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« LES MAINS PROPRES », JEAN-LOUIS BAILLY, ÉDITIONS L’ARBRE VENGEUR, TALENCE, 2021 (note de lecture parue dans « Diérèse » 82, automne 2021).

   Librement inspiré par la vie du chercheur et poète Jean-Henri Fabre (1823-1915), ce singulier opuscule s’apparente à une mini-biographie disruptive, décalée dans le ton comme dans le propos. Composé avec une minutie quasi entomologique Les mains propres détaille les habitudes et les études de Fabre, ou plutôt d’Anthelme, son double littéraire. À l’instar de son illustre modèle, le personnage hante un village du Sud, au milieu d’habitants qui le craignent, et passe ses journées à fouiller le sol à la recherche d’insectes, soigneusement décrits en français, grec et latin, sur d’innombrables feuillets manuscrits. Également traducteur des Fables de la Fontaine en provençal, Anthelme est aidé, dans ses travaux, par les gamins du coin ainsi que par le docteur Larivoie, jeune admirateur. Ceux-ci lui rapportent des bestioles en échange de menues récompenses. Au demeurant, l’intellectuel sait se montrer reconnaissant, offrant notamment des lunettes à Ernest, un garçon en apparence gourd surnommé « Tête de mouche » par ses camarades.  

   Une secrète passion charnelle dévore cependant l’austère Anthelme, et met un peu de désordre dans cette vie bien rangée. Déjà marié, le sexagénaire couche en effet avec Rose, paysanne de dix-sept ans qu’il finira par épouser après la mort pour le moins trouble de sa première femme. Vénéré par tous, et entre autres par Darwin, l’auguste savant cache en effet certains vices, dissimulant notamment, derrière le détachement feint, une vanité dévorante. Ce même orgueil se trouve conforté par un évènement pour le moins marquant : Raymond Poincaré, président du Conseil, vient en personne décorer Anthelme dans son patelin, et ce en pleine guerre. La consécration est totale.

  Récit bref mais lent, Les mains propres rappelle, précisément, les planches de dissection pratiquées par Fabre-Anthelme. D’observateur, l’homme devient objet d’observation, étudié avec méticulosité, implacablement portraituré par Jean-Louis Bailly jusque dans ses moindres travers. C’est avec un malin plaisir qu’on voit le vernis craquer. On est aussi frappé par l’extrême justesse du propos, par le classicisme d’une langue impeccable. Rien n’échappe au regard de l’écrivain, et donc de son lecteur. Pour autant, Les mains propres ne constitue pas un aride traité scientifique sur la vie des sauterelles et autres hyménoptères, un volume desséchant autour de Fabre, par le truchement de la fiction. Un lyrisme subtil baigne en effet l’ensemble, en particulier dans le dernier chapitre, lorsque J.L. Bailly évoque la sépulture du principal protagoniste, inhumé avec ses chères créatures : Ces insectes d’une semaine, pieusement conservés, détiennent le secret d’une humble éternité. La pierre de la tombe provençale s’effritera sans doute avant que ces armures princières lancent éclats moins flamboyants et nuances moirures moins délicates (p. 112). Manifestement habité par la figure de Fabre, dont il parle déjà dans l’excellent Vers la poussière[1], le pataphysicien J..L. Bailly[2] signe là un petit livre étonnant, sous les auspices des excellentes éditions girondines « L’Arbre vengeur ».


[1] Éditions de l’Arbre vengeur, Talence, 2010.

[2] Par ailleurs auteur du plus long lipogramme versifié en langue française, transcription fidèle, sans utiliser la lettre « e », de « La Chanson du Mal-aimé » d’Apollinaire (source : Wikipédia).

JOYEUSE ANNÉE 147!

1_TAXfZ9ki1RZFTHSBL2b3ZgChers amis, chers lecteurs pataphysiciens!

 

  Bonne année 147! Samedi, votre serviteur a croisé la route de son ami Maximilian Gilessen, traducteur de Raymond Roussel en allemand, ainsi que de Fernando Arrabal, grand Satrape, rue du Volga.

 

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Fernando Arrabal, photo d’Etienne Ruhaud.

Mon article sur la rue du Volga

SURRÉALISME 34: JORGE BANDEIRA, PATAPHYSIQUE (MADE IN BRASIL)

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Mon ami pataphysicien brésilien, Jorge Bandeira, originaire de Manaus, a judicieusement repris mon portrait Facebook pour compléter son calendrier pataphysique (Alfred Jarry ayant créé un calendrier spécifique, ubuesque, au cours de sa brève existence). J’envoie des éditions françaises d’Ubu à Jorge, dans le Nordeste, et il me renvoie ses travaux, grosso modo. C’est donc avec plaisir que je vous présente son travail sur cette page, lui disant MERDRE!

PS: Et avouez que je fais quand même plus jeune sur la photo…

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RUE DU VOLGA (article paru dans « L’ami du 20ème » en septembre 2018)

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   Plus long fleuve d’Europe, la Volga devient le Volga sous la plume de Jules Verne, dans Michel Strogoff, roman des steppes sibériennes publié en 1876. La forme masculine semble donc pratiquée au XIXème siècle, ce qui explique probablement que la « Vieille Rue », ou « Ancien chemin de Montreuil », soit devenue rue du Volga et non rue de la Volga en 1877. Avec ses 3690 kilomètres, le cours d’eau russe traverse huit grandes villes, parmi lesquelles Nijni-Novgorod, Kazan, avant de se jeter dans la Caspienne, en formant le détroit d’Astrakhan. Des peuples fort divers, parmi lesquels les Tatars musulmans, les Kalmouks bouddhistes ou encore des Allemands, vivent dans son bassin. Longue de 485 mètres, la rue du Volga débute elle au 70 rue d’Avron, et s’achève au 65 boulevard Davout, exactement en face de la station de tramway « Porte de Montreuil », après le restaurant situé à l’angle.

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   Plutôt calme et résidentielle, sans commerces bruyants, la voie forme un saisissant contraste avec la rue d’Avron parallèle. Pas de monuments marquants, mais une belle petite place ombragée, à l’extrémité Ouest, avec une fontaine à caryatides de la Mairie de Paris, plantée sur un dallage qui évoque une portée musicale garnie de notes et d’une clé de sol, formée par des pavés. Évoquons également le romantique pont en meulière qui enjambe la rue, décor occasionnel pour les photographes de mode, juste avant un parc, ainsi que la minuscule section piétonnière séparant la rue des Pyrénées et la rue des Maraîchers. Outre le salon oriental El Warda ou l’Entrepôt 49, ainsi que la bar du Manoir, la rue du Volga héberge le collège de Pataphysique, installé dans un atelier, au numéro 51 A. Fondé en 1948 en mémoire d’Alfred Jarry (1873-1907), écrivain fantaisiste et auteur du célèbre Ubu-roi, régie selon des termes bien précis, l’organisation promeut des sciences inexistantes, dans un esprit absurde, humoristique, et publie la revue Viridis candela (« la chandelle verte » en latin).

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ADDENDUM: ROLAND TOPOR JEUDI SOIR BUTTE MONTMARTRE

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   Né en 1980, ayant donc poussé en Grande Mitterrandie, de Vichy à Solutré, j’ai été très marqué, enfant, par l’émission « Téléchat », cette drôle de série mettant en scène un présentateur sous forme de félin, muni d’un plâtre parlant, d’un micro parlant, d’un téléphone parlant, et accompagné d’une collaboratrice autruche, tout aussi décalée. Ah, qu’on était loin des sitcoms japonais servis en même temps, ou par la suite, mettant en scène d’éternels chevaliers nippons aux cheveux en brosse, sortant des super pouvoirs pour anéantir je ne sais quel monstre venu de l’espace! Et pourtant ce n’est pas si loin.

  Il y a trois ans environ, j’apprenais par un ami que « Téléchat » était en réalité l’oeuvre de Roland Topor (1938-1997). Je ne vais pas me lancer dans la biographie de l’homme, dont je parlerai de toute façon sur le blog, et probablement dans un prochain Diérèse. Enterré au cimetière Montparnasse, le grand Satrape de Pataphysique Topor demeure lié, de loin, dans l’inspiration, au surréalisme (on lui doit notamment l’incroyable générique de ¡Viva la muerte! de Fernando Arrabal, évocation de l’Espagne franquiste). Je rajoute juste ici une petite note à l’évènementiel d’hier. Jeudi soir, en effet, soit le 6 octobre, au 27 rue Véron (75018 PARIS, métro Abbesses ou Blanche), aura lieu le vernissage d’une exposition consacrée à Topor, avec ses gravures et ses lithographies. Le tout sera accompagné d’une chorégraphie, entre 18h et 20 heures, en pleine rue. J’en serai!

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