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ÉVÉNEMENTIEL DE DÉCEMBRE 2018

Chers lecteurs,

21/06/1991. STUDIO: CLAUDE COURTOT, ECRIVAIN

   Le jeudi 13 décembre, un hommage sera rendu au surréaliste Claude Courtot à la librairie « Les éditeurs associés », dans le VIème arrondissement de Paris (11 rue Médicis). Tout est indiqué ci-dessous. Retrouvez également ma biographie de l’écrivain. Membre de l’association des amis de Benjamin Peret, je serai naturellement présent (pour me contacter er10@tutanota.com)

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Le samedi 15 décembre, je serai à Meaux, en compagnie de mes amis Pascal Mora et Claudine Sigler, afin de lire des textes.

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« TANT À L’ÉTOILE QU’AU COMPAS » (Hommage à Claude Courtot), par Jean-Claude Silbermann.

   Nous reproduisons ci-dessous un texte de Jean-Claude Silbermann, qui fut l’ami de Claude Courtot, récemment disparu, et inhumé au Père-Lachaise, comme nous l’avons signalé dans un précédent billet. L’hommage à d’abord été publié sur le blog de Daniel Martinez, créateur et rédacteur en chef de la revue Diérèse, dans laquelle nous intervenons régulièrement:

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Illustration de couverture: Jean-Claude Silbermann.

   Le Claude Courtot vient d’appareiller. Il s’éloigne de la côte toutes voiles déployées. Il mouillera au large, car il est aujourd’hui interdit d’accoster à la voile dans les ports — et l’élégance de sa coque et de ses œuvres vives exclut qu’il puisse être doté d’un de ces moteurs auxiliaires qui carburent à l’au-delà. C’est un trois-mâts : sur le mât de misaine est gravé au couteau le mot « liberté », sur le grand mât amour, et sur le mât d’artimon « poésie ». Ce n’est pas un corsaire accrédité par le roi, ni un pirate exclusivement préoccupé de rapines, — et ce n’est pas davantage un yacht de milliardaire. Il navigue de lui-même le Claude Courtot : ordres et injonctions lui viennent de la vague profonde de la mer. Il aime le vent et du vent se moque et le défie. Il lui est arrivé d’aborder aussi bien dans une baie introuvable du fleuve Amazone que sur les quais de Rome où, comme chacun sait, les bars à matelots autour de la fontaine de Trévise précipitent le jour dans la nuit et la nuit dans le jour.
Des hommes de pont aux maîtres voiliers et aux timoniers qui maintiennent le cap et se relaient, il est servi par un équipage nombreux mais sans commandant ni capitaine. André B. est préposé au traçage des routes de navigation, Alphonse de C., Jean-Jacques R., Robert S., ou encore Victor S. et Hubert R… sont maîtres de voiles (un grand bâtiment comme celui-ci demande un équipage choisi et compétent) ; Jean S. en est le bosco (ou maître de manœuvre) ; Benjamin Perret est à la barre, il assure presque toujours le quart de nuit, relayé parfois par Arthur Rimbaud et par Gérard de Nerval ; Jean B., Jorge C., Jean-Marc D., Jérôme D., Gilles G., Gérard R., moi-même et bien d’autres sans doute, en sont les gabiers préposés aux manœuvres de la toile et des ancres et à l’entretien des gréements.
Les ordres et messages venus du fond imposent des parcours inavouables et des chemins impratiqués. Ce qui motive ces directives est obscur et ne se réduit pas au goût de l’aventure, ni même à la simple fonction navigatrice propre à ce type de bâtiment. On pourrait croire que seul le caprice des profondeurs dirige ses appareillages. Mais qu‘elle est l’origine ou la raison d’être d’un tel caprice ? Cette très ancienne vague est issue, il me semble, du grand désir : celui qui conduit la nature, qui jaillit de la mort, qui émerge du néant originel. Ainsi, les bouleversantes demoiselles de hasard gouvernent, pour une part, le Claude Courtot. Elles nagent nues devant sa proue et basculent derrière l’horizon, ou bien elles grimpent dans ses vergues, se faufilent sans pudeur dans son gréement et sont saisies par les nuages au sommet de ses mâts. Pour le reste, pour tout le reste, n’oublions pas que lorsque le caprice se fait nécessité le Claude Courtot est aussi un navire de bataille. Soutenue par son équipage, sa manœuvre, tant à l’étoile qu’au compas, sa manœuvre violente, est dictée par le combat qu’il mène contre tout ce qui, au nom du profit, au nom des honneurs, au nom de Dieu et de l’ordre, ou simplement par résignation, domine les mers presque sans partage aujourd’hui pour faire échec à la liberté, à l’amour, à la poésie.

Le texte de Jean-Claude Silbermann sur le blog de Daniel Martinez

Notre notice nécrologique autour de Claude Courtot.

 

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