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ALAIN ROUSSEL PARLE D' »ANIMAUX » (mon propre travail)

Alain Roussel est né en 1948. Il s’est intéressé très tôt à l’ésotérisme, dont l’alchimie et la cabale phonétique, et aux spiritualités orientales. Mais c’est la poésie, qu’il découvrira par la lecture, à l’âge de dix-huit ans, de Rimbaud, Lautréamont, Apollinaire, Breton, Desnos, Péret, Aragon, Artaud, Michaux…, qui l’incitera à écrire. Il a publié une trentaine de livres ou plaquettes, notamment chez Plasma (Drachline), Lettres Vives, Cadex, Apogée, La Différence et publie régulièrement des notes de lecture dans En attendant Nadeau, la revue Europe et sur son blog, Passager clandestin de la pensée.

Je reprends ici la présentation d’Alain Roussel sur le site de Maurice Nadeau, éditeur, s’il en est, des surréalistes. Membre de mon groupe Facebook dédié au mouvement, auteur prolixe, Alain a consacré un fort bel article à Animaux. Article lui-même repris sur son site personnel, ainsi que sur le blog de Piere Campion.

http://pierre.campion2.free.fr/roussel_ruhaud.htm

http://alainroussel.blogspot.com/2021/01/journal-de-lecture-etienne-ruhaud.html

C’est dans une sorte de réalisme fantastique que nous entraîne Étienne Ruhaud dans son livre, Animaux. On croit d’abord à un court traité de zoologie, très précis dans ses descriptions. puis on se dit que ces animaux sont tout de même étranges. Il n’est pas donné tous les jours de rencontrer des bégons, des bôlces, des braïns ou des caloplans. Et l’on comprend soudain que Ruhaud est l’inventeur particulièrement créatif d’animaux imaginaires, souvent atteints de gigantisme. Mais il peut lui arriver d’évoquer des animaux existants, tels le bourdon, l’escargot de Bourgogne ou le crabe tourteau auxquels il prête une taille préhistorique et des mœurs déroutantes. Avec humour, dont on devinera qu’il est de préférence de couleur noire, il nous invite à pénétrer dans un monde inquiétant où toutes les extravagances, comme on les aime, sont permises. Prenez les kraps : « Leur corps marron et pustuleux forme une boule. Seul le haut dépasse. Deux yeux rouges et une gueule plissée en une moue permanente, d’où sort parfois une langue en forme de laisse pour gober ce qui passe, ce qui nage ou ce qui vole : rongeurs, poissons, grenouilles, libellules et petits oiseaux. Toutes bestioles avalées dans un gargouillement. »

Si ces horrifiques créatures, qui apportent la preuve formelle que le Diable existe, sont souvent menaçantes, il appartient pourtant à l’homme d’en tirer quelques bénéfices. Ainsi du bourdon, dont « le corps mesure environ un mètre cinquante : Sanglé, sellé, l’animal fait la joie des enfants qui le montent, pour des promenades aériennes autour des volcans, par-dessus l’onde. Des circuits permettent aux jeunes touristes d’explorer les îles à dos de bourdon, des bouchons dans les oreilles et un casque sur la tête, par mesure de sécurité… »On pense au Michaux de Mes propriétés, avec je ne sais quoi dans le style de Lautréamont.

EXTRAIT

Les bourgognes

Énormes escargots tachetés, ocres.

Inodore, leur bave argentée s’étale dans la forêt, le long des chemins, et colle aux chaussures, aux pattes des bestiaux.

Ils consomment des champs entiers. Les paysans élèvent donc des murs, disposent du grillage, usent de poudre, ou les tuent, parfois d’une balle entre les cornes.

Non comestible, leur chair visqueuse et grise sert d’engrais. Vidée, nettoyée, coincée entre les pierres, leur coquille, elle, sert de niche, ou d’abri pour les bergers.

Alain Roussel

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