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UN POÈTE QUI S’APPELLE RÉVOLVER (Série: « Mémoire des poètes »)

Je n’ose prononcer le nom de Jean-Paul Belmondo tant les hommages pleuvent de partout. Ne soyons pas snobs, ou ne faisons pas semblant: la mort de l’acteur nous affecte malgré tout un peu, même si c’est la vie et il a bien profité.

Dans Pierrot le fou, le personnage de Ferdinand, (incarné par Belmondo et non par Bebel, clownisé dans les années 80), évoque à plusieurs reprises un poète qui s’appelle révolver. Et dans mon souvenir, Anna Karina, dont j’ai déjà parlé ici, et que j’ai eu la chance de croiser une fois à La Rochelle, cite Robert Browning. Il m’a fallu du temps, toutefois, pour établir un lien entre le nom de famille du poète élisabéthain, aujourd’hui bien oublié, et le browning, soit l’arme à feu conçue dans l’Utah, pays des mormons et du Grand Canyon. Car le poète qui s’appelle révolver est bien Browning. à supposer qu’il se fut appelé « Berreta », on aurait pu également parler d’un poète nommé révolver. Mais Robert s’appelait Browning, et non Beretta, ou Glock, ou Uzi. Le débat est donc clos.

Le fameux Robert Browning est lui-même évoqué non par Godard, mais par Ezra Pound, autre érudit amateur de citations et de références compliquées, partageant avec le cinéaste suisse une haine généralement injustifiée, et que nous passerons sous silence. Les premiers vers du second Cantos s’adressent en effet à Robert Browning, pourtant mort depuis longtemps, en termes directs, surprenants:

  1. Hang it all, Robert Browning,
  2. there can be but the one « Sordello. »
  3. But Sordello, and my Sordello?
  4. Lo Sordels si fo di Mantovana.

soit, en français:

Mais bordel, Robert Browning,

N’y a-t-il qu’un seul Sordello?

Mais Sordello… et mon Sordello?

Les Sordels de Mantoue…

Robert Browning (1812-1889)

Etudiant ès Lettres à Poitiers, j’ai essayé de comprendre, empruntant le fameux Sordello, vieux volume broché vert tout usé, à la bibliothèque universitaire. Sordello, sous la plume de Browning, qui n’est plus guère lu, constitue en réalité un long morceau de bravoure poétique, hagiographie laïque du troubadour italien fictif Sordel, contemporain de Dante… Et qui voyage, comme le fit Ezra Pound, lui-même passionné par Browning, dans les petites villes d’Italie et de Provence… C’est du moins mon souvenir. Le texte est chargé.

Mais on s’éloigne de Jean-Paul. L’acteur, et non le poète romantique allemand Jean-Paul.

Donc, un peu de mélancolie, oui, aujourd’hui, à l’annonce d’un décès attendu.

Et, toute pédanterie bue, pour parodier Mallarmé:

Le vierge, le vivace, le Bebel aujourd’hui…

« LA NUIT SERA BLANCHE ET NOIRE » (NERVAL)

  Il y a quarante ans, dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, Pier Paolo Pasolini était assassiné sur la plage d’Ostie. Tué à coups de bâton, écrasé par sa propre voiture de sport. Ainsi s’achevait une existence brève, passionnée et sombre. De nombreux doutes subsistent: qui a tué le poète? S’agit-il d’un complot, d’un meurtre politique, ou d’une simple aventure sexuelle ayant mal tourné? Pareilles incertitudes font naturellement le régal des complotistes. Loin de nous l’idée de répondre à ces questions, ni même de dresser une biographie complète de ce fascinant auteur, cinéaste et écrivain, quand d’autres s’y emploient fort bien. Disons juste que j’ai eu le bonheur de croiser Pasolini, ou plutôt son reflet, un matin de juillet 2015, dans une station de métro, à Naples, ville qu’affectionnait probablement cet enfant du Nord.

Pier Paolo Pasolini, stazione di Materdei, Napoli.

Pier Paolo Pasolini, stazione di Materdei, Napoli.

Le jour de ma mort

Dans une ville, Trieste ou Udine,
le long d’une allée de tilleuls,
au printemps quand les feuilles
changent de couleur,
je tomberai mort
sous le soleil qui brûle
blond et haut,
et je fermerai les yeux,
laissant le ciel à sa splendeur.

Sous un tilleul tiède de verdure
je tomberai dans le noir
de ma mort qui dispersera
les tilleuls et le soleil.
Les beaux jeunes garçons
courront dans cette lumière
que je viendrai de perdre,
essaimant des écoles,
les boucles sur le front.

Je serai encore jeune
en chemise claire,
les cheveux tendres en pluie
sur la poussière amère.
Je serai encore chaud,
et courant sur l’asphalte
tiède de l’allée,
un enfant posera sa main
sur mon ventre de cristal.

(La meilleure jeunesse, Suite frioulane © poésie/Gallimard, 1995, p. 45)

Il giorno della mia morte

In una città, Trieste o Udine,
per un viale di tigli,
quando di primavera
le foglie mutano colore,
io cadro’ morto
sotto il sole che arde,
biondo e alto,
e chiudero’ le ciglia
lasciando il cielo al suo splendore.

Sotto un tiglio tiepido di verde,
cadro’ nel nero
della mia morte che disperde
i tigli e il sole.


I bei giovinetti
correranno in quella luce
che ho appena perduto,
volando fuori dalle scuole,
coi ricci sulla fronte.

Io saro’ ancora giovane,
con una camicia chiara,
e coi dolci capelli che piovono
sull’amara polvere.

Saro’ ancora caldo,
e un fanciullo correndo per l’asfalto
tiepido del viale,
mi posero’ una mano
sul grembo di cristallo.

Un article assez complet sur la mort de Pasolini, dans « Télérama » (cliquer sur le lien)

Biographie de Pasolini sur Wikipédia (cliquer sur le lien)

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