PAGE PAYSAGE

Accueil » Ruhaud Etienne

Archives de Catégorie: Ruhaud Etienne

Publicités

« ELDORADO », CLAUDINE SIGLER, éditions BLURB, 2018 (critique parue dans « Diérèse » 73, printemps-été, 2018).

sigler.jpg

   Le vers semble connaître, depuis plusieurs années, un regain d’intérêt. Bien que l’écriture régulière n’ait jamais été abandonnée, et soit récompensée par de nombreux prix régionaux, la plupart des auteurs lui préfèrent désormais le vers libre ou la prose. Toutefois, quelques irréductibles demeurent, à l’instar de William Cliff, de Michel Houellebecq ou de Laurent Fourcaut. Tiré aux Pays-Bas, chez Blurb, et richement illustré, Eldorado respecte ainsi rigoureusement les règles de la métrique classique. Employant tantôt l’alexandrin, tantôt l’octosyllabe, parfois des vers d’inégale longueur, C. Sigler se soucie des codes, sans pour autant verser dans une esthétique surannée. Ainsi des deux acrostiches « Rufino » et « Tamayo », qui évoquent le plasticien du même nom, et dans lesquels l’auteure semble s’être amusée. Déployant une langue riche, fortement imagée, Claudine Sigler s’attache également au présent, à l’époque actuelle, à travers une série de tableaux vivants et contemporains, prises de vue littéraires de Mexico, cité latino-américaine, et de Bruxelles, cité nordique. Car c’est bien autour de ces deux capitales, en apparence lointaines, opposées, que se construit le livre, selon deux axes, deux parties, avec, pour chacune, un papier différent : ocre comme le désert, pour Mexico, et gris, comme le ciel flamand, pour Bruxelles. Bicolore, Eldorado, dont le titre nous ramène aux cités d’or fantasmées, décrit ainsi deux endroits que tout paraît séparer, mais que C. Sigler veut relier, par la magie du verbe, dans une sorte de géographie imaginaire, subjective. Représentant, sur un même mur, le visage de René Magritte et de Frida Kahlo, deux surréalistes, un homme et une femme, l’un belge, l’autre mexicaine, la photographie du quatrième de couverture pourrait assez bien résumer, condenser l’ensemble. Ayant vécu outre-Atlantique, mais revenue en France, amoureuse du plat pays, C. Sigler célèbre avec un égal bonheur les deux contrées, les rapproche jusqu’à les confondre, à travers le dernier texte :

Las… Rien n’a plus ni queue ni tête

En Flandre comme à Mexico :

Tout a vécu, et sur vos fêtes,

Les pluies tombent comme un rideau.

   Pour autant, il ne s’agit pas d’un guide touristique désincarné. L’émotion est palpable, à chaque ligne. Dépeignant des lieux qu’elle aime, qu’elle a aimés, C. Sigler nous parle de gens qu’elle a côtoyés, de figures attachantes : artistes, écrivains, ou personnes simplement croisées. Des références érudites, des phrases reprises, jaillissent dans cette autobiographie versifiée, tantôt des chansons, tantôt des textes classiques entremêlés, ici ceux d’Heredia et Lamartine :

J’ai connu l’éternel été,

Le maïs en guise de blé,

La pyramide et le llano,

Les jardins de Xochimilco

Où Carlota brûla ses ailes,

_ Suspends ton vol, petit gerfaut,

Car México devient Bruxelles.

   Une pointe de mélancolie, de nostalgie surgit parfois. Tout doit passer, y compris les beaux souvenirs. Accompagné de photos prises par C. Sigler elle-même, bel objet plastique conçu par Dominique Janneteau, ce petit volume a quelque chose de terriblement vrai.

thumbnail_1èrecouv.Diérèse73

N.B.: Rufino Tamayo est un peintre mexicain originaire d’Oaxaca, au Mexique.

Publicités

ÉVÉNEMENTIEL DE JUILLET 2018

Chers lecteurs,

  Bien peu de choses à annoncer, pour cette période estivale, dans la mesure où la plupart de mes contacts, amis, artistes et créateurs, partent en vacances. En juillet et en août, il n’y aura effectivement ni Cénacle du Cygne, ni Café-Poésie à Meaux. Peut-être ajouterai-je un addendum toutefois au cours du mois. Je joins quelques photos prises à la médiathèque Luxembourg, en compagnie de Pascal Mora (organisateur de la manifestation), de Claudine Sigler (qui anime notre rubrique « Itzpapalotl » notamment, de Didier Ayres et de Yasmina Mahdi, auteurs, plasticiens, qui ont fondé la revue L’Hôte.  En vous souhaitant naturellement à tous un très bel été!

thumbnail_Meaux-16juin2018(6)

Pascal Mora au Café-Poésie de Meaux, le 16 juin 2018 (médiathèque Luxembourg).

thumbnail_Meaux-16juin2018(2)

De droite à gauche, Yasmina Mahdi, Didier Ayres, Etienne Ruhaud, Madame Mora, Pascal Mora, Claudine Sigler et une dame argentine très sympathique, habituée de lieux. Café-poésie de Meaux, médiathèque Luxembourg, 16 juin 2018.

thumbnail_28juin-LaCantada-JuleHellwave

Julie Hellwave au Cénacle du Cygne, le 28 juin 2018 (photo de Claudine Sigler)

thumbnail_28juin-LaCantada-Claudine

Claudine Sigler au Cénacle du Cygne, le 28/06/2018 (photo d’Etienne Ruhaud)

thumbnail_28juin-LaCantada-Etienne(10)

Etienne Ruhaud au Cénacle du Cygne, le 28/06/2018.

thumbnail_28juin-LaCantada-Etienne(13)

Etienne Ruhaud au Cénacle du Cygne, le 28/06/2018 (photo de Claudine Sigler)

 

 

« DISPARAÎTRE » PAR PATRICE MALTAVERNE (mon propre travail, 4).

   Poète, mais aussi blogueur, critique et éditeur (Le Citron Gare), le messin Patrice Maltaverne nous a gratifié, voici cinq ans, d’un très bel article autour de mon premier, et unique roman, Disparaître, sur le blog « Poésiechroniquetamalle ». Nous aurons l’occasion de reparler de cet auteur très actif sur le Net et ailleurs. Merci à lui!

4173ky5LoFL._SX335_BO1,204,203,200_

   Comment s’en sortir quand on est célibataire, que l’on vient de perdre son emploi, même précaire, et que l’on vit seul en région parisienne ? Renaud est le personnage principal du premier roman d’Etienne Ruhaud, qui se trouve confronté à cette problématique du pire.

   Si cela continue comme ça, d’ailleurs, nous allons assister à la naissance d’un nouveau genre littéraire, comme une sorte de roman d’apprentissage à l’envers. La faute à notre société et surtout à ses décideurs, qui savent très bien s’occuper de la jeunesse, en pensant d’abord à eux-mêmes ! Ainsi, sans le vouloir, « Disparaître » peut être vu comme une oeuvre engagée dans une dénonciation, même a minima, de ces ravages sociaux.

   Ici, la réponse à la question de la survie en milieu urbain tient dans un seul mot : disparaître, qui donne le titre du roman.

   Mais je ne peux vous en révéler davantage, auquel cas ce texte n’aurait plus de mystère pour vous.

   J’ai en tout cas beaucoup aimé « Disparaître » pour plusieurs raisons : d’abord, l’excellente connaissance et description des paysages urbains, qui ne se limitent pas aux seuls immeubles et rues qui les desservent, mais également à moult friches industrielles ou immobilières situées au milieu de nulle part…

   Ensuite, l’auteur sait très bien rendre la solitude en milieu urbain, quelque chose de profondément déshumanisé, où seules les pensées ont encore une consistance humaine.

   Enfin, le style de l’auteur, qui reste dans la retenue, ajoute encore à la crédibilité du chemin de croix de Renaud.

   Ainsi, « Disparaître » constitue une description fidèle des conditions de vie d’aujourd’hui, entre réussite scolaire et faillite sociale, à laquelle est trop souvent destinée notre génération perdue.

   Pour en savoir plus sur ce livre, vendu au prix de 13 €, vous pouvez vous renseigner sur le site de son nouvel éditeur basé dans la région parisienne, Unicité, http://www.editions-unicite.com/, dont le mail est editionsunicite@laposte.net

L’article sur le blog de Patrice Maltaverne (cliquer sur le lien)

COMILÉDIE, JACQUES CAUDA, éditions TINBAD, PARIS, 2017 (note de lecture à paraître dans « Diérèse » 74, automne-hiver 2018)

60804

   Deux fœtus dissertant de littérature et de Beaux-Arts dans le ventre de leur mère, peu avant l’accouchement : tel est le synopsis, le pitch de départ de ce volume foisonnant. Ancien réalisateur pour la télévision, Jacques Cauda semble ici pratiquer l’art du montage littéraire, superposant nombre de références, d’extraits, dans une sorte de maelstrom mêlant Joyce, Céline, ou encore Artaud et tant d’autres, issus des siècles précédents, plus ou moins célèbres. On songe naturellement aux Cantos, aux multiples palimpsestes d’Ezra Pound, un long poème mêlant des voix diverses, des troubadours à Li Bai, en passant par les créateurs américains contemporains : une sorte d’histoire de la lecture, donnant à découvrir nombre de textes, pour dessiner les contours d’une bibliothèque idéale. Admirateur de J.L. Godard, J. Cauda donnerait ainsi l’impression de partager une vaste culture, sans chercher nécessairement la cohérence, et en s’écartant du récit classique et en pratiquant le cut up.
Pour autant on ne saurait réduire Comilédie à son érudition, ni en faire une sorte d’ouvrage froid, écrit en jargon universitaire. Car le style de Cauda, précisément, fait fi de la logique, ou plutôt danse sur un air de jazz, comme précisé sur le quatrième de couverture, où se trouvent conviés Albert Ayler ou encore Ornette Coleman. Tantôt en vers, tantôt en glossolalies, l’auteur s’amuse, juxtapose savamment langue polie et obscénités, à grand renfort de néologismes, d’allusions sexuelles ou scatologiques, avec une joyeuse indécence :
les deux pôles
les deux trous
les deux couilles
les deux genres
les deux yeux
les deux seins
les deux mains (p. 132).

   L’érotisme devient vite franche pornographie, conte drolatique délibérément épais, rabelaisien, dans le style d’Oobèse, récit coquin (Z4 éditions, Paris, 2018). Surpris, parfois perdu, le lecteur est pris à témoin dans plusieurs notes de bas de page, remarques qui, loin d’éclairer le sens, paraissent encore l’opacifier, puisque tout échappe à l’enchainement narratif classique.
Comment, donc, considérer ce singulier écrit, que Philippe Sollers refusa dans les années 90? Classé dans la catégorie « roman » par Guillaume Basquin, directeur des jeunes éditions Tinbad, cette folie littéraire tient à la fois de la poésie, de l’essai, des la farce, de l’épopée burlesque, et aussi du livre d’art. Également peintre, Jacques Cauda, outre quelques partitions, insère directement ses propres toiles dans l’imprimé, tout en se jouant de la typographie. C’est dire la richesse, la polyphonie de cette bizarre, et parfois déconcertante, Comilédie, hapax de papier.

LES BOURDONS (création personnelle, 8)

LES BOURDONS

 

Énormes insectes, vibrations dans le Ciel.

   Strié d’épaisses soies jaunes et blanches, leur corps mesure environ un mètre cinquante. Les femelles sont plus petites que les mâles, et ont une tache rouge sur la tête. Ils volent avec un vrombissement caractéristique, assourdissant, pareil au b ruit d’un hélicoptère.

   Espèce endémique d’un archipel perdu, les bourdons butinent les grandes fleurs de lave à flanc de cratère, et disparaissent parfois sous l’éruption, étouffés par le soufre, avalés par la boue. Leur pauvre dépouille fossilisée réapparaît parfois des siècles après lors d’un glissement de terrain : pauvre cadavre décoloré, les ailes à jamais pétrifiées par la mort grise.

   Sanglé, sellé, l’animal fait la joie des enfants qui le montent, pour des promenades aériennes autour des volcans, par-dessus l’onde. Des circuits permettent aux jeunes touristes d’explorer les îles à dos de bourdon, des bouchons dans les oreilles et un casque sur la tête, par mesure de sécurité. Liés à la surexploitation, à la fatigue de la bête, les rares accidents recensés sont généralement mortels, et font toujours la une de la presse, sur le continent.

ÉVÉNEMENTIEL DE JUIN 2018

Chers amis,

  Je vous annonce, tout d’abord, la parution d’un article rédigé par mes soins autour de la rue du Volga dans L’ami du 20ème, mensuel évoquant l’arrondissement. Plusieurs notices autour des surréalistes et trois notes critiques sont également publiées dans Diérèse 73, la revue littéraire de Daniel Martinez. Je reproduirai tout cela ici-même, sur Page Paysage, dans un avenir proche.

thumbnail_1èrecouv.Diérèse73

sans-titre

  • Pour commander Diérèse, envoyer un chèque de 18 euros à l’ordre de Daniel Martinez, 8 avenue Hoche, 77330 OZOIR-LA-FERRIÈRE.
  • L’ami du 20ème s’achète dans les kiosques de l’arrondissement, ou dans certaines églises (1,70 euro).

MarchedelaPoesie2018(1)

  Diérèse pourra également s’acquérir au traditionnel marché de la poésie (cf. affiche ci-dessus), place Saint-Sulpice. À titre privé, j’y viendrai le samedi 9 juin dans l’après-midi. Vous pouvez me contacter par mail (er10@hotmail.fr), si vous souhaitez me rencontrer. Notre ami Pascal Mora dédicacera lui son tout nouveau recueil, publié par Unicité (éditeur de mon roman Disparaître), entre 16 heures et 18 heures, au stand 706 (à côté de l’église). Par ailleurs, Thierry Radière, dont nous avons déjà parlé, sera lui aussi présent pour dédicacer Les Samedis sont au marché, ouvrage préfacé par Denis Montebello, au stand des Carnets du dessert de Lune, entre 17h30 et 18h30. En outre, le 15 juin, sort une édition revue et corrigée du recueil Nouvelles septentrionales, aux éditions Jacques Flament.

bridge-over-the-river

 

   Ce même Pascal Mora animera également le dernier Café-Poésie de Meaux de la saison. Comme toujours, l’évènement se déroule à la médiathèque Luxembourg. J’y serai, pour lire mes textes. La scène est ouverte à tous, le samedi 16 juin au matin, à partir de 10 heures 30. Là encore, pour me contacter: er10@hotmail.fr

photographe-fou-cygne

 

   Le traditionnel « Cénacle du Cygne », animé par notre autre ami Marc-Louis Questin, alias Lord Mandrake, se tiendra lui comme toujours à la Cantada II, 13 rue Moret, 75011 Paris (métro Ménilmontant), le jeudi 28 juin à partir de 20h30. De nombreux participants, parmi lesquels des danseuses, des performers, des poètes et des acteurs, sont attendus. J’irai, mais probablement en simple spectateur.

UN MAIL DE MICHEL HOUELLEBECQ! (mon propre travail, 3)

  En 2013 paraissait donc mon premier et unique roman, Disparaître. Lecteur, et grand admirateur de Michel Houellebecq devant l’Eternel, je décidais d’envoyer un exemplaire au Maître. L’ouvrage étant préfacé par Dominique Noguez, qui fut LE découvreur d’Extension… (publié par Maurice Nadeau dont nous avons parlé le mois dernier), j’espérais plus ou moins une réponse. Je ne pense pas que Michel Houellebecq ait lu le livre. Néanmoins il m’a répondu. Je reproduis donc notre bref échange, en ne divulguant pas l’adresse de l’intéressé.

4173ky5LoFL._SX335_BO1,204,203,200_

Paris, le 25 mai 2013
Cher Michel Houellebecq,
  Je lis vos œuvres depuis la terminale, et souhaite vous faire envoyer mon premier roman, « Disparaître », qui sortira le 15 juin, avec une préface de Dominique Noguez, chez Unicité. Le récit évoque la disparation d’un jeune diplômé au chômage, dans la proche banlieue actuelle, et la recherche du père. C’est très court.
  J’ai également écrit des contes animaliers.
  En espérant que vous allez bien, et que l’inspiration est toujours au rendez-vous,
  Cordialement,
  Etienne Ruhaud
PS: Je joins le bref article que j’ai consacré à vos poèmes, et qui paraîtra incessamment sous peu dans la revue « Diérèse ».
Etienne Ruhaud
houellebecq

Cher Monsieur,

Dominique Noguez a raison, c’est un titre magnifique. Et il sait donner envie de lire. Vous pouvez m’adresser l’ouvrage à l’adresse suivante :
3, avenue de XXX
75XXX PARIS

Cordialement,
Michel Houellebecq. (le 25 mai à 12h54)

%d blogueurs aiment cette page :