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DEUX ÉVÈNEMENTS (Dédicace de Marc-Louis Questin, Cénacle du Cygne dédié à Jean Rollin)

Chers amis, chers lecteurs,

   Comme indiqué dans mon bilan programmatique de l’année 2015, le blog a aussi une fonction évènementielle (pardonnez moi si je me répète). Au programme, donc, ce mois-ci et le suivant:

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  …Dans le cadre du Printemps des Poetes 2016 Marc-louis Questin lira des extraits du livre Le Crépuscule des Otaries paru aux éditions Unicité. D’autres auteurs et comediens participeront a cette soiree: Genevieve Baraone, Michele Barbier, Christine Beauvallet, Christophe & Theo Cigognot, Anne de Commines, Martine Konorski, Davide Napoli, Bojenna Orszulak, Alain Pizerra, Bruno Thomas, Fabrice Villard, Claude Yvans… La soirée sera organisée le vendredi 18 mars (dans deux jours), à la maison des associations du quinzième arrondissement  (22 rue de la Saïda, 75015 PARIS, station de tramway Georges Brassens, oui Porte de Versailles, en métro). Je reparlerai de ce riche recueil, illustré par Prisca Poiraudeau et préfacé par Jean Hautepierre, très prochainement par ailleurs, sur le blog et dans la revue Diérèse, si tout se passe bien. Je ne pourrai en tous cas être présent ce soir là, car je fête mon anniversaire (trente-six ans déjà!)

Jean-rollin_1938

  Animé par ce même Marc-Louis Questin, alias Lord Mandrake, le prochain « Cénacle du cygne », qui se tiendra comme toujours à la Cantada II (13 rue Moret, Paris 11, station Ménilmontant), le 24 mars à partir de 20 heures, sera dédié au cinéaste et écrivain fantastique Jean Rollin, créateur enterré au Père-Lachaise, obsédé par les vampires, et dont j’ai déjà parlé sur le blog. Au programme: Lectures, danses, concerts, videos et performances de: Deen Pro Abboud, Zoro Astre, Pierre Brulhet, Teddy Burns, Nicolas Reynaud aka Nikko Dogz, Corinne Colmant, Béatrice Darmon, Sylvain Ferrieu, Alain Gilot, Cassandra Hans, Jean Hautepierre, Ghislaine Macret, Avicène Nikola, Pascal Perrot, Jean Peyrelade, Isabelle Pin, Monsieur Pun, Marc-louis Questin, Rhinoceros,Translucid Souls (Bruno Gaia et Juana Le Piranha), Mathilde Tixier, Pierre Triboulet, AnnSo Unter, Aïna Valeriu, Lilac Vinonudge, Richard Wahnfried + invites-surprise. Lecture du récit vampirique « La Dame de Sang » et des éditions Eleusis.

  Je lirai moi même quelques poèmes en début de soirée. Ci-dessous, pour se mettre dans l’ambiance, un court-métrage de Jean Rollin, librement adapté des Amours jaunes de Tristan Corbières, et sorti en 1958:

LE POÈTE CONTUMACE (1873)

Sur la côte d’ARMOR. – Un ancien vieux couvent,
Les vents se croyaient là dans un moulin-à-vent,
Et les ânes de la contrée,
Au lierre râpé, venaient râper leurs dents
Contre un mur si troué que, pour entrer dedans,
On n’aurait pu trouver l’entrée.

– Seul – mais toujours debout avec un rare aplomb,
Crénelé comme la mâchoire d’une vieille,
Son toit à coups-de-poing sur le coin de l’oreille,
Aux corneilles bayant, se tenait le donjon,

Fier toujours d’avoir eu, dans le temps, sa légende…
Ce n’était plus qu’un nid à gens de contrebande,
Vagabonds de nuit, amoureux buissonniers,
Chiens errants, vieux rats, fraudeurs et douaniers.

– Aujourd’hui l’hôte était de la borgne tourelle,
Un Poète sauvage, avec un plomb dans l’aile,
Et tombé là parmi les antiques hiboux
Qui l’estimaient d’en haut. – Il respectait leurs trous, –
Lui, seul hibou payant, comme son bail le porte :
Pour vingt-cinq écus l’an, dont : remettre une porte. –

Pour les gens du pays, il ne les voyait pas :
Seulement, en passant, eux regardaient d’en bas,
Se montrant du nez sa fenêtre ;
Le curé se doutait que c’était un lépreux ;
Et le maire disait : – Moi, qu’est-ce que j’y peux,
C’est plutôt un Anglais… un Être.

Les femmes avaient su – sans doute par les buses –
Qu’il vivait en concubinage avec des Muses !…
Un hérétique enfin… Quelque Parisien
De Paris ou d’ailleurs. – Hélas ! on n’en sait rien. –
Il était invisible ; et, comme ses Donzelles
Ne s’affichaient pas trop, on ne parla plus d’elles.

– Lui, c’était simplement un long flâneur, sec, pâle ;
Un ermite-amateur, chassé par la rafale…
Il avait trop aimé les beaux pays malsains.
Condamné des huissiers, comme des médecins,
Il avait posé là, soûl et cherchant sa place
Pour mourir seul ou pour vivre par contumace…

Faisant, d’un à-peu-près d’artiste,
Un philosophe d’à peu près,
Râleur de soleil ou de frais,
En dehors de l’humaine piste.

Il lui restait encore un hamac, une vielle,
Un barbet qui dormait sous le nom de Fidèle ;
Non moins fidèle était, triste et doux comme lui,
Un autre compagnon qui s’appelait l’Ennui.

Se mourant en sommeil, il se vivait en rêve.
Son rêve était le flot qui montait sur la grève,
Le flot qui descendait ;
Quelquefois, vaguement, il se prenait attendre…
Attendre quoi… le flot monter – le flot descendre –
Ou l’Absente… Qui sait ?

Le sait-il bien lui-même ?… Au vent de sa guérite,
A-t-il donc oublié comme les morts vont vite,
Lui, ce viveur vécu, revenant égaré,
Cherche-t-il son follet, à lui, mal enterré ?

– Certe, Elle n’est pas loin, celle après qui tu brâmes,
Ô Cerf de Saint Hubert ! Mais ton front est sans flammes…
N’apparais pas, mon vieux, triste et faux déterré…
Fais le mort si tu peux… Car Elle t’a pleuré !

– Est-ce qu’il pouvait, Lui !… n’était-il pas poète…
Immortel comme un autre ?… Et dans sa pauvre tête
Déménagée, encor il sentait que les vers
Hexamètres faisaient les cent pas de travers.
– Manque de savoir-vivre extrême – il survivait –
Et – manque de savoir-mourir – il écrivait :

« C’est un être passé de cent lunes, ma Chère,
En ton cœur poétique, à l’état légendaire.
Je rime, donc je vis… ne crains pas, c’est à blanc.
– Une coquille d’huître en rupture de banc ! –
Oui, j’ai beau me palper : c’est moi ! – Dernière faute –
En route pour les cieux – car ma niche est si haute ! –
Je me suis demandé, prêt à prendre l’essor :
Tête ou pile… – Et voilà – je me demande encor… »

« C’est à toi que je fis mes adieux à la vie,
À toi qui me pleuras, jusqu’à me faire envie
De rester me pleurer avec toi. Maintenant
C’est joué, je ne suis qu’un gâteux revenant,
En os et… (j’allais dire en chair). – La chose est sûre
C’est bien moi, je suis là – mais comme une rature. »

« Nous étions amateurs de curiosité :
Viens voir le Bibelot. – Moi j’en suis dégoûté. –
Dans mes dégoûts surtout, j’ai des goûts élégants ;
Tu sais : j’avais lâché la Vie avec des gants ;
L’Autre n’est pas même à prendre avec des pincettes…
Je cherche au mannequin de nouvelles toilettes. »
« Reviens m’aider : Tes yeux dans ces yeux-là ! Ta lèvre
Sur cette lèvre !… Et, là, ne sens-tu pas ma fièvre
– Ma fièvre de Toi ?… – Sous l’orbe est-il passé
L’arc-en-ciel au charbon par nos nuits laissé ?
Et cette étoile ?… – Oh ! va, ne cherche plus l’étoile
Que tu voulais voir à mon front ;
Une araignée a fait sa toile,
Au même endroit – dans le plafond. »

« Je suis un étranger. – Cela vaut mieux peut-être…
– Eh bien ! non, viens encor un peu me reconnaître ;
Comme au bon saint Thomas, je veux te voir la foi,
Je veux te voir toucher la plaie et dire : – Toi ! –

« Viens encor me finir – c’est très gai : De ta chambre,
Tu verras mes moissons – Nous sommes en décembre –
Mes grands bois de sapin, les fleurs d’or des genêts,
Mes bruyères d’Armor… – en tas sur les chenets.
Viens te gorger d’air pur – Ici j’ai de la brise
Si franche !… que le bout de ma toiture en frise.
Le soleil est si doux… – qu’il gèle tout le temps.
Le printemps… – Le printemps n’est-ce pas tes vingt ans.
On n’attend plus que toi, vois : déjà l’hirondelle
Se pose… en fer rouillé, clouée à ma tourelle. –
Et bientôt nous pourrons cueillir le champignon…
Dans mon escalier que dore… un lumignon.
Dans le mur qui verdoie existe une pervenche
Sèche. – … Et puis nous irons à l’eau faire la planche
– Planches d’épave au sec – comme moi – sur ces plages.
La Mer roucoule sa Berceuse pour naufrages ;
Barcarolle du soir… pour les canards sauvages. »

« En Paul et Virginie, et virginaux – veux-tu –
Nous nous mettrons au vert du paradis perdu…
Ou Robinson avec Vendredi – c’est facile –
La pluie a déjà fait, de mon royaume, une île. »

« Si pourtant, près de moi, tu crains la solitude,
Nous avons des amis, sans fard – Un braconnier ;
Sans compter un caban bleu qui, par habitude,
Fait toujours les cent-pas et contient un douanier…
Plus de clercs d’huissier ! J’ai le clair de la lune,
Et des amis pierrots amoureux sans fortune. »

– « Et nos nuits !… Belles nuits pour l’orgie à la tour !…
Nuits à la Roméo ! – Jamais il ne fait jour. –
La Nature au réveil – réveil de déchaînée –
Secouant son drap blanc… éteint ma cheminée.
Voici mes rossignols… rossignols d’ouragans –
Gais comme des poinçons – sanglots de chats-huants !
Ma girouette dérouille en haut sa tyrolienne
Et l’on entend gémir ma porte éolienne,
Comme chez saint Antoine en sa tentation…
Oh viens ! joli Suppôt de la séduction ! »

– « Hop ! les rats du grenier dansent des farandoles !
Les ardoises du toit roulent en castagnoles !
Les Folles-du-logis…
Non, je n’ai plus de Folles ! »

… « Comme je revendrais ma dépouille à Satan
S’il me tentait avec un petit Revenant…
– Toi – Je te vois partout, mais comme un voyant blême,
Je t’adore… Et c’est pauvre : adorer ce qu’on aime !
Apparais, un poignard dans le cœur ! – Ce sera,
Tu sais bien, comme dans Iñès de La Sierra…
– On frappe… oh ! c’est quelqu’un…
Hélas ! oui, c’est un rat. »

– « Je rêvasse… et toujours c’est Toi. Sur toute chose,
Comme un esprit follet, ton souvenir se pose :
Ma solitude – Toi ! – Mes hiboux à l’œil d’or :
– Toi ! – Ma girouette folle : Oh Toi !… – Que sais-je encor…
– Toi : mes volets ouvrant les bras dans la tempête…
Une lointaine voix : c’est Ta chanson ! – c’est fête !…
Les rafales fouaillant Ton nom perdu – c’est bête –
C’est bête, mais c’est Toi ! Mon cœur au grand ouvert
Comme mes volets en pantenne,
Bat, tout affolé sous l’haleine
Des plus bizarres courants d’air. »

« Tiens… une ombre portée, un instant, est venue
Dessiner ton profil sur la muraille nue,
Et j’ai tourné la tête… – Espoir ou souvenir –
Ma sœur Anne, à la tour, voyez-vous pas venir ?… »

– Rien ! – je vois… je vois, dans ma froide chambrette,
Mon lit capitonné de satin de brouette ;
Et mon chien qui dort dessus – Pauvre animal –
… Et je ris… parce que ça me fait un peu mal. »

« J’ai pris, pour t’appeler, ma vielle et ma lyre.
Mon cœur fait de l’esprit – le sot – pour se leurrer…
Viens pleurer, si mes vers ont pu te faire rire ;
Viens rire, s’ils t’ont fait pleurer…. »

« Ce sera drôle… Viens jouer à la misère,
D’après nature : – Un cœur avec une chaumière. –
… Il pleut dans mon foyer, il pleut dans mon cœur feu.
Viens ! Ma chandelle est morte et je n’ai plus de feu… »

*

Sa lampe se mourait. Il ouvrit la fenêtre.
Le soleil se levait. Il regarda sa lettre,
Rit et la déchira… Les petits morceaux blancs,
Dans la brume, semblaient un vol de goëlands.

Penmarc’h – jour de Noël.

MÉMOIRE DES POÈTES XI: JEAN ROLLIN (1938-2010), Père Lachaise, division 37

Jean-rollin_1938   Fils du dramaturge Claude Rollin et de Denise Lefroi, qui sera la maîtresse de Georges Bataille (1897-1962, enterré au cimetière de Vezelay) et Maurice Blanchot, Jean-Michel Rollin Roth le Gentil naît le 3 novembre 1938 à Neuilly-sur-Seine. Enfant, il se passionne pour le cinéma de cape et d’épée après avoir vu Le Capitaine Fracasse d’Abel Gance, puis, adolescent, pour les films fantastiques américains, ainsi que pour la littérature populaire. Il s’initie à la réalisation au cours de ses obligations militaires, en tournant des publicités pour le recrutement. Ayant échoué à devenir assistant du grand surréaliste Luis Buñuel (1900-1983, ses cendres sont répandues à Mexico), Rollin, influencé par la déconstruction narrative du Nouveau Roman, s’aventure en plusieurs essais expérimentaux, littéraires, tel Les Amours jaunes (1958) adaptation d’un poème de Tristan Corbière (1845-1875), ou Ciels de cuivre (1961). L’itinéraire marin, projet de film avec Marguerite Duras datant de 1963, ne voit finalement pas le jour. Rollin continue donc à enchaîner courts-métrages et travaux alimentaires, sur les plateaux, où il est embauché comme technicien.

   Le viol du vampire, son premier long-métrage, sorti en mai 1968 à l’occasion des évènements de mai, est un échec retentissant. Né, pour d’étranges raisons, de la jonction de deux moyen-métrages (Le viol du vampire proprement dit et Les femmes vampires), et produit avec très peu de moyens par Sam Selsky, l’œuvre suscite de violentes réactions de rejet. Surréaliste, sensuel et avant-gardiste, Le viol du vampire déçoit la plupart des spectateurs, venus voir un authentique film d’horreur, dans l’esprit des productions anglaises Hammer. Les rares critiques sont féroces, et Rollin veut alors mettre un terme à sa carrière. Il revient néanmoins dès 1969 avec La vampire nue, film magnifique tourné en couleur, avec les jumelles Marie-Pierre et Catherine Castel (qu’on retrouvera dans les productions suivantes), et qui fait la part belle aux obsessions saphiques de l’auteur, ainsi qu’à une sorte d’imaginaire sombre. Peu dialogué, assez lent, le scénario décrit la lutte courageuse d’un jeune homme contre la sanglante société secrète dirigée par son père, défendue par d’étranges personnages à masques d’animaux. Le film, qui convoque à la fois Georges Franju, grand intercesseur de Rollin, et l’expressionisme allemand, évoque une nouvelle fois l’esthétique surréaliste. Le frisson des vampires (1970), où une reine vampire sort d’une horloge, ou encore Requiem pour un vampire (1971), ou deux jeunes filles déguisées en clowns s’enfuient d’un centre éducatif pour atterrir dans un château habité par une secte avide d’hémoglobine, restent dans la même veine érotico-fantastique.

"Le viol du vampire", 1968

« Le viol du vampire », 1968

   L’Américain Lionel Wallman, qui va produire les films suivants, convainc Rollin d’introduire quelques scènes d’amour hétérosexuelles, puis de s’orienter vers le genre érotique, en pleine expansion au début des années 70. En 1973, le nouvel échec commercial de La rose de fer, autre récit énigmatique et vampirique se déroulant sur la côte normande et dans le cimetière d’Amiens, amène le cinéaste à « commettre », sous pseudonyme, des navets pornographiques softs, parmi lesquelles Jeunes filles impudiques (1973), et Tout le monde il en a deux (1974), où nous retrouvons le mannequin Joëlle Cœur. Rollin, qui glisse un soupçon d’épouvante dans Phantasmes, en 1975, n’a pas renoncé pas pour autant à son travail d’auteur. Réalisé en 1974 avec davantage de moyens, comptant Jean-Pierre Bouyxou, personnage fétiche des plateaux underground, au casting, Les démoniaques, où le spectre de jeunes filles victimes de naufrageurs pourchassent leurs bourreaux, et Lèvres de sang (qui connaîtra une double version nettement plus hardcore, avec l’acteur-poète Jean-Loup Philippe, Suce-moi vampire), se heurtent pourtant toujours à l’indifférence, voire au mépris, de la critique. Contraint à la production de séries B, théoriquement plus populaires, Rollin tourne alors beaucoup, et notamment des films de zombies, parfois intéressants, parmi lesquels Les raisins de la mort (1977), avec la plantureuse actrice X Brigitte Lahaie, Le lac des morts-vivants (1981), sous pseudonyme, ou encore La morte vivante (1982). Il s’illustre aussi dans le thriller, avec La nuit des traquées (1980), et Les trottoirs de Bangkok (1984), récit sensé se dérouler en Thaïlande, mais entièrement filmé dans des hangars… au milieu du XIIIème arrondissement ! Signalons enfin une comédie qui n’a pas fait date, Ne prends pas les poulets pour des pigeons (1985), avec Michel Galabru, sur un scénario de Jean-Claude Benhamou, et un authentique drame, non-fantastique, qui raconte l’errance de deux jeunes fugueuses, Les échappées (1981). La capacité de Rollin à réaliser rapidement et avec un budget minimal des œuvres de commande attire alors l’attention de Marius Lesoeur, producteur d’Eurociné, et que le cinéaste espagnol Jésus Franco (1930-2013) a abandonné du fait qu’il ne lui fournissait pas suffisamment de fonds. Outre ses propres films, Rollin se voit proposer de reprendre les rushs de Franco (ce qui provoque la fureur de l’intéressé), et de « compléter » certaines productions bancales ou inachevées, tel Emmanuelle 6, en 1988. Lui qui aime faire une courte apparition dans certaines scènes, joue également pour des amis, tels Norbert Moutier, spécialiste de cinéma bis, Jean-Pierre Putters, fondateur de « Mad movies », ou encore Quelou Parente, auteure de plusieurs courts métrages fantastiques.

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  Reconnu dans les milieux arty américains comme un créateur atypique, son travail se diffuse peu à peu en vidéo outre-Atlantique, mais pas en France, où les salles obscures de quartier disparaissent les unes après les autres pour laisser place à de grands complexes où les petites productions sont absentes. S’éloignant progressivement de la caméra faute de moyens, Rollin prend la plume pour explorer plus avant un univers original, unique. Plusieurs romans, là aussi fantastiques, souvent gore, tels La petite ogresse, Gargouillis glauque[1], ou Billes de clown[2] voient ainsi le jour. Devenu directeur de collection chez Florence Massot et Fleuve noir, Rollin tourne un peu pour la télévision, grâce à Canal +, et réalise aussi des films beaucoup plus personnels, aux antipodes des séries B précédemment citées. On retrouve ainsi l’écriture des premiers films dans Les deux orphelines vampires (1997), La fiancée de Dracula (2002), et surtout la magnifique Nuit des horloges (2007), sorte de testament esthétique et spirituel, alternance de réflexions philosophiques et de morceaux poétiques, riches de nombreuses références aux films du début. La hardeuse Ovidie y incarne la jeune Isabelle. Ayant reçu en héritage la maison d’un vieil oncle écrivain et réalisateur, le mystérieux Michel Jean (double assumé de Rollin), Isabelle sera poursuivie par des spectres au Père Lachaise, allégories des propres idées fixes de l’auteur. Ni cette Nuit des horloges, ni l’ultime Masque de la méduse (2010), où jouent l’épouse et la petite fille de Rollin, ne sortent cependant en salle. Atteint d’un cancer, l’homme, qui commence à être invité dans des festivals, s’éteint le 15 décembre 2010, et se trouve inhumé dans le caveau familial de la 27ème division, dans le cimetière qu’il avait lui-même filmé. À soixante-douze ans. Il laisse derrière lui pas moins de trente-et-un courts et longs métrages, vingt-deux livres, et plusieurs scénarios. D’inégale valeur, souvent décriée, son œuvre, aujourd’hui rééditée en DVD, rencontre un nombre croissant d’adeptes. Plusieurs documentaires lui sont également consacrés, tels Jean Rollin, le rêveur égaré[3], ou Être et à voir[4].

9

[1] Tous deux publiés chez Rafaël de Surtis/Editinter.

[2] Editions Edite, Paris, 2009.

[3] Damien Dupont et Yvan-Pierre Kaiser, sorti en 2011.

[4] Jean-Loup Martin, L’Harmattan, Paris, 2015.

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