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« LISIÈRES D’INSTANTS », PASCAL MORA, ÉDITIONS UNICITÉ, SAINT-CHÉRON, 2021 (article paru dans « Diérèse » 82, automne 2021).

  

Poésie du voyage, poésie géographique… Plusieurs qualificatifs viennent à l’esprit pour évoquer Pascal Mora. Publié, une nouvelle fois, aux éditions Unicité, ce quatrième livre s’inscrit dans la lignée des précédents, celle d’une littérature du lieu. Car c’est bien de lieux que Pascal Mora parle : qu’il s’agisse de contrées lointaines, comme l’Argentine (Les trottoirs de Buenos Aires/Balancent d’un bord à l’autre/Dans le limon, dans le chaos alluvial/Le souffle d’un chantier cannibale, in « Buenos Aires, le port », p. 65), Antioche en Turquie (C’est une île grecque en Afrique/Un lys épanoui entre les lotus bleus/Et le taxi jaune traverses les faubourgs/Où tant de beauté se marie/À tant de misère, « Lointaine Antioche », p. 13), ou les endroits proches, familiers, en banlieue parisienne ou ailleurs (Franchi le seuil de l’opéra Garnier/J’ai suivi le temps de la mesure,/La musique des possibles./J’ai vu la vibration des notes/Vivifier la pierre et le corps. « Opéra Garnier », p. 49). Lecteur de Kenneth White, Pascal Mora nous livre ici un authentique « journal de bord », pour reprendre le titre d’un des poèmes (Depuis la fenêtre du salon/Nous peignons notre Orient, p. 37). On ne peut pour autant parler de journal intime, ou de simples notes. S’exprimant en vers libres très travaillés, riches en images, forts en bouche, Pascal Mora compose une série de tableaux vivants, servis par une musicalité, une rythmique doublement riche et épurée.

  Au goût pour la Nature se mêle l’attrait de la cité. Pascal Mora, qui a précédemment consacré un recueil entier aux forêts[1], et un autre recueil aux villes[2], navigue entre prés et boulevards, entre campagnes et mégapoles. Tantôt l’homme évoque la lenteur du chêne tendant ses branches (p.57). Tantôt ce sont les camions/ces épineuses ronces de métal (p. 75). Chaque univers accompagne l’autre, comme si une réconciliation s’opérait sous la plume de l’auteur. Et chaque célébration semble joyeuse, puisqu’il s’agit de magnifier la vision, de conférer au réel un éclat neuf, heureux. Ainsi des endroits très espacés se mêlent, en une sorte de géographie imaginaire où se confondent les images, les sensations, les impressions, les éclats de mémoire : Par la porcelaine de nos paysages,/Je ne vois personne d’autre/Que la foule dans ma mémoire./Rien d’autre que cette empreinte/Au fond d’une mer disparue (p. 73). Aux textes s’ajoutent ainsi des photographies en couleurs prises par l’intéressé : un cromlech en couverture, une sculpture abstraite, plus loin, une route au milieu du désert de Patagonie… Trois clichés dominés par le bleu du ciel, tel un espoir, lorsque nous retrouvons le discret mysticisme d’Étoile nomade[3], le premier opus… Par ailleurs animateur du café-poésie de Meaux, Pascal Mora continue à tracer son sillon, sur une voie exigeante et originale, profondément positive.


[1] Paroles des forêts, Unicité, 2015.

[2] Ce lieu sera notre feu, Unicité, 2018.

[3] L’Harmattan, 2011.

L’HARMATTAN (suite)

Reçu hier mon relevé de ventes de l’Harmattan pour mon essai, paru en 2012, autour de la poésie contemporaine en bibliothèque. 226 exemplaires en tout. Ca paraît dérisoire mais de mon côté je ne puis cacher ma satisfaction. J’ai adoré publier chez eux, avoir mon bouquin dans une librairie du cinquième, rue des Ecoles, ce quartier où j’eusse tant aimé résider… Oui, les conditions (contrat), sont quelque peu léonines, mais éditer est un vrai trip, du moins en ce qui me concerne. Retrouver son volume au milieu des essais sur l’économie guinéenne, des réflexions de Jacques Cheminade ou des considérations sur Tibérius Gracchus Babeuf, de la biographie de tel marquis poudré qui fit tant pour la Louisiane au milieu du XVIIème siècle… Pour un peu, je me ferais tatouer le fameux sigle, en forme de H feuillu, sur l’épaule. Et puis non. Dix ans après, le fond est vraiment daté, puisque les revues, comme les blogs, comme les manifestations poétiques, ne cessent de muter. Tant d’éditeurs ont disparu! Tant de sites paraissent caducs! Tant d’autres structures sont apparues! Il faudrait faire une réédition augmentée chaque année, mais j’ai la flemme et surtout manque de temps.

PS: Ci-dessous, de manière impromptue, quelques titres holorimiques de livres que je n’écrirai jamais:

L’arme attends (polar)

Larme à temps (roman sentimental)

L’art m’attends(journal d’un artiste).

PPS; Bruno Lalonde, librairie canadien, m’apprends avoir emprunté La poésie contemporaine en bibliothèque à la médiathèque de Montréal. Vive le Québec livre!

CONSTAT

Je n’ai pu caser toutes mes critiques dans Diérèse 82. J’en publierai donc plusieurs directement sur le blog puis sur Babélio. J’ai reçu trop de livres et je terminerai tout d’ici 2023. Ensuite je ne sais pas si je continuerai la critique, sauf exceptionnellement pour rendre service à un ami et s’il y a un retour. La tâche, qui n’est pas rémunérée, est ingrate. Il faut plusieurs heures pour lire un livre et en parler. Globalement l’aventure est positive et donne lieu à de riches rencontres. Nombre d’auteurs prennent cela pour un dû même si Dieu merci la plupart sont reconnaissants. Je continuerai avec Canopée (ex-Centre National pour la documentation pédagogique) et l’Education nationale, autour d’essais arides. Et je me concentrerai uniquement sur mes tâches d’édition et d’écriture. Peut être un peu de journalisme local aussi. À voir. On ne peut pas tout faire.

PS; pour commander Diérèse, envoyez un chèque de 19,90 euros à Daniel Martinez, 8 avenue Hoche, 77330 Ozoir-la-Ferrière.

REÇUS CE MATIN!

Pour commander le livre, publié chez Eléphant blanc (éditions Unicité), par nos soins, cliquer sur le lien suivant:

https://www.editions-unicite.fr/auteurs/Elephant-blanc/chansons-et-poemes-de-paul-vecchiali/index.php

« VILLES/CIUDADES », ANTHOLOGIE FRANCO-ARGENTINE, VIDÉO DE PRÉSENTATION PAR PASCAL MORA (Eléphant blanc)

Chers amis, chers lecteurs,

Villes/ciudades, notre chère anthologie franco-argentine, paraît le 30 septembre chez Unicité, dans ma collection « Eléphant blanc ». En avant-première, une vidéo bilingue de notre ami Pascal Mora, président de l’association « Café-poésie de Meaux » et directeur de publication. Figurent dans le livre, entre autres, plusieurs figures familières de PAGE PAYSAGE: Claudine Sigler, Eric Dubois, Didier Ayres, Sébastien Souhaité, et votre serviteur.

http://www.editions-unicite.fr/index.php

SORTIE DE « CHANSONS ET POÈMES », PAUL VECCHIALI, ÉDITIONS UNICITÉ, COLLECTION « ÉLÉPHANT BLANC ».

Chers amis, chers lecteurs,


  Directeur de la collection « Eléphant blanc » aux éditions Unicité, j’ai l’honneur et le plaisir de vous annoncer la sortie de Chansons et poèmes, un livre illustré du cinéaste Paul Vecchiali, et vous laisse le découvrir à travers ce bref quatrième de couverture: 


Les cinéphiles connaissent le goût de Paul Vecchiali pour la chanson. Très proche de Jacques Demy, l’homme introduit, dans chaque film, quelques couplets, sans qu’on puisse pour autant parler de comédie musicale au sens strict. Tantôt joyeux, tantôt mélancoliques, les refrains accompagnent ainsi l’image, et font partie de l’univers propre au réalisateur, fondant une part de sa singularité, de son style. Car c’est bien d’écriture, de littérature qu’il est ici question, comme en témoignent les poèmes publiés en seconde partie. L’occasion pour le lecteur, de redécouvrir les productions de Vecchiali à l’aune de la mélodie, et d’explorer un autre versant de l’oeuvre, peut-être plus intime.


 Vendu 20 euros, l’ouvrage est d’ores et déjà disponible sur le site d’Unicité. Vous pouvez également le demander à votre librairie, ou encore le commander sur un site marchand.


EDITIONS UNICITE | Eléphant blanc | Chansons et poèmes de Paul Vecchiali (editions-unicite.fr)


    Excellente fin de semaine à toutes et tous! 

ETIENNE RUHAUD

N.B.: Pour en savoir plus sur Paul Vecchiali:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Vecchiali

RENCONTRE AUTOUR DE « VILLES/CIUDADES » À LA FONDATION CHRISTIANE PEUGEOT (LE 8 OCTOBRE 2021)

Chers amis,

Après notre rencontre autour du Canon Sanda à la Lucarne des écrivains le 2 octobre, retrouvons-nous lundi 4, à 18h30, à l’espace Christiane Peugeot (62, av. de la Grande Armée, 75017 Paris, Métro Porte Maillot/Argentine, ligne 1). Nous fêterons comme il se doit la sortie de Villes/Ciudades, anthologie bilingue franco-argentine dirigée par notre ami Pascal Mora (visuel à venir), éditée par François Mocaër chez Unicité, dans la collection éléphant blanc, créée par votre serviteur. L’ouvrage sera disponible sur place, au prix de 18 euros, en compagnie des deux autres livres publiés par nos soins:

  • Le Canon Sanda (essai d’Odile Cohen-Abbas)
  • Chansons et poèmes (recueil du cinéaste/écrivain Paul Vecchiali).

à bientôt, donc! Et belle rentrée à toutes et tous.

Etienne Ruhaud

N.B.: Ci-dessous mon article autour du livre de Christiane Peugeot consacré à Madame Steinheil, ainsi que quelques liens utiles.

https://www.espacechristianepeugeot.org/

http://www.editions-unicite.fr/

RENCONTRE AVEC ODILE COHEN-ABBAS LE 2 OCTOBRE 2021.

Chers amis, chers lecteurs,

Nous serions heureux de vous voir prochainement à la Lucarne des écrivains, librairie associative du 19ème arrondissement, le 2 octobre à partir de 16 heures (au 115 rue de l’Ourcq, station Crimée). En tant que directeur de la collection « Eléphant blanc » (éditions Unicité), j’aurai le plaisir de présenter Le Canon Sanda, ouvrage d’Odile Cohen-Abbas consacré à l’oeuvre poétique de l’éditeur/auteur Paul Sanda. L’intéressée sera naturellement heureuse de dédicacer ses ouvrages. L’occasion nous sera également donnée de présenter Chansons et poèmes du cinéaste Paul Vecchiali, ainsi que Villes/Ciudades, anthologie franco-argentine dirigée par notre ami Pascal Mora. Enfin, vous découvrirez les poèmes de François Mocaër, responsable des éditions Unicité, ainsi que le roman de l’auteure belge Sophie Marchal.

Page Facebook de l’évènement: https://www.facebook.com/events/42478249907228

ENVIE

J’ai envie de publier un recueil d’entretiens et de notes critiques chez l’Harmattan, en regroupant tout ce que j’ai fait jusqu’à présent notamment sur le blog. Je pense que les traces électroniques vont disparaître. L’imprimé lui demeurera. Même lu par dix, trente, quarante lecteurs. À la bibliothèque de recherche, par exemple, je suis déjà tombé sur un livre non coupé daté des années 60. Ce qui veut dire qu’en soixante ans absolument personne ne l’avait lu. Et pourtant il existe. Il est là. Posé comme pour attendre ma venue deux décennies et demi après la mort d’un auteur que je ne rencontrerai jamais physiquement.

« H.P. », DIDIER AYRES, PIÈCE PUBLIÉE SUR LELITTERAIRE.COM (note publiée dans « Diérèse » 81, printemps-été 2021).

Enfermé dans un asile étrange, situé dans les Alpes, un certain Rougemont (dont le nom rappelle celui d’un célèbre philosophe helvète), subit l’institution. Le pitch est posé. Courtes, intenses, les douze scènes qui s’ensuivent rappellent douloureusement ce que représente l’internement, entre traitement intense, prise de médicaments, sollicitations du personnel soignant et rapports parfois confus avec les autres malades. Sobrement intitulée H.P. mais sous-titrées « scènes de désespoir et de miracle », la pièce représente des anonymes, parmi lesquels, donc, ce fameux Rougemont, quinquagénaire dont nous ne connaissons ni l’âge exact, ni le patronyme puisqu’il s’appelle parfois « Abdelnor ». Un flou total reste entretenu tout au long du texte, comme s’il s’agissait de nous placer dans la tête d’un fou. Les repères spatio-temporels s’effacent, nous ne savons pas quel jour nous sommes, à quelle heure, ni même où précisément. Tout semble fuir, laissant place à une angoisse latente, permanente, sournoise. Rougemont-Abdelnor tente de trouver ses marques, de se rattacher à des souvenirs, à des éléments concrets, sans succès. Impitoyable, la logique de la psychose s’impose. Ne restent que des bribes : paroles d’autres patients, souvenirs d’une existence passée, d’une vie normale révolue (scène 10), dialogues de sourds avec les infirmières, qui tentent tant bien que mal de raisonner le (les ?) malade(s), quand rapidement nous ne comprenons plus qui parle à qui :

Vous savez pourquoi vous êtes ici ?

Non.

Parce que l’on vous a trouvé errant en banlieue de Bâle avec un simple tricot sur le dos et les pieds nus.

Les didascalies sont volontairement elliptiques, les conversations interrompues, faites de bric et de broc, de considérations sur l’identité morcelée, le temps qu’il fait. À la fin, comme pour sauver du désespoir, demeure la foi. Une sorte de croyance absurde, vaine, selon laquelle les choses peuvent changer : Une issue ? Il n’y a pas d’issue, juste des miracles (…) La foi, si tu préfères. Puis tout s’évanouit, dans ce théâtre d’ombres.

Critique, poète, co-directeur de la revue L’hôte, le polygraphe Didier Ayres a également consacré sa thèse de doctorat à Koltès, dont l’influence est ici palpable. Dans un style simple et direct, l’auteur nous parle en effet admirablement de la maladie, à l’instar d’Artaud, d’Hölderlin ou Nerval, tous créateurs qui ressentirent en leur chair les affres de l’aliénation.

Pour lire la pièce:

http://www.lelitteraire.com/?p=66609

Notre précédent article sur Néant de Didier Ayres:

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