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MÉMOIRE DES POÈTES XVII: HOMMAGE À FASSBINDER

Fox-and-His-Friends  Un numéro un peu spécial de notre série « Mémoire des poètes », aujourd’hui, puisque nous rendons hommage à Rainer Werner Fassbinder, cinéaste, dramaturge et acteur bavarois, mort à 37 ans après avoir réalisé une quarantaine de films. Nous sommes allés directement sur sa tombe, à Munich, dans un minuscule cimetière, autour d’une église. Pour l’occasion, la fidèle S. m’a filmé en train d’allumer une bougie.

 

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CRACOVIE, EN STAN SMITH, LE NEZ DANS LE ROUTARD

 

Chers lecteurs,

   La compagnie allemande Flixbus propose cinq voyages partout sur le vieux Continent pour 99 euros. Loin de moi l’idée de leur faire de la publicité, mais l’occasion était trop belle pour quitter Paris. Votre serviteur vient donc de faire 4000 kilomètres en car, parcourant ainsi six pays, s’arrêtant dans quatre villes différentes (Prague, Cracovie, Budapest et Munich), d’auberge de jeunesse en auberge de jeunesse, le tout en onze jours et pour un coût relativement modeste. Semblable balade n’aurait pas été possible tout seul, évidemment (ou, disons, cela aurait été plus difficile), mais laissons ma vie privée de côté. Plusieurs textes relatifs à ce périple seront publiés sur le blog. Pour qui n’a pas beaucoup d’argent, aime la culture, la gastronomie, et désire fuir les destinations touristiques, je ne saurais trop conseiller l’Europe centrale. L’accueil y est globalement chaleureux, et le dépaysement garanti. Vous y trouverez la montagne, et, à défaut de mer, de grands lacs où se baigner, des thermes.

  Nous voici donc de retour!

Bonne fin de vacances à toutes et à tous, bonne reprise pour ceux qui travaillent,

Amicalement, en poésie,

ETIENNE RUHAUD

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Photographie Etienne Ruhaud

 

« À UN MOMENT DONNÉ », Thierry Radière, éditions Tarmac, 2016 (article paru dans « Diérèse » 70, printemps-été 2017)

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   Un recueil intimiste : ainsi pourrions-nous qualifier l’ouvrage. Publié chez Tarmac, la toute jeune maison nancéenne dirigée par Jean-Paul Goiri, ce bref volume au titre évocateur retranscrit effectivement une série d’instants précis, comme autant de réminiscences propres à l’auteur. De la première nouvelle, qui raconte un accident routier, à la dernière, qui cette fois parle d’un ascenseur bloqué et d’une étonnante rencontre, chaque intrigue plonge ses racines en des réminiscences plus ou moins lointaines, parfois dans de minuscules souvenirs, décrits avec précision. Car le style demeure essentiellement introspectif : écrits à la première personne, les différents textes du volume explorent minutieusement les pensées, le ressenti du narrateur. Dans « L’océan », ainsi, Thierry Radière parle d’un singulier souvenir d’enfance, ces quelques secondes où sa sœur a manqué de se noyer, alors que lui-même restait sur la plage à se prélasser : Valérie s’assit sur la serviette, au bord du trou que j’avais creusé quelques minutes auparavant, mit ses jambes dedans et me demanda de l’enterrer jusqu’à la taille, pour sentir comment ça faisait d’avoir une moitié du corps au soleil et l’autre moitié sous le sable. Le ton est absolument sincère, puisqu’il s’agit de tout dire, sans fard, d’évoquer de la façon la plus vraie possible, la plus authentique, l’angoisse de l’évènement, de ces quelques minutes où tout aurait pu basculer. Le style est quant à lui  à la fois sobre, dépouillé et subtil, net et précis. Ressuscité, revivifié, par la magie d’une phrase harmonieuse, sonnant juste, le passé ressurgit, devient présent. Nous ressentons ainsi pleinement l’anxiété du garçonnet qui manque de perdre un être cher, qui chute dans une bouche d’égout, cette fois dans « L’épicerie ».

  Nouvelliste, romancier, poète, auteur de nombreux livres mais aussi blogueur[1], Thierry Radière, qui enseigne l’anglais à Fontenay-le-Comte en Vendée, signe là un ouvrage à la fois léger et profond, dans un genre négligé par la grosse artillerie littéraire.

 

[1] « Sans botox ni silicone » : http://sbns.eklablog.com

ÉVÈNEMENTIEL DE JUILLET

Chers amis,

  Peu de choses à annoncer pour ce nouveau mois. Juillet/août constitue généralement une période de vaches maigres.

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   Signalons d’abord l’extraordinaire Festival du Film de La Rochelle, qui, pour sa 45ème édition, présentera notamment une rétrospective Hitchock et Tarkovski. Le réalisateur Volker Schlöndorff est également attendu. Arnold Schwarzenegger, le talentueux acteur de Terminator , devenu gouverneur de Californie, sera également à l’honneur. L’occasion de découvrir des nouveaux talents, des surprises, des films en avant-première. Hélas je ne pourrai pas m’y rendre.

Le site du festival du film de La Rochelle (cliquer sur le lien)

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  Signalons, pour rester dans le domaine cinématographique, le prochain numéro des « Projos de Greta », séances organisées par la talentueuse Julie Chaux, rappeuse et réalisatrice. Un ensemble de court-métrages vous sera ainsi présenté au Café de Paris, le mardi 18 juillet, autour d’une thématique historique (à partir de 19h30, 158 rue de Paris, 75011 PARIS, métro Ménilmontant). L’occasion de découvrir des jeunes, des bleus ou des déjà confirmés.

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   Pour rester dans le onzième, signalons le traditionnel Cénacle du Cygne, qui, comme chaque fois, se tiendra au bar La Cantada II (13 rue Moret, 75011 PARIS, métro Ménilmontant), le dernier jeudi du mois (soit le 27 juillet) à partir 20h30. Organisé par notre ami Marc-Louis Questin, aka Lord Mandrake, l’évènement accueillera notamment Jean Hautepierre, que nous avons déjà évoqué ici, mais aussi votre serviteur, venu lire ses délires animaliers, le comique YG, et bien d’autres.

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   Évoquons enfin la rétrospective consacrée à l’artiste britannique David Hockney au Centre Pompidou. Ouverte le 21 juin, l’exposition se poursuivra jusqu’au 31 octobre 2017.

MÉMOIRE DES POÈTES XV: ALAIN JOUFFROY (1928-2015), Cimetière du Père-Lachaise, division 49. (article publié dans « Diérèse » 70, printemps-été 2017)

 

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   Né à Paris, non loin du parc Montsouris, le 20 décembre 1928, Alain Jouffroy assiste, lors d’un voyage en Espagne en 1936, à la violence de la guerre civile, épisode qui le marquera fortement. Ayant commencé, très jeune, à écrire et à peindre, il croise par hasard André Breton en 1946 dans un hôtel finistérien d’Huelgoat, et devient membre du mouvement surréaliste. Il y fréquente notamment Victor Brauner (enterré au cimetière Montmartre), Stanislas Rodanski, Sarane Alexandrian (incinéré, et présent dans le columbarium, division 87), ainsi que Claude Tarnaud. Exclu deux ans plus tard, A. Jouffroy, qui a également côtoyé Henri Michaux et Francis Picabia, théorise la notion « d’individualisme idéologique », avant de se faire connaître en tant que critique, notamment à travers les revues L’œil et Arts, et d’épouser Manina (1918-2010), artiste vénitienne dont l’influence le marque fortement. Ayant rencontré notamment Marcel Duchamp, Daniel Pomereulle, Roberto Matta, Jouffroy refuse tout sectarisme politique, et, en compagnie de Jean-Jacques Lebel, introduit le pop art, ainsi que la Beat Generation, dans l’Hexagone, tout en se réconciliant avec Breton, jusqu’à produire la première anthologie de poésie surréaliste dans la collection NRF/Poésie Gallimard
L’homme, qui s’est remarié à Laetitia Ney d’Elchingen, descendante du poète franco-allemand Heinrich Heine (inhumé, comme V. Brauner, au cimetière Montmartre) participe activement à mai 68, déploie une intense activité de critique artistique, tout en « révélant » Michel Bulteau et Mathieu Messagier, auteur du célèbre Manifeste électrique aux paupières de jupe, et en fondant les Éditions étrangères, avec Christian Bourgois. La période est extrêmement féconde : Jouffroy publie des essais, comme Les Pré-voyants, (1974), mais aussi les aussi des poèmes, des manifestes politiques, et un intéressant roman autobiographique, avec Le roman vécu, paru en 1978. Il dirige parallèlement la revue XXème siècle, de 1974 à 1981.
Une nouvelle rupture créatrice se produit, après la séparation d’avec sa troisième femme, l’actrice Adriana Bodgan. Au début des années 80, Jouffroy s’intéresse effectivement à la civilisation d’Extrême-Orient, et, devenu conseiller culturel à l’ambassade de France à Tokyo, entre 1983 et 1985, organise les premiers sommets culturels franco-japonais, tout en se passionnant pour le bouddhisme zen. Il épouse la designer Fusako Hasae, puis, de retour en France, créée le Club, sorte de société informelle regroupant artistes et auteurs, en collaboration avec le philosophe Félix Guattari. Il y fait connaissance avec le peintre Christian Bouillé, et entame dès lors une œuvre plastique importante, les fameux Posages, aux confins du collage, et du montage. Influencé à la fois par Nietzsche, Rimbaud, et l’art nippon, auteur d’une centaine de livres tous extrêmement divers, Alain Jouffroy nous a quitté le 20 décembre 2015, et repose désormais sous une tombe fort sobre de la 49ème division. Mais laissons la parole au créateur, à travers ces quelques vers d’amour, intitulés « À toi », et dédiés à la plasticienne Manina, évoquée plus haut .

À toi la stupeur immobile de ma joie
Mon sourire de marbre blanc
Mon regard lavé dans la source du sous-bois
À toi mes mains de ville ouverte
À toi mes genoux d’écureuils
À toi ma voix la plus lointaine
À toi tout ce qui tisse nuit et jour à travers moi
À toi la lagune où nous nous sommes connus
À toi les revenants du soleil
À toi ces palais de lilas dans nos yeux
À toi tout ce qui est tout ce qui change
À toi
L’explosion de la perle au cœur de l’oiseau noir
Venise, 1954-1956

NB: Alain Jouffroy (1929-2015) : La tombe se situe donc dans la 49ème division, 2 lignes de tombes face à la 50ème division et 15 lignes face à la 45ème division.

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DES MONDANITÉS POÉTIQUES

   Évidemment, une part de la poésie, ou plutôt des contacts, ne peuvent se créer que dans un cadre mondain. On ne peut être publié, connu, sans user, ne serait-ce qu’un minimum, des vernissages, marchés de la poésie, ou autres évènements publics, pour partager son art. La tentation est parfois grande de rester dans sa grotte, une sorte d’isolement romantique, d’envoyer de temps à autres des textes à telle ou telle revue, à tel ou tel éditeur, comme le font certains créateurs perdus dans une ferme, à la campagne (afin, peut être, de se targuer d’une forme de pureté de l’intention, qui n’est autre qu’une nouvelle forme d’ego, de projection de l’ego. Car la poésie, à l’image du théâtre est généralement ego, et le marché de la poésie la réunion d’ego parfois surdimensionnés et souffrants) Comment doser, entre sociabilité peut être excessive, et nécessaire solitude? Car l’écriture nécessite aussi le retour sur soi, l’intériorité… Bigre!

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