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RAMON LOPEZ VELARDE, 1921 (ITZPAPALOTL, série mexicaine, 2)

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   Nous présentons aujourd’hui notre second numéro d' »Itzpapalotl », série consacrée à la culture, et plus particulièrement à la poésie mexicaine. Créée il y a un mois sur l’impulsion de notre lectrice et amie Claudine Sigler, fidèle du blog, « Itzpapalotl » (littéralement « papillon d’obsidienne » en langue nahuatl), paraîtra donc mensuellement. N’étant jamais allé au Mexique, grande terra incognita, en ce qui me concernce, je ne peux que souscrire au projet et le défendre. Une porte vers la littérature internationale, évidemment. Nous y reviendrons lors de nos traditionnels vœux de nouvelle année, le 1er janvier. Laissons la parole à Claudine, qui a donc traduit, et préfacé, ce texte de Ramon Lopez Velarde, daté de 1921.

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Ramon Lopez Velarde (1888-1921)

Ramon Lopez Velarde (1888-1921)
Né à Zacatecas, et mort à Mexico, durant sa courte vie (33 ans) il fut avocat, journaliste, enseignant, et publia simultanément trois recueils de poésie. Dans le dernier d’entre eux, édité après sa mort, se trouve La Suave Patria (la Douce Patrie), un long texte épique, lyrique, composé à l’occasion du premier centenaire de l’Indépendance du Mexique.
Ce texte est considéré aujourdui comme le “Poème National” du Mexique, et étudié régulièrement dans les écoles. Nous en livrons ici un extrait traduit en français, où nous avons tenté de reproduire son élan et sa vibration (la versification du texte original est par ailleurs de facture très classique, ce dont ne rend pas compte la traduction).

« LA SUAVE PATRIA »
Poema de Ramon Lopez Velarde (1921)

 

(…) Suave Patria: permite que te envuelva
En la más honda música de selva
Con que me modelaste por entero
Al golpe cadencioso de las hachas,
Entre risas y gritos de muchachas
Y pájaros de oficio carpintero.

Primer acto:

Patria: tu superficie es el maíz,
Tus minas el palacio del Rey de Oros.
Y tu cielo, las garzas en desliz
Y el relámpago verde de los loros.

El Niño Dios te escrituró un establo
Y los veneros de pétroleo el diablo.

Sobre tu Capital, cada hora vuela
Ojerosa y pintada, en carretela;
Y en tu provincia, del reloj en vela
Que rondan los palomos colipavos,
Las campanadas caen como centavos.

Patria: tu mutilado territorio
Se viste de percal y de abalorio.
Suave Patria: tu casa todavía
Es tan grande, que el tren va por la via
Como aguinaldo de juguetería.

Y en el barullo de las estaciones
Con tu mirada de mestiza, pones
La inmensidad sobre los corazones.

¿Quien, en la noche que asusta a la rana,
No miró, antes de saber del vicio,
Del brazo de su novia, la galana
Pólvora de los fuegos de artificio?

Suave Patria: en tu tórrido festín
Luces policromías de delfín,
Y con tu pelo rubio se desposa
El alma, equilibrista chuparrosa,
Y a tus dos trenzas de tabaco sabe
Ofrendar aguamiel toda mi briosa
Raza de bailadores de jarabe.

Tu barro suena a plata, y en tu puño
Su sonora miseria de alcancia;
Y por las madrugadas del terruño,
En calles como espejos, se vacía

El santo olor de la panaderia.

 

 

Ramon Lopez Velarde – La Douce Patrie

(…) Douce Patrie, permets que je t’enveloppe
Dans la plus profonde musique forestière
Avec laquelle tu m’as modelé tout entier
Au rythme cadencé des haches
Entre des rires et des cris d’adolescentes,
Et des oiseaux au travail fondateur.

Premier acte :
Patrie, ton aire est le maïs,
Tes mines, le palais du roi des Ors.
Et ton ciel, les hérons glissants
Et l’éclair vert des perroquets.

L’Enfant-Dieu t’a légué une étable,
Et les sources du pétrole, le diable.

Sur ta Capitale chaque heure vole
Aguicheuse et fardée, en calèche ;
Et dans ta province, de l’horloge en veille
Que protègent les palombes à queue de paon,
Les volées de cloche tombent comme des sous.

Patrie : ton territoire mutilé
Se vêt de percale et de verroterie.
Douce patrie, ton bercail est encore
Si grand, que le train serpente sur le rail
Comme une étrenne d’un magasin de jouets.

Et dans la cohue des gares
De ton regard de métisse, tu déposes
L’immensité sur tous les coeurs.

Qui, dans la nuit qui effarouche la grenouille,
N’a regardé, avant de goûter le vice,
Sur le bras de sa fiancée, la délicate
Poussière des feux d’artifice?

Douce patrie: dans ton festin torride
Tu luis de polychromies de dauphin,
Et à tes cheveux blonds se marie
L’âme, équilibriste avaleuse,
Et elle sait bien, toute ma vaillante
Race de danseurs de jarabe,
Offrir l’eau de miel à tes deux tresses de tabac.

Ton argile tinte comme l’argent, et dans ton poing
Sa sonore misère de tirelire;
Et dans les petits matins de mon terroir,
S’écoule, dans les rues comme des miroirs,
La sainte odeur de la boulangerie (…)

(Présentation et traduction par Claudine Sigler)

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ÉVÉNEMENTIEL DE DÉCEMBRE 2017

Chers lecteurs,

  La vie littéraire, artistique, se poursuit, malgré la pluie, malgré le froid. Quelques éléments nouveaux, donc, pour ce dernier évènementiel de l’année 2017. Le mois de novembre a vu le nombre de visiteurs augmenter. Quelques nouveaux abonnés, parmi lesquels un jeune poète et un ufologue, que je ne nommerai pas. Un premier visiteur irakien, également, ce qui constitue évidemment une agréable surprise. Mais venons en aux faits!

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Pétrarque, par Jacques Cauda. 

  Réalisateur, écrivain, peintre, illustrateur, notre ami Facebook Jacques Cauda expose depuis le 1er décembre, avec d’autres artistes, à la librairie « Équipages », au 61 rue de Bagnolet, 75020 PARIS (métro Porte de Bagnolet). Les éditions Tinbad, chez lesquels l’homme a publié Comilédie, sont également présentes. Venez donc avant le 31.

 

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La conteuse Karine Leroy en pleine action.

 

   Mardi 12 décembre à 20h, Karine Leroy viendra interpréter « Les Contes de la lune verte » au Bouffadou, 93 rue des Vignoles 75020 Paris (métro Maraîchers). L’entrée est libre, et un chapeau circulera dans la soirée. Chacun peut également amener quelque chose à boire ou à manger. Ambiance conviviale. (Métro Maraîchers ou Alexandre Dumas, bus 26 64, station Orteaux)

Site de la conteuse Karine Leroy

nadeau

   Le 16 décembre, notre lecteur et ami surréaliste franco-québécois David Nadeau, animateur de la revue La vertèbre et le rossignol, présentera ses Poésies complètes à la librairie Saint Jean-Baptiste, 565 rue Saint Jean, dans la belle ville de Québec, de l’autre côté de l’Atlantique, à partir de 17 heures. Je suis déjà allé à Québec à l’occasion d’un festival de poésie (ce qui a d’ailleurs été évoqué sur le blog), mais hélas pour le coup je ne pourrai pas être présent. Je le signale néanmoins à l’attention de mes amis canadiens, puisque certains semblent suivre « Page paysage ».

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  Organisé par notre ami Pascal Mora, le traditionnel café-poésie de Meaux se tiendra lui ce même 16 décembre. Tout est indiqué sur cette belle affiche. Je serai de la partie (pour la première fois!)

cénacle ruhaud etienne

  Organisé par notre ami poète, l’increvable Marc-Louis Questin, alias Lord Mandrake, le prochain Cénacle du cygne se tiendra le jeudi 28 décembre, peu après Noël, à partir de 20 heures, à La Cantada II, 13 rue Moret, 75011 PARIS, métro Ménilmontant. Je serai présent. Pas de thèmes imposés, cette fois-ci. Freestyle, comme disent les Anglo-Saxons et les jeunes!

wallack

  Dans notre événementiel de novembre, nous évoquions le groupe pictave « Wallack », en plein essor. Vous pouvez d’ores et déjà soutenir leur projet en achetant le disque à sortir en janvier, soit le mois prochain, via la plateforme Ulule (suivre le lien ci-dessous). Un don de 10 euros vous permettra d’acquérir le produit. Plusieurs extraits sont disponibles sur Internet.

     Avant de vous souhaiter à tous de bonnes fêtes de fin d’année (avec un peu d’avance, il est vrai), évoquons le court-métrage Gypsies, par notre ami Stéphane Rizzi. Le tournage commence aujourd’hui même, dimanche 3 décembre, en Seine-Saint-Denis. Je suis à titre privé très fier d’en être le dialoguiste non exclusif, et d’avoir signé mon premier contrat de production il y a maintenant deux semaines. On retrouvera dans ce petit film notamment l’actrice syro-égyptienne Nanda Mohammad. Notre précédent travail, Cantate/macabre, ayant rencontré un certain succès (dans le milieu underground indépendant), on espère qu’il en ira de même pour cette histoire.

  Et joyeux Noël!!

 

 

 

Ô VOUS QUI DORMEZ DANS LES ÉTOILES ENCHAÎNÉS (JEAN RISTAT), éditions Gallimard, Paris, 2017.

O-vous-qui-dormez-dans-les-etoiles-enchaines

Sonnent les sept heures au petit matin gris et

Bas de janvier lorsqu’endormi il repose dans

Une débauche de lumière sur la table

Déjà comme un gisant nu offert aux couteaux

Et aux ciseaux à découdre ce que nature

Soigneusement au fil des saisons avait cousu

À découper les chairs et scier la cage où

Le cœur se cache comme un oiseau affolé

Les bras grands ouverts le voici offert viande

De boucherie et dans l’écartement des membres

Disjoints le vent bleu et âpre de l’hiver souffle

Dans la tête vif et mort tout à la fois

Lorsque s’ouvre la fenêtre du thorax l’ar

Tère se rompt comme un cordage usé et le

Sang en flammes tourbillonnantes s’épand sur ce

Confus carnage ah effacez les images et

Retournez le malheur comme un gant dites-moi

Que le printemps toujours revient

(« Éloge funèbre de Monsieur Martinoty », p. 20-21)

 

 

 

 

 

 

 

MÉMOIRE DES POÈTES XX: NUSCH ÉLUARD (1906-1946), Cimetière du Père-Lachaise, division 84. (Article paru dans Diérèse 71, automne 2017) 

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DIVISION 84

   Née le 21 juin 1906 à Mulhouse, alors ville allemande, fille d’un couple de forains, Maria Benz est très vite surnommée « Nusch » par un père aimant, qui l’initie à l’acrobatie et aux arts du cirque. Engagée par un théâtre berlinois à quatorze ans seulement, la jeune fille revient ensuite en Alsace, avant de travailler comme hypnotiseuse au Théâtre du Grand Guignol, rue Chaptal à Paris, tout en se livrant occasionnellement à la prostitution. Nusch, qui habite alors une misérable chambre de bonne près de Saint-Lazare depuis 1928, se fait aborder boulevard Haussmann par René Char et Paul Éluard, le 31 mai 1930, non loin des Galeries-Lafayette. Les deux amis emmènent Nusch dans un café, et lui offrent à manger. Charmée par la culture et par la personnalité d’Éluard, la comédienne vient habiter chez lui, rue Becquerel, puis rue de la Fontaine, dans le même immeuble que Breton, en union libre (pour reprendre l’expression de Clair de terre). Le poète, qui vit douloureusement son divorce avec Gala (1894-1982), mère de sa fille Cécile et future épouse de Dali, et qui trompe ouvertement Nusch, se marie néanmoins avec cette dernière le 21 août 1934. Physiquement affaibli, en proie à de graves difficultés financières, Éluard, qui a dédié La Vie immédiate à Nusch, vit en sa compagnie une aventure amoureuse et érotique intense, déclarant notamment, Je vis dans une lumière exclusive, la tienne, ou encore, Même quand nous sommes loin de l’autre, tout nous unit . Parallèlement, Nusch devient modèle pour Man Ray, entretenant une liaison avec lui, ainsi qu’une relation saphique avec Ady Fidelin, jeune Guadeloupéenne, maîtresse du photographe. En 1935, le recueil Facile est ainsi orné des images de Nusch, que Man Ray filme, en 1937, dans La Garoupe, court-métrage aujourd’hui perdu, et où figure également Pablo Picasso. Devenu intime du couple, le peintre, qui aurait eu des rapports particuliers avec Nusch, dîne fréquemment dans leur appartement, boulevard des Grands-Augustins, et les accompagne, l’été, à Mougins, en Provence. De magnifiques portraits, signés de la main du génie espagnol, nous sont ainsi parvenus. Fascinés par Nusch, Dora Maar (1907-1997), Joan Miró (1893-1983) ou encore René Magritte (1898-1967) immortalisent également la muse, égérie du groupe surréaliste.
En septembre 1939, P. Éluard, alors âgé de quarante-trois ans, est mobilisé au sein de l’administration militaire à Mignières dans le Loiret. Nusch le rejoint, avant de le suivre dans le Tarn, en juillet 1940, où l’armée l’a envoyé. Le 19 juillet 1940, le couple file à Carcassonne, où les attend leur ami Joë Bousquet (1897-1950), poète paralysé suite à une blessure, reçue au cours de la Grande Guerre. Revenu à Paris, ils habitent un petit logement au 35 rue de la Chapelle (rebaptisée Marx-Dormoy en 1945). En 1942, Éluard, qui a redemandé son adhésion au parti communiste français, entre en clandestinité, et publie de nombreux tracts et textes subversifs, que Nusch transporte dans des boîtes à bonbons. Tous deux sont successivement cachés chez Michel Leiris (inhumé dans la division 97), et Georges Hugnet (1906-1974), rue du Long, dans le XVIIème arrondissement. Réfugié à Vézelay chez les éditeurs Christian et Yvonne Zervos jusqu’à la Libération, l’auteur, tête de proue, avec Aragon, de la Résistance, donne de nombreuses conférences en Europe, toujours accompagné de sa muse. Le 28 novembre 1946, alors en Suisse, il apprend le décès brutal de Nusch, victime d’une hémorragie cérébrale au domicile de sa belle-mère, Suzanne Grindel, et en compagnie de sa belle-fille, Cécile. Terrassé, le poète, qui devait mourir six ans plus tard, et qui est inhumé dans la 97ème division, nous laisse ces quelques vers bouleversants :

Vingt-huit novembre mil neuf cent quarante-six
Nous ne vieillirons pas ensemble.
Voici le jour
En trop : le temps déborde.
Mon amour si léger prend le poids d’un supplice.

    Disparue à quarante ans seulement, sans enfants, Nusch, qui nous a laissé quelques collages, longtemps attribués par erreur à son mari, n’a pas écrit, mais aura beaucoup inspiré. Dotée d’une beauté trouble, et d’un accent germanique qui prêtait à plaisanteries, l’ancienne fille de rue prend toute sa place dans le mouvement, aux côtés de Kiki de Montparnasse (dont la tombe, auparavant au cimetière de Thiais, a disparu), ou de Nadja (de son vrai nom Léonie Delcourt, morte folle pendant l’Occupation, et inhumée au cimetière de Bailleul dans le Nord). Selon Chantal Vieuville : Silhouette fine et délicate, elle [Nusch] impose son image au Panthéon des grandes figures féministes des Surréalistes, telle une muse au service d’une révolution artistique. Elle repose aujourd’hui sous une tombe blanche fort sobre, indiquant uniquement son nom et son prénom, et régulièrement fleurie.

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UN CALLIGRAMME DE JUAN JOSÉ TABLADA, TRADUIT PAR CLAUDINE SIGLER (ITZPAPALOTL, série mexicaine 1)

  Parce que le blog vit d’abord de ses lecteurs, nous sommes aujourd’hui heureux de présenter ce beau calligramme du poète mexicain Juan José Tablada (1871-1945), traduit par notre fidèle amie Claudine Sigler.

sigler

ÉVÉNEMENTIEL DE NOVEMBRE 2017

Chers amis,

   Un mois de novembre chargé, au sens positif du terme, s’annonce. Et l’événementiel sera riche.

revue salon

  Signalons tout d’abord le 27ème salon de la revue, qui se tiendra, comme chaque année, dans le Marais, à l’espace des Blancs-Manteaux, et réunira nombre de périodiques intéressants, parmi lesquels notamment Empreinte de mon amie Claude Brabant, infatigable chantre de l’art brut, et première secrétaire du regretté Guy Debord.. Les indications se trouvent sur la photo ci-dessus. Je m’y rendrai moi-même le samedi 11, après 18H30.

autre livre

   Une semaine plus tard, au même endroit exactement, se tiendra le Salon de l’autre Livre, qui regroupe des éditeurs indépendants. A voir, donc, pour les auteurs en quête de maison. La liste complète des structures présentes se trouve sur le site même de l’association.

Site web de l’association « L’autre livre » (cliquer sur le lien)

meaux

  Signalons, comme chaque mois, le traditionnel Café Poésie de Meaux, animé par notre ami Pascal Mora, maintes fois évoqué ici. Comme toujours, chacun peut venir lire ses textes à partir de 10h30, le samedi 18 novembre, donc, au dernier étage de la médiathèque Luxembourg, 1 rue Cornillon.

cénacle cygne

   Autre évènement incontournable, pour ceux qui suivent, le Cénacle du Cygne, animé par Marc-Louis Questin, se tiendra comme d’habitude au 13 rue Moret, dans le sous-sol du bar « La Cantada II ». Nous y retrouverons danseurs, cinéastes, auteurs et magiciens, autour d’une soirée consacrée au Moyen-Âge. Venez donc (j’y serai pour lire quelques poèmes!), le 23 novembre à partir de 20h30.

chat de mars

Avec sa couverture toute noire, la revue « Chats de Mars » contient de riches illustrations en noire et blanc. L’objet s’obtient auprès de Julien Boutreux, contre quelques timbres seulement.

    Comme indiqué dans le dernier billet, la revue tourangelle Chats de mars 4 est parue, et ne coûte que quelques timbres, à envoyer à Julien Boutreux (jlboutreux@gmail.com)

nadeau

   De l’autre côté de l’Atlantique, notre ami, le jeune poète franco-québécois David Nadeau, animateur de la revue La vertèbre et le rossignol, très marqué par le surréalisme, vient de sortir un recueil regroupant tous les textes écrits entre 2006 et 2016. L’ouvrage peut se commander sur le site éditorial Lulu.com.

Cliquer sur le lien pour acheter le livre de David Nadeau.

radière

   J’ai oublié d’en parler le mois dernier (l’événementiel était déjà préparé), mais l’écrivain vendéen Thierry Radière que nous avons évoqué au détour d’une note de lecture (pour son recueil de nouvelles intitulé À un moment donné), a publié le 2 octobre un livre de poésie, aux éditions belges « Les Carnets du Dessert de Lune ». Préfacé par notre ami Denis Montebello, et illustré par Virginie Dolle, l’ouvrage est vendu 12 euros. Ci-dessous un bref extrait:

AUX DÎNERS DES RATS 

   Qu’aurais-je fait seul au milieu des fruits et légumes avec des voix incompréhensibles chuchotant derrière mon dos ? Bien sûr l’homme survit à tout ou presque et peut se représenter l’infini où qu’il soit, mais après sa boisson vite bue et les quelques mètres de marché parcourus de long en large et plusieurs fois, il reste le temps à vivre que l’imagination ne peut faire à sa place. Les marchands sont des habitués ; les clients endimanchés. Le vendeur de poulets rôtis laissera comme à l’accoutumée une petite pomme de terre dans la sauce du sac chaud que nous prendrons et poserons délicatement au fond du chariot rouge après l’avoir réglé. Nous ne la mangerons pas cette unique patate. Elle ira à la poubelle, seule, rejoindre les restes du repas et la carcasse de l’oiseau cuit. Avec un pincement au cœur de déchet mal à l’aise, je laisserai la compassion faire son travail de digestion en pensant aux dîners des rats les yeux grands ouverts.

Pour commander le livre de Thierry Radière (cliquer sur le lien)

 

wallack

  Une fois n’est pas coutume, diffusons un peu de musique. Guitariste/chanteur du groupe pictave Wallack, mon camarade d’études et ami Cyprien Tillet annonce la sortie d’un album studio en janvier. Dès à présent, goûtez le son du single « White noise », directement sur le site de Wallack, qui se produira notamment le vendredi 17 novembre au café-concert « Le plan B », à 20h30, au 30-32 boulevard du Grand Cerf à Poitiers. Je ne pourrai hélas être de la partie.

Site officiel du Wallack.

  Voilà. On se quitte avec une image prise dans le jardin des Tuileries, par un dimanche clair et ensoleillé d’octobre, à l’occasion de la FIAC (Art contemporain). « Jamais un coup de dés n’abolira le hasard » (Mallarmé dixit).

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« Mushroom dice », GIlles Barbier, 2017. Photographie de Saghi Sam.

 

 

« ATTENTION/ACHTUNG » DE MATHIAS RICHARD (création personnelle, 1)

chat de mars

Avec sa couverture toute noire, la revue « Chats de Mars » contient de riches illustrations en noir et blanc. L’objet s’obtient auprès de Julien Boutreux, contre quelques timbres seulement. Ecrire donc à jlboutreux@gmail.com

  Animateur de la revue Chats de Mars, déjà évoquée sur le blog, et poète lui-même, mon ami Julien Boutreux m’a récemment demandé si je pouvais traduire du français vers l’allemand un texte du Marseillais Mathias Richard. Invité à un festival littéraire dans une brasserie berlinoise, ce dernier devait effectivement lire un assez long passage dans la langue de Goethe, et sollicitait notre aide bénévole. Je me suis donc prêté à l’exercice, usant ainsi de mon vieux dictionnaire « Harrap’s », ainsi que de Reverso, qui permet de retrouver certaines expressions. De fait, le poème intitulé « Attention » a été déclamé le samedi 27 octobre, soit il y a quatre jours, outre-Rhin, lors de l’évènement « Ungemuetlich » V, organisé par Frédéric Krauke au 80-82 de la Berliner Strasse, à la Wilner Brauerei. Je l’ai moi-même lu deux jours avant, le jeudi 25, lors du Cénacle du Cygne de l’inoxydable Marc-Louis Questin, en français et en allemand. Voici donc les deux versions.

ungemuetlich V

Affiche de l’évènement « UNGEMUETLICH V »

 

ATTENTION

Attention
Attention y a une barrière sur la route
Attention y a de l’eau qui tombe du ciel
Attention une goutte coule de ton nez
Attention y a la lumière qu’est allumée
Attention
Attention, y a la porte du frigo qu’est ouverte
Attention la porte du garage n’est pas fermée à clef
Attention faut pas tâter les fruits
Attention les serviettes sont nominatives / c’est pas ta serviette
Attention tu sais ce que tu quittes mais tu sais pas où tu vas
Attention c’est très dangereux
Attention fait froid dehors
Attention le chat ne doit pas rentrer ou sortir de la maison
Attention la voiture
Attention la maison
Attention les oiseaux
Attention le trottoir
Attention le quartier
Attention les voisins
Attention le bébé
Attention, ça refroidit
Attention pas trop de sel !
Attention tu manges pas dans l’ordre…
Attention c’est pas vrai du tout
Attention à ton futur
Attention à la chaudière
Attention à l’électricité
Attention il y a un risque de gel
Attention il fait nuit
Attention c’est la crise.
Attention on ne peut pas se le permettre.
Attention les camions.
Attention les encens c’est toxique.
Attention bouilloire en plastique ça rend stérile.
Attention l’aspirine donne mal à la tête
Attention ces avocats pourriront si tu les tâtes.
Attention tu fais trop de bruit le plancher grince quand tu marches
Attention cette huile est cancérigène.
Attention doit y avoir une fuite de dioxyde de carbone.
Attention le courrier.
Attention les plantes.
Attention il faut garder la porte fermée.
Attention tu manges trop
Attention tu manges pas assez
Attention comment tu parles
Attention

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Le poète Mathias Richard en pleine action.

 

ACHTUNG!

Achtung!
Achtung! Es gibt eine Schranke am Weg.
Achtung! Es gibt Wasser, das von Himmel fallt.
Achtung!
Achtung! Rotz fliesst von deinem Nase.
Achtung! Das Licht is gemacht.
Achtung!
Achtung! Die Külhschranktür ist geöffnet.
Achtung! Die Garagentür is nicht geschlossen.
Achtung! Du darfst nicht die Obst treffen.
Achtung! Die Handtüche sind nämentlich/ Da ist nicht dein Handtuch.
Achtung! Du weiss was du verlässt, sondern nicht wo du hingehst.
Achtung! Das ist sehr gefährlich.
Achtung! Es ist kalt draussen.
Achtung! Der Katz darft nicht ins Haus einbrechen, und er darft nicht das Haus verlassen.
Achtung! Der Wagen.
Achtung! Das Haus.
Achtung! Die Vögel.
Vorsicht ! Der Gehweg.
Achtung! Das Viertel.
Achtung! Die Nachbarn.
Achtung! Das Baby.
Achtung! Es kühlt.
Achtung! Nicht zu viel Salz.
Achtung! Du isst nicht in Reihenfolge.
Achtung! Das ist absolut nicht wahr.
Achtung vor deiner Zukunft.
Achtung vor Kessel.
Achtung vor Strom.
Achtung! Gefriergefahr.
Achtung! Krise ist da.
Achtung! Wir können nicht es machen.
Achtung! Die Lastautos.
Achtung! Weihrauch ist giftig.
Achtung! Plastischwasserkocher Schwangeren schadet.
Achtung! Aspirin Kopfschmerzen gibt.
Achtung! Diese Avocados werden verwesen wenn du sie triffst.
Achtung! Du machst zu viel Lärm. Der Boden knirscht wenn du läufst.
Achtung! Dieses Öl ist krebserregend.
Achtung! Es muss sein Kohlendioxidleck.
Achtung! Der Kurier.
Achtung! Die Pflanzen.
Achtung! Tür darft geschlossen bleiben.
Achtung! Du isst zu viel.
Achtung! Du isst nicht genug.
Achtung vor deiner Sprechweise.
Achtung!

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Votre serviteur lisant le texte en question à la Cantada II, rue Moret, dans le cadre du « Cénacle du Cygne » organisé par Marc-Louis Questin, le 25 octobre 2017. Photo de Claudine Sigler.

 

 

 

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