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BONNE ANNÉE 2023!

Ὑγίεια, ζωή, χαρά, εἰρήνη, εὐθυμία, ἐλπίς ! Santé, vie, joie, paix, bonne humeur et espoir ! Mosaïque romaine, IVème siècle avant J.C. Acquise en 1857 par sir Charles Thomas Newton, Londres, British Museum.

Chers amis, chers lecteurs, chers abonnés,

Comme chaque premier janvier, donc, depuis 2014, année de création du blog, je vous souhaite une excellente année. Que 2023 voit l’accomplissement de vos rêves, de vos ambitions.

Comme chaque premier janvier également, je vais tirer un bref bilan littéraire de l’année écoulée, et définir quelques perspectives pour l’année qui commence.

  • J’ai créé le blog en septembre 2014. En janvier 2013, j’avais ouvert un premier blog sur Hautetfort. L’aventure aura duré vingt et un mois. J’ai opté pour WordPress car la plateforme offre de plus grandes capacités, et permet de toucher davantage de monde.
  • La fréquentation de « PAGE PAYSAGE » fléchit (cf. ci-dessus). En 2022, nous sommes ainsi passés sous la barre symbolique des 10 000 vues. Moins de visiteurs également, et un peu moins de commentaires qu’en 2021. L’explication? J’ai délaissé les posts « grand public » pour me concentrer sur mes contacts littéraires. J’ai ainsi valorisé oeuvres littéraires et plastiques plus confidentielles. Il y a sans doute d’autres explications. Honnêtement, cette baisse ne me choque pas et ne m’empêchera pas de continuer. Nous comptons aujourd’hui 150 abonnés, parmi lesquels des fidèles. C’est l’essentiel.
  • Le blog n’est pas construit au jour le jour, de manière anarchique. Programmant généralement les articles à l’avance, je suis une sorte de plan.
  • Publiée chaque premier du mois, la série « Angst », ainsi, présente des photos décalées, glanées sur Google images ou sur Facebook. Le contenu doit rester un peu énigmatique, en suspens.
  • Comme son nom l’indique, la série « Mémoire des poètes » rend hommage à un créateur, généralement un auteur, et généralement un surréaliste, même si je ne m’interdis rien.
  • Je reproduis chaque mois une toile, une oeuvre surréaliste.
  • Chaque mois aussi je reprends ici une critique parue dans « Actualitté », ainsi qu’une interview d’auteur (série « Voix des auteurs »). Je poste une citation, tirée d’un livre contemporain, en valorisant naturellement mes amis, et/ou les petits éditeurs.
  • Le défi « Un classique par mois » consiste à lire un auteur que je ne connais absolument pas, et à faire part de mes impressions. Il s’agit d’enrichir sa culture littéraire en explorant d’autres sentiers, un peu au hasard des routes (on peut ajouter comme contrainte: parler d’un livre trouvé dans la rue, ou dans une boîte aux livres). Peu importe qu’il s’agisse de l’oeuvre MAJEURE de l’auteur en question. Peu importe la longueur même du texte. Manquant cruellement de temps, entre les essais surréalistes à finir, les services de presse et tout le reste, je valorise les minces volumes: théâtre, poésie, nouvelles, brefs romans. Depuis juin, j’aurai « exploré » (dans le désordre): Roger Nimier, Cécil Saint-Laurent, Georges Courteline, Eugène Labiche, Carlo Goldoni, Aristophane…
  • La nouvelle série « Journal-photo » permet de rendre hommage à des contacts, de rendre compte (un peu) de la vie littéraire parisienne. Là aussi, l’amitié joue un rôle primordial. Ce blog est aussi un journal d’écriture.
  • Chaque mois, je me fends d’une réflexion plus ou moins longue, en évitant l’actualité politique, puisque tout propos « engagé » demeure, selon moi, à proscrire. Il en va de même sur les réseaux. Le débat sociétal, la polémique en général, me paraissent vains sur Internet. Mieux vaut s’engager dans la « vraie vie », ou alors faire les deux (s’exprimer sur un écran mais se manifester dans la rue). Le temps perdu ne se rattrape jamais. Donner mon avis sur Macron, sur la guerre en Ukraine ou la situation en Iran ne changera absolument rien, et tel n’est pas l’objet du blog. Le créateur n’est pas dans une tour d’ivoire. Cela étant, j’aime l’idée selon laquelle la littérature demeurerait un jardin préservé, où chacun pourrait librement s’exprimer, quel que soit son bord. Certes, on n’est jamais neutre. J’ai ainsi beaucoup parlé de Houellebecq, ou encore de Salman Rushdie, qui s’est remis de ses blessures.
  • Chaque mois, enfin, je relaie des nouvelles d' »Eléphant blanc », la collection que j’ai créée en 2021, soit l’an dernier, sur une proposition de François Mocaër, directeur des éditions Unicité. Il s’agit de promouvoir mes propres auteurs, de jouer les attachés de presse.
  • Quelles perspectives, pour 2023? 1) Le blog poursuivra son petit bonhomme de chemin, sur le même modèle (une dizaine de billets mensuels. C’est suffisant). 2) Je publierai, je pense, cinq volumes chez « Eléphant blanc ». En précisant une nouvelle fois que je ne peux accepter de nouveaux manuscrits, mon programme étant bouclé jusqu’à mi-2024. Et même au-delà. 3) Je poursuivrai mon travail critique. Et là aussi je ne peux recevoir de nouveaux services de presse. Beaucoup à faire. Sachant que j’apprécie aussi, un renvoi d’ascenseur (plusieurs écrivains chroniqués par mes soins ne suivent pas le blog. Ce qui est décevant). 4) Je continuerai à animer, de façon mesurée, le groupe « surréalisme(s) » sur Facebook, en compagnie de notre ami Eric Dubois. Nous sommes désormais 2000 membres! 5) Sur le plan plus personnel, je dois publier en mars-avril un assez gros livre chez Unicité. Intitulé Panorama 1, articles et entretiens, 2005-2022, ce dernier reprendra les dizaines de notes de lecture, et les interviews d’auteurs que j’ai pu réaliser ces quinze dernières années, pour divers médias, souvent confidentiels. Par ailleurs, j’achèverai la rédaction du Père-Lachaise surréaliste, en profitant de la bourse Sarane Alexandrian allouée par la SGDL (Société des Gens de Lettres). Enfin, je rédigerai au quotidien mon journal intime, ce dernier n’étant pas destiné à la publication. Beaucoup de belles lectures en vue, également. Beaucoup à faire, encore et toujours.

Une nouvelle fois, belle et heureuse année 2023 à tous! Sous le signe de Dionysos…

On se quitte en musique, dans l’énergie, la joie, l’enthousiasme. Hyperspeed!

ETIENNE RUHAUD

PS: La fréquentation du blog demeure variée. Très logiquement, la France arrive en tête, suivie par divers pays francophones, ou par des francophones (américains ou autres), résidant dans des pays anglophones. Rien de surprenant:

Statistiques pour l’année 2022.


Let’s jet out, we’ll cruise at hyperspeed
I got the beat, I got the beat
And that’s all we need, check it out
Let’s jet out, we’ll cruise at hyperspeed
I got the beat, I got the beat
And that’s all we need, check it out






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POSITIF!

Alors certains diront que je dis « noir » quand d’autres disent « blanc », et il est vrai que j’aime prendre le contrepied, en bon adolescent attardé. Mais sincèrement je ne rejoins pas l’avis des grincheux, leur mépris voilé de la masse. Trois grands classiques dans cette liste, et finalement les Français lisent. Dans le métro (ceux qui ne sont pas sur le smartphone), la rue, les médiathèques, les parcs… Des jeunes, des vieux, des bourgeois ou des prolos… Ce qui n’est pas le cas de tous les pays, y compris en Europe.

Le fait de ne pas aimer cette époque, pour diverses raisons, ne doit pas nous empêcher de demeurer objectifs. Être réac pour être réac, c’est aussi absurde que d’être progressiste pour être progressiste. Les deux attitudes procédant d’ailleurs du déni… Non, tout n’empire pas.

AGACEMENT

Salon de l’Autre livre: je n’achète plus chez certaines maisons de poésie tout simplement parce que je ne sais pas correctement découronner les livres. A chaque fois, je déchire une partie des pages avec le coupe-papier. Je sais que les puristes ou les conservateurs trouveront toujours à redire (à l’instar d’un commentateur Facebook: « Je ne serai jamais en accord avec ce nouveau monde », etc.). Notre génération n’a pas l’habitude de ce genre de pratique. C’est tout. C’est comme si on vous demandait d’écrire avec une plume et un encrier sur un parchemin alors même qu’il existe des stylos et des carnets, ou encore qu’on envoyait ses manuscrits rédigés à la main à l’éditeur. C’est beau mais pénible, et cela bloque une partie du lectorat. Avant, je prenais souvent des livres des éditions Corti, avec le stress de perdre 18 euros (car un livre laid, mal coupé, ne donne pas envie d’être lu). Du coup ça fait aussi une rentrée d’argent en moins. J’aime ces éditions mais cet espèce d’élitisme mal placé m’agace.

RÉSEAUX SOCIAUX (ET TEMPS PERDU)

Les gens qui n’interviennent sur ton mur que pour te corriger et te faire comprendre qu’ils suivent une sorte de doxa officielle, ayant valeur de blanc-seing moral, alors qu’ils ne commentent absolument jamais les dizaines de posts autour de la poésie et des beaux-arts… Alors certes, prendre le contre-pied de tout en se voulant transgressif tel un adolescent pénible… Mais venir te condamner en exhibant ta générosité supposée à l’égard d’un pays lointain où tu n’as jamais mis les pieds et dont tu te moques pas mal, parce que c’est la tendance du moment… Ou exclure Pierre, Paul et Tartempion parce qu’il a choisi les extrêmes et bien le faire savoir sur les réseaux, histoire de se décharger, d’exprimer sa propre intolérance refoulée… Restons décents.

RETRAIT

« Le penseur », Auguste Rodin.

Il est des sujets complexes, notamment en matière de géopolitique, dans lesquels il est bien périlleux de s’aventurer. Et d’ailleurs pourquoi les auteurs auraient nécessairement leur mot à dire sur telle ou telle situation internationale ? En quoi leur parole, qui est souvent dictée par les médias dominants, ou par leur ego, leur désir de séduction, serait-elle plus légitime que celle de l’individu lambda? Sans compter, souvent, que cela entraîne des discussions virtuelles longues et compliquées, des débats interminables et vains. Autant de perte de temps. Cela ne signifie pas qu’on soit indifférent à l’actualité. Cela veut dire que parfois on n’a rien à ajouter et que notre avis ne changera absolument rien à la marche des choses, et qu’il convient, souvent, de se taire.

ENVIE

J’ai envie de publier un recueil d’entretiens et de notes critiques chez l’Harmattan, en regroupant tout ce que j’ai fait jusqu’à présent notamment sur le blog. Je pense que les traces électroniques vont disparaître. L’imprimé lui demeurera. Même lu par dix, trente, quarante lecteurs. À la bibliothèque de recherche, par exemple, je suis déjà tombé sur un livre non coupé daté des années 60. Ce qui veut dire qu’en soixante ans absolument personne ne l’avait lu. Et pourtant il existe. Il est là. Posé comme pour attendre ma venue deux décennies et demi après la mort d’un auteur que je ne rencontrerai jamais physiquement.

INSPIRATION (manque)

   Je n’ai plus d’inspiration pour écrire un roman. J’aurais aimé parler d’un gilet jaune, ou d’un vieux garçon victime d’un brouteur africain, de Tinder… Mais je ne parviens pas à trouver l’angle d’attaque. Disparaître aura été peut être mon seul récit. Restent les journaux intimes (plusieurs milliers de pages), mais je crois aux œuvres constituées, pas à l’étalage pur du MOI, à la complaisance morbide, à la facilité. Les journaux peuvent étre à la base de la fiction, mais ilfaut faire rentrer le texte, les idées, les thèmes, dans une structure stricte, ce qui demande un travail d’orfèvre. Je vais donc en rester aux essais et à la critique, du moins momentanément. Le reste viendra peut-être. J’ai l’impression de devoir cultiver un arpent caillouteux, aride, de me casser les dents sur du granit Plutôt ne rien dire que de ne rien donner qui me semble inspiré et vrai.

RÉFLEXION LITTÉRAIRE 8: « COURRIER DES LECTEURS »

   Lecteur actif de « Page paysage », un camarade de faculté nous a laissé il y a quelques semaines un commentaire fort intéressant, à propos du travail littéraire et de la solitude, nécessaire à la création. Je le reproduis ici tel quel, en espérant que chaque auteur, ou chaque artiste, en prenne de la graine. Votre serviteur compris!

Franz_Kafka_Statue_Prague

Statue de Franz Kafka, Prague.

Au hasard:
Kafka : « Vous ne devez pas quitter votre chambre. Restez assis à votre table et écoutez. Vous n’avez même pas besoin d’écouter, attendez simplement, apprenez juste à être calme, et immobile, et solitaire. Le monde va s’offrir librement à vous afin que vous le dévoiliez. Il n’a pas le choix ; il roulera extatiquement à vos pieds. »
Picasso : « Sans grande solitude, aucun travail sérieux n’est possible. »
Goethe : « On peut être instruit par la société, mais on ne peut être inspiré que par la solitude. »
« Y a-t-il des règles à suivre pour être créatif? Dans son livre Daily Rituals. How Great Minds Make Time, Find Inspiration, and Get to Work, Mason Currey s’est amusé à répertorier les habitudes de plus de 150 personnalités. Bilan de ce curieux catalogue? Qu’ils soient compositeurs, peintres, architectes, dramaturges, scientifiques, écrivains ou encore poètes, les génies nourrissent tous leur fibre créative à grand renfort de routines bien calibrées.
Gustave Flaubert, par exemple, annonçait tous les matins son réveil à 10 heures précises en faisant sonner une cloche. Ses domestiques lui apportaient alors le journal, un verre d’eau, sa pipe et son courrier. Après avoir parcouru la presse, il toquait au plafond, signe qu’il était temps pour sa mère de le rejoindre dans sa chambre pour causer. En véritable forçat de l’écriture, l’auteur de Madame Bovary travaillait par ailleurs 12 heures par jour selon une routine bien réglée: après avoir tracé une phrase sur un manuscrit placé en hauteur sur un pupitre de musique, l’écrivain allumait sa pipe, se renversait sur son siège et contemplait les mots dans une atmosphère enfumée. Au bout d’un quart d’heure, il supprimait une virgule inutile. Au second quart d’heure, il remplaçait un mot inadapté. Après 45 minutes, il effaçait le tout et recommençait à zéro.
Doté d’une conscience aiguë de l’écoulement du temps, Benjamin Franklin segmentait quant à lui ses journées. Selon son scheme of order, une «charpente temporelle» qui trace le plan de la journée idéale, la bonne heure du lever est 5 heures du matin et celle du coucher 22 heures. Dans l’intervalle, l’inventeur du paratonnerre partageait ses journées entre le travail, auquel il consacrait 6 heures (de 8 à 11 heures et de 14 à 17 heures), la lecture (à midi), la musique et les divertissements (de 18 à 21 heures), et les repas. Convaincu des vertus de l’air frais, il travaillait nu tous les matins pendant une heure dans sa chambre, un rituel qu’il nommait le «bain froid» et qui était destiné à fortifier son corps et son esprit. Enfin, toutes ses journées débutaient et s’achevaient par deux questions: «Que vais-je faire de bien aujourd’hui?» et «Qu’ai-je fait de bon aujourd’hui?».
Eté comme hiver, Karl Marx se rendait à 9 heures à la salle de lecture du British Museum, qu’il ne quittait qu’à la fermeture, à 19 heures. Sa soirée était ensuite occupée à de nouvelles heures de travail intensif.
Solitude, grande discipline… SOLITUDE!
Distinguer solitude et isolement je vous prie! Quant à l’ego, que penser de l’intériorité – de l’enfant???
Laissons le dernier mot (du moins pour l’instant car les mondanités terrestres m’appellent!) à un contact, un poète plutôt, je veux dire un poète majeur…qui a donné ce conseil très clair:
« Une seule chose est nécessaire: la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne – c’est à cela qu’il faut parvenir. Etre seul comme l’enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l’enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s’en affairent et que l’enfant ne comprend rien à ce qu’elle font. S’il n’est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d’être prêt des choses: elles ne vous abandonneront pas. (…) Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays. Dans le monde des choses et celui des bêtes, tout est plein d’évènements auxquels vous pouvez prendre part. Les enfants sont toujours comme l’enfant que vous fûtes: tristes et heureux; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien. »
Désolé pour ce long commentaire un peu bardé d’autorités…alors qu’il est question de création… mais toute création dialogue avec toute la CREATION…
Romantisme que tout cela?

 

RETOUR DU MARCHÉ

  Comme prévu, je suis donc allé au marché de la poésie, sous la pluie, hier après-midi. Qu’en dire, sinon que la fréquentation était relativement forte, et que rien ne semblait, a priori, distinguer cette édition des précédentes? Première impression, toujours désagréable, ce sentiment de prétention, de fatuité, qui saisit le visiteur, comme si tous ces égos généralement forts, concentrés au même endroit, étaient au touche-touche. Seconde impression, nettement plus positive: la présence d’éditeurs et d’auteurs de qualité, certains fort simples, bien qu’étreints, parfois, par l’étiquette. Cette année, je n’aurais pas fait de grandes nouvelles découvertes. Naturellement, j’ai retrouvé mon éditeur François Mocaer, seul responsable, talentueux, d’Unicité, et nos amis Eric Dubois, Mylène Vignon. J’ai également longuement discuté avec un homme fraichement publié par la maison, et qui présente une très belle anthologie du haïku, intéressante pour toute personne appréciant le genre (ce qui n’est pas mon cas, j’y reviendrai peut être dans un prochain billet):

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  Quoi qu’il en soit, bien des années après le célébrissime Fourmis sans ombre, ce recueil devrait apporter un certain renouveau. En me baladant dans les travées, j’ai également croisé un poète iranien, responsable là aussi d’une fort belle anthologie bilingue, présentée dans un format esthétique assez inhabituel, très grand, par les édition « Le temps des cerises », maison dirigée par Jean Ristat, grand poète français actuel et ancien secrétaire de Louis Aragon. Déclamant des textes d’Ahmad Chamlou, que tout le monde connaît, debout sur un banc, Reza Afchar Nadéri rendit hommage à son pays d’origine, grande terre de culture, d’art et de poésie, aujourd’hui étranglé par la dictature que nous connaissons tous. Mais dissocions poésie et politique: vendu vingt euros, ce qui n’est pas excessif pour un ouvrage illustré de cette qualité, le volume rassemble des créateurs très différents, et nous fait voyager:

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  Ensuite, j’ai pu m’entretenir avec des membres de l’incroyable CIPM (Centre International de la Poésie de Marseille), association qui était en grande difficulté, il y a plusieurs années, et qui, outre de très riches recueils,publie les magnifiques Cahiers du refuge, qui constituent des hommages à divers poètes, pour un prix là encore raisonnable. A l’occasion, j’ai évoqué mon travail autour d’Antonin Artaud, qui, après avoir été inhumé dans la ville de sa mort, Ivry, a été transféré à Marseille, sa ville d’origine, au cimetière Saint-Pierre. Apparemment, il y aurait deux personnes nommées « Antonin Artaud » dans la nécropole, toutes deux inhumées… la même année. Laquelle est la bonne, ou plutôt, laquelle est véritablement le poète surréaliste, l’acteur génial, et le fou magnifique? C’est pour répondre à cette épineuse question que j’ai acquis le DVD Antonin Artaud à Marseille, vendue par le CiPM pour 5 euros seulement. Le film, que je n’ai pas encore eu le temps de voir, est réalisé par Alain Paire:

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  Marseille terre de poésie? Par-delà les clichés, il n’y a pas que l’OM, le pastis, les calanques et la corruption dans la cité phocéenne, mais bien quelques maisons exigeantes, comme Al Dante. Notons également au passage, et pour rester dans le champ funéraire, la présence, par l’esprit, d’Arthur Rimbaud, mort sur place à son retour du Harrar, en 1891.

   Pour finir, je me suis longuement entretenu avec Zéno Bianu, poète reconnu, qui était en dédicace au stand Gallimard. J’ai évidemment acheté son recueil, Infiniment proche et Le désespoir n’existe pas, avant d’évoquer mon projet de recueil autour des tombes de surréalistes. L’homme qui a longuement fréquenté le mouvement, et côtoyé certains de ses éminents représentants, m’a donné quelques précieuses indications. Je conseille à tous, amateurs de poésie,  ou tout simplement aux obsédés, ou aux sentimentaux, l’excellent Eros émerveillé, anthologie de la poésie érotique française chez NRF/Poésie Gallimard (là encore). La couverture est ornée par un magnifique fessier callipyge, peint par Clovis Trouille (le tableau Calcutta! Calcutta!).

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  C’est à peu près tout pour cette année, sachant que je ne suis pas resté longtemps. Avant de partir, je n’ai pu m’empêcher de retourner à l’église Saint Sulpice, admirer les incroyables bénitiers de Jean-Baptiste Pigalle, qui, avant de donner son nom à un quartier chaud, a fait de belles choses avec ses mains, au XVIIIème siècle. Admirons ainsi ce coquillage géant, posé sur un rocher en marbre brut, mais habilement taillé, pour donner une impression de naturel, et parcouru de crabes marins, recouverts d’algues en pierre:

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TOUCHÉ LE NERF

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   Mon précédent billet, autour des relations souvent malheureuses entre les réseaux sociaux et la littérature ont provoqué un mini tollé (bien mini, je vous assure, car vous êtes peu nombreux à me lire). J’ai eu l’impression de toucher le nerf, de blesser certains auteurs qui me sont proches, et que j’estime, et avec lesquels j’ai, téléphoniquement, tenté d’arrondir les angles, de mettre de l’eau dans mon vin, de tempérer, comme on dit. À la fin de la réflexion, hier, j’ai promis d’approfondir les choses, d’ajouter quelques lignes, en guise d’addendum. D’une part, je regrette que certains se soient sentis visés. J’évoquais, de manière assez générale, mais en prenant des exemples concrets, et sans nommer personne, ce qui me paraît toujours être une forme de dépendance narcissique à la toile. Il va de soi que je ne m’exclue pas du champ: il ne s’agit pas là d’une autocritique littéraire au sens marxiste du terme. Simplement je suis conscient qu’en animant un blog, et en connaissant l’ambition d’écrivain qui m’habite, je cherche évidemment à réussir. En réalité, je désirais surtout parler de ce qui, dans les réseaux sociaux, freine l’inspiration, ou du moins empêche la création. Comme je l’expliquais, Internet est essentiellement chronophage, et, mal utilisé, peut nous donner l’impression de faire quelque chose d’important, alors que nous nous contemplons de façon un peu morbide. D’autre part, j’avais promis d’énumérer, même brièvement, même extrêmement brièvement, les bienfaits du Net pour l’écrit. Ils sont multiples:

  • Support gratuit, le blog permet de diffuser l’information sans en passer par le support imprimé (ce qui, en sus, a un impact écologique positif. Mais là je n’y connais rien). C’est d’ailleurs en ce sens que j’ai créé la rubrique « blogorama », qui décrit les portails de certains amis, ou de gens que je crois intéressants.
  • Sur le plan technique, et comme l’affirmait l’estimé poète Pascal Mora (qui a écrit le très beau recueil Paroles des forêts, si vous suivez bien), Internet permet d’inclure de la vidéo, de la photo, et donc d’arriver à une forme de polyphonie artistique. Je n’irais pas jusqu’à parler d’art total, mais après tout cela n’aurait rien d’excessif.
  • Internet a ouvert la voie à de nouvelles formes d’édition, libres. François Bon, qui a créé le blog remue.net en 1997 (déjà presque vingt ans!), puis publie.net en 2008 (j’en ai parlé ici même), a su justement tirer parti de ce média.
  • Internet permet de rencontrer d’autres artistes, d’échanger, de créer des cercles informels, qui peuvent aboutir à des amitiés, au partage de la parole, à une sorte d’économie participative du verbe. J’ai, à titre privé, pu croiser grâce à Facebook de nombreuses personnes qui aujourd’hui me sont chères, et avec lesquelles j’ai justement plaisir à communiquer.
  • Sans entrer en d’infinies considérations autour de la dématérialisation (je vous renvoie une nouvelle fois à l’excellent essai de François Bon Après le livre), Internet permet de s’envoyer des fichiers sans en passer par la fatigante case « Poste », ce qui représente aussi un gain d’ordre financier. De plus on peut trouver actuellement de nombreux livres de poésie sur les sites de vente en ligne, ce qui permet, dans une certaine mesure, de retrouver des plumes oubliées.
  • Il y aurait sans doute bien d’autres points à développer. En réalité, cela pourrait faire l’objet d’un volume complet. J’attends vos suggestions en commentaire, chers et trop rares lecteurs.
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