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Archives de Catégorie: Ruhaud Etienne

THIAIS, SUITE ET FIN (réflexion personnelle)

Le cimetière fut construit par Auguste Perret en 1929.

Avec un ami, nous étions mercredi dernier dans le tristissime cimetière parisien de Thiais, pour retrouver les dernières sépultures de surréalistes qui figureront dans mon essai. Lieu de dernier repos des marginaux, d’étrangers (parmi lesquels Zog 1er roi d’Albanie), d’anciens miliciens, ou tout simplement de familles pauvres… Imaginé par Auguste Perret, le portail massif a quelque chose de rétro-futuriste et rappelle Le Havre, surtout sous la pluie. Trouvé la dernière demeure, en pleine terre, d’un peintre pourtant reconnu. Trouvé, comme toujours, des gens aux patronymes amusants, mais je me suis fixé pour règle de ne jamais diffuser d’images d’inconnus, par respect pour la mémoire, et parce que les gens ont droit au silence (les artistes/écrivains étant des personnalités publique, c’est différent). Cette exploration des nécropoles n’est pas un but en soi, puisqu’il s’agit d’abord d’évoquer des oubliés, ou des créateurs variés. Je dois désormais terminer la rédaction.

ENTRETIEN AVEC PATRICK BÉGUINEL SUR RADIO ACTIV’. MARS 2021 (VLOG 7)

… Chers lecteurs, chers amis,

J’ai décidé de reprendre ma chaîne YouTube, et de produire un vidéo mensuelle. Ce septième vlog vient donc à la suite des précédentes productions (fortement imparfaites, il est vrai. Je tâtonne). Il s’agit d’un entretien passé avec Patrick Béguinel, déjà diffusé sur PAGE PAYSAGE sous forme de fichier audio. Je produirai également quelques teasers promotionnels pour la collection « éléphant blanc ». Les liens utiles sont donnés en description.

« BLUES-ROCK (CÉLÉBRATION) », LOUIS BERTHOLOM, ÉDITIONS SÉMAPHORE, COLLECTION « ARCANES », 2020 (note de lecture parue dans « Diérèse » 80, hiver 2020)

   Le recueil porte un titre programmatique. Ancien infirmier en psychiatrie, attaché à sa Bretagne natale, Louis Bertholom fut aussi, de 1975 à 1985, chanteur et parolier du groupe Tasmant (soit « le fantôme » en breton). Et c’est précisément cette décennie qu’il choisit d’explorer à travers un ensemble de vers libres, courts, incisifs et rapides comme les riffs d’une Gibson (p.44). Dédié à Patrick Quiniou, alias Pat King, du groupe Délire, le volume semble déborder de l’énergie brute propre au rock, ce cri au fond des tripes (p. 56). Écrits en quatre-vingts dix jours, soit dans l’urgence, les fragments évoquent en effet de brèves annotations, pareilles à des flashs, de subites réminiscences. L’occasion, également, de retrouver des passions de jeunesse, qu’il s’agisse de musiciens ou d’auteurs, essentiellement issus de la beat generation. Fan de Bob Dylan, de Frank Zappa, Louis Bertholom s’est également nourri de Jack Kerouac, de Ginsberg, comme on peut le sentir dans Amerika blues, chroniqué par nos soins dans le numéro 45 (à l’été 2009). Livre américain, mais d’abord armoricain, Blues-rock mêle avec bonheur diverses références, comme si Louis Bertholom avait intégré les références d’outre-Atlantique à sa propre sensibilité de barde celtique, en une sorte de long cut-up granitique. 

   L’aventure rock se termine hélas brutalement lorsque, miné par les excès, l’auteur crache du sang/sur la bonnette bleue/du micro Shure SM58 (p. 13). Traumatique, l’incident apparaît à plusieurs reprises, au détour des pages, de façon récurrente, obsédante. Après 1985, Louis Bertholom se tourne définitivement vers la poésie, sans abandonner pour autant la musique, qu’il s’agisse de collaborer avec des jazzmen, ou de publier des disques (trois, à ce jour). Dès lors, ce bref recueil autobiographique prend valeur de témoignage. Une pointe de nostalgie baigne ainsi l’ensemble, tel un brouillard, un crachin. Quand du rock nous passons au blues Hérauts qui embellissent les souffrances/sculptant les notes/jusqu’à l’extase/la beauté de la tristesse (p. 70). 

MES LIVRES SUR « RADIO ACTIV' » (mon propre travail)

Animateur du webzine breton Litzic, Patrick Béguinel, qui a déjà évoqué par écrit Disparaître et Animaux (cf. précédemment), les met cette fois à l’honneur de vive voix sur Radio Activ’, jeune station briochine, dans l’émission B.O.L. (Bande Originale de Livres). Ce n’est donc pas une, mais deux émissions, qui me sont consacrées! Soit un compte-rendu et un entretien, et donc presque une heure autour de mes livres. Je suis naturellement touché, et encourage mes lecteurs à soutenir Litzic ainsi que Radio Activ » (on peut acheter le tee-shirt. On peut également commander les ouvrages des éditions « Sans crispation », désormais gérées par Litzic, ou tout simplement faire un don via Paypal).

https://www.radio-activ.com/index.php/category/podcasts/bol/

https://litzic.fr/

Mon entretien avec Patrick Béguinel (le 31/03/2021)
Patrick Béguinel évoque Disparaître et Animaux

ENTRETIEN AVEC JULIEN BOUTREUX (mon propre travail)

Cergy, Axe majeur.

Depuis février, notre ami Julien Boutreux, directeur de la défunte revue noire Chats de Mars, a lancé une série d’entretiens littéraires sur son site, interrogeant notamment Christophe Esnault, Heptane Fraxion ou encore Patrice Maltaverne. Interviewé à mon tour, j’ai donc le plaisir de figurer aux côtés de gens que je suis, et apprécie. Merci donc à Julien, dont nous reparlerons régulièrement ici-même (cliquer sur le lien).

http://chatsdemars.simplesite.com/448812120

« ANIMALE » (mon propre travail)

Un chaleureux merci à Laurentiu Mamlofaleam et à Diana Adamek.

DES AILES suivi de NOCTURNE DES STATUES, PATRICE MALTAVERNE, édition Z4, 2019 (note parue dans « Diérèse » 80, hiver 2021).

Publié chez Z4 dans la collection « Les quatre saisons » créée par Pierre Lepère dans un format à l’italienne orné d’un médaillon signé Jacques Cauda, le livre est étrange, pour ne pas dire déroutant. Constituée d’une seule coulée de vers libres, sans ponctuation ni coupures, la première partie évoque feu Dominique Laffin (1952-1985), frêle figure mise en scène par Doillon, Miller ou Ferreri, emportée par une crise cardiaque à trente-trois ans seulement. Vibrant et singulier, l’hommage n’a rien d’une note biographique. Jamais nommée, la comédienne y est décrite de façon allégorique, telle une figure éteinte, vouée à une disparition rapide (p. 49). Une histoire d’amour totalement platonique, impossible, se dessine dès lors en filigrane, le narrateur n’hésitant pas à s’adresser directement à la jeune défunte, alternant le « tu » et le « il ». Le souvenir cogne (p. 36), et une insondable, profonde tristesse qui parle debout (p. 56) traverse ainsi ce long morceau lyrique, puisque la trace ne se retire pas de notre périple (p. 41). Poème du deuil, Des ailes constitue également, d’une certaine manière, un texte mémoriel, un enchaînement d’images fortes, parfois mystérieuses, telle une suite de réminiscences tantôt réelles, tantôt fantasmées, surgies par bribes. Déclarant préférer/la merveille du passé (p. 67), P. Maltaverne se complaît délibérément dans la nostalgie, s’abîmant dans le souvenir fictif d’une impossible rencontre. Reste, pour se consoler, la puissance du verbe, lente et douloureuse mélopée, maelstrom de métaphores souvent belles, toujours inattendues. On songe parfois à Nerval, comme si Dominique Laffin remplaçait finalement Aurélia, incarnant une figure féminine idéale, et idéalisée.

Rien ne semble a priori relier Des ailes au Nocturne des statues, soit à la deuxième partie de l’ouvrage. La chose est d’ailleurs précisée dans le quatrième de couverture : Le trait d’union entre Des ailes et Nocturne des statues est fortuit. Si nous nous en tenons à la définition du Petit Robert, le nocturne peut à la fois désigner un chant de l’office catholique, une sérénade pour instruments à vent, et enfin un morceau de piano de forme libre, à caractère mélancolique. Nous nous en tiendrons volontiers à cette troisième définition. Comme Des ailes, les énigmatiques vers du second mouvement semblent marqués par un spleen profond, évoquant la désincarnation, de désenchantement du monde. Objets figés, immobiles, silencieux, les statues ne répondent pas à l’angoisse du poète : Il y a de la transparence en dehors des miroirs/Le noir comme le marron sont deux couleurs sombres/Tenant plus chaud quand il fait froid au bout de la forêt (p. 112). Mais si les métaphores semblent surgir de manière spontanée, là encore, la construction n’est nullement libre, pour reprendre les termes du dictionnaire, puisque chaque poème est constitué de deux quatrains, suivis d’un quintil. Là tient peut-être précisément la cohérence d’un texte quelque peu hermétique, mallarméen, ou plutôt maltavernien, tant l’approche est singulière, atypique.

« L’ENFANT POISSON-CHAT », CHRISTOPHE ESNAULT, PUBLIE.NET, 2020 (note de lecture parue dans « Diérèse » 80, hiver-printemps 2021)

  D’Ernest Hemingway à Pierre Bergounioux, nombre d’écrivains ont écrit sur la pêche. Co-parolier du groupe « Le manque », acteur occasionnel, auteur de plusieurs recueils, le Chartrain Christophe Esnault parle de son jeune âge au prisme du passe-temps, racontant avec justesse ses parties de canne à travers une série de vers libres, merveilleusement lisibles, limpides comme l’eau claire. Le poème est d’abord géographique, visuel. Comme Gracq, C. Esnault décrit les lieux avec la simplicité, la dextérité d’un amateur chevronné. Retombant délicieusement en enfance,  nous l’accompagnons ainsi dans ses excursions braconnières, au milieu des champs, sur les ponts, en bord de Loire lorsqu’il attrape différentes espèces de poissons, du méchant silure, catastrophe écologique, aux petites perches arc-en-ciel sautillantes (p. 16). Car sous la plume se dessine, au fil des textes, un récit initiatique, marqué par la naissance du sentiment amoureux, des premiers émois sexuels, déclinés en souvenirs extrêmement précis, quand des livres pornos échangés à la sortie de la messe (p. 28), on en vient à la réalisation concrète, et ce après de nombreuses tentatives infructueuses. Prendre des poissons, oui, mais aussi prendre des filles, si on peut dire sans choquer la gent féminine. Nulle misogynie, puisque C. Esnault se fait alors lyrique, passionné : Elle avance dans la rivière en remontant sa robe/Vous avez dormi dans le camion la porte ouverte/L’ombre du petit pont de pierres/Tombe sur le ruissellement/Un tissu féérique sur ta pupille/Éblouit par les reflets (p. 103). Ainsi s’achève ce petit livre, aussi sensible que vrai. Une légère mélancolie, un parfum de nostalgie, baigne le tout. Très présents, les souvenirs semblent également lointains, perdus dans la brume des canaux. Omniprésent, l’humour, le sens de la dérision, de l’autodérision, ouvrent à une sortie vers le rire, ou plutôt le sourire. L’intéressé n’hésite pas ainsi à nous raconter des épisodes peu glorieux, mais drôles, tels de petites saynètes tragi-comiques : Quand ton père a invité le curé/Et qu’il y a un asticot dans la salade/Plus précisément dans l’assiette de l’invité/Tu es injustement suspecté/Toi et tes boîtes à appâts/Et ta mère va mourir de honte/Par ta faute (p.50).

   Édité chez publie.net, orné d’une belle couverture créée par la poétesse Aurélia Bécuwe, L’enfant poisson-chat, qui porte un titre programmatique, n’est pas sans rappeler Auberge de la tête noire, lorsque P. Sanda se raconte, à travers une série de textes en vers narratifs.

LANGAGE(S), ÉRIC DUBOIS, éditions Unicité, 2017 (note de lecture parue dans « Diérèse » 80, hiver printemps 2020-2021)

  Publié par Unicité, ce court recueil semble tout entier placé sous le sceau du doute. S’interrogeant sur le sens de la vie, ce fake (p. 21), cet artefact (p. 24), Éric Dubois décrit avec talent l’effacement du souvenir, la disparition, la nostalgie, cette ombre portée (p. 22). Décevant, le réel paraît également à la fois fugace et pesant, à l’instar des bruits du RER (p. 27) entendus à Joinville-le-Pont, ville d’origine. Une délicate, mais profonde mélancolie, s’exprime ainsi au fil des pages, des ces brèves notes, ces vers libres fragmentaires. On songe parfois à André du Bouchet, tant la phrase est rare, retenue. Car il s’agit de saisir les bribes du monde en une série de clichés, de croquis, d’images fugaces.

   Dès lors, puisque tout semble vain, éphémère, comment composer avec l’absence ?, ou encore comment composer avec l’oubli ? (p.33). La réponse se trouve déjà dans le titre, inscrit en rouge sur une couverture blanche, sobre et dépouillée, comme pour coller au propos, au style. Seul le verbe, seuls les « langage(s) », semblent en effet devoir répondre à pareilles interrogations. La pratique de la poésie, conçue comme exutoire, sauve du désespoir. La peau des mots recouvre bien des silences et des incertitudes (p. 35) déclare ainsi le poète au détour d’une page. À la fois lyrique et théorique, le recueil indique, éclaire, fournit la clé. Pour survivre au monde et dépasser l’absurde, il faut écrire. Et c’est bien cela que s’emploie l’auteur, non sans talent. Sa parole, précisément, permet non seulement de magnifier une réalité dure et creuse, mais encore de dépasser l’effacement, et donc la fin. Écrire, c’est tutoyer la mort/Dire l’impossible/Écrire ou mourir/On laisse parfois des mots en héritage (p.26), estime ainsi celui qui place dans la création tout son espoir.

« ÉTOILE NOMADE », PASCAL MORA, L’HARMATTAN, PARIS, 2012 (article paru dans « Diérèse » 58, automne-hiver 2012)

            Une poésie du voyage : ainsi pourrions-nous qualifier ce second recueil de Pascal Mora. Chaque partie répond en effet à des caractérisations géographiques : « Traversées », « Cités déesses », etc., et chaque texte est situé avec précision dans un endroit, une ville, qu’il s’agisse de contrées lointaines, comme Saint-Pétersbourg, Yafo en Israël, ou plus proches, tel le Morvan, le Quercy : En haut sur le causse/Tout en haut/On parvient/À une demeure ultime/Au bout d’un long/Chemin de pierre (p.44). Fait rare : à l’instar de Michel Houellebecq, le créateur décrit la banlieue, le milieu urbain actuel, La Grande Borne/Début janvier 2006/Nous sommes venus te relever/De l’ombre assassine./Il fait bleu nuit/D’ambulances/De gyrophares policiers. (p. 67). Limpide, dépouillé, le verbe se fait aussi lyrique. Les images fusent, s’enchaînent ainsi harmonieusement, en une série de vers libres et brefs, rythmés. On songe parfois aux magnifiques Cartes postales d’Henry Jean-Marie Levet, ou encore aux récentes productions de Bernard Noël. Loin de constituer de simples notes, de simples ébauches, toutes les pièces possèdent une portée spirituelle, constituent autant de réflexions, d’occasions d’interroger son rapport au monde, d’affronter la réalité. À aucun moment il ne s’agit de fuir, d’aller voir ailleurs. La traversée, c’est d’abord le retour sur soi, au sens fort : Je suis cet évadé/Du genre humain/Un insulaire/En vacances de tout./C’est aller au loin/Pour se revenir. (p.20). Loin de rester détachée, la contemplation devient méditation. Le paysage invite effectivement à réfléchir, à penser son propre rapport au monde extérieur, à la Nature.

 Évoquant quant à lui l’esprit du lieu, le préfacier Patrick Lannes, lui-même auteur, voit dans cette démarche une dimension mystique, chrétienne : Le chemin menant « Vers l’église originelle » (…) toujours chez ce poète et ce chrétien part et retourne de la et à la pluralité des mondes (p.5). Sans sombrer dans la religiosité, Pascal Mora demeure marqué par l’Evangile : Je borde l’immensité/En relaçant/La libre prière/Qui me délie/De la peine. (p. 30). Nous ne sommes pas néanmoins dans une foi austère, sombre et moralisatrice. Étoile nomade est au contraire célébration, exprime la joie d’être, de ressentir, procède d’une forme de panthéisme heureux, malgré quelques pointes de mélancolie : Voici le sourire vagabond/Du marché./Fleurs, fruits, aromates/Dévalés de la rivière/Aux saveurs. (p.98).

Assez neuve et originale, lisible et sensible à la fois, la poésie de Pascal Mora nous réconcilie donc avec la Terre, les éléments, et, à ce titre, mérite d’être entendue.

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