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MAURICE G. DANTEC (1959-2016)

  Maurice Georges Dantec est mort le week-end dernier à Montréal, d’un malaise cardiaque, laissant derrière lui plusieurs longs romans, à la croisée du thriller et de la science-fiction, ainsi que de volumineuses réflexions, consignées en journaux intimes. À titre privé, je ne peux pas dire que ce décès brutal, à cinquante-sept ans seulement, me laisse totalement indifférent. Pour être franc, je ne pratiquais pas beaucoup les récits à proprement parler de Dantec, que je trouvais trop touffus et parfois difficilement compréhensibles, mais appréciais son style, son honnêteté parfois brutale, par-delà les polémiques. Bien écrits, assez riches sur le plan réflexif, ses journaux étaient également controversés. L’homme venant de mourir, je n’ai pas envie de verser ni dans une sorte d’admiration niaise, ni dans la détestation. Je ne partageais pas toutes ses idées, essentiellement sur le plan économique. Je ne soutenais pas non plus son soutien sans critique à la politique américaine, mais tel n’est pas l’objet du blog.

   En allant au Québec en octobre 2012, pour participer au Festival International de Poésie de Trois-Rivières (épisode précédemment évoqué sur le blog), je pensais fortement à Dantec, espérant secrètement le rencontrer, au hasard d’une rue, en arrivant à Montréal. Quelle ne fut pas ma surprise en l’apercevant, sur le terminal de Roissy! L’homme semblait malgré tout tellement épuisé que je ne le reconnus pas sur le coup. Pourvu de ses sempiternelles lunettes noires, vêtu de sa traditionnelle veste de cuir, il avait beaucoup grossi, et semblait très fatigué. Je n’en dirai pas plus, par respect pour sa mémoire.

  Je ne parvins à l’identifier clairement qu’une fois dans le bus nous menant au tarmac. Juste en face de moi, l’écrivain tenait à la main un document d’identité sur lequel était cette fois clairement indiqué son nom. Attendant patiemment notre arrivée à Montréal, au terme d’un épuisant vol de sept heures, je l’observais du coin de l’oeil discutant avec sa voisine, tout en subissant l’insipide bavardage du couple de cadres français assis à ma droite.

  Prenant enfin mon courage à deux mains une fois sur le sol canadien, je vins à sa rencontre. Groggy, agacé par l’ambiance en France (pays qu’il avait quitté en 1998 suite à l’agression de sa compagne), Dantec, qui avait la réputation d’être ours, ne s’en montra pas moins courtois et accessible.

« Bonjour, vous êtes Maurice Dantec?

_ Tout-à-fait. Vous m’avez reconnu?

_ Je lis vos romans depuis l’adolescence. »

  De quoi avons nous parlé, en attendant nos bagages? De bien des choses en réalité, mais hélas, encore une fois, je ne peux trop en révéler, par respect pour sa mémoire. Certains propos de Dantec étaient, disons-le, extrêmement crus, à la fois sur le milieu littéraire, le monde de l’édition, mais aussi sur l’islam en général. Les aficionados, ou les simples connaisseurs de Dantec, voient probablement assez bien ce que cela signifie… Disons simplement que l’homme me questionna, avec beaucoup de sympathie, sur la raison de ma venue au Canada, et sur mon activité poétique, et ce avec une bienveillance rare. Intimidé, je n’osais lui offrir un exemplaire des Petites fables. Il est vrai, hélas, que je n’aurai plus jamais l’occasion de le faire. Ce fut la première, et dernière fois. Et c’est déjà beaucoup.

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29 novembre 2012, un souvenir de Dantec, laissé dans l’agenda.

 

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