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BABYLONE (création personnelle 2)

louvre-statue-lion_1

Antiquités mésopotamiennes, Musée du Louvre.

 

   J’ai toujours ressenti une énorme mélancolie en songeant aux civilisations mortes. Enfant, en tous cas, j’imaginais que les peuples avaient gardé quelque chose de leurs attributs antiques. Ainsi étais-je surpris, en voyant l’équipe grecque de football, de ne pas croiser des joueurs habillés comme Socrate ou Périclès, avec de longues barbes, des toges, ou des casques à crinière. De même pour les Egyptiens, que j’imaginais accoutrés en pharaons. Dans les années 80, lorsque la république islamique iranienne était considérée comme une menace primordiale, j’étais étonné de voir l’armée de ce vaste et ancien pays avoir des tanks modernes, et de faire le lien entre Khomeyni, personnage menaçant, ennemi déclaré, et l’ancienne Perse. Comme si les ressortissants de cette lointaine contrée devaient habiter de vastes palais parfumés d’encens, avoir d’immenses sérails, et vivre, tel Sardanapale, enturbannés au milieu de félins apprivoisés, avec un mélange de cruauté et de raffinement exotiques, tout une image d’Orient de bazar, confondant Inde, péplums ratés et péninsule arabique. Rien ne m’a plus attristé, au cinéma, que cette scène de Roma, où Fellini met en image la destruction d’une villa étrusque, littéralement bouffée à l’air libre, lors de la construction du métro, dans la capitale italienne. Les fresques, les statues disparaissent. Et les archéologues en demeurent bouleversés, constatant que tout est fini. De même certains touristes japonais doivent-ils se figurer les Français en personnages du XVIIème siècle, portant perruques et bas, très poudrés, ou comme des esthètes XIXème, habitant Montmartre, et ne buvant que du Champagne, de l’absinthe, avec de bonnes manières, des carrosses à chevaux et tous les clichés de l’exécrable Amélie Poulain, qu’on croirait produit par l’Office du tourisme. Ou, pour pousser encore le bouchon plus loin, sous les traits de Gaulois à casque ailé, avant le sacre même de Clovis.

   Hier, alors que j’officiais à mes fonctions de gardien dans le plus grand musée du monde, et que la fatigue me gagnait, une famille d’Orientaux, précisément (sachant que le terme est pesé, car tout est suspect, linguistiquement, dans l’Hexagone), vient me trouver. L’homme doit avoir quarante ans, ou un peu plus, et porte un soupçon de barbe, une négligence ou une flemme. La femme a plutôt un beau visage, avec un nez fort, et elle est habillée comme ses enfants, avec des joggings américains et une paire de Nike flashy. Situé à l’église copte, dans une sorte de réconfortant grenier, ou plutôt cave fraiche, sorte de réserve à sel, je pensais qu’on allait encore me demander où se trouvait le sphinx, la momie.
« Hello, where is Irak, please?
_ Irak?
_ Yes. Oriental antiques. »
Et ma main de saisir le plan en anglais, et non en arabe, pour indiquer les lieux, marqués en jaune foncé.
‘Here. It’s antique Mesopotamia. Bagdad, Babylone. Here is islamic art. It’s différents things.
_ I prefer Babylone. We are not from Bagdad. It’s still Babylone.
_ Ok,, Babylone. When you want. »

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LA GESTE DE DRACULA EN COTENTIN, GUY GIRARD, CHEZ L’AUTEUR, SAINT-OUEN, MARS 2017 (pour acquérir le recueil, écrire à guy.girard10@sfr.fr). Note de lecture à paraître dans « Diérèse » 72, en février 2018.

dracula

Un magnifique frontispice de Pierre-André Sauvageot.

Dracula dans le Cotentin : il fallait y songer. Peintre surréaliste, mais aussi auteur, Guy Girard l’a imaginé, décrivant le parcours du prince des vampires au bord de la Manche, pendant une semaine. Chacun des sept petits poèmes en prose correspond ainsi à un jour précis : « Lundi », « Mardi », et chaque étape de la créature est décrite, de manière assez précise, de l’île de Tombelaine, jusqu’au port de Cherbourg. La parole se déploie dès lors en une série d’images riches, audacieuses, dans une belle coulée lyrique, qui évoque à la fois des éléments presque triviaux du quotidien comme ce car de ramassage scolaire (p. 11), ou mythiques, tels la Dame blanche ou l’épiphyse de Merlin (p. 10). Une forme de réalisme semble infuser le royaume de l’imaginaire, tandis que se déploient diverses métaphores, dont certaines évoquent la pratique de l’écriture automatique, du cadavre exquis, tel cet étrange crapaud retiré d’un bol de punch (p. 5). Pour autant tout a l’air extrêmement maîtrisé, pensé, travaillé. Les phrases s’enchaînent, légères, dans une sorte de tourbillon verbal, en apparence libre, mais tout entier tendu par la logique du récit. Nous suivons bel et bien Dracula jusqu’au dimanche, et tout fait sens. On ne peut évidemment s’empêcher de penser, entre autres, à la prose lyrique d’Arcane 17, ou des Vases communicants. Par-delà la filiation, non reniée, au surréalisme, Guy Girard trace sa propre route, de recueil autopublié en recueil autopublié, loin des grosses machines éditoriales, ou même des circuits poétiques habituels, avec un humour et une originalité rares. Orné d’un magnifique frontispice signé Pierre-André Sauvageot, et représentant notre héros devant le Mont Saint-Michel, ce nouvel opuscule semble nous rappeler que l’esprit de Breton n’est pas mort, et continue à vivre, par-delà la théorie.

ÉVÉNEMENTIEL DE NOVEMBRE 2017

Chers amis,

   Un mois de novembre chargé, au sens positif du terme, s’annonce. Et l’événementiel sera riche.

revue salon

  Signalons tout d’abord le 27ème salon de la revue, qui se tiendra, comme chaque année, dans le Marais, à l’espace des Blancs-Manteaux, et réunira nombre de périodiques intéressants, parmi lesquels notamment Empreinte de mon amie Claude Brabant, infatigable chantre de l’art brut, et première secrétaire du regretté Guy Debord.. Les indications se trouvent sur la photo ci-dessus. Je m’y rendrai moi-même le samedi 11, après 18H30.

autre livre

   Une semaine plus tard, au même endroit exactement, se tiendra le Salon de l’autre Livre, qui regroupe des éditeurs indépendants. A voir, donc, pour les auteurs en quête de maison. La liste complète des structures présentes se trouve sur le site même de l’association.

Site web de l’association « L’autre livre » (cliquer sur le lien)

meaux

  Signalons, comme chaque mois, le traditionnel Café Poésie de Meaux, animé par notre ami Pascal Mora, maintes fois évoqué ici. Comme toujours, chacun peut venir lire ses textes à partir de 10h30, le samedi 18 novembre, donc, au dernier étage de la médiathèque Luxembourg, 1 rue Cornillon.

cénacle cygne

   Autre évènement incontournable, pour ceux qui suivent, le Cénacle du Cygne, animé par Marc-Louis Questin, se tiendra comme d’habitude au 13 rue Moret, dans le sous-sol du bar « La Cantada II ». Nous y retrouverons danseurs, cinéastes, auteurs et magiciens, autour d’une soirée consacrée au Moyen-Âge. Venez donc (j’y serai pour lire quelques poèmes!), le 23 novembre à partir de 20h30.

chat de mars

Avec sa couverture toute noire, la revue « Chats de Mars » contient de riches illustrations en noire et blanc. L’objet s’obtient auprès de Julien Boutreux, contre quelques timbres seulement.

    Comme indiqué dans le dernier billet, la revue tourangelle Chats de mars 4 est parue, et ne coûte que quelques timbres, à envoyer à Julien Boutreux (jlboutreux@gmail.com)

nadeau

   De l’autre côté de l’Atlantique, notre ami, le jeune poète franco-québécois David Nadeau, animateur de la revue La vertèbre et le rossignol, très marqué par le surréalisme, vient de sortir un recueil regroupant tous les textes écrits entre 2006 et 2016. L’ouvrage peut se commander sur le site éditorial Lulu.com.

Cliquer sur le lien pour acheter le livre de David Nadeau.

radière

   J’ai oublié d’en parler le mois dernier (l’événementiel était déjà préparé), mais l’écrivain vendéen Thierry Radière que nous avons évoqué au détour d’une note de lecture (pour son recueil de nouvelles intitulé À un moment donné), a publié le 2 octobre un livre de poésie, aux éditions belges « Les Carnets du Dessert de Lune ». Préfacé par notre ami Denis Montebello, et illustré par Virginie Dolle, l’ouvrage est vendu 12 euros. Ci-dessous un bref extrait:

AUX DÎNERS DES RATS 

   Qu’aurais-je fait seul au milieu des fruits et légumes avec des voix incompréhensibles chuchotant derrière mon dos ? Bien sûr l’homme survit à tout ou presque et peut se représenter l’infini où qu’il soit, mais après sa boisson vite bue et les quelques mètres de marché parcourus de long en large et plusieurs fois, il reste le temps à vivre que l’imagination ne peut faire à sa place. Les marchands sont des habitués ; les clients endimanchés. Le vendeur de poulets rôtis laissera comme à l’accoutumée une petite pomme de terre dans la sauce du sac chaud que nous prendrons et poserons délicatement au fond du chariot rouge après l’avoir réglé. Nous ne la mangerons pas cette unique patate. Elle ira à la poubelle, seule, rejoindre les restes du repas et la carcasse de l’oiseau cuit. Avec un pincement au cœur de déchet mal à l’aise, je laisserai la compassion faire son travail de digestion en pensant aux dîners des rats les yeux grands ouverts.

Pour commander le livre de Thierry Radière (cliquer sur le lien)

 

wallack

  Une fois n’est pas coutume, diffusons un peu de musique. Guitariste/chanteur du groupe pictave Wallack, mon camarade d’études et ami Cyprien Tillet annonce la sortie d’un album studio en janvier. Dès à présent, goûtez le son du single « White noise », directement sur le site de Wallack, qui se produira notamment le vendredi 17 novembre au café-concert « Le plan B », à 20h30, au 30-32 boulevard du Grand Cerf à Poitiers. Je ne pourrai hélas être de la partie.

Site officiel du Wallack.

  Voilà. On se quitte avec une image prise dans le jardin des Tuileries, par un dimanche clair et ensoleillé d’octobre, à l’occasion de la FIAC (Art contemporain). « Jamais un coup de dés n’abolira le hasard » (Mallarmé dixit).

dé

« Mushroom dice », GIlles Barbier, 2017. Photographie de Saghi Sam.

 

 

« ATTENTION/ACHTUNG » DE MATHIAS RICHARD (création personnelle, 1)

chat de mars

Avec sa couverture toute noire, la revue « Chats de Mars » contient de riches illustrations en noir et blanc. L’objet s’obtient auprès de Julien Boutreux, contre quelques timbres seulement. Ecrire donc à jlboutreux@gmail.com

  Animateur de la revue Chats de Mars, déjà évoquée sur le blog, et poète lui-même, mon ami Julien Boutreux m’a récemment demandé si je pouvais traduire du français vers l’allemand un texte du Marseillais Mathias Richard. Invité à un festival littéraire dans une brasserie berlinoise, ce dernier devait effectivement lire un assez long passage dans la langue de Goethe, et sollicitait notre aide bénévole. Je me suis donc prêté à l’exercice, usant ainsi de mon vieux dictionnaire « Harrap’s », ainsi que de Reverso, qui permet de retrouver certaines expressions. De fait, le poème intitulé « Attention » a été déclamé le samedi 27 octobre, soit il y a quatre jours, outre-Rhin, lors de l’évènement « Ungemuetlich » V, organisé par Frédéric Krauke au 80-82 de la Berliner Strasse, à la Wilner Brauerei. Je l’ai moi-même lu deux jours avant, le jeudi 25, lors du Cénacle du Cygne de l’inoxydable Marc-Louis Questin, en français et en allemand. Voici donc les deux versions.

ungemuetlich V

Affiche de l’évènement « UNGEMUETLICH V »

 

ATTENTION

Attention
Attention y a une barrière sur la route
Attention y a de l’eau qui tombe du ciel
Attention une goutte coule de ton nez
Attention y a la lumière qu’est allumée
Attention
Attention, y a la porte du frigo qu’est ouverte
Attention la porte du garage n’est pas fermée à clef
Attention faut pas tâter les fruits
Attention les serviettes sont nominatives / c’est pas ta serviette
Attention tu sais ce que tu quittes mais tu sais pas où tu vas
Attention c’est très dangereux
Attention fait froid dehors
Attention le chat ne doit pas rentrer ou sortir de la maison
Attention la voiture
Attention la maison
Attention les oiseaux
Attention le trottoir
Attention le quartier
Attention les voisins
Attention le bébé
Attention, ça refroidit
Attention pas trop de sel !
Attention tu manges pas dans l’ordre…
Attention c’est pas vrai du tout
Attention à ton futur
Attention à la chaudière
Attention à l’électricité
Attention il y a un risque de gel
Attention il fait nuit
Attention c’est la crise.
Attention on ne peut pas se le permettre.
Attention les camions.
Attention les encens c’est toxique.
Attention bouilloire en plastique ça rend stérile.
Attention l’aspirine donne mal à la tête
Attention ces avocats pourriront si tu les tâtes.
Attention tu fais trop de bruit le plancher grince quand tu marches
Attention cette huile est cancérigène.
Attention doit y avoir une fuite de dioxyde de carbone.
Attention le courrier.
Attention les plantes.
Attention il faut garder la porte fermée.
Attention tu manges trop
Attention tu manges pas assez
Attention comment tu parles
Attention

richard

Le poète Mathias Richard en pleine action.

 

ACHTUNG!

Achtung!
Achtung! Es gibt eine Schranke am Weg.
Achtung! Es gibt Wasser, das von Himmel fallt.
Achtung!
Achtung! Rotz fliesst von deinem Nase.
Achtung! Das Licht is gemacht.
Achtung!
Achtung! Die Külhschranktür ist geöffnet.
Achtung! Die Garagentür is nicht geschlossen.
Achtung! Du darfst nicht die Obst treffen.
Achtung! Die Handtüche sind nämentlich/ Da ist nicht dein Handtuch.
Achtung! Du weiss was du verlässt, sondern nicht wo du hingehst.
Achtung! Das ist sehr gefährlich.
Achtung! Es ist kalt draussen.
Achtung! Der Katz darft nicht ins Haus einbrechen, und er darft nicht das Haus verlassen.
Achtung! Der Wagen.
Achtung! Das Haus.
Achtung! Die Vögel.
Vorsicht ! Der Gehweg.
Achtung! Das Viertel.
Achtung! Die Nachbarn.
Achtung! Das Baby.
Achtung! Es kühlt.
Achtung! Nicht zu viel Salz.
Achtung! Du isst nicht in Reihenfolge.
Achtung! Das ist absolut nicht wahr.
Achtung vor deiner Zukunft.
Achtung vor Kessel.
Achtung vor Strom.
Achtung! Gefriergefahr.
Achtung! Krise ist da.
Achtung! Wir können nicht es machen.
Achtung! Die Lastautos.
Achtung! Weihrauch ist giftig.
Achtung! Plastischwasserkocher Schwangeren schadet.
Achtung! Aspirin Kopfschmerzen gibt.
Achtung! Diese Avocados werden verwesen wenn du sie triffst.
Achtung! Du machst zu viel Lärm. Der Boden knirscht wenn du läufst.
Achtung! Dieses Öl ist krebserregend.
Achtung! Es muss sein Kohlendioxidleck.
Achtung! Der Kurier.
Achtung! Die Pflanzen.
Achtung! Tür darft geschlossen bleiben.
Achtung! Du isst zu viel.
Achtung! Du isst nicht genug.
Achtung vor deiner Sprechweise.
Achtung!

ruhaud cénacle

Votre serviteur lisant le texte en question à la Cantada II, rue Moret, dans le cadre du « Cénacle du Cygne » organisé par Marc-Louis Questin, le 25 octobre 2017. Photo de Claudine Sigler.

 

 

 

MÉMOIRE DES POÈTES XIX: GERMAINE DULAC (1882-1942), Cimetière du Père-Lachaise, division 74 (article paru dans Diérèse 71, automne-hiver 2017)

DIVISION 74
Germaine_Dulac

   De son vrai nom Charlotte Élisabeth Germaine Saisset-Schneider, Germaine Dulac naît le 17 novembre 1882 à Amiens, au sein d’un milieu bourgeois. Enfant, elle connaît plusieurs déménagements successifs, au gré des changements de garnison de son père, alors officier, avant de se fixer chez sa grand-mère, à Paris, et d’épouser le riche agronome socialiste, futur auteur, Albert Dulac, en 1905. Ayant reçu une solide formation musicale, elle s’engage d’abord en tant que féministe, rédigeant divers articles culturels pour La Française, journal fondé par la militante Marguerite Durand, et pour La Fronde, entre 1906 et 1913, tout en composant des pièces de théâtre. Après un voyage à Rome, en 1914, en compagnie de son amie, la danseuse-étoile Stacia Napierkowska , elle s’oriente vers un septième art encore balbutiant et déconsidéré. Profitant de la fortune de son mari, elle fonde sa propre société de production, la Délia films, et tourne dès 1915 un mélodrame historique, Les Sœurs ennemies, travail remarqué pour sa sensibilité intimiste et pour la qualité de l’image. Plusieurs courts-métrages sont réalisés dans la foulée, parmi lesquels Venus victrix, œuvre aujourd’hui perdue mettant en scène Stacia Napierkowska, et qui associe le goût de l’orientalisme et l’idée de libération de la femme. C’est sur le tournage d’Âmes de fous, feuilleton de six épisodes, et où perce un humour corrosif, surprenant, que Germaine Dulac croise Louis Delluc (1890-1923) , écrivain, critique, et metteur en scène dont l’influence s’avèrera déterminante. En 1919, ce dernier écrit ainsi le scénario de La fête espagnole, film dans lequel joue sa femme Ève Francis (1886-1980). L’œuvre, qui décrit le duel de deux hommes s’entretuant pour une femme qui préfère un troisième larron, est très bien accueilli par le milieu, et consacre Germaine Dulac comme une des personnalités prééminentes de la « Nouvelle Avant-Garde », courant également surnommé d’ « impressionnisme français », et qui associe des artistes aussi différents que René Clair, Abel Gance, Marcel L’Herbier ou Jean Epstein, tous cinéastes désirant se détourner de la comédie comme de la littérature pour fonder un art authentiquement et spécifiquement cinématographique. Les productions suivantes (La Mort du soleil, en 1921, La Souriante Madame Beudet, mordante critique de la vie petite-bourgeoise, en 1923 ou Le Diable dans la ville, en 1924), confirment l’orientation esthétisante prise par Germaine Dulac, qui théorise sa propre approche à travers divers articles .
En 1927, elle collabore avec Antonin Artaud (1896-1948) , scénariste pour La Coquille et le Clergyman. D’une durée de quarante-quatre minutes, disponible sur YouTube ou sur Dailymotion, le moyen-métrage, qui décrit, sur un mode totalement onirique, les pérégrinations d’un clergyman versant une sorte de liquide noir à l’aide d’une coquille d’huître géante pour faire apparaître des chimères, est considéré par beaucoup, et notamment par Alain et Odette Virmaux , comme le premier film surréaliste à proprement parler. Un an avec Un chien andalou, et deux ans avant L’âge d’or de Luis Buñuel et Salvador Dali, l’œuvre, qui met notamment en scène Génica Athanasiou (1897-1966), maîtresse roumaine du poète maudit, semble extrêmement novatrice, mais décevra doublement les critiques comme Artaud lui-même. Germaine Dulac (…) avait, elle aussi, abordé un scénario poétique du surréaliste Antonin Artaud : La coquille et le clergyman, mais l’avait gâché à la réalisation par le jeu médiocre d’Alex Allin et noyé sous une débauche de trucs techniques d’où ne surnageaient plus que quelques admirables images éparses, déclare ainsi Jacques B. Brunius (1906-1967). J’ai cherché dans le scénario à réaliser cette idée de cinéma visuel où la psychologie même est dévorée par les actes. (…) Ce scénario recherche la vérité sombre de l’esprit, en des images issues uniquement d’elles-mêmes, et qui ne tirent pas leur sens de la situation où elles se développent mais d’une sorte de nécessité intérieure et puissante qui les projette dans la lumière d’une évidence sans recours, déclare de son côté Artaud.
La désapprobation exprimée par le groupe surréaliste affecte profondément Germaine Dulac, qui dès lors réalise des courts-métrages expérimentaux, mêlant musique et image, telle Étude cinégraphique sur une arabesque (1929) ou Celles qui s’en font (1930), sur des chansons de Fréhel (1891-1951), ou encore Je n’ai plus rien (1931). Évoquons également La Germination d’un haricot, exemple de « cinéma pur » et de « poésie scientifique », employant à merveille les effets de ralenti et d’accéléré, ainsi que la magnifique Invitation au voyage, réalisée quelques années plus tôt, et très librement inspirée du poème de Baudelaire.
L’arrivée du cinéma parlant, qui modifie profondément les règles, en empêchant d’avoir une production totalement indépendante, amène la créatrice à renoncer au septième art. Cette dernière préfère ainsi diriger les actualités des studios Gaumont de 1933 à sa mort, le 20 juillet 1942, en pleine guerre, des suites d’une longue maladie, et dans un relatif oubli. Elle repose désormais dans un caveau familial, sorte de chapelle gothique, au nom de « Schneider-Saussais » (4ème ligne face à la 75ème division, 34ème tombe à partir du mur).

dulac père lachaise

ÉVÉNEMENTIEL D’OCTOBRE 2017

Chers amis,

  Sortons (pour une fois) d’Île-de-France, pour annoncer un évènement azuréen, avec l’exposition de notre amie Monique Marta, poétesse, peintre et animatrice/créatrice de la revue associative Vocatif, artiste dont nous avons déjà parlé sur « Page paysage ». J’ai moi-même composé pour l’occasion un bref texte de présentation, qui sera reproduit ici, sur le blog, très prochainement. Si vous êtes dans le Sud, venez donc admirer les toiles de Monique dans les locaux de la BNP, , 49 avenue Borriglione, 06100 NICE.

 

marta

Une toile/carte de Monique Marta

 

  Le 10 octobre, le poète, essayiste et collagiste lillois Patrick Lepetit, viendra dédicacer son pamphlet anti-célinien à la librairie libertaire, au 145 rue Amelot, 75011 PARIS (station Oberkampf), à partir de 19H30. Patrick, qui participe au catalogue collectif consacré à la peinture de Monique Marta (cf. plus haut), est en outre un spécialiste du surréalisme. Étant moi-même un admirateur du Docteur Destouches (du moins de ses œuvres), je ne manquerai pas d’être présent!

Site de l’atelier de création libertaire.

 

céline lepetit

L’ouvrage est vendu pour la modique somme de dix euros.

 

  Le 16 octobre paraîtra le nouveau Diérèse. Riche et varié, ce nouveau numéro, supervisé par Daniel Martinez, comportera, outre les textes de Pierre Dhainaut ou Jacques Ancet,  les interventions de votre serviteur, avec un nouvel épisode du « Tombeau des poètes », dans lequel j’évoquerai cette fois, toujours au Père-Lachaise, les figures de Sadegh Hedayat, Nusch Éluard, Germaine Dulac ou encore Guillaume Apollinaire (dans le désordre). Trois articles critiques de mon cru seront également présentés, et ultérieurement reproduits ici même. Pour commander le numéro, comme toujours, envoyer un chèque de 18,88 euros (comprenant les frais de port) à l’ordre de Daniel Martinez, 8 avenue Hoche, 77330 OZOIR-LA-FERRIÈRE. L’abonnement pour 4 numéros est de 45 euros.

Le blog de Daniel Martinez.

 

Diérèse 71

« La part belle », nouvel opus de « Diérèse ».

 

   Le traditionnel « Cénacle du Cygne » se tiendra sinon le dernier jeudi du mois, soit le 26 octobre, à partir de 20H30 au bar « La Cantada II », 13 rue Moret, 75011 PARIS (station Ménilmontant). Animée par Marc-Louis Questin, aka Lord Mandrake, la soirée présente à la fois des poètes, des acteurs, des chanteurs et des danseurs. Votre serviteur s’y rend traditionnellement, lit parfois, ne lit pas d’autres fois. L’occasion de découvrir une scène ouverte, de nouveaux talents.

 

cantada II

Une scène ouverte, riche.

  Le samedi 21 octobre, à partir de 10h30, notre ami le poète Pascal Mora animera le « Café Poésie » de Meaux, une autre scène ouverte dédiée exclusivement au texte. Rendez-vous donc dans la salle Bulle de la médiathèque Luxembourg, espace C. Beauchart, 2 rue Cornillon, 77100 MEAUX. Chacun peut venir lire ses productions.

 

mora

Pascal Mora, auteur notamment d’Etoile nomade » et de « Paroles des forêts », deux recueils évoqués sur le blog.

 

 

VIE DU BLOG 3: COURRIER DES LECTEURS (suite)

  DIMITRI ROULLEAU-GALLAIS

   Nous allons nous répéter, mais « Page paysage » est aussi un lieu de rencontres et d’échanges, non pas un forum, mais l’occasion de partager. Un de mes amis de faculté, récemment revu, cinéphile invétéré, laisse souvent de longs et intéressants commentaires sous nos articles. En l’occurrence, cet « amateur trop éclairé », pour reprendre le pseudonyme qu’il s’est choisi, a rebondi sur notre avant-dernier « Ciné-club », écrit suite  la mort de Tobe Hooper, il y a déjà deux mois. La critique est intéressante, et nous la reproduisons donc ci-dessous. Chronique itinérante, irrégulière, notre nouvelle série « Vie du blog » laissera ainsi de plus en plus fréquemment, la parole aux lecteurs (pour plus de commodités, nous publions également le billet original, écrit par nos soins).

NB: C’est la seconde fois que nous publions un commentaire d' »Un amateur trop éclairé ». La prochaine fois, nous reproduirons les remarques d’un autre follower, ou plutôt d’une autre, qui nous suit assidûment.

 

hooper

Le regretté Tobe Hooper (1943-2017)

 

NOTRE BILLET INITIAL:

    Tobe Hooper vient de nous quitter, à l’âge de 74 ans. L’occasion pour nous de lui rendre un ultime hommage, à travers cette scène finale de Massacre à la tronçonneuse, film devenu culte, réalisé avec un budget dérisoire en 1971. Nous y voyons « Leatherface », personnage cauchemardesque, inspiré du tueur en série Ed Gein, suivre avec sa tronçonneuse une des malheureuses touristes égarées dans un hameau paumé du Texas, peuplé de sadiques. Ex-étudiant ès Lettres d’origine islandaise, Gunnar Hansen, qui incarne le monstre, a lui disparu en 2015.

LA RÉPONSE D’UN AMATEUR TROP ÉCLAIRÉ:

    « LE film d’horreur des années 70 et l’un des plus grands jamais tournés.
(…) une date, l’archétype du film inoubliable qui saisit toujours autant malgré les visionnages à répétition. Une œuvre dure et brutale qui traverse les décennies sans perdre de sa force. Un cauchemar éveillé qui surprend toujours par son étonnante virtuosité. Et surtout, un opus indispensable au même titre que le Frankenstein de James Whale ou que le King Kong de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack. » (Critique parue au verso de dvdclassik)

   Tout cela semble parfaitement juste sauf que je n’en partage pas la totalité, je conteste surtout le caractère inoubliable et son caractère indispensable aujourd’hui: je ferai une distinction entre les oeuvres devenues des classiques, toujours « modernes », et les films novateurs à leur époque, des films-jalons dont l’importance historique est indéniable mais pas forcément toujours actuels car tout simplement démodés ou dépassés ou rendus indigestes en raison de leur postérité…
   Par ailleurs rapprocher cette oeuvre des films cités ci-dessus, vrais classiques incontournables du fantastique plus que de l’horreur, me paraît peu judicieux; oui « Il s’inscrit dans la lignée des premiers survivals de l’histoire du cinéma, au même titre que les très controversés Delivrance réalisé par John Boorman, ou La Dernière maison sur la gauche, réalisé par le quasi-débutant Wes Craven », mais on peut se demander si le film d’horreur en tant que genre n’est pas condamné au vieillissement par essence, surtout s’il repose essentiellement sur son côté purement technique et novateur et non sur une vision forte de l’humanité.

   Je dois reconnaître ses qualités évidentes de mise en scène donc mais ne peux que reconnaître le caractère présentement plus parodique ou grotesque, en aucun cas insoutenable, son caractère dur et brutal n’étant plus qu’un lointain souvenir…

   Pour l’horreur, plutôt penser à Requiem pour un massacre  par exemple… ou aux films muets de Bunuel… ou certains films d’Haneke? Ou…

   Rendre hommage à Romero, oui pourquoi pas?! Au film de Hooper, ouais?

   Et Jess Franco? Déjà fait par nos amis des Cahiers du Cinéma dernièrement! Quant à Rollin…

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