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Archives de Catégorie: Poésie

PUBLIE.NET (2008-2022)

J’ai appris avant-hier la disparition de publie.net, maison riche, créée en 2008 par un auteur que j’ai longtemps admiré. Je renvoie le lecteur à la fiche Wikipédia, manifestement assez complète (cf. lien ci-dessous), et repartage trois notes critiques de mon cru.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Publie.net

FESTIVAL « SÉMAPHORE » DE LA PAROLE POÉTIQUE DE MOËLAN-SUR-MER

Chers amis, chers lecteurs,

Comme annoncé précédemment, je suis donc invité au festival de la parole poétique de Moëlan-sur-Mer, du 30 septembre au 3 octobre 2022, dans le Finistère. J’en profite pour remercier Bruno Geneste et Paul Sanda, les organisateurs, et la maison de la poésie de Quimperlé. Cette année, le festival est donc placé sous le patronage du beatnik Lawrence Ferlinghetti (1919-2021). De nombreux poètes, parmi lesquels plusieurs amis, seront sur place. Je présenterai mes propres livres, ainsi que les ouvrages de la collection « Eléphant blanc » (éditions Unicité), créée l’an dernier. Vous pourrez donc me retrouver:

  • Vendredi 30 septembre à 13h30, à la librairie Nomade (Centre culturel « L’Ellipse », Rue Pont ar Laer, 29350 Moëlan-sur-Mer), où je dédicacerai mes propres ouvrages et vendrai les volumes de l’Eléphant blanc, donc (dont La précession des sphères de Paul Sanda, cité plus haut).
  • Vendredi 30 septembre à 20h50, toujours à l’Ellipse, pour rendre hommage à Ferlinghetti, en compagnie d’autres poètes, et sous la direction de Miguel Angel Real, traducteur de l’espagnol, auteur, critique.
  • Samedi 1er octobre, à 14h30. Je lirai mes textes, avec les autres festivaliers, à la Chapelle Saint Jacques de Clohars-Carnoët.
  • Dimanche 2 octobre, à 13h30, pour une ultime lecture, à l’Ellipse.

Pour retrouver le programme complet (cliquer sur l’image):

Site de la Maison de la poésie de Quimperlé:

https://maisondelapoesie-quimperle.fr/

Page Facebook de l’évènement:

https://www.facebook.com/events/1169660283623165?ref=newsfeed

UN ENTRETIEN AVEC CATHERINE ANDRIEU (PARU DANS LA REVUE « LE PORTULAN BLEU » N°38. MAI 2022). SÉRIE « LA VOIX DES AUTEURS »

ENTRETIEN AVEC CATHERINE ANDRIEU (paru dans la revue Le Portulan bleu, mai 2022)

   Née à Metz en 1978, Catherine Andrieu grandit au bord de la Méditerranée. Enseignant brièvement la philosophie, elle s’installe finalement à Paris en 2004 pour préparer l’agrégation mais abandonne toute pratique professionnelle suite à un grand bouleversement intérieur. Consacré à Spinoza, son premier livre paraît en 2009 chez l’Harmattan. Désormais tournée vers la poésie, la peinture, la jeune femme expose dans plusieurs galeries dans la capitale comme en province et publie de nombreux recueils. Catherine Andrieu vit depuis peu à Royan, où elle poursuit une œuvre singulière, originale, parfois troublante, tout en s’adonnant au piano.

ENTRETIEN AVEC CATHERINE ANDRIEU

  1. Plusieurs recueils sont illustrés par tes propres peintures. Tu es à la fois plasticienne, poétesse, et musicienne, comme l’indique le titre Piano sur l’eau. Établis-tu une correspondance entre ces trois activités créatives ?

J’établis d’abord une distinction entre la création et la seule interprétation. Le piano, c’est mon travail. Bien sûr c’est faux, mais je veux dire que j’y travaille, avec la notion d’hygiène, de régularité, d’effort et de progrès. J’ai l’impression -c’est étrange peut-être- que le piano fait appel à une intelligence scientifique, mathématique. Intelligence à laquelle je n’ai plus accès dès lors que je suis préoccupée.

Le piano m’a accompagnée toute ma vie, même quand je ne pouvais en jouer. J’ai commencé enfant. Mais je n’ai jamais créé, même si j’estime posséder un certain sens musical. Ainsi conçu, le piano implique l’existence d’une contrainte. Cela n’a rien à voir avec mes activités de plasticienne et de poétesse. La musique, c’est en quelque sorte une forme de méditation et d’ascèse. J’ai abandonné la peinture il y a plusieurs années. Cela ne veut pas dire que je n’y reviendrai pas, mais disons que c’est par le contact avec la matière (je peignais souvent avec les mains) que j’ai retrouvé les racines les plus profondes de ma créativité. A vingt ans j’étais une jeune intellectuelle, et j’avais perdu la spontanéité que je pouvais avoir quand je ne me comparais pas encore à Nietzsche ou Heidegger. À vingt-six ans un ami d’enfance s’est suicidé, ce qui m’a bouleversé. J’ai eu besoin de retrouver un ancrage dans ma sensorialité et n’ai pu le faire qu’en peinture, sans formation préalable, avec une naïveté probablement confondante pour quelqu’un qui aurait étudié. J’ai fait néanmoins de nombreuses expositions, à Paris et dans les Ardennes. Mais je ne me sentais pas toujours vraiment « légitime », ni non plus en accord avec une culture contemporaine hyper expérimentale axée vers les installations, la vidéo. Pour finir, je me suis mise à écrire comme je peignais, et j’ai retrouvé la spontanéité de mes quinze ans. L’écriture me suffit. A six ans j’étais poète. C’est comme ça, un don, ça ne s’explique pas. L’écriture est mon territoire.

2.Dans un précédent recueil, tu évoques le physicien et penseur Stephen Hawking[1]. Par ailleurs, tu es philosophe de formation et tu as publié un ouvrage sur Spinoza[2]  Là aussi, te sens-tu marquée, lorsque tu écris, par ta formation de philosophe ?

Oui, sans aucun doute. La philosophie m’a apporté la rigueur et la logique dont je manquais. Elle a complètement structuré mon écriture. Mais elle m’a fait perdre mon identité propre, stylistiquement parlant, pendant des années. C’est pour ça qu’il m’a fallu, après huit ans d’études, passer par la peinture, telle Mary Barnes avec ses excréments. J’ai en effet inventé une façon de m’exprimer au carrefour de toutes mes influences : forme un peu « affectée », surannée parfois, mélangée d’oralité, de culture populaire et de ce qui me constitue dont je n’ai qu’une vague idée. Mon livre sur Spinoza date de l’époque « philo », il est très ardu. Quant à l’astrophysicien Hawking, c’est très différent : je suis tombée éperdument amoureuse de cet homme ! Je me suis passionnée pour sa recherche et sa vie et j’ai écrit sur lui : un recueil entier, et un poème seul dans Piano sur l’eau. J’ai toujours pensé que l’intelligence était érotique. Et Stephen Hawking était très, très intelligent.

3.Refuge, journal de l’oubli, est dédié à tes chats Paname et Lune, que tu déclares aimer passionnément (Oui, je t’aime, ma petite Lune, je t’aime infiniment, p. 28). Comment expliques-tu cet attachement aux félins ? Te sens-tu plus proche du monde animal ?

Je suis fondamentalement antispéciste. Ce n’est pas parce que j’aime les animaux, c’est parce que je les respecte, comme dit Aymeric Caron. Je ne donne pas dans l’anthropocentrisme. Les seuls animaux que j’aime vraiment sont les félins. Je crois qu’ils me fascinent parce qu’ils sont dangereux. Les chats aussi sont dangereux, les vétérinaires en ont souvent peur. Un chat ne fait que ce qu’il veut, et j’aime cette liberté. Mais, bien que j’aie des chats depuis l’âge de quatre ans, je ne les ai pas tous aimés également. Avec Paname, dont je parle dans Piano sur l’eau et Refuge, journal de l’oubli, j’ai vécu une passion folle et douloureuse. Je n’ai jamais pu penser à lui sans anticiper sa disparition. Il était une petite âme vivant à mes côtés. Il était mon amour absolu, je ne peux rien ajouter à ça. Quant à Lune, elle est arrivée il y a peu dans ma vie, c’est encore un bébé chat mais elle a déjà du caractère!

Revue Le Portulan bleu. Un chaleureux merci à Martine Rigo-Sastre.

4.Pour autant, les êtres humains sont bel et bien présents dans ton livre, qui constitue une série d’hommages appuyés à tes anciens amoureux, à ton éditeur, l’éclaireur Paul Sanda (p. 33), à tes proches. Ainsi, Refuge, journal de l’oubli, constitue-t-il en quelque sorte une galerie de portraits, une autobiographie?

Je crois que ton analyse est très juste, que ce journal, cette galerie de portraits comme tu dis, est en réalité une forme d’autobiographie, et je suis coutumière du genre. Pourquoi ai-je parlé de ces personnes-là en particulier? Je n’en peux rien dire consciemment, mais il y a sûrement un fil d’Ariane, quelque chose qui échappe. Il y a des images comme des leitmotiv dans mon œuvre, et quelques personnes qui reviennent jusque dans Refuge, c’est le cas de mon père qui a une problématique avec la mémoire, d’où le titre. Je voulais vraiment rendre hommage à mon éditeur Paul Sanda, parce qu’il est extraordinaire, et qu’il me guide sur mon chemin d’auteur. Paul Sanda voit clair en moi, révélant une part d’obscurité. Paul est présent à chaque étape de ma création. En particulier pour ce recueil, Refuge était encore en germe, tel un brouillon, et Paul a vu la forme que cela allait prendre. Sans lui j’étais foutue !

5.À ce propos, pourquoi parler de journal de l’oubli ? La mort est très présente dans ton recueil et tu fais souvent allusion à des amis disparus, notamment un enseignant ou un camarade de classe suicidé. Est-ce pour garder mémoire, pour garder trace, que tu écris ? Tu cites la formule de Borges, en guise d’épilogue : qui parle de concave mémoire humaine (p. 35).

Ce qui me fascine et me tourmente, c’est l’ultime respiration dans le passage de vie à trépas. Elle contient en elle le Mystère de la vie dans son entier, et davantage peut-être. C’est très banal de dire ça, mais je retiens de ma formation qu’être philosophe c’est souvent s’interroger comme un enfant à propos d’un monde auquel l’on ne s’habitue pas. Je suis hantée par la mort, complètement. Comme je suis malade psychique et très fragile, j’ai souvent attiré des personnes qui l’étaient tout autant que moi, et trois de mes amis se sont suicidés avant l’âge de trente ans. De façon moins brutale mais tout aussi tragique, j’ai perdu, comme tout le monde, des êtres chers, emportés par la maladie, parfois au terme de grandes souffrances. L’absurdité apparente de la vie tient à la beauté de l’éphémère, et j’ai eu l’occasion, grâce à un chat, de faire une expérience surnaturelle il y a peu. Tout cela me laisse à penser que le hasard n’est que le point de vue de notre ignorance. Je ne crois pas en un Dieu anthropomorphique bien sûr, mais je crois en une forme de persistance de l’âme. Mais oui, pour répondre à ta question, il s’agit d’un journal contre l’oubli, l’écriture comme ce refuge où je peux encore vivre un peu avec mes souvenirs et mes morts. Je pense pouvoir dire que mon œuvre est de bout en bout anamnèse. Et aussi que je suis incapable, ou à peu près, de légèreté (rires).

6.Tu alternes prose et vers libres. Tu as par ailleurs, par le passé, pratiqué le vers régulier, en hommage à un père amateur de littérature classique. Où te sens-tu le plus à l’aise ?

Je pense que les récits que j’ai publiés aux éditions Rafael de Surtis, regroupés dans le recueil Des nouvelles du Minotaure, sont ce que j’ai fait de mieux, et ne sont pas, à proprement parler de la poésie, à l’exception de Hawking ; Etoile sans origine. J’aime la prose, je la préfère aux vers libres, bien que ceux-ci me soient plus faciles. Les vers rimés, non, je n’aime pas du tout, bien que j’aie donné dans ce style en hommage à mon père et sous pseudonyme.

7.La couverture de Piano sur l’eau représente la mer, vue depuis ton balcon. Tu as longtemps vécu dans la capitale avant de déménager pour Royan, au bord de l’Atlantique. Tu évoques parfois l’élément marin. Ce changement de lieu a-t-il joué un rôle décisif dans ton écriture ?

Oui, j’ai vécu dix-huit ans à Paris, et m’y suis sentie complètement inspirée, absorbée par une forme de noirceur et de goût pour la provocation. Je voulais défier les dieux. La sexualité y tenait une bonne place, mais bien sûr ça n’était pas l’essentiel de cette fantasmagorie poétique débridée. En revanche, d’un point de vue plastique, mes dessins numériques sur photographie (qu’on retrouve sur mon site) formaient un vrai ensemble érotique qui, paradoxalement, plaisait énormément aux galeristes. J’étais influencée, jusque dans mon écriture, par une esthétique underground. Mais sur les photos mes femmes avaient quelque chose de la petite fille violée, et dans mes textes le plaisir était humiliant. J’avais la rage contre l’entité qu’on appelle Dieu, mes amis étaient morts et le ciel déserté. Quant à moi, j’étais malade. Les trois dernières années j’ai publié une dizaine de textes, mais je ne sortais plus de chez moi. J’ai décidé de rejoindre mes vieux parents à Royan, une nuit où j’ai été hospitalisée, atteinte de la Covid. Je revenais aux sources et revoyais l’océan, moi qui avais grandi en Méditerranée, fille du soleil et de la mer. Les couleurs ne sont pas les mêmes, et Royan ne sera jamais Collioure ;c’est ma jeunesse qui s’en est allée. Cela étant mon appartement donne sur le port et sur le rivage, comme on le voit sur la couverture de Piano sur l’eau, c’est complètement hallucinant, idyllique. Avec la présence de la mer, j’ai retrouvé la petite fille qui courait sur les rochers, son innocence et sa pureté. Et c’est avec ça, après une longue imprégnation, que je me suis (re)mise à écrire, d’abord Piano sur l’eau, donc, puis Refuge, journal de l’oubli, et c’était si pur et si différent. Il y est toujours question de la mémoire et de l’oubli, du souvenir et de la perte. J’y parle beaucoup de mes chats aussi. Je n’aurais pas pu écrire comme je l’ai fait sans le mouvement des marées. C’est du moins ce que je crois si j’en juge par la magie du lieu… Et les fées lumineuses qu’on y rencontre la nuit (rires). 

8.Sur la couverture de Refuge, journal de l’oubli, figure Christ enfant méditant, tableau attribué à Mathieu Le Nain. Un de tes livres s’appelle J’ai commencé à dessiner des anges[3]; et tu qualifies à plusieurs reprises tes chats d’anges. Te sens-tu mystique ? Ta poésie possède t-elle une dimension métaphysique ?

Quand j’étais enfant, ma maman, qui est très pieuse, me disait que les morts portaient des ailes, et je trouvais cela magique : ça expliquait pourquoi ils pouvaient rester au ciel sans tomber! Ma sœur, quant à elle, croit que nos chats sont nos anges. Et moi, en bon auteur, j’absorbe ces croyances pour en faire un objet poétique. Si tu me demandes si j’y crois je dirais non, absolument pas, bien que j’aie réussi, (et je ne demande pas à ce qu’on me croie) à entrer en contact avec mon chat Paname quelques minutes après sa mort. Toute ma vie j’ai attendu ce signe, et il est venu de l’être dont j’ai été le plus proche ces treize dernières années. À présent je n’ai plus peur de la mort. Pour te répondre enfin, non, je ne me sens pas mystique, et ma poésie, qui est profonde je crois, a une dimension non pas métaphysique mais existentielle. La figure du Christ, néanmoins, m’interroge et ne cesse de ma fasciner.

9.On sent, dans ta poésie, une souffrance à la fois psychologique et physique, puisque tu y évoques à la fois la maladie mentale et la dégradation du corps. Vois-tu, précisément, la poésie comme un exutoire ? Penses-tu, comme L.F. Céline, qu’il faille mettre ses tripes sur la table ? Derrière cette mélancolie, cette nostalgie, pointent parfois des instants de joie. Te sens-tu parfois heureuse quand tu écris, ou heureuse d’écrire ? Crois-tu qu’écrire permette d’échapper au désespoir ?

La dégradation psychologique implique la dégradation physique. Les antipsychotiques m’ont fait prendre beaucoup de poids. Ce n’est pas si facile à vivre dans une société de l’image et de la comparaison, a fortiori lorsqu’on vous compare à celle que vous avez été. J’étais une très jolie jeune fille qui a été aimée globalement pour de mauvaises raisons, je m’en suis aperçue rétrospectivement. La vraie lumière, c’est maintenant que je la partage avec les gens. Pour me décentrer un peu, tout le monde a des incidents de parcours ou bien vieillit tout simplement. Je crois que le Sens, vraiment, c’est ça : apprendre à se dépouiller de ce qui n’est pas essentiel. Sinon il n’y a que dans la vieillesse qu’enfin la société vous lâche, comme le disait Deleuze. Je n’ai pas le goût de la poésie formaliste, hermétique ou trop intelligente. D’ailleurs je n’ai pas d’avis sur ce qu’est la poésie et ne sait pas si elle peut changer le monde. J’ai juste besoin de m’exprimer. Je le fais, avec un certain soulagement et parfois jusqu’à l’épuisement car je travaille très vite, souvent dans la joie. Oui, je mets mes tripes sur la table. Beaucoup jugent cela naïf (quand je parle de mes chats par exemple) ou indécent. Ce n’est ni bien ni mal. C’est.

Mars 2022.


[1] Hawking ; étoile sans origine, Rafael de Surtis, 2018.

[2] De l’éternité du mode fini dans l’Ethique de Spinoza, L’Harmattan, Paris, 2009.

[3] Rafael de Surtis, 2020.

Un tableau de Catherine Andrieu.

Pour consulter le site de Catherine Andrieu:

https://www.catherineandrieu.fr/

Nos précédents billets consacrés à Catherine:

TROIS RENCONTRES EN JUIN!

Chers amis, chers lecteurs,

  • Jeudi 9 juin, à l’occasion du marché de la Poésie (place Saint-Sulpice, 75006 Paris), notre ami, l’auteur Pascal Mora présentera notre anthologie franco-argentine bilingue Villes/Ciudades (éditions Unicité, collection « Eléphant blanc »), au stand 706, de 17h à 21h. Je serai présent à partir de 18h30 environ.
  • Dimanche 12 juin, toujours au marché de la Poésie, et toujours au stand 706, je présenterai cette même collection « Eléphant blanc », créée par mes soins en 2021, et qui compte déjà cinq titres (sept d’ici fin 2022). Seront présents plusieurs de mes auteurs, en fonction de leurs disponibilités. Je dédicacerai mes propres ouvrages (les recueils Petites fables et Animaux, mon roman Disparaître et l’essai La poésie contemporaine en bibliothèque)
  • Mardi 21 juin, Pascal Varejka viendra nous parler de ses livres autour de l’éléphant, et notamment de celui publié par mes soins (À la recherche de l’éléphant blanc), en compagnie d’Armel Louis, le génial libraire-éditeur de « La Lucarne des écrivains », et d’Olivier Liégent, auteur de Lundi quelque part dans l’infini, livre graphique sur le transhumanisme, l’art et la philosophie. La rencontre est prévue à 20 heures, au 1er étage du Café de la Mairie, place Saint-Sulpice toujours.
Votre serviteur au salon du livre, à la mairie du Vème arrondissement, près du Panthéon, le 1er juin 2022. Merci à Eric Dubois pour la photo.

GUYLIAN DAI PARLE D' »ANIMAUX » SUR FACEBOOK

Auteur d’un livre consacré à John Lennon et Yoko Ono, nouvel éditeur dont nous aurons l’occasion de parler ici même, Guylian Dai évoque mon recueil sur Facebook. Un chaleureux merci!

Une monographie rassemble et classe avec force application les matériaux recueillis et un tel traité manquait, se dit-on lorsqu’on lit toutes ces fiches ; il est une boussole, empirique certes – et c’est là sa beauté –, mais une boussole et une carte pour se diriger et revenir assurément sidéré, mais vivant, peut-être, de Terres inconnues que l’on se piquerait de visiter, soi-même.

On pense, en lisant les fiches, au bestiaire en son sens du Moyen-Âge, mais aussi en son sens par métonymie, où l’on imagine voir renversé le mouvement : l’ensemble de ces animaux viendrait irriguer le roman ou le récit à écrire, au lieu d’en être de façon fictionnelle extrait.

Une bien belle expérience de lecture.

BOBY LAPOINTE A CENT ANS!

Boby Lapointe est né le 16 avril 1922…

Ce soir au bar de la gare
Igor hagard est noir
Il n’arrête guère de boire
Car sa Katia, sa jolie Katia
Vient de le quitter
Sa Katie l’a quitté

Il a fait chou-blanc
Ce grand-duc avec ses trucs
Ses astuces, ses ruses de Russe blanc
Ma tactique était toc
Dit Igor qui s’endort
Ivre mort au comptoir du bar

Un Russe blanc qui est noir
Quel bizarre hasard! Se marrent
Les fêtards paillards du bar
Car encore Igor y dort

Mais près d’ son oreille
Merveille! Un réveil vermeil
Lui prodigue des conseils
Pendant son sommeil

Tic-tac, tic-tac
Ta Katie t’a quitté
Tic-tac, tic-tac
Ta Katie t’a quitté
Tic-tac, tic-tac
T’es cocu, qu’attends-tu?

Cuite-toi, t’es cocu
T’as qu’à, t’as qu’à t’ cuiter
Et quitter ton quartier
Ta Katie t’a quitté
Ta tactique était toc
Ta tactique était toc

Ta Katie t’a quitté
Ôte ta toque et troque
Ton tricot tout crotté
Et ta croûte au couteau
Qu’on t’a tant attaqué

Contre un tacot coté
Quatre écus tout comptés
Et quitte ton quartier
Ta Katie t’a quitté
Ta Katie t’a quitté
Ta Katie t’a quitté
Ta Katie t’a quitté

Tout à côté
Des catins décaties
Taquinaient un cocker coquin
Et d’étiques coquettes
Tout en tricotant
Caquetaient et discutaient et critiquaient

Un comte toqué
Qui comptait en tiquant
Tout un tas de tickets de quai
Quand tout à coup
Tic-tac-tic, et brrring!

Au matin quel réveil
Mâtin quel réveille-matin
S’écrie le Russe, blanc de peur
Pour une sonnerie
C’est une belle sonnerie!

« LA PRÉCESSION DES SPHÈRES » (PAUL SANDA) PAR MIGUEL-ANGEL REAL

Déjà auteur d’une note consacrée à Villes/Ciudades (anthologie bilingue franco-argentine), le poète et traducteur, Miguel-Angel Real nous livre un très bel article sur le dernier Paul Sanda, publié par nos soins dans la collection « Eléphant blanc » (éditions Unicité). Merci, à lui! Muchas gracias.

http://oupoli.fr/2022/04/la-musique-comme-une-quete/?fbclid=IwAR2R8ejWYxL11l57gXd2UMsoNHlWXGFYZI_NIyyZbla80BrpKXnR7Qfs8PQ

MÉMOIRE DES POÈTES: ANDRÉ DELONS (1909-1940), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 90 (article paru dans « Diérèse » 83, hiver-printemps 2021-2022)

André Delons (1909-1940?)

Localisation : Cimetière du Père Lachaise, division 90. Le corps d’André Delons n’ayant jamais été officiellement retrouvé (cf. plus bas), il s’agit d’un simple cénotaphe. Le poète serait possiblement enterré au cimetière militaire de La Panne, où il a une tombe (nous ne savons pas s’il s’agit bien de sa dépouille).

Une jeunesse studieuse

  André Bernard Delons voit le jour le 30 janvier 1909 dans le très bourgeois Vésinet, au 21 avenue des Pages, soit à l’emplacement de l’actuel collège des Cèdres. Quatrième et dernier enfant de l’ingénieur juif alsacien Théodore Raoul Grumbach, qui choisit de s’appeler « Delons », et de Mathilde Lamba, il suit les cours d’Alain au petit Condorcet, puis entre au lycée Carnot, austère bâtisse rouge du XVIIème arrondissement. Il se lie alors d’amitié avec son condisciple, Pierre Audard (1909-1981), futur poète. Esprit brillant, A. Delons échoue toutefois au concours d’entrée de l’École Normale Supérieure, et passe une licence de philosophie à la Sorbonne. Il y fait notamment connaissance avec René Daumal, (qui semble ne pas l’apprécier mais reconnaît son talent), Maurice Henry, Marianne Lams. Delons, qui a rencontré auparavant Breton, rejette donc d’abord le surréalisme en tant que tel pour rejoindre Grand Jeu dès septembre 1928.

  Quelques semaines plus tôt, ulcéré par un article de Georges Izambard, professeur de rhétorique d’Arthur Rimbaud, Delons écrit une lettre incendiaire, traitant l’auteur de « salaud ». Le texte en question, accompagné d’un droit de réponse, est publié par Izambard lui-même. Vif, intelligent, actif et sans concession, Delons s’oppose également aux idées d’André Rolland de Renéville (1903-1962), juge de paix et spécialiste de Rimbaud, attaqué lors d’une réunion du groupe en novembre 1932. Le jeune homme, qui a cofondé la fameuse Revue du cinéma, éditée par José Corti, publie de nombreux poèmes et articles dans Bifur, Les Cahiers du Sud, Commerce, Présence, Variétés, Documents de Bruxelles, Minotaure ou encore La Nouvelle Revue Française. On lui doit notamment un long et brillant article consacré au peintre tchèque Joseph Sima (1891-1971), emblématique du Grand Jeu. Nous en savons alors très peu sur sa vie privée. Delons affirme avoir croisé une femme qui l’aurait bouleversé, le jour de ses vingt ans, l’énigmatique Lucia G., à laquelle il dédie un texte.

André Breton et son épouse Jacqueline Lamba, cousine d’André Delons (date inconnue).

L’aventure Nadja

  André Delons, qui a quitté le Grand Jeu fin 1932, rejoint les rangs surréalistes. Il révèle également le mouvement à sa cousine, une certaine Jacqueline Lamba (1910-1993) à laquelle il dédiait ses poèmes adolescents. Éblouie par Nadja, sensible aux prises de positions politiques du groupe, la jeune femme impressionne André Breton, divorcé de Simone Kahn. Tous deux se marient le 14 août 1934, et Jacqueline donne naissance à Aube (Aube Elléouët) le 20 décembre 1935.

  Proche de Jean Renoir, Delons se révèle en tant que critique de cinéma. Parallèlement, l’homme adhère à l’AEAR (Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires), fondée par Louis Aragon, Paul Vaillant-Couturier (1892-1937), et Léon Moussinac (1890-1964), intellectuels communistes[1]. Ami personnel du futur président Habib Bourguiba (1903-2000), et donc engagé en faveur de la décolonisation, André Delons soutient activement le Néo-Destour, mouvement indépendantiste. Il demande d’ailleurs à effectuer son service militaire en Tunisie, en 1933-1934, au sein d’une unité de communication (au service radiophonique et colombophilie).

Cénotaphe d’André Delons, division 90 (Père-Lachaise).

Déception littéraire et disparition

   Revenu en France, André Delons confie son recueil L’homme-désert à Jean Cassou, qui doit le publier avec les illustrations d’André Masson. La maison d’édition ayant rapidement fermé, le manuscrit se trouve égaré. Amer, Delons délaisse la littérature pour s’engager dans l’agence radio Jep et Carré, concurrente de la société Information et publicité, à laquelle collaborent Robert Desnos et Armand Salacrou. Il gagne alors bien sa vie, s’installe dans un immeuble bourgeois de l’Île-Saint-Louis, au 51 quai d’Anjou, et continue à fréquenter ses amis Jacques Brunius, Maurice Henry, Georgette Camille (1900-1908), ainsi que les frères Prévert. On lui doit encore quelques articles.

« Le promeneur habité du désastre »[2]

 … À la mémoire d’André DELONS (1909-). Poète et Essayiste, officier de liasion de l’Armée Anglaise disparu au large de Zuydcotte en mai 1940, pouvons-nous lire sur le caveau des parents Delons, modeste sépulture grise de la quatre-vingt-dixième division, où une plaque a été apposée. Mort prématurément, l’homme laisse malgré tout un nombre conséquent d’articles et de poèmes, regroupés par les universitaires Alain et Odette Virmaux en trois volumes. Bien des manuscrits ont probablement été engloutis, perdus à jamais. Reste l’image d’un homme de Lettres sensible, angoissé, habité par une crainte quasi prophétique de l’eau, de cette mer qui devait l’avaler, si jeune, encore plein de promesses.

Je suis au bord d’une rivière

qui descend vers la mort,

Je suis devant cette force

et le courant ne varie jamais.

comme un décombre.[3]

   1939… La guerre éclate et André Delons rejoint rapidement un groupe d’officiers britanniques, regroupés dans la commune d’Auxi-le-Château, minuscule commune du Pas-de-Calais dominée par une impressionnante église gothique. Le poète, qui souhaite se rendre à Londres aux côtés de la résistance, est rappelé au chevet de sa mère mourante en février 1940. Il disparaît le 31 mai, au cours de la bataille de Dunkerque, à trente-et-un ans seulement, alors que tous croient l’entendre sur Radio-Londres, en compagnie de l’acteur Brunius (cité plus haut).

Évoquons, en guise de conclusion Les eaux noires (2014), très beau documentaire signé Nicolas Droin et Prosper Hillairet, librement disponible sur le site de partage Dailymotion, et où nous voyons témoigner des proches d’André Delons. La caméra se balade le long des quais de l’Île-Saint-Louis (cf. plus haut), où l’homme aimait à déambuler.


[1] Tous deux sont inhumés dans la division 97 du Père-Lachaise.

[2] Extrait d’un poème d’André Delons : Le promeneur habité du désastre,/se retrouve un jour à errer/seul au bord d’une plage sèche,/lavée de vent,/et parfaitement immense./Il avance comme on dormirait.

[3] Vers extraits de L’homme désert, repris dans Poèmes (1927-1933), suivis de « L’homme désert » – Textes réunis et présentés par Alain et Odette Virmaux, éditions Rougerie, Mortemart, 1986.

Une vue de l’Île Saint-Louis, où résidait André Delons.

« Ô MONDE! – ET LE CHANT CLAIR DES MALHEURS NOUVEAUX! » (ARTHUR RIMBAUD)

MÉMOIRE DES POÈTES: JACQUES ABEILLE (1942-2022)

…. Jacques Abeille nous a quittés le 23 janvier 2022. Il avait 79 ans. Je ne développerai pas ici de biographie détaillée, ne connaissant pas assez son oeuvre. Lié au mouvement surréaliste, comme Jean Carrive et Pierre Molinier, eux aussi bordelais, Jacques Abeille nous a laissé de très beaux vers érotiques. Ayant eu la chance de rencontrer l’homme une fois à la Galerie l’Usine (boulevard de la Villette) de Claude Brabant vers 2010, j’ai moi-même chroniqué La Guerre entre les arbres (éditions Cadex, 1997), recueil dont on trouvera un extrait ci-dessous. Je joins deux liens:

les peupliers caressent l’aine du ciel

le ciel grave se frotte au sol

vois sans gêne

viens

accroupie là

pose ton cul sur ma face

de tes poils sombres abrase mon nez

grave mes paupières

étouffe-moi de chair mûre

fonds dans ta source

mouille

mouette impatiente

mouille-moi

brouille mes larmes

confonds mes rides

La guerre entre les arbres. éditions Cadex, 1997

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