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Archives de Catégorie: Poésie

GUYLIAN DAI PARLE D' »ANIMAUX » SUR FACEBOOK

Auteur d’un livre consacré à John Lennon et Yoko Ono, nouvel éditeur dont nous aurons l’occasion de parler ici même, Guylian Dai évoque mon recueil sur Facebook. Un chaleureux merci!

Une monographie rassemble et classe avec force application les matériaux recueillis et un tel traité manquait, se dit-on lorsqu’on lit toutes ces fiches ; il est une boussole, empirique certes – et c’est là sa beauté –, mais une boussole et une carte pour se diriger et revenir assurément sidéré, mais vivant, peut-être, de Terres inconnues que l’on se piquerait de visiter, soi-même.

On pense, en lisant les fiches, au bestiaire en son sens du Moyen-Âge, mais aussi en son sens par métonymie, où l’on imagine voir renversé le mouvement : l’ensemble de ces animaux viendrait irriguer le roman ou le récit à écrire, au lieu d’en être de façon fictionnelle extrait.

Une bien belle expérience de lecture.

BOBY LAPOINTE A CENT ANS!

Boby Lapointe est né le 16 avril 1922…

Ce soir au bar de la gare
Igor hagard est noir
Il n’arrête guère de boire
Car sa Katia, sa jolie Katia
Vient de le quitter
Sa Katie l’a quitté

Il a fait chou-blanc
Ce grand-duc avec ses trucs
Ses astuces, ses ruses de Russe blanc
Ma tactique était toc
Dit Igor qui s’endort
Ivre mort au comptoir du bar

Un Russe blanc qui est noir
Quel bizarre hasard! Se marrent
Les fêtards paillards du bar
Car encore Igor y dort

Mais près d’ son oreille
Merveille! Un réveil vermeil
Lui prodigue des conseils
Pendant son sommeil

Tic-tac, tic-tac
Ta Katie t’a quitté
Tic-tac, tic-tac
Ta Katie t’a quitté
Tic-tac, tic-tac
T’es cocu, qu’attends-tu?

Cuite-toi, t’es cocu
T’as qu’à, t’as qu’à t’ cuiter
Et quitter ton quartier
Ta Katie t’a quitté
Ta tactique était toc
Ta tactique était toc

Ta Katie t’a quitté
Ôte ta toque et troque
Ton tricot tout crotté
Et ta croûte au couteau
Qu’on t’a tant attaqué

Contre un tacot coté
Quatre écus tout comptés
Et quitte ton quartier
Ta Katie t’a quitté
Ta Katie t’a quitté
Ta Katie t’a quitté
Ta Katie t’a quitté

Tout à côté
Des catins décaties
Taquinaient un cocker coquin
Et d’étiques coquettes
Tout en tricotant
Caquetaient et discutaient et critiquaient

Un comte toqué
Qui comptait en tiquant
Tout un tas de tickets de quai
Quand tout à coup
Tic-tac-tic, et brrring!

Au matin quel réveil
Mâtin quel réveille-matin
S’écrie le Russe, blanc de peur
Pour une sonnerie
C’est une belle sonnerie!

« LA PRÉCESSION DES SPHÈRES » (PAUL SANDA) PAR MIGUEL-ANGEL REAL

Déjà auteur d’une note consacrée à Villes/Ciudades (anthologie bilingue franco-argentine), le poète et traducteur, Miguel-Angel Real nous livre un très bel article sur le dernier Paul Sanda, publié par nos soins dans la collection « Eléphant blanc » (éditions Unicité). Merci, à lui! Muchas gracias.

http://oupoli.fr/2022/04/la-musique-comme-une-quete/?fbclid=IwAR2R8ejWYxL11l57gXd2UMsoNHlWXGFYZI_NIyyZbla80BrpKXnR7Qfs8PQ

MÉMOIRE DES POÈTES: ANDRÉ DELONS (1909-1940), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 90 (article paru dans « Diérèse » 83, hiver-printemps 2021-2022)

André Delons (1909-1940?)

Localisation : Cimetière du Père Lachaise, division 90. Le corps d’André Delons n’ayant jamais été officiellement retrouvé (cf. plus bas), il s’agit d’un simple cénotaphe. Le poète serait possiblement enterré au cimetière militaire de La Panne, où il a une tombe (nous ne savons pas s’il s’agit bien de sa dépouille).

Une jeunesse studieuse

  André Bernard Delons voit le jour le 30 janvier 1909 dans le très bourgeois Vésinet, au 21 avenue des Pages, soit à l’emplacement de l’actuel collège des Cèdres. Quatrième et dernier enfant de l’ingénieur juif alsacien Théodore Raoul Grumbach, qui choisit de s’appeler « Delons », et de Mathilde Lamba, il suit les cours d’Alain au petit Condorcet, puis entre au lycée Carnot, austère bâtisse rouge du XVIIème arrondissement. Il se lie alors d’amitié avec son condisciple, Pierre Audard (1909-1981), futur poète. Esprit brillant, A. Delons échoue toutefois au concours d’entrée de l’École Normale Supérieure, et passe une licence de philosophie à la Sorbonne. Il y fait notamment connaissance avec René Daumal, (qui semble ne pas l’apprécier mais reconnaît son talent), Maurice Henry, Marianne Lams. Delons, qui a rencontré auparavant Breton, rejette donc d’abord le surréalisme en tant que tel pour rejoindre Grand Jeu dès septembre 1928.

  Quelques semaines plus tôt, ulcéré par un article de Georges Izambard, professeur de rhétorique d’Arthur Rimbaud, Delons écrit une lettre incendiaire, traitant l’auteur de « salaud ». Le texte en question, accompagné d’un droit de réponse, est publié par Izambard lui-même. Vif, intelligent, actif et sans concession, Delons s’oppose également aux idées d’André Rolland de Renéville (1903-1962), juge de paix et spécialiste de Rimbaud, attaqué lors d’une réunion du groupe en novembre 1932. Le jeune homme, qui a cofondé la fameuse Revue du cinéma, éditée par José Corti, publie de nombreux poèmes et articles dans Bifur, Les Cahiers du Sud, Commerce, Présence, Variétés, Documents de Bruxelles, Minotaure ou encore La Nouvelle Revue Française. On lui doit notamment un long et brillant article consacré au peintre tchèque Joseph Sima (1891-1971), emblématique du Grand Jeu. Nous en savons alors très peu sur sa vie privée. Delons affirme avoir croisé une femme qui l’aurait bouleversé, le jour de ses vingt ans, l’énigmatique Lucia G., à laquelle il dédie un texte.

André Breton et son épouse Jacqueline Lamba, cousine d’André Delons (date inconnue).

L’aventure Nadja

  André Delons, qui a quitté le Grand Jeu fin 1932, rejoint les rangs surréalistes. Il révèle également le mouvement à sa cousine, une certaine Jacqueline Lamba (1910-1993) à laquelle il dédiait ses poèmes adolescents. Éblouie par Nadja, sensible aux prises de positions politiques du groupe, la jeune femme impressionne André Breton, divorcé de Simone Kahn. Tous deux se marient le 14 août 1934, et Jacqueline donne naissance à Aube (Aube Elléouët) le 20 décembre 1935.

  Proche de Jean Renoir, Delons se révèle en tant que critique de cinéma. Parallèlement, l’homme adhère à l’AEAR (Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires), fondée par Louis Aragon, Paul Vaillant-Couturier (1892-1937), et Léon Moussinac (1890-1964), intellectuels communistes[1]. Ami personnel du futur président Habib Bourguiba (1903-2000), et donc engagé en faveur de la décolonisation, André Delons soutient activement le Néo-Destour, mouvement indépendantiste. Il demande d’ailleurs à effectuer son service militaire en Tunisie, en 1933-1934, au sein d’une unité de communication (au service radiophonique et colombophilie).

Cénotaphe d’André Delons, division 90 (Père-Lachaise).

Déception littéraire et disparition

   Revenu en France, André Delons confie son recueil L’homme-désert à Jean Cassou, qui doit le publier avec les illustrations d’André Masson. La maison d’édition ayant rapidement fermé, le manuscrit se trouve égaré. Amer, Delons délaisse la littérature pour s’engager dans l’agence radio Jep et Carré, concurrente de la société Information et publicité, à laquelle collaborent Robert Desnos et Armand Salacrou. Il gagne alors bien sa vie, s’installe dans un immeuble bourgeois de l’Île-Saint-Louis, au 51 quai d’Anjou, et continue à fréquenter ses amis Jacques Brunius, Maurice Henry, Georgette Camille (1900-1908), ainsi que les frères Prévert. On lui doit encore quelques articles.

« Le promeneur habité du désastre »[2]

 … À la mémoire d’André DELONS (1909-). Poète et Essayiste, officier de liasion de l’Armée Anglaise disparu au large de Zuydcotte en mai 1940, pouvons-nous lire sur le caveau des parents Delons, modeste sépulture grise de la quatre-vingt-dixième division, où une plaque a été apposée. Mort prématurément, l’homme laisse malgré tout un nombre conséquent d’articles et de poèmes, regroupés par les universitaires Alain et Odette Virmaux en trois volumes. Bien des manuscrits ont probablement été engloutis, perdus à jamais. Reste l’image d’un homme de Lettres sensible, angoissé, habité par une crainte quasi prophétique de l’eau, de cette mer qui devait l’avaler, si jeune, encore plein de promesses.

Je suis au bord d’une rivière

qui descend vers la mort,

Je suis devant cette force

et le courant ne varie jamais.

comme un décombre.[3]

   1939… La guerre éclate et André Delons rejoint rapidement un groupe d’officiers britanniques, regroupés dans la commune d’Auxi-le-Château, minuscule commune du Pas-de-Calais dominée par une impressionnante église gothique. Le poète, qui souhaite se rendre à Londres aux côtés de la résistance, est rappelé au chevet de sa mère mourante en février 1940. Il disparaît le 31 mai, au cours de la bataille de Dunkerque, à trente-et-un ans seulement, alors que tous croient l’entendre sur Radio-Londres, en compagnie de l’acteur Brunius (cité plus haut).

Évoquons, en guise de conclusion Les eaux noires (2014), très beau documentaire signé Nicolas Droin et Prosper Hillairet, librement disponible sur le site de partage Dailymotion, et où nous voyons témoigner des proches d’André Delons. La caméra se balade le long des quais de l’Île-Saint-Louis (cf. plus haut), où l’homme aimait à déambuler.


[1] Tous deux sont inhumés dans la division 97 du Père-Lachaise.

[2] Extrait d’un poème d’André Delons : Le promeneur habité du désastre,/se retrouve un jour à errer/seul au bord d’une plage sèche,/lavée de vent,/et parfaitement immense./Il avance comme on dormirait.

[3] Vers extraits de L’homme désert, repris dans Poèmes (1927-1933), suivis de « L’homme désert » – Textes réunis et présentés par Alain et Odette Virmaux, éditions Rougerie, Mortemart, 1986.

Une vue de l’Île Saint-Louis, où résidait André Delons.

« Ô MONDE! – ET LE CHANT CLAIR DES MALHEURS NOUVEAUX! » (ARTHUR RIMBAUD)

MÉMOIRE DES POÈTES: JACQUES ABEILLE (1942-2022)

…. Jacques Abeille nous a quittés le 23 janvier 2022. Il avait 79 ans. Je ne développerai pas ici de biographie détaillée, ne connaissant pas assez son oeuvre. Lié au mouvement surréaliste, comme Jean Carrive et Pierre Molinier, eux aussi bordelais, Jacques Abeille nous a laissé de très beaux vers érotiques. Ayant eu la chance de rencontrer l’homme une fois à la Galerie l’Usine (boulevard de la Villette) de Claude Brabant vers 2010, j’ai moi-même chroniqué La Guerre entre les arbres (éditions Cadex, 1997), recueil dont on trouvera un extrait ci-dessous. Je joins deux liens:

les peupliers caressent l’aine du ciel

le ciel grave se frotte au sol

vois sans gêne

viens

accroupie là

pose ton cul sur ma face

de tes poils sombres abrase mon nez

grave mes paupières

étouffe-moi de chair mûre

fonds dans ta source

mouille

mouette impatiente

mouille-moi

brouille mes larmes

confonds mes rides

La guerre entre les arbres. éditions Cadex, 1997

« CHANSONS ET POÈMES » (PAUL VECCHIALI) À LA FNAC DES HALLES!

Merci à notre ami Eric Dubois pour cette belle photo. Publié par votre serviteur dans la collection « Eléphant blanc », le recueil Chansons et poèmes de Paul Vecchiali se retrouve donc au rayon « poésie » de la Fnac parisienne des Halles. Grande joie.

Vous pouvez commander l’ouvrage en librairie, ou alors directement sur le site d’Unicité:

http://www.editions-unicite.fr/auteurs/VECCHIALI-Paul/chansons-et-poemes-de-paul-vecchiali/index.php

« DIÉRÈSE » 83 (HIVER-PRINTEMPS 2022)

Chers amis,

Le quatre-vingt-troisième numéro de Diérèse paraît le 24 janvier. Outre un important dossier sur Thierry Metz, vous y trouverez deux articles critiques de mon cru, ainsi qu’une note biographique consacrée à André Delons (1909-1940), poète surréaliste et résistant, disparu en mer. Pour commander la revue, envoyez un chèque de 19,90 euros à l’ordre de Daniel Martinez (8 avenue Hoche, 77380 Ozoir-la-Ferrière). L’abonnement (un an, trois numéros), est à 45 euros.

« ANIMAUX » À LA BNF

Animaux catalogué à la BNF!

Je l’ai déjà dit ici: un jour, au rez-de-jardin, je suis tombé sur le livre d’un surréaliste belge (publié dans les années 60), et qui n’avait jamais été massicoté. Les pages étaient donc encore reliées, ce qui signifie que personne ne l’avait lu en presque 55 ans. J’ai donc demandé à une bibliothécaire d’opérer, de peur d’abîmer ce beau volume bordeaux, évoquant Maldoror. Le livre n’avait donc bénéficié d’aucun like ni commentaire, mais au moins il était là, posé sur l’étagère, comme pour m’attendre. Et cela remplacera toujours n’importe quel blog ou n’importe quel texte Facebook non imprimé, destiné malgré tout à une disparition, à plus ou moins long terme. On me répliquera que la BNF disparaîtra d’ici la fin des temps, ou d’ici la fin de la France, que je souhaite la plus tardive possible. Certes. Mais d’ici là… Rien ne remplacera jamais l’imprimé. Joie narcissique, donc, à savoir mes propres livres conservés en ce lieu prestigieux, à côté des Reader’s digests comme des Harlequins, comme des Balzac. C’est dans ces moments-là que tout le reste, soit le nombre de ventes, la diffusion, demeurent indifférents. Accessoires, à tout le moins.

https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb46888381x?fbclid=IwAR2mhomKrHLnAxa7Te4K9PIn914dfA0h4YbR2bXSkKRWdK-TEnUBcgPXfR8

« PIANO SUR L’EAU », CATHERINE ANDRIEU, ÉDITIONS RAFAEL DE SURTIS, 2021. 

Ce matin je m’étais coupé les cheveux

Juste avant de voir ton masque mortuaire

Grimaçant gueule ouverte yeux ouverts

Ton souffle comme seule preuve de ta présence

Les stupéfiants a dit le vétérinaire en te caressant

S’il savait que tu l’aurais abattu d’un seul coup de patte

Toi l’âme de la forêt sauvage

Et te voilà tu n’es pas mort mais mes cheveux

Sont devenus blancs en une seule nuit

Tu as le secret de mes nuits étoilées

La rue illuminée le soir, le manège que tu regardes

Couché sur le balcon les bateaux

Je me mets au piano et nous glissons

Sur l’eau. 

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