuie un refus poli, mais ferme. Comprenant quel est le formidable potentiel de l’outil, il achète donc le procédé de l’Isolatographe des Frères Isola (inhumés au cimetière des Batignolles) et le projecteur Theatograph commercialisé par son ami londonien, l’opticien et cinéaste Robert William Paul (1869-1943), avant de fonder sa propre société de production, la Star Films. Le 5 février 1896, à trente-quatre ans, Méliès diffuse ainsi ses propres œuvres, très inspirées par celles des Frères Lumière, dans son propre théâtre. Une seconde vie commence.
L’homme n’a plus seulement envie de filmer le réel, des scènes de rue, mais invente des scénarios, des histoires courtes. Il découvre également le procédé du collage, ancêtre du montage moderne, notamment dans Escamotage d’une dame au théâtre Robert-Houdin, en 1896. Ayant fondé le premier studio de cinéma français dans sa propriété montreuilloise, Méliès filme sa propre équipe théâtrale, des gens trouvés dans la rue, des danseuses devant des décors peints, et bâtit un atelier spécial pour colorier ses images. Passant fréquemment de l’autre côté de la caméra, Méliès devient ainsi une sorte d’athlète complet, tour à tour réalisateur, producteur, scénariste, machiniste et décorateur. Il va jusqu’à réinventer sur pellicule les actualités auxquelles il n’a pu assister, avec le Sacre du roi Édouard VII notamment . Pas moins de six-cents petits « voyages à travers l’impossible » sont ainsi tournés entre 1896 et 1914, autant de petits sketchs poétiques, étonnants, de quelques minutes, généralement projetés dans des foires.
On retient aujourd’hui de cette période essentiellement L’Affaire Dreyfus, Barbe bleue et surtout l’incroyable Voyage dans la Lune. Tourné en 1902 et devenu un classique, Remportant un franc succès, d’une durée de seize minutes (ce qui, pour l’époque, reste exceptionnel), décrivant une merveilleuse aventure dans l’espace, le court-métrage est salué outre-Atlantique. Très admiratifs, les Américains n’hésitent toutefois pas à pirater les bobines, au point que la Star Films ouvre une succursale à New-York, dirigée par Gaston Méliès, frère de Georges, afin de contrôler la diffusion. Ce dernier n’hésite pas à rédiger un article dans la presse, menaçant de poursuivre tous les contrefacteurs. Hélas rien n’y fait. En ce qui me concerne, ne croyez pas que je me considère rabaissé en m’entendant traité dédaigneusement d’artiste, car si vous, commerçants (et rien d’autres, donc incapables de produire des vues de composition), vous n’aviez pas des artistes pour les faire, je me demande ce que vous pourriez vendre, déclare Méliès à l’époque. Les mots sont magnifiques, mais cruellement révélateurs : ne possédant pas le sens des affaires, le cinéaste perd ses procès face au géant Edison, qui profite d’une histoire de brevet, obtenu sur le sol américain, pour exploiter en toute tranquillité le Voyage dans la Lune, et le manque à gagner est important. Les difficultés commencent : ne parvenant pas à rivaliser avec les grosses sociétés de production, Méliès perd le contrôle éditorial sur ses œuvres au profit de Pathé, qui devient dès 1911 distributeur officiel de Star Films. La femme de l’artiste décède deux ans plus tard. Devenu un simple cinéma, le théâtre Robert-Houdin doit fermer lors de l’entrée en guerre, en 1914, sur ordre préfectoral. Placé dans une situation financière extrêmement critique, Méliès monte, avec l’aide de sa famille, un théâtre, puis un cabaret d’opérette, dans sa propriété de Montreuil. L’aventure dure huit ans, de 1915 à 1923, avant qu’un créancier ne se présente. Pathé rachète la demeure, et tous les films disparaissent, vendus à des forains, ou détruits par Méliès, dans un acte de désespoir. On brûle les bobines pour en extraire l’argent, ou pour en faire du celluloïd, destiné à la confection de talonnettes, pour les Poilus. Ironie de l’Histoire : nous connaissons aujourd’hui les films de Méliès grâce aux copies piratées et aux contrefaçons yankees.
La banlieue entière s’est figée dans le décor préféré du film français. À Montreuil, le studio de Méliès a été démoli. Ainsi merveilles et plaisirs s’en vont, sans bruit, déclare mélancoliquement Maurice Pialat dans L’Amour existe, longue prose filmique autour de la banlieue parisienne. Ruiné, amer, Méliès épouse Jeanne d’Alcy (de son vrai nom Charlotte Faës), en 1925. Ensemble, le couple tient une boutique de confiseries et de jouets, gare Montparnasse, tout en recevant des chèques de Bernard Nathan . En 1929, le journaliste Léon Druhot le retrouve et le fait sortir de l’oubli. En 1932, Méliès et son épouse sont accueillis au château d’Orly, maison de retraite de la Mutuelle du cinéma. L’artiste meurt du cancer le 21 janvier 1938, à l’âge de soixante-seize ans. Il repose désormais avec sa femme dans la division 64, dans une tombe blanche portant la mention professionnelle « créateur du spectacle cinématographique », sous un buste signé Gavinelli. Située dans la division 64, non loin du mur de clôture Ouest du cimetière, régulièrement fleurie et ornée de vieilles pellicules, la sépulture figure sur le plan fourni à l’accueil.
Alchimiste de la lumière, pour reprendre les termes de Chaplin, Méliès aura donné son nom à plusieurs rues, à plusieurs établissements et à plusieurs cinémas (à Montreuil et à Toulouse notamment), fait l’objet de nombreux hommages et expositions, et inspiré le groupe électro Air . En leur temps, les surréalistes eux-mêmes ont contribué à découvrir, ou plutôt à redécouvrir, le travail de l’artiste. Fasciné, le réalisateur allemand Hans Richter (1888-1976), a ainsi grandement contribué à sortir Méliès de l’ombre. En février 1937 on projette à nouveau des films de Méliès dans diverses salles. Il est de plus en plus apprécié par la « nouvelle vague » d’alors et par les jeunes poètes. Le Festival est placé sous la présidence d’Edmond Jaloux et se tient à la brasserie Lux, rue de Rennes, près de la gare Montparnasse. Là, sur un papier à en-tête de la Brasserie, le dessinateur Gea Augsbourg brosse un croquis de Méliès, chapeau sur la tête. La feuille est bientôt couverte de signatures : André Breton, Paul Éluard, Maurice Fombeure, Louis Aragon… cet hommage spontané cause une grande joie à grand-père : se voir reconnu comme l’un des leurs par les surréalistes, quelle surprise à soixante-seize ans ! témoigne ainsi Madeleine Malthête-Méliès, dans le livre consacré à son père . De fait, l’univers onirique, décalé, expérimental, du magicien, ne pouvait que fasciner ces jeunes esprits enthousiastes, tournés vers le rêve, l’imaginaire. Bien que n’ayant évidemment jamais participé au mouvement, Méliès semble, indirectement, l’annoncer, et Breton évoque d’ailleurs son cinéma primitif dans une conférence prononcée le 2 mai 1938 à Mexico, quelques jours après la disparition de l’intéressé.

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MÉMOIRE DES POÈTES XV: ALAIN JOUFFROY (1928-2015), Cimetière du Père-Lachaise, division 49. (article publié dans « Diérèse » 70, printemps-été 2017)

 

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   Né à Paris, non loin du parc Montsouris, le 20 décembre 1928, Alain Jouffroy assiste, lors d’un voyage en Espagne en 1936, à la violence de la guerre civile, épisode qui le marquera fortement. Ayant commencé, très jeune, à écrire et à peindre, il croise par hasard André Breton en 1946 dans un hôtel finistérien d’Huelgoat, et devient membre du mouvement surréaliste. Il y fréquente notamment Victor Brauner (enterré au cimetière Montmartre), Stanislas Rodanski, Sarane Alexandrian (incinéré, et présent dans le columbarium, division 87), ainsi que Claude Tarnaud. Exclu deux ans plus tard, A. Jouffroy, qui a également côtoyé Henri Michaux et Francis Picabia, théorise la notion « d’individualisme idéologique », avant de se faire connaître en tant que critique, notamment à travers les revues L’œil et Arts, et d’épouser Manina (1918-2010), artiste vénitienne dont l’influence le marque fortement. Ayant rencontré notamment Marcel Duchamp, Daniel Pomereulle, Roberto Matta, Jouffroy refuse tout sectarisme politique, et, en compagnie de Jean-Jacques Lebel, introduit le pop art, ainsi que la Beat Generation, dans l’Hexagone, tout en se réconciliant avec Breton, jusqu’à produire la première anthologie de poésie surréaliste dans la collection NRF/Poésie Gallimard
L’homme, qui s’est remarié à Laetitia Ney d’Elchingen, descendante du poète franco-allemand Heinrich Heine (inhumé, comme V. Brauner, au cimetière Montmartre) participe activement à mai 68, déploie une intense activité de critique artistique, tout en « révélant » Michel Bulteau et Mathieu Messagier, auteur du célèbre Manifeste électrique aux paupières de jupe, et en fondant les Éditions étrangères, avec Christian Bourgois. La période est extrêmement féconde : Jouffroy publie des essais, comme Les Pré-voyants, (1974), mais aussi les aussi des poèmes, des manifestes politiques, et un intéressant roman autobiographique, avec Le roman vécu, paru en 1978. Il dirige parallèlement la revue XXème siècle, de 1974 à 1981.
Une nouvelle rupture créatrice se produit, après la séparation d’avec sa troisième femme, l’actrice Adriana Bodgan. Au début des années 80, Jouffroy s’intéresse effectivement à la civilisation d’Extrême-Orient, et, devenu conseiller culturel à l’ambassade de France à Tokyo, entre 1983 et 1985, organise les premiers sommets culturels franco-japonais, tout en se passionnant pour le bouddhisme zen. Il épouse la designer Fusako Hasae, puis, de retour en France, créée le Club, sorte de société informelle regroupant artistes et auteurs, en collaboration avec le philosophe Félix Guattari. Il y fait connaissance avec le peintre Christian Bouillé, et entame dès lors une œuvre plastique importante, les fameux Posages, aux confins du collage, et du montage. Influencé à la fois par Nietzsche, Rimbaud, et l’art nippon, auteur d’une centaine de livres tous extrêmement divers, Alain Jouffroy nous a quitté le 20 décembre 2015, et repose désormais sous une tombe fort sobre de la 49ème division. Mais laissons la parole au créateur, à travers ces quelques vers d’amour, intitulés « À toi », et dédiés à la plasticienne Manina, évoquée plus haut .

À toi la stupeur immobile de ma joie
Mon sourire de marbre blanc
Mon regard lavé dans la source du sous-bois
À toi mes mains de ville ouverte
À toi mes genoux d’écureuils
À toi ma voix la plus lointaine
À toi tout ce qui tisse nuit et jour à travers moi
À toi la lagune où nous nous sommes connus
À toi les revenants du soleil
À toi ces palais de lilas dans nos yeux
À toi tout ce qui est tout ce qui change
À toi
L’explosion de la perle au cœur de l’oiseau noir
Venise, 1954-1956

NB: Alain Jouffroy (1929-2015) : La tombe se situe donc dans la 49ème division, 2 lignes de tombes face à la 50ème division et 15 lignes face à la 45ème division.

SURRÉALISTES 1: MAURICE RAPIN

 

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« Composition surréalistes », 1958.

 

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« Façons d’agir ».

 

 

« SEMAINE SAINTE »

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  Dans Le dernier soupir du Maure, son autobiographie, Luis Buñuel évoque longuement son enfance à Saragosse, ainsi que sa rencontre avec Salvador Dali. À plusieurs reprises, le cinéastes parle également des processions de la semaine sainte, et de l’influence que cela devait avoir sur sa propre production. Chaque film, qu’il soit réalisé en France, au Mexique, ou dans son pays natal, contient effectivement un ou plusieurs roulements de tambour. Sombre, doloriste, peuplé de Christs tordus sur la croix et de squelettes enchâssés, le catholicisme espagnol ne pouvait, selon son propre aveu, que marquer l’esprit du jeune créateur. À titre privé, et bien que je ne l’aie jamais vue « en vrai », la marche solennelle des pénitents vêtus de San Benito m’a toujours frappé, comme une parfaite célébration de la mort, à l’instar de la corrida.

 

   … Notons que le rythme, au début de la vidéo, est le même que celui du générique, au début de Johnny s’en va-t-en guerre, film antimilitariste de l’Américain Dalton Trumbo (1905-1976), adapté de son propre roman (Johnny got his gun):

 

   Enfin, précisons, s’il le fallait, que ce blog est totalement laïc. Il ne s’agit ici que d’évoquer la culture d’un pays, et son influence.

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