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RENTRÉE LITTÉRAIRE: « LE FRANÇAIS » (JULIEN SUAUDEAU), éditions Robert Laffont

   Chers lecteurs,

   Comme chaque année, au mois de septembre, j’ai acheté le Magazine littéraire afin d’en savoir un peu plus sur la rentrée. Je me suis également fié à mes connaissances, à mes amis et à mon libraire habituel pour déterminer quels livres j’allais acheter, en essayant de ne pas me perdre dans une sorte de vertige consumériste livresque, et en essayant de valoriser la création nouvelle. Des proches m’ont passé Boussole de Mathias Énard, que je n’ai pas encore lu. J’ai, de mon côté, acquis 2084, où Boualem Sansal évoque l’islamisation en cours de son propre pays, l’Algérie, avant d’évoquer le même funeste phénomène en Europe, dans une sorte de vertige orwellien proche des prédictions de Houellebecq, mais avec un style radicalement différent. Troisième et dernier livre en ma possession, le bref mais incisif roman du jeune Julien Suaudeau, qui évoque une nouvelle fois la barbarie djihadiste. Vous me trouverez peut être islamo-obsédé. On est mauvais juge de soi-même. Je dirai simplement que les tensions internationales, et les risques propres à époque ne peuvent qu’imprégner le climat littéraire. Tout le monde semble un peu inquiet en ce moment. Mais je m’égare. D’un point de vue plus strictement littéraire, précisément, (car c’est là le sujet essentiel du moins en ce qui concerne ce blog), Le Français me paraît davantage évoquer le phénomène de démotivation d’une part de la jeunesse, l’éclatement des familles et l’anomie qui lui est consécutive, que le djihadisme en tant que tel. Anti-héros totalement athée et apolitique, le jeune narrateur de l’ouvrage glisse vers la violence armée par erreur, en quelque sorte, suite à un malentendu, un parcours de circonstances, à une longue errance géographique. Manquant de temps, je ne ferai pas d’article détaillé sur ce récit sombre et lucide. L’écriture en est brute, directe, avec quelques petites trouées poétiques. Ci-dessous, deux citations:

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   J’ai ouvert la fenêtre. Un petit avion agricole volait très bas au-dessus du plateau. La blancheur du ciel m’a fait mal aux yeux, et au même moment quelque chose s’est défait en moi. J’avais perdu mon endurance et ma patience: c’était comme si quelqu’un était mort, comme si je n’était plus d’ici. En regardant l’horizon blême, ratatiné par l’hiver, j’ai compris que je ne saurais plus jamais me contenter d’aussi peu. (p. 46)

   Les joues de Stéphanie étaient roses d’impatience quand elle a ouvert, et leur baiser a duré plus longtemps que le nôtre l’autre soir au café. Elle portait un jean bleu délavé et le même pull échancré que dans le bus. Le copain du fils Bianconi lui a mis la main entre les cuisses, le vent m’a ramené le rire étouffé de Stéphanie dans le cou de son amant, et la porte s’est refermée sur eux. Tout ce qui était encore vivant en moi s’est envolé à ce moment-là. Si quelqu’un était passé dans la rue, il n’aurait vu que le vent, le béton de notre ville et le ciel tout blanc au-dessus du plateau comme un grand drap tiré sur nos malheurs.  (p. 50)

Un article consacré au livre, sur le site Quatre sans quatre (cliquer sur le lien)

N.B.: N’hésitez pas à me faire part de vos découvertes de la rentrée, soit par commentaire ci-dessous, soit à mon adresse mail (etienne.ferdinand@yahoo.fr). « Page paysage » est aussi un lieu de dialogue.

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