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Archives de Catégorie: Sanda Paul

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ÉVÉNEMENTIEL D’AVRIL 2018

 

salon du livre de paris

De gauche à droite: Cristina Hermeziu, Diana Adamek, Maria Iaroslavchi, Irina Theodorescu, Isabelle Lagrange, et Etienne Ruhaud.

Chers amis,

  Ouvrons le mois d’avril, non avec un poisson, non avec un Kinder Surprise, mais bien avec cette photo, souvenir d’une émouvante rencontre au Salon du Livre de Paris, le 17 mars, au pavillon de la Roumanie. Bien qu’arrivé légèrement en retard suite à des problèmes de transport, j’ai pu présenter La douce histoire du triste éléphant, roman publié par les soins de notre ami Paul Sanda et de sa compagne Rafael de Surtis. Un très beau moment. Et sinon…

silene edgard

   Silène, dont nous avons déjà parlé sur le blog, dédicacera ses livres, parmi lesquels Moana et 14-14 (éditions Bragelonne), le 4 avril à la librairie ‘Jeux Lis là’ en compagnie d’Aude Marzin (17 rue du Champ de Mars, 75007 PARIS, 01 44 18 38 77). Pour des raisons professionnelles, je ne pourrai peut-être être pas venir, hélas.

montebello 3

  Le 6 avril, cette fois, de 18 heures à 21 heurs, Patrick Frêche et son équipe reçoivent Denis Montebello à la Librairie du Rivage (62 boulevard Aristide Briand, 17200 ROYAN), pour une rencontre et d’âpres ou aimables conversations autour de Ce vide lui blesse la vue (éditions La Mèche lent,) & Comment écrire un livre qui fait du bien (éditions Le temps qu’il fait). Nous reparlerons très rapidement de Denis, à travers deux articles. Pour le découvrir, ou le redécouvrir:

Une présentation du blog de Denis Montebello

Un entretien avec Denis Montebello autour de Pétrarque

« La nouvelle austrasie », un texte de Denis Montebello.

Un article autour de « La maison de la gaieté », paru dans « Diérèse » 69.

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   Comme indiqué ci-dessus, le traditionnel « Café-poésie » de Meaux, animé par Pascal Mora, se tiendra le samedi 21 avril.

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   Le mardi 24 avril, à partir de 19h15, l’association « Le Capital des Mots » (du nom éponyme de la revue en ligne), dirigée par le poète Eric Dubois, la poétesse Mélodie Quercron et la chanteuse Marie Volta, dont le but est de promouvoir la poésie et les écritures contemporaines dans les médias, le web, les bibliothèques et les librairies etc. explorera le thème suivant « Poésie, Musique & Chanson ».
Avec Marie Volta, Pascal Hermouet, Eric Dubois, Pierre Kobel, Mélodie Quercron, Odile Loiret-Caille, Miguel Coelho pianiste, musicien et poète, Claire Kalfon (sous réserve), Fabienne Alliot ( sous réserve) , Françoise Geier, Murielle Compère-Demarcy, Laurence Bouvet, Etienne Ruhaud (moi-même, donc), Manuel Renaud, et l’artiste (dessinateur) et auteur (chansons et récits) invité Jean-Louis Guitard, ainsi que d’autres surprises.
Des textes de la poétesse et peintre Catherine Andrieu seront aussi lus.

  Rendez-vous donc à l’Entrepôt, 7 rue de Pressensé, 75014 PARIS, métro Pernéty.

Le site de l’Entrepôt

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   Animé par Marc-Louis Questin, alias Lord Mandrake, le Cénacle du Cygne, qui regroupe peintres, poètes, cinéastes, danseurs et farfelus, se tiendra le jeudi 26 avril à partir de 20h30 au bar « La Cantada II », 13 rue Moret, 75011 PARIS (métro Ménilmontant).

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   Enfin, le samedi 28 avril, à partir de 17h 30, notre ami Alexis Denuy, fidèle du Cénacle, viendra parler des aquarelles du chanteur Francis Lalanne, qui sera présent. On prévoit de nombreuses performances jusqu’à minuit. Rendez-vous cette fois au Théâtre de Verre, 12 rue Henri Ribière, 75019 PARIS, métro Place des Fêtes (ligne 11)

Le site du Théâtre de Verre.

 

 

 

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MÉMOIRE DES POÈTES XXIV: SARANE ALEXANDRIAN (1927-2009) ET MADELEINE NOVARINA (1923-1991), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 87, COLUMBARIUM, case 40048 (article à paraître dans « Diérèse » 73, été 2018)

DIVISION 87 (pour la description de l’ensemble crématorium-columbarium, nous renvoyons le lecteur à notre article autour de Max Ernst)

Notre article sur Max Ernst (cliquer sur le lien)

Sarane Alexandrian (1927-2009) et Madeleine Novarina (1923-1991) -case 40048-

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Photographie de Pierre-Yves Beaudouin

   Surnommé « Sarane » par sa nourrice indienne, Lucien Alexandrian est né à Bagdad le 15 juin 1927 d’une mère française et d’un père arménien, stomatologue du roi Fayçal Ibn Hussein. Maîtrisant à la foi l’arabe, l’arménien, le turc et le français, l’enfant arrive très jeune à Paris, chez sa grand-mère, pour soigner une poliomyélite. Là, il suit les cours du lycée Condorcet mais termine sa scolarité à Limoges, avant de rejoindre le maquis. Engagé dans la Résistance, il rencontre l’exubérant dadaïste autrichien Raoul Hausmann (1886-1971). Très proche d’André Breton dès son retour à Paris, Sarane Alexandrian, qui obtient son baccalauréat en philosophie en 1946, suit des études d’art à l’école du Louvre, et se voit confier le secrétariat de la revue Cause, en compagnie de l’Égyptien Georges Henein (1914-1973), et d’Henri Pastoureau (1912-1996, père du médiéviste Michel Pastoureau). Tous trois sont chargés de répondre aux demandes d’adhésion de surréalistes venus du monde entier, puisque le mouvement s’est internationalisé. En 1948, après avoir quitté le groupe suite à l’exclusion de Roberto Matta, S. Alexandrian cofonde Néon, périodique qui connaît cinq numéros, et qui se veut le manifeste du « Contre-groupe H ». En rupture avec l’orthodoxie de Breton, cette nouvelle tendance associe essentiellement la jeune garde, avec notamment Claude Tarnaud, Stanislas Rodanski, Alain Jouffroy (1927-2013, inhumé dans la division 49 et précédemment évoqué Notre article sur Alain Jouffroy (cliquer sur le lien)), Jindrich Heisler (inhumé au cimetière de Pantin. Sa tombe a disparu), ou encore Jean-Dominique Rey. Citons également Madeleine Novarina, que Sarane Alexandrian épouse en juillet 1959, et qui restera à ses côtés jusque dans la tombe. Désirant se détacher de l’abstraction, pour en revenir au sensible, le contre-groupe H puise essentiellement son inspiration dans le vécu. En outre S. Alexandrian dissocie nettement poésie et politique, et se défie notamment de l’engagement très fort du groupe surréaliste belge auprès du parti communiste : La révolution poétique et la révolution politique n’ont rien à faire ensemble. Elles n’ont pas les mêmes objectifs ni les mêmes moyens, elles n’intéressent pas le même public et ne mobilisent pas les mêmes acteurs. La première est supérieure à l’autre, intellectuellement, et ne saurait sans déchoir se mettre sous sa dépendance déclare-t-il ainsi dans Le Spectre du langage (manuscrit demeuré inédit), ou encore Ce ne sont pas aux poètes de s’engager dans la politique, ce sont aux politiciens de s’engager dans la poésie. Poursuivant sensiblement le même objectif, le groupe « Infini » lui succède de 1949 à 1966. Le « grand Cri-Chant du rêve », comme le surnomme Victor Brauner (1902-1966, inhumé au cimetière de Montmartre), ne remettra cependant jamais en cause son amitié et son admiration pour Breton, auquel il consacre d’ailleurs un ouvrage brillant, André Breton par lui-même (éditions du Seuil, 1971): Auprès de lui, on apprenait le savoir-vivre des poètes, dont l’article essentiel est un savoir-aimer… On l’admirait pour la dignité de son comportement d’écrivain, ne songeant ni aux prix, ni aux décorations, ni aux académies.

 

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Sarane Alexandrian

   Lecteur acharné, travailleur infatigable, esprit toujours curieux, Sarane Alexandrian poursuit une œuvre abondante, diversifiée, tant dans le champ théorique que dans le champ littéraire pur. Outre sa célèbre trilogie consacrée aux pouvoirs de l’imagination et de l’intuition (Le Surréalisme et le rêve, Le Socialisme romantique et L’Histoire de la philosophie occulte), l’auteur, qui signe de nombreux articles dans L’Oeil ou L’Express, publie de nombreux contes, petits bijoux hypnotiques, oniriques, dont certains ont été regroupés par Paul Sanda, dans L’impossible est un jeu (éditions Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2012). Citons notamment « L’enlèvement de la Joconde », où les protagonistes masculins du Louvre (le Condottiere, mais aussi les esclaves de Michel-Ange), sortent de leurs cadres, descendent de leur piédestal, pour devenir réels, une fois la nuit tombée, et tenter de ravir la belle Monna Lisa. Illustré par Jacques Hérold (1910-1987, inhumé au cimetière de Montparnasse), S. Alexandrian atteint probablement le sommet de son art romanesque à travers Les Terres fortunées du songe, une de ses aventures mentales (sic), monument de prose surréaliste, inclassable, mêlant poésie et narration, paru en 1980. Érotologue invétéré, il publie en outre nombre d’essais autour de la magie sexuelle, tel l’Histoire de la littérature érotique (Seghers, 1983), ou Le Doctrinal des jouissances amoureuses (Filipacchi, 1997). Enfin on lui doit de nombreuses monographies d’artistes, parmi lesquels bien des surréalistes, tel Jacques Hérold, cité plus haut, mais aussi Salvador Dali, les Allemands Hans Bellmer (cf. notre article sur Hans Bellmer (cliquer sur le lien)) Max Ernst (cf. le lien sur notre notice plus haut), dont nous avons parlé dans Diérèse, Jean Hélion ou encore sa propre épouse, Madeleine Novarina. Dernier volume paru, Les Peintres surréalistes (Hanna Graham, New-York-Paris, 2009) semble couronner ces années de réflexion, faire la synthèse. Influencé par des maîtres aussi différents que l’humaniste Cornélius Agrippa, André Breton, Aleister Crowley, ou Charles Fourier (1772-1837, inhumé au cimetière de Montmartre), Sarane Alexandrian aura joué un rôle phare dans l’évolution de la pensée surréaliste, notamment à travers Supérieur inconnu, revue d’avant-garde qui compte trente numéros, parus entre 1995 et 2011. Parmi les contributeurs, citons notamment Christophe Dauphin, qui a entre autres consacré une magnifique biographie à l’intéressé : Sarane Alexandrian ou le défi de l’imaginaire (L’Âge d’homme, Paris, 2006). Mort à Ivry, comme Antonin Artaud, le 11 septembre 2011, des suites d’une leucémie, Sarane Alexandrian lègue ses biens à la Société des Gens de Lettres en souhaitant que celle-ci encourage la création en aidant financièrement un auteur, le directeur d’une troupe de théâtre ou l’animateur d’une revue particulièrement méritant. D’un montant de 10 000 euros, la bourse Sarane Alexandrian a donc été fondée en ce sens.

 

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Dans L’aventure en soi (Mercure de France, 1990), récit autobiographique, Sarane Alexandrian mentionne longuement la femme de sa vie, prématurément décédée en 1991, à l’âge de soixante-sept ans. Tante de l’écrivain Valère Novarina, sœur de l’architecte Maurice Novarina, Madeleine Novarina naît le 28 novembre 1923 à Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, au sein d’une fratrie de neuf enfants, et grandit au 2 place des Arts. Entrepreneur en bâtiment, son père, Joseph, refuse de la laisser intégrer l’école des Beaux-Arts. C’est donc auprès de son cousin, le peintre Constant Rey-Millet (1905-1959), qui lui-même admire ses gouaches fantastiques, que Madeleine effectue son apprentissage. Ayant pris une part active à la Résistance, elle est arrêtée avec sa sœur en juillet 1943, et interrogée par la Gestapo. L’officier SS, qui qualifie alors sa création « d’art dégénéré », décide de la faire déporter au camp de concentration de Ravensbrück. La jeune artiste est sauvée in extremis par son amant, l’avocat Marcel Cinquin, sous réserve qu’elle quitte Lyon définitivement. Arrivée à Paris, elle se lie d’amitié avec Victor Brauner dès mars 1946, et expose au premier Salon des Surindépendants. Là, Breton la remarque, et l’invite à participer aux réunions du groupe, le lundi au Café de la Place Blanche et le jeudi aux Deux-Magots, à Saint-Germain-des-Prés. En 1950, âgée de vingt-sept ans, elle fait un mariage malheureux avec un architecte de l’atelier Zavaroni, et peint alors une série de toiles sadomasochistes qu’elle détruira ultérieurement. Appréciée par Hans Bellmer, Benjamin Péret puis par Max Ernst, Dorothea Tanning, Yves Tanguy et Key Sage, elle fait la connaissance de Sarane Alexandrian en novembre 1954. Ils se marient fin juillet 1959.
Ayant obtenu une commande grâce à son frère Maurice, qui travaille alors pour les bâtiments civils, Madeleine Novarina réalise d’abord une mosaïque dans un immeuble d’Auguste Perret, au 52 rue Raynouard, derrière la maison de Balzac, puis seize vitraux en un style résolument moderne pour les églises de Vieugy et Marignier, en Haute-Savoie. D’autres commandes affluent, notamment pour les vitraux de l’église Notre-Dame-de-la-Paix à Villeparisis, en Seine-et-Marne, de la basilique Saint-François-de-Sales à Thonon-les-Bains et de la chapelle funéraire de l’église Saint-Maurice, à Annecy. Une rupture se produit alors, à travers les Patchworks, où se mêlent calligraphie, figuration et abstraction, à travers des scènes imaginaires surprenantes, avec diverses créatures apparaissant sur fond géométrique.
Ce travail se poursuit jusqu’en 1971. À l’été 1972, très affaiblie par une tumeur maligne, Madeleine Novarina doit mettre entre parenthèses ses grandes réalisations pour ne plus réaliser que des dessins automatiques à l’encre de chine, sortes de paysages intérieurs, pour reprendre les termes de son époux. C’est la troisième période de son art, plus intimiste, après les gouaches surréalistes de sa jeunesse, puis les travaux monumentaux. La maladie évolue lentement. Tombée dans le coma le 2 novembre 1991, Madeleine Novarina meurt prématurément deux jours plus tard. Pour finir, citons ces quelques vers, qui rappellent furieusement Henri Michaux:

Encore la corvée du ménage

Je tambouillonne

Tu m’écirages

Elle vaissellise

Nous surrécurons

Vous empailledeferisez

Ils mirauzenzimisent

 

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« Amoureuse arrivant sur un pas de danse », Madeleine Novarina, 1965.

Un site sur Sarane Alexandrian

Un site sur Madeleine Novarina (cliquer sur le lien)

 

« GENGIS JOBS », JEAN-MARC PROUST, éditions Rafael de Surtis, 2017 (article à paraître dans « Diérèse » 72, printemps 2018).

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   Rapprocher Gengis Khan (1155-1227) de Steve Jobs (1955-2011) peut apparaître sinon délirant, du moins singulier. Quels rapports entretiennent effectivement un chef de guerre mongol du XIIème-XIIIème siècle, et le fondateur d’Apple, sinon leur réputation universelle ? Le titre programmatique du nouveau livre de Jean-Marc Proust, une nouvelle fois publié par Paul Sanda et les éditions Rafael de Surtis, a de quoi surprendre. Quelle identité attribuer à ce « Gengis Jobs » ? Et comment confondre, ou du moins associer, la figure d’un informaticien brillant, et celle d’un guerrier pour le moins sanguinaire, bien que révéré dans son pays d’origine ?
La postface nous apporte quelques éléments de réponse. Le collage, selon Jean-Marc Proust, n’est pas surréaliste mais critique, déclare effectivement François Huglo, soulignant ainsi la dimension éminemment politique d’un tel ouvrage. D’une part, Gengis Khan, qui a mené bataille depuis la Chine jusqu’aux portes de l’Europe apparaît comme un des premiers agents de la mondialisation. D’autre part, Steve Jobs demeure marqué par l’esprit new age, hippie, d’essence orientale, de celui qui, par son idéologie libertaire, a aboli les frontières, et a servi de caution morale au libéralisme, dans sa phase actuelle, pour reprendre les idées de Michel Clouscard. Enfin, chacun à leur manière, Gengis Khan et Steve Jobs sont des meurtriers. D’un côté, le despote mongol a massacré des millions de personnes, et anéanti de nombreuses cités, dont la brillante Ispahan. D’autre part, Jobs, rebelle (…) devenu homme d’affaire, pour reprendre les termes de Proust, est aussi un tueur économique de masse, et, indirectement, un destructeur, sur le plan strictement écologique.
La forme même du livre a de quoi déconcerter le lecteur rationnel. Le destin des deux personnages est au départ mêlé, à travers des paragraphes séparés, avant d’être clairement dissocié en différents chapitres, numérotés en chiffres romains, de I à XXVII, pour mieux nous rappeler qu’il s’agit là d’une épopée, ou plutôt de deux épopées n’en formant qu’une : celle, sanglante, du « loup bleu », et l’autre, sorte de success story financière. On songe évidemment aux procédés du cut up, à la poésie objectiviste d’Outre-Atlantique, par essence marxiste. À la manière de Charles Reznikoff, ou de George Oppen, J.M. Proust mêle en effet chiffres concrets, statistiques, faits historiques et dates, tout en soulignant certains mots en capitales, en jouant sur la typographie : Jobs humilie ses collaborateurs et ses lubies entraînent un surcoût et des retards. NeXT DANS LE MUR. PEROT INVESTIT 20 MILLIONS DE DOLLARS (page 42). La froideur du ton, l’absence délibérée de lyrisme placent définitivement J.M. Proust, que nous avons évoqué à travers un précédent numéro , dans une filiation venue d’outre-Atlantique. Par-delà l’actuelle vogue du haïku, et au rebours d’une tendance assez romantique, sinon spirituelle, dans le champ poétique d’aujourd’hui, J.M. Proust choisit définitivement le réel. Une démarche originale.

 

LA DOUCE HISTOIRE DU TRISTE ÉLÉPHANT, DIANA ADAMEK, éditions Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2017 (article à paraître dans « Diérèse » 72, automne-hiver 2017).

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Qualifié de « roman baroque » sur le quatrième de couverture, le livre a de quoi surprendre. Nous sommes au XVIème siècle, en Transylvanie : fille d’un aubergiste polonais, Amanda se laisse séduire par le mystérieux Amadeus, qui lui donne un fils nommé Rodolphe, et surnommé Roro. L’enfant, dont le corps se couvre de croûtes et de rugosités, prend progressivement l’apparence d’un éléphant, se trouve rejeté, mais apprend la pâtisserie, dans laquelle il excelle. Suite à diverses péripéties et tribulations, l’homme-éléphant, à l’instar de John Merrick , se prétend knèze (soit aristocrate de rang élevé), et se retrouve à la Cour de Vienne. Il y fabrique des gâteaux, tout en se liant d’amitié au prince Rodolphe et à sa famille. Plusieurs figures historiques, dont celle du peintre des Saisons Arcimboldo, peuplent l’histoire. Faits réels et imaginaires, tel ce mystérieux tremblement de terre, se mêlent également et se confondent. L’intrigue mène nos héros sur la péninsule ibérique, où la guerre fait rage.
Publié, une nouvelle fois, par Paul Sanda et Rafael de Surtis, le livre possède tous les aspects d’une sorte de long conte surréaliste, assez épais, une sorte d’intrigue magique, écrite dans une langue imagée, magnifique, admirablement traduite du roumain par Rodica Baconsky et Alina Pelea. Professeure de littérature comparée à l’université de Cluj-Napoca, essayiste, récompensée par plusieurs prix littéraires, Diana Adamek a su construire ici une étrange épopée, qui n’est pas sans rappeler, parfois, le style pour le moins singulier de l’écrivain japonais Kōbō Abe (1924-1993), notamment lorsque Roro découvre une espèce de désert à l’intérieur de la capitale autrichienne (on songe à La femme des sables). De manière aussi inattendue que tout a commencé, vient ensuite le silence. Le désert s’ébranle sous l’emprise d’une dernière secousse de ses entrailles, puis il se détend, mais, dans ses replis de poussière, il y a maintenant de tout, des feuilles, des pierres, des racines (page 228). On pourrait également parler de « récit poétique », au sens où l’entend Jean-Yves Tadié, tant finalement le lyrisme semble prendre le « pas » sur l’action proprement dite. Paysages, dates, lieux authentiques et fantasmés se croisent sous la plume de l’auteur, des Carpates au Portugal, en passant par l’Europe centrale, comme un long voyage mélancolique à travers le temps et les rêves.

BASKINE PAR PAUL SANDA, CONFÉRENCE COMPLÈTE

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« Licorne », Maurice Baskine

Dans un précédent article, nous évoquions la conférence qu’a donnée Paul Sanda, poète et directeur des éditions Rafaël de Surtis, autour de Maurice Baskine, peintre surréaliste. Les lecteurs attentifs et les amateurs d’alchimie trouveront ici l’intervention dans sa totalité.

 

 

 

BASKINE À CORDES

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   Le peintre surréaliste franco-ukrainien Maurice Baskine (1901-1968), dont je parlerai plus en détail dans un prochain « Tombeau des poètes », a fait l’objet d’une rétrospective au musée d’art de Cordes-sur-Ciel, dans le Tarn. Alchimiste, écrivain, et éditeur, avec sa compagne Rafael de Surtis, Paul Sanda (qui a publié mes Petites fables en 2009), évoque la figure de cet artiste injustement méconnu.

 

ÉVÈNEMENTIEL DU MOIS DE JUILLET

   … Cet évènementiel intervient relativement tard (nous sommes déjà le 7). Les vacances ont commencé, et de fait l’activité littéraire tourne au ralenti. Signalons malgré tout quelques beaux évènements, et quelques livres intéressants:

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  Signalons tout d’abord le magnifique festival international de poésie actuelle, 8ème du nom, organisé à la médiathèque du Pays Cordais par notre ami Paul Sanda, animateur des éditions Rafaël de Surtis et de la maison des surréalistes, à Cordes-sur-Ciel, petite ville magnifique du Tarn. Organisé directement à la médiathèque, donc, l’évènement se déroulera… cette semaine, à partir de vendredi. Notons la présence de Bruno Geneste, entre autres, co-auteur du magnifique « guide » littéraire (avec Paul Sanda), Les Surréalistes et la Bretagne. Je ne pourrai être présent, mais je pense que mes rares lecteurs du Midi-Pyrénées qui le peuvent devraient y faire un tour, d’autant que le lieu est, je me répète, magnifique. Ci-dessous la présentation laissée par la mairie. Toutes les informations sont disponibles sur le site:

   Organisé par la Médiathèque du Pays Cordais et La Maison des Surréalistes ce festival a su créer au fil du temps un véritable engouement pour la poésie contemporaine.  En réunissant, en milieu rural, pour la 8ème année,  des auteurs renommés et un public d’amateur ou de découvreur, il prouve que la poésie actuelle est accessible à tous.

Site de la mairie (cliquer sur le lien)

     … Pour rester dans le champ du surréalisme, signalons, cette fois dans la Belle-Province, la parution en juin de la revue La vertèbre et le rossignol. Animé par David Nadeau, le périodique est disponible en France, pour la modique somme de 9,97 euros. Poète, performeur, David, dont je reproduit ci-dessous une partie du mail, nous donne toutes les indications nécessaires pour se la procurer.

 la vertèbre et le rossignol
Bonjour Étienne,
   Voici deux annonces d’événements que je propose pour votre blog.

  D’abord, le quatrième numéro de la revue La vertèbre et le rossignol, à la rencontre du surréalisme, de la ‘Pataphysique et de la création underground, a été publié en juin. Pour ce numéro spécial sur l’Épreuve périlleuse,il a été proposé aux participants d’explorer les pulsions destructrices, le côté sombre de l’esprit, et la possibilité de surmonter la souffrance, voire même de la transformer, avec l’aide magique de la poésie. Le venin étant son propre antidote.

Avec des participations de Marie-Claire, Pascale Dubé, David Nadeau, Crl Lampron, Sien-Sébastien Bouchard, Coroner Paradis, Chanterel Gagnon, Allex Bel, La vertèbre et le rossignol, Siri Tobahc, Suzanne et Sylvain, Suzanne Labrie, Gilles Latour. J Karl Bogartte, Guy Ducornet, Evi Moechel, Tim White, Andrew Mendez, Janice Hathaway Stephen Kirin, Singwan Chong Li, Tunç Gençer, Ody Saban, Jon Graham, Jean-Pierre Paraggio, Raman Rao, Rik Lina, Paul Cowdell, Craig S Wilson, Alex Januario, Patrick Lepetit, Verónica Cabanillas Samaniego, Amirah Gazel, David Coulter, Casi Cline, Michael Vandelaar, Byron Baker, Steven Cline, Device Scribbles – Afterburn, John Welson, Gabriel Lalonde, Bruno Montpied, Richard Misiano-Genovese, Peter Dube, Merl Fluin, Valery Oisteanu, Paul Mc Randle, Allan Graubard, Rodrigo Verdugo, Alejandro Puga, Tania Lorandi et Gleason Théberge.
En annexe, le chapitre 16 du roman
The Novel of the Tupinamba Indian, d’Eugenio Granell, traduit par David Coulter, évoque l’épreuve périlleuse de la guerre civile espagnole.

La version papier est disponible sur le site internet de POD lulu.com :
www.lulu.com/shop/http://www.lulu.com/shop/la-vert%C3%A8bre-et-le-rossignol/l%C3%A9preuve-p%C3%A9rilleuse/paperback/product-22773931.html

  … Le deuxième évènement dont parle David dans le mail sera annoncé début juin, et concernera les Québécois, peuple de poètes qui m’a généreusement accueilli, il y a maintenant quatre ans, lors du festival international de poésie de Trois-Rivères.

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   François Bon interviendra à La Baule, chapelle Sainte-Anne (Place du Maréchal Leclerc, 44500 LA BAULE), à l’occasion du festival « Écrivains en bord de mer », qui se tiendra du 13 au 17 février, avec de nombreuses figures de la vie littéraire actuelle, comme Mathias Énard, Yves Arcaix, Christian Garcin et tant d’autres. Si vous êtes dans le coin, pour faire du naturisme ou autre, n’hésitez donc pas à écouter François Bon déclamer du Lovecraft (dans sa propre, et excellente, traduction), le vendredi 15 à 15h30. Une rencontre croisée avec Martin Page est également prévue à 17h30 le lendemain, soit le samedi 17h30, dans le même lieu.

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Programme du festival « Ecrivains en bords de mer » de La Baule

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   Dans un tout autre genre, signalons la sortie du nouvelle érotique, produite par un lecteur fidèle du blog, animateur du blog « L’autobus » et du fanzine du même nom, et dont j’ai déjà évoqué ici même. Je veux parler évidemment de Fabrice Marzuolo, qui nous gratifie donc d’un texte humoristique et trash, dans la veine habituelle, celle introduite, si j’ose dire, par son dernier recueil, Le zizi confetti. Ce bref conte pour majeurs est disponible depuis début juin en numérique sur les sites d’Amazon, de la Fnac, etc. Vous pouvez également commander la version papier, par la Poste, sur le site même de l’éditeur. Je joins un bref extrait:

Site des éditions « Sous la cape » (suivez le lien)

Plus de 18 ans. Fantasmer sur sa supérieure hiérarchique quand on est simple bibliothécaire, au bas de l’échelle (un point de vue épatant sur les sous-vêtements féminins, selon l’auteur), peut avoir de lourdes conséquences sur sa progression de carrière.

Extrait

   Je travaillais dans une bibliothèque, au bas de l’échelle, l’endroit idéal pour mater les petites culottes des filles. Même qu’une fois, je n’avais pas pu voir celle de Liliane, la responsable du service. Je n’avais pas pu voir sa petite culotte car tout simplement, cette journée-là, elle n’en portait pas! Ça m’avait tellement émoustillé que j’avais dû courir illico dans les toilettes. Je ne sais toujours pas si j’avais vraiment vu ce qui m’avait excité à ce point ou si c’était mon imagination surchauffée qui avait altéré ma vision et fait déborder ma cafetière J’avais atteint les cabinets, in extremis…

   radière

   … Dans un tout autre style, signalons la parution, en juin, du roman Copies du poète Thierry Radière, professeur d’anglais en Vendée, auteur de plusieurs recueils sensibles et directs, dont j’aurai peut être l’occasion de reparler ici même. Je n’ai pas encore lu son dernier livre, car je croule sous les ouvrages, comme toujours. Je vous donne néanmoins le résumé que je n’ai pas écrit, ainsi que deux extraits, envoyés par l’intéressé, à ma demande. L’éditeur Jacques Flament ne disposant pas encore de réseau de distribution, il faut une nouvelle fois commander l’ouvrage en passant directement par le site. Vous trouverez donc les liens nécessaires en bas de page, ainsi qu’une présentation de l’écrivain, et un article paru dans La cause littéraire. Bonne vacances à vous, et bon courage à ceux qui travaillent!

   « Lequel de l’amour ou de la littérature contamine l’autre ? C’est la question que se pose le narrateur – prof et correcteur de copies de bac de français – de cette longue rêverie.
   Tiraillé entre son côté très cérébral, ses réflexions sur son métier d’enseignant et son désir charnel, il se rend compte que la mémoire et les souvenirs – thèmes sur lesquels les candidats ont planché – sont des sujets trop difficiles pour des adolescents. Ce n’est qu’à la fin de son travail que lui-même parvient un peu mieux à cerner la question et à comprendre qui il est vraiment.
   Copies est une invitation poétique à parcourir les méandres de l’esprit contrarié d’un correcteur de copies à la tâche – perfectionniste, soucieux de bien faire et follement attaché aux détails littéraires – et à visiter le cœur d’un homme amoureux qui découvre et analyse l’amour comme une œuvre artistique à part entière. »
   « Peut-être attend-on trop de l’amour quand on a vingt ans ? Peut-être cette attente fébrile pourrit-elle le sentiment ? Je suis d’accord avec Françoise. L’amour est fait pour être vécu, mais certainement pas pour apporter un plus imaginaire – et qu’on aurait soi-même du mal à définir – à notre routine d’être humain davantage attiré par la perfection et la satisfaction éternelle. Non, l’amour n’est pas une potion magique. C’est un plus et il nous tombe dessus en nous procurant un bien énorme. Quand on est deux à s’en rendre compte et qu’on a la même manière de voir les choses, alors l’espoir de vivre enfin heureux à deux prend tout son sens. Le quotidien n’est pas l’antidote de l’amour, c’est au contraire son engrais, il le fait pousser jour après jour. Parce que seul l’enracinement dans le réel fait grandir l’imagination et donc l’amour. Quand on a du mal à trouver ses repères dans la réalité et qu’on n’a pas vraiment les pieds sur terre, le monde de l’imaginaire est encore plus inaccessible et celui des grands sentiments, une lune à décrocher. »  p.183-184
   « Voilà où m’emmène la mémoire : dans des songes qui me dépassent et tournent constamment autour du même sujet ; celui d’autrui comme révélateur de ma propre vie ; celui d’autrui comme source d’un bonheur inattendu ou cause d’un malheur plus sournois ; celui d’autrui comme image d’un sens que je cherche à mon existence tout entière. »  p. 171

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