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SUITE POUR PANTIN (Série: « Mémoire des poètes »)

En parcourant les cimetières, pour les besoins de mon essai, je réalise que plus de 99 pour cent des écrivains, acteurs, chanteurs, plasticiens ou même scientifiques ont été totalement zappés par le grand public. C’est particulièrement vrai pour l’émouvante nécropole de Pantin, si vaste et complexe. Au détour d’une allée, tu croises un joueur d’échecs célèbre en son temps, ou un magicien, ou un clown, ou un auteur déporté dont la tombe a disparu (Boris Bouïeff), une semi-mondaine chanteuse d’opérette, maîtresse d’un banquier, un gourou quelconque… Cela pourrait inciter à arrêter, à verser dans l’aquoibonisme chronique, dans le nihilisme. Et pourtant non. Car outre le fait que divers acharnés (comme moi, à un petit niveau, ou comme l’excellent Philippe Landru, spécialiste des cimetières, à un niveau plus élevé, voir le lien plus bas), pourront un jour retrouver des oubliés, et les faire vivre même modestement, la création est probablement un but en soi, un divertissement supérieur. Sans oublier que quelque chose se transmet aux descendants, des générations (précisément), plus tard, ce qui fait que rien n’est jamais complètement vain… Cela rend en tous cas creuses certaines chamailleries électroniques sans conséquence, qui apparaissent immanquablement pour ce qu’elles sont: une perte de temps et de fluide vital.

https://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?auteur1

WAS IST KUNST? (libre propos)

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   On connaît l’arnaque. Mais j’adore Jeff Koons , à la fois banquier, artiste, business man, à l’instar de la Cicciolina, son ex, tour à tour actrice X, politichienne, etc. Beaucoup voient ici un symptôme de décadence ou de cynisme libéral absolu (selon le positionnement politique. Sachant que l’artiste ne trouve grâce ni à droite ni à gauche, ni chez les intersectionnels, qui y voient probablement une forme de domination, exercée par un mâle blanc, et pornographe de surcroît. Et que sa statue a donc triple chance de se faire déboulonner). Personnellement, ces gros marshmallows colorés, ayant coûté fort cher dans une ville déjà surendettée, ça me donne envie de vivre, même si ça ne se voit pas sur ma tête. Et finalement, rendre hommage aux victimes du terrorisme avec des tulipes dignes de Charlie et la chocolaterie… Pourquoi pas? Ça change de la martyrologie en noir et blanc, des pleureuses… Tant qu’à nous prendre pour des jambons, si c’est fait avec un minimum de drôlerie…

Notre précédent billet sur Koons (cliquer sur le lien)

NB: Les fameuses « tulipes » ont finalement été plantées derrière le Petit-Palais, et non devant le musée d’Art moderne. Cela ne change rien, j’imagine, pour les grincheux.

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« RUE PHILIDOR » (article paru dans « L’ami du 20ème » de novembre 2018)

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   Commençant au 36 rue des Maraîchers, et s’achevant au 17 passage de Lagny, qui lui est perpendiculaire, la voie donne sur la Petite-Ceinture, située en hauteur, juste en face des toutes nouvelles résidences Philidor.

Trois appellations successives
Petit chemin rural, la rue Philidor fait d’abord partie de l’ancienne commune de Charonne, comme l’indique un plan cadastral de 1812. Situé au milieu des cultures, dans le quartier des maraîchers, le sentier traverse probablement les vignes. Aussi reçoit-il la dénomination de « ruelle des Gouttes-d’Or », qui renvoie effectivement au vin blanc, le même qui était alors produit vers la future rue de la Goutte d’Or (aujourd’hui dans le 18ème arrondissement).
Rattachée à Paris en vertu du décret du 23 mai 1863, le passage change de nom. Il devient le «sentier de la Plaine» avant de prendre sa dénomination actuelle le 10 février 1873. C’est dire que cette voie connaît trois appellations différentes : l’une sous le premier Empire, la deuxième sous le Second, et la dernière sous la IIIème République.

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Musicien et compositeur dès l’âge de 14 ans
Issu d’une famille de musiciens, André Danican Philidor (1726-1795), qui a donné son nom à la rue, commence à composer et à enseigner son art dès l’âge de quatorze ans. Proche de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), de Denis Diderot (1713-1784) et de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) qui le critique, le créateur connaît quelques démêlés avec la justice pour avoir tenu des propos audacieux sur le manque de liberté d’expression. Il part ainsi en Hollande, puis en Angleterre, où il rencontre Haendel, et devient franc-maçon. Revenu en France en 1754, il se marie avec une musicienne. Il trouve alors sa voie dans l’opéra-comique, car ses œuvres sacrées sont mal accueillies.

   Bénéficiant des largesses royales, partisan d’une monarchie constitutionnelle et donc suspect aux yeux des révolutionnaires, Philidor s’exile à Londres en 1792, et ne peut revenir à Paris malgré les demandes répétées de sa femme et de son fils aîné restés sur place. Mort dans la capitale britannique trois ans plus tard, il est inhumé au St. James de Picadilly.

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…Et grand joueur d’échecs
Son buste orne désormais la façade du Palais Garnier, et pourtant l’homme demeure surtout connu pour sa carrière aux échecs. Brillant joueur, Philidor a en effet disputé de nombreuses parties prestigieuses et nous a laissé une célèbre Analyse des échecs (1749), traité dans lequel il expose ce qui deviendra la « défense Philidor ». Plus récemment, on retrouve Philidor sous les traits d’un compositeur et d’un champion d’échecs dans Le Huit, thriller de Katherine Neuville traduit de l’anglais et publié au Cherche-Midi en 2002.
Une bien belle référence, donc, pour cette toute petite rue, longue de 95 mètres, large de douze, et qui ne comprend ni monuments historiques, ni commerces.

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Au numéro 9 de la rue, le centre socio-culturel de la RATP
Mais au 9 se dresse le centre socio-culturel de la RATP, bâtiment tout en verre construit par Patrick Berger, architecte, notamment, de la Canopée des Halles. Comprenant notamment une salle d’exposition, un conservatoire de musique et une école d’arts plastiques, le bâtiment vitré, sobre, s’arrête à la hauteur des voies ferrées.
Suite à une extension de l’ancienne gare aux marchandises de Charonne, la rue, initialement plus longue, a été amputée du tronçon la reliant au boulevard Soult en 1905, et donc raccourcie.
                                                                                                                                      

Etienne Ruhaud

RUE DU VOLGA (article paru dans « L’ami du 20ème » en septembre 2018)

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   Plus long fleuve d’Europe, la Volga devient le Volga sous la plume de Jules Verne, dans Michel Strogoff, roman des steppes sibériennes publié en 1876. La forme masculine semble donc pratiquée au XIXème siècle, ce qui explique probablement que la « Vieille Rue », ou « Ancien chemin de Montreuil », soit devenue rue du Volga et non rue de la Volga en 1877. Avec ses 3690 kilomètres, le cours d’eau russe traverse huit grandes villes, parmi lesquelles Nijni-Novgorod, Kazan, avant de se jeter dans la Caspienne, en formant le détroit d’Astrakhan. Des peuples fort divers, parmi lesquels les Tatars musulmans, les Kalmouks bouddhistes ou encore des Allemands, vivent dans son bassin. Longue de 485 mètres, la rue du Volga débute elle au 70 rue d’Avron, et s’achève au 65 boulevard Davout, exactement en face de la station de tramway « Porte de Montreuil », après le restaurant situé à l’angle.

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   Plutôt calme et résidentielle, sans commerces bruyants, la voie forme un saisissant contraste avec la rue d’Avron parallèle. Pas de monuments marquants, mais une belle petite place ombragée, à l’extrémité Ouest, avec une fontaine à caryatides de la Mairie de Paris, plantée sur un dallage qui évoque une portée musicale garnie de notes et d’une clé de sol, formée par des pavés. Évoquons également le romantique pont en meulière qui enjambe la rue, décor occasionnel pour les photographes de mode, juste avant un parc, ainsi que la minuscule section piétonnière séparant la rue des Pyrénées et la rue des Maraîchers. Outre le salon oriental El Warda ou l’Entrepôt 49, ainsi que la bar du Manoir, la rue du Volga héberge le collège de Pataphysique, installé dans un atelier, au numéro 51 A. Fondé en 1948 en mémoire d’Alfred Jarry (1873-1907), écrivain fantaisiste et auteur du célèbre Ubu-roi, régie selon des termes bien précis, l’organisation promeut des sciences inexistantes, dans un esprit absurde, humoristique, et publie la revue Viridis candela (« la chandelle verte » en latin).

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MÉMOIRE DES POÈTES XXIX: CLAUDE COURTOT (1939-2018), Cimetière du Père-Lachaise, jardin du souvenir, division 77 (article à paraître dans « Diérèse » 74)

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   Né le 6 janvier 1939 à Paris, dans le XIVème arrondissement, agrégé de Lettres classiques dès 1961, Claude Courtot est nommé professeur au lycée Ronsard de Vendôme. Trois ans plus tard, soit en 1964, il envoie son Introduction à la lecture de Benjamin Péret à Jean-Louis Bédouin (1929-1996). Celui-ci le présente à André Breton, le 28 novembre 1964 dans le bar parisien « La Promenade de Vénus ». Dès lors, renonçant à un projet de thèse consacré au mouvement, Claude Courtot se lance dans la création littéraire et l’action politique auprès de Jean Schuster (1929-1995, inhumé au cimetière de Pantin), et participe à toutes les actions du groupe en compagnie de Philippe Audouin, Marc Debenedetti ou encore Jean-Claude Silbermann, signant de nombreux articles dans la revue L’Archibras dirigée par ce même Schuster. Très actif lors des évènements de mai 68, C. Courtot, qui a noué des liens avec les surréalistes tchèques, organise l’exposition « Principe de plaisir » à Prague, juste avant l’arrivée des chars russes. Il publie un second essai, cette fois consacre à René Crevel (1900-1935, inhumé au cimetière de Montrouge), dans la collection « Poètes d’aujourd’hui » chez Seghers, en 1969. Conscient de l’impossibilité pour le surréalisme de se renouveler, ne croyant plus au sens de l’aventure collective, il prend acte, non sans amertume, de la dissolution du mouvement en 1969, et participe à la revue Coupure deux ans durant.

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   En 1971 paraît Carrefour des errances chez Joël Losfeld, ouvrage plus personnel rassemblant douze courts textes. Prends garde : les rabatteurs de l’amour et de la poésie commencent à nous encercler… y écrit-il notamment. Suit un silence d’une dizaine d’années. Courtot, qui enseigne les lettres à Paris, au lycée Janson-de-Sailly, prononce par ailleurs de nombreuses conférences sur le surréalisme à l’étranger. En 1980, il assiste Milan Kundera pour une retraduction de La Plaisanterie, et, en 1982, reprend la plume pour écrire les poèmes de La voix pronominale. D’autres livres suivront, parmi lesquels Une épopée sournoise, récit publié chez José Corti en 1987, ou encore Les Ménines, texte hybride mêlant portraits et manifestes.

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   Je suis l’unique thème de ce que j’écris, déclare Courtot, qui désire fixer sur le papier sensible l’image fugitive des chimères et des fantômes qui [le] hantent. De fait, l’homme a consacré plusieurs essais à des figures proches ou loin du surréalisme, mais l’essentiel de son œuvre demeure autobiographique. On lui doit ainsi une longue et passionnante Chronique d’une aventure surréaliste, publiée en quatre tomes chez l’Harmattan à partir de 2012. S’y côtoient des souvenirs liés au groupe, des impressions de voyage, des morceaux d’actualité.

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   Président de l’association « Les amis de Benjamin Péret », très actif, Claude Courtot, qui vit à Saint-Ouen depuis de nombreuses années, décède à Saint-Denis le 9 août 2018, des suites d’un cancer, à l’âge de soixante-dix neuf ans. Ainsi s’éteint un des derniers grands témoins de la grande époque. Ses cendres sont répandues dans la jardin du souvenir (division 77), et non dans la Méditerranée, comme Antoine Vallin, professeur de Lettres classiques mélancolique parti à la recherche du mythique Caius Cornelius Gallus, dans le roman L’Obélisque élégiaque (éditions François Bourin, Paris, 1991) : Il se proposait de retourner en Campanie au printemps suivant. Il emporterait les cendres d’Antoine et les jetterait dans la mer d’Italie, quelque part entre le Pausilippe et Pompéi. (p. 193)

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HOLZWEGE/CHEMINS QUI NE MÈNENT NULLE PART (création personnelle, 6)

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   Bonjour Madame, Ca va? Ah, quel temps pourri, etc. Dialogue étrange, hier, dans l’ascenseur, avec la nièce d’un ancien président de la République, infirmière en psychiatrie à la retraite, qui vit avec son fils, manifestement dépressif dans ma résidence porte de Montreuil. Pas de ressemblance physique avec son oncle, que j’ai par ailleurs déjà croisé au musée. Juste une femme de petite taille, déjà âgée, au fort caractère, si on en croit le concierge sicilien, habillée sobrement mais élégamment, et qui fait ses courses au Monoprix.
Et, vers Maraîchers, derrière la station de métro, en face de la Société Générale, ce clone de Martin Heidegger: même pardessus, même petit chapeau allemand ringard, à la Derrick, même petite moustache avec cet air concentré, digne, quelque peu empesé, même serviette en cuir marron, avec des mocassins de vieux, à pompons. Comme une réincarnation sortie du Lidl

ÉVÉNEMENTIEL D’AVRIL 2018

 

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De gauche à droite: Cristina Hermeziu, Diana Adamek, Maria Iaroslavchi, Irina Theodorescu, Isabelle Lagrange, et Etienne Ruhaud.

Chers amis,

  Ouvrons le mois d’avril, non avec un poisson, non avec un Kinder Surprise, mais bien avec cette photo, souvenir d’une émouvante rencontre au Salon du Livre de Paris, le 17 mars, au pavillon de la Roumanie. Bien qu’arrivé légèrement en retard suite à des problèmes de transport, j’ai pu présenter La douce histoire du triste éléphant, roman publié par les soins de notre ami Paul Sanda et de sa compagne Rafael de Surtis. Un très beau moment. Et sinon…

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   Silène, dont nous avons déjà parlé sur le blog, dédicacera ses livres, parmi lesquels Moana et 14-14 (éditions Bragelonne), le 4 avril à la librairie ‘Jeux Lis là’ en compagnie d’Aude Marzin (17 rue du Champ de Mars, 75007 PARIS, 01 44 18 38 77). Pour des raisons professionnelles, je ne pourrai peut-être être pas venir, hélas.

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  Le 6 avril, cette fois, de 18 heures à 21 heurs, Patrick Frêche et son équipe reçoivent Denis Montebello à la Librairie du Rivage (62 boulevard Aristide Briand, 17200 ROYAN), pour une rencontre et d’âpres ou aimables conversations autour de Ce vide lui blesse la vue (éditions La Mèche lent,) & Comment écrire un livre qui fait du bien (éditions Le temps qu’il fait). Nous reparlerons très rapidement de Denis, à travers deux articles. Pour le découvrir, ou le redécouvrir:

Une présentation du blog de Denis Montebello

Un entretien avec Denis Montebello autour de Pétrarque

« La nouvelle austrasie », un texte de Denis Montebello.

Un article autour de « La maison de la gaieté », paru dans « Diérèse » 69.

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   Comme indiqué ci-dessus, le traditionnel « Café-poésie » de Meaux, animé par Pascal Mora, se tiendra le samedi 21 avril.

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   Le mardi 24 avril, à partir de 19h15, l’association « Le Capital des Mots » (du nom éponyme de la revue en ligne), dirigée par le poète Eric Dubois, la poétesse Mélodie Quercron et la chanteuse Marie Volta, dont le but est de promouvoir la poésie et les écritures contemporaines dans les médias, le web, les bibliothèques et les librairies etc. explorera le thème suivant « Poésie, Musique & Chanson ».
Avec Marie Volta, Pascal Hermouet, Eric Dubois, Pierre Kobel, Mélodie Quercron, Odile Loiret-Caille, Miguel Coelho pianiste, musicien et poète, Claire Kalfon (sous réserve), Fabienne Alliot ( sous réserve) , Françoise Geier, Murielle Compère-Demarcy, Laurence Bouvet, Etienne Ruhaud (moi-même, donc), Manuel Renaud, et l’artiste (dessinateur) et auteur (chansons et récits) invité Jean-Louis Guitard, ainsi que d’autres surprises.
Des textes de la poétesse et peintre Catherine Andrieu seront aussi lus.

  Rendez-vous donc à l’Entrepôt, 7 rue de Pressensé, 75014 PARIS, métro Pernéty.

Le site de l’Entrepôt

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   Animé par Marc-Louis Questin, alias Lord Mandrake, le Cénacle du Cygne, qui regroupe peintres, poètes, cinéastes, danseurs et farfelus, se tiendra le jeudi 26 avril à partir de 20h30 au bar « La Cantada II », 13 rue Moret, 75011 PARIS (métro Ménilmontant).

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   Enfin, le samedi 28 avril, à partir de 17h 30, notre ami Alexis Denuy, fidèle du Cénacle, viendra parler des aquarelles du chanteur Francis Lalanne, qui sera présent. On prévoit de nombreuses performances jusqu’à minuit. Rendez-vous cette fois au Théâtre de Verre, 12 rue Henri Ribière, 75019 PARIS, métro Place des Fêtes (ligne 11)

Le site du Théâtre de Verre.

 

 

 

MÉMOIRE DES POÈTES XXIV: SARANE ALEXANDRIAN (1927-2009) ET MADELEINE NOVARINA (1923-1991), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 87, COLUMBARIUM, case 40048 (article à paraître dans « Diérèse » 73, été 2018)

DIVISION 87 (pour la description de l’ensemble crématorium-columbarium, nous renvoyons le lecteur à notre article autour de Max Ernst)

Notre article sur Max Ernst (cliquer sur le lien)

Sarane Alexandrian (1927-2009) et Madeleine Novarina (1923-1991) -case 40048-

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Photographie de Pierre-Yves Beaudouin

   Surnommé « Sarane » par sa nourrice indienne, Lucien Alexandrian est né à Bagdad le 15 juin 1927 d’une mère française et d’un père arménien, stomatologue du roi Fayçal Ibn Hussein. Maîtrisant à la foi l’arabe, l’arménien, le turc et le français, l’enfant arrive très jeune à Paris, chez sa grand-mère, pour soigner une poliomyélite. Là, il suit les cours du lycée Condorcet mais termine sa scolarité à Limoges, avant de rejoindre le maquis. Engagé dans la Résistance, il rencontre l’exubérant dadaïste autrichien Raoul Hausmann (1886-1971). Très proche d’André Breton dès son retour à Paris, Sarane Alexandrian, qui obtient son baccalauréat en philosophie en 1946, suit des études d’art à l’école du Louvre, et se voit confier le secrétariat de la revue Cause, en compagnie de l’Égyptien Georges Henein (1914-1973), et d’Henri Pastoureau (1912-1996, père du médiéviste Michel Pastoureau). Tous trois sont chargés de répondre aux demandes d’adhésion de surréalistes venus du monde entier, puisque le mouvement s’est internationalisé. En 1948, après avoir quitté le groupe suite à l’exclusion de Roberto Matta, S. Alexandrian cofonde Néon, périodique qui connaît cinq numéros, et qui se veut le manifeste du « Contre-groupe H ». En rupture avec l’orthodoxie de Breton, cette nouvelle tendance associe essentiellement la jeune garde, avec notamment Claude Tarnaud, Stanislas Rodanski, Alain Jouffroy (1927-2013, inhumé dans la division 49 et précédemment évoqué Notre article sur Alain Jouffroy (cliquer sur le lien)), Jindrich Heisler (inhumé au cimetière de Pantin. Sa tombe a disparu), ou encore Jean-Dominique Rey. Citons également Madeleine Novarina, que Sarane Alexandrian épouse en juillet 1959, et qui restera à ses côtés jusque dans la tombe. Désirant se détacher de l’abstraction, pour en revenir au sensible, le contre-groupe H puise essentiellement son inspiration dans le vécu. En outre S. Alexandrian dissocie nettement poésie et politique, et se défie notamment de l’engagement très fort du groupe surréaliste belge auprès du parti communiste : La révolution poétique et la révolution politique n’ont rien à faire ensemble. Elles n’ont pas les mêmes objectifs ni les mêmes moyens, elles n’intéressent pas le même public et ne mobilisent pas les mêmes acteurs. La première est supérieure à l’autre, intellectuellement, et ne saurait sans déchoir se mettre sous sa dépendance déclare-t-il ainsi dans Le Spectre du langage (manuscrit demeuré inédit), ou encore Ce ne sont pas aux poètes de s’engager dans la politique, ce sont aux politiciens de s’engager dans la poésie. Poursuivant sensiblement le même objectif, le groupe « Infini » lui succède de 1949 à 1966. Le « grand Cri-Chant du rêve », comme le surnomme Victor Brauner (1902-1966, inhumé au cimetière de Montmartre), ne remettra cependant jamais en cause son amitié et son admiration pour Breton, auquel il consacre d’ailleurs un ouvrage brillant, André Breton par lui-même (éditions du Seuil, 1971): Auprès de lui, on apprenait le savoir-vivre des poètes, dont l’article essentiel est un savoir-aimer… On l’admirait pour la dignité de son comportement d’écrivain, ne songeant ni aux prix, ni aux décorations, ni aux académies.

 

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Sarane Alexandrian

   Lecteur acharné, travailleur infatigable, esprit toujours curieux, Sarane Alexandrian poursuit une œuvre abondante, diversifiée, tant dans le champ théorique que dans le champ littéraire pur. Outre sa célèbre trilogie consacrée aux pouvoirs de l’imagination et de l’intuition (Le Surréalisme et le rêve, Le Socialisme romantique et L’Histoire de la philosophie occulte), l’auteur, qui signe de nombreux articles dans L’Oeil ou L’Express, publie de nombreux contes, petits bijoux hypnotiques, oniriques, dont certains ont été regroupés par Paul Sanda, dans L’impossible est un jeu (éditions Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2012). Citons notamment « L’enlèvement de la Joconde », où les protagonistes masculins du Louvre (le Condottiere, mais aussi les esclaves de Michel-Ange), sortent de leurs cadres, descendent de leur piédestal, pour devenir réels, une fois la nuit tombée, et tenter de ravir la belle Monna Lisa. Illustré par Jacques Hérold (1910-1987, inhumé au cimetière de Montparnasse), S. Alexandrian atteint probablement le sommet de son art romanesque à travers Les Terres fortunées du songe, une de ses aventures mentales (sic), monument de prose surréaliste, inclassable, mêlant poésie et narration, paru en 1980. Érotologue invétéré, il publie en outre nombre d’essais autour de la magie sexuelle, tel l’Histoire de la littérature érotique (Seghers, 1983), ou Le Doctrinal des jouissances amoureuses (Filipacchi, 1997). Enfin on lui doit de nombreuses monographies d’artistes, parmi lesquels bien des surréalistes, tel Jacques Hérold, cité plus haut, mais aussi Salvador Dali, les Allemands Hans Bellmer (cf. notre article sur Hans Bellmer (cliquer sur le lien)) Max Ernst (cf. le lien sur notre notice plus haut), dont nous avons parlé dans Diérèse, Jean Hélion ou encore sa propre épouse, Madeleine Novarina. Dernier volume paru, Les Peintres surréalistes (Hanna Graham, New-York-Paris, 2009) semble couronner ces années de réflexion, faire la synthèse. Influencé par des maîtres aussi différents que l’humaniste Cornélius Agrippa, André Breton, Aleister Crowley, ou Charles Fourier (1772-1837, inhumé au cimetière de Montmartre), Sarane Alexandrian aura joué un rôle phare dans l’évolution de la pensée surréaliste, notamment à travers Supérieur inconnu, revue d’avant-garde qui compte trente numéros, parus entre 1995 et 2011. Parmi les contributeurs, citons notamment Christophe Dauphin, qui a entre autres consacré une magnifique biographie à l’intéressé : Sarane Alexandrian ou le défi de l’imaginaire (L’Âge d’homme, Paris, 2006). Mort à Ivry, comme Antonin Artaud, le 11 septembre 2011, des suites d’une leucémie, Sarane Alexandrian lègue ses biens à la Société des Gens de Lettres en souhaitant que celle-ci encourage la création en aidant financièrement un auteur, le directeur d’une troupe de théâtre ou l’animateur d’une revue particulièrement méritant. D’un montant de 10 000 euros, la bourse Sarane Alexandrian a donc été fondée en ce sens.

 

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Dans L’aventure en soi (Mercure de France, 1990), récit autobiographique, Sarane Alexandrian mentionne longuement la femme de sa vie, prématurément décédée en 1991, à l’âge de soixante-sept ans. Tante de l’écrivain Valère Novarina, sœur de l’architecte Maurice Novarina, Madeleine Novarina naît le 28 novembre 1923 à Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, au sein d’une fratrie de neuf enfants, et grandit au 2 place des Arts. Entrepreneur en bâtiment, son père, Joseph, refuse de la laisser intégrer l’école des Beaux-Arts. C’est donc auprès de son cousin, le peintre Constant Rey-Millet (1905-1959), qui lui-même admire ses gouaches fantastiques, que Madeleine effectue son apprentissage. Ayant pris une part active à la Résistance, elle est arrêtée avec sa sœur en juillet 1943, et interrogée par la Gestapo. L’officier SS, qui qualifie alors sa création « d’art dégénéré », décide de la faire déporter au camp de concentration de Ravensbrück. La jeune artiste est sauvée in extremis par son amant, l’avocat Marcel Cinquin, sous réserve qu’elle quitte Lyon définitivement. Arrivée à Paris, elle se lie d’amitié avec Victor Brauner dès mars 1946, et expose au premier Salon des Surindépendants. Là, Breton la remarque, et l’invite à participer aux réunions du groupe, le lundi au Café de la Place Blanche et le jeudi aux Deux-Magots, à Saint-Germain-des-Prés. En 1950, âgée de vingt-sept ans, elle fait un mariage malheureux avec un architecte de l’atelier Zavaroni, et peint alors une série de toiles sadomasochistes qu’elle détruira ultérieurement. Appréciée par Hans Bellmer, Benjamin Péret puis par Max Ernst, Dorothea Tanning, Yves Tanguy et Key Sage, elle fait la connaissance de Sarane Alexandrian en novembre 1954. Ils se marient fin juillet 1959.
Ayant obtenu une commande grâce à son frère Maurice, qui travaille alors pour les bâtiments civils, Madeleine Novarina réalise d’abord une mosaïque dans un immeuble d’Auguste Perret, au 52 rue Raynouard, derrière la maison de Balzac, puis seize vitraux en un style résolument moderne pour les églises de Vieugy et Marignier, en Haute-Savoie. D’autres commandes affluent, notamment pour les vitraux de l’église Notre-Dame-de-la-Paix à Villeparisis, en Seine-et-Marne, de la basilique Saint-François-de-Sales à Thonon-les-Bains et de la chapelle funéraire de l’église Saint-Maurice, à Annecy. Une rupture se produit alors, à travers les Patchworks, où se mêlent calligraphie, figuration et abstraction, à travers des scènes imaginaires surprenantes, avec diverses créatures apparaissant sur fond géométrique.
Ce travail se poursuit jusqu’en 1971. À l’été 1972, très affaiblie par une tumeur maligne, Madeleine Novarina doit mettre entre parenthèses ses grandes réalisations pour ne plus réaliser que des dessins automatiques à l’encre de chine, sortes de paysages intérieurs, pour reprendre les termes de son époux. C’est la troisième période de son art, plus intimiste, après les gouaches surréalistes de sa jeunesse, puis les travaux monumentaux. La maladie évolue lentement. Tombée dans le coma le 2 novembre 1991, Madeleine Novarina meurt prématurément deux jours plus tard. Pour finir, citons ces quelques vers, qui rappellent furieusement Henri Michaux:

Encore la corvée du ménage

Je tambouillonne

Tu m’écirages

Elle vaissellise

Nous surrécurons

Vous empailledeferisez

Ils mirauzenzimisent

 

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« Amoureuse arrivant sur un pas de danse », Madeleine Novarina, 1965.

Un site sur Sarane Alexandrian

Un site sur Madeleine Novarina (cliquer sur le lien)

 

ÉVÉNEMENTIEL DE MARS 2018 (ADDENDUM)

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Chers amis, chers lecteurs,

   Je serai a priori présent le samedi 17 mars au Salon du Livre de Paris, au parc d’exposition Porte de Versailles. J’y présenterai brièvement le roman La douce histoire du triste éléphant, livre que j’ai chroniqué précédemment. Rendez-vous donc au pavillon de la Roumanie, entre 14 et 15 heures, en compagnie de l’auteure, Diana Adamek, professeure de littérature à l’université de Cluj-Napoca.

Notre article sur « La douce histoire du triste éléphant » (cliquer sur le lien)

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   Je viendrai également au Salon de l’Autre livre, dans le XIème arrondissement (métro Charonne), le lendemain, à une heure indéterminée. Si vous passez dans le coin… er10@hotmail.fr

Le site du salon de l’autre Livre (cliquer sur le lien)

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   De son côté, l’auteure Silène Edgar, dont nous avons déjà eu l’occasion de parler sur le blog, fera la tournée des salons franciliens, à travers plusieurs dates. Nous contacter pour plus de précisions, toujours à la même adresse (er10@hotmail.fr):

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  • Le 11 mars, au Salon du roman historique de Levallois.
  • Les 17 et 18 mars au Salon du livre de Paris (14h30-16h le samedi / 11h-12H le dimanche). Avec Paul Beorn
  • Les 24 et 25 mars au Salon du livre jeunesse d’Eaubonne.
  • Le 4 avril, en dédicace à la librairie ‘Jeux Lis là’ (7ème) avec Aude Marzin (17 rue du Champ de Mars, 75007 PARIS, 01 44 18 38 77)Salon_Levallois_11_03_0
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MÉMOIRE DES POÈTES XXI: GUILLAUME APOLLINAIRE (1880-1918), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 86 (article paru dans « Diérèse » 71, hiver 2017)

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   Guillaume Apollinaire naît à Rome le 26 août 1880, d’une mère originaire de Lituanie (pays qui appartient alors à la Russie), issue de la noblesse polonaise, qui entretient alors une relation avec Francesco Flugi d’Aspermont, un lieutenant italien. Déclaré né de père inconnu et de mère voulant rester anonyme, le futur poète reçoit d’abord le nom de Dulcigny, avant d’être reconnu par Angelica Kostrowtizka, sous le nom de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandroi Apollinare de Kostrowitzky. Son demi-frère, Alberto Eugenio Giovanni, naît en 1882. Installée en 1887 à Monaco, Angelica officie comme entraîneuse au casino, et se voit arrêtée, puis fichée par la police. Placé en pension au collège Saint Charles, dirigé par les frères maristes, puis au lycée Stanislas de Cannes, et enfin au lycée Masséna de Nice, Guillaume, pourtant bon élève échoue au baccalauréat. En 1899, on le retrouve en compagnie de son frère, à Stavelot, en Wallonie. Ce bref séjour de trois mois, qui s’achève le 16 octobre « à la cloche de bois » (dépourvu d’argent, les deux jeunes gens partent sans payer les frais d’hôtel), marque durablement l’imaginaire du jeune homme, qui évoquera la Belgique à travers plusieurs textes, jusqu’à emprunter certains termes au dialecte local. Arrivé à Paris en 1900, il fréquente les cercles littéraires et la bibliothèque Mazarine, mais, réduit à la précarité, se résout à passer un diplôme de sténographie, avant d’effectuer divers travaux alimentaires de secrétariat. Engagé comme nègre pour rédiger le roman feuilletonesque Que faire?, l’écrivain, qui n’a pas été payé, se venge en séduisant la jeune maîtresse du commanditaire, un avocat bohême du nom d’Henry Esnard.
Auteur d’un premier article publié par le journal satirique Tabarin, Apollinaire publie ses poèmes dans La Grande France, en septembre 1901, sous le nom de Wilhelm Kostrowitzky. Il réside alors en Allemagne, où il reste jusqu’en août 1902, pour officier en tant que précepteur auprès de la fille d’Élinor Hölterhoff, vicomtesse de Milhau, veuve d’un comte français. C’est là qu’il rencontre l’Anglaise Annie Playden, jeune gouvernante qui l’éconduit. Profondément amoureux, Apollinaire retournera voir deux fois Annie à Londres par la suite, avant que celle-ci ne parte pour les États-Unis en 1905. « La chanson du mal-aimé », ainsi que les neuf textes de « Rhénanes », témoignent de cette douloureuse expérience outre-Rhin.
Revenu à Paris, à la fois journaliste à L’Européen et employé de banque, il publie de nombreux contes et poèmes en revue, adoptant alors le pseudonyme d’Apollinaire, d’après son propre prénom, et en référence à Apollon, dieu grec de la poésie. En 1903, il créé également Le Festin d’Ésope, mensuel dont il est rédacteur en chef, et dans lequel on retrouve Alfred Jarry, ou encore André Salmon notamment. Ayant rencontré la peintre Marie Laurencin en 1907, il connaît sept ans durant une relation orageuse, chaotique, mais parvient peu à peu à vivre de sa plume, tout en fréquentant assidûment les cercles artistiques, pour côtoyer Pablo Picasso, André Derain, ou encore Le Douanier Rousseau, qui le représentera en compagnie de son amie. Il se fait alors un nom en tant que critique et conférencier, et contribue à théoriser le cubisme, mouvement radicalement nouveau. Apollinaire, qui vit alors rue Léonie à Paris, publie Les onze mille verges et Les exploits d’un jeune Dom Juan, deux œuvres érotiques signées de ses initiales, « G.A. ». En décembre 1909 paraît L’Enchanteur pourrissant, son premier livre « officiel », tiré à cent exemplaires par le galeriste Daniel-Henry Kahnweiler (inhumé dans la 90ème division) et illustré des bois de Derain. Œuvre de jeunesse, ce recueil de contes fantastiques peuplés de personnages issus de la saga arthurienne, comme Merlin, Morgane ou la fée Viviane, ravira les surréalistes, qui en loueront les qualités d’invention. Il s’agit peut-être néanmoins, avant tout, d’un hommage aux légendes classiques de l’Occident, dans une relecture très personnelle, pour ne pas dire autobiographique, puisqu’Apollinaire y parle à la fois du mystère des origines et des pouvoirs secrets du poète, inspiré et menacé par la passion amoureuse. L’auteur, qui entre temps a déménagé à Auteuil, écrit dans le quotidien L’Intransigeant, et, en octobre 1910, rate de peu le prix Goncourt avec son recueil L’Hérésiarque et Cie, nouveau recueil de contes fantastiques. En mars 1911 paraissent son célèbre Bestiaire, orné des œuvres de Raoul Dufy, ainsi que Le Cortège d’Orphée. Parallèlement, il tient une chronique de la vie aléatoire pour Le Mercure de France.

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Tout bascule le 7 septembre 1911. Apollinaire, qui a accepté de conserver chez lui les statues phéniciennes qu’un ami a dérobées au Louvre , se trouve accusé de complicité dans le vol de la Joconde, et jeté en prison, à la Santé, pour cinq jours, expérience traumatisante qui lui inspire plusieurs poèmes magnifiques. Cela ne l’empêche pas de fonder la revue Les Soirées de Paris en 1912. Accompagné de ses amis André Billy et André Salmon notamment, Apollinaire y publie de nombreuses critiques d’art, articles et notes, et devient rédacteur en chef l’année suivante. Déprimé par sa rupture avec Marie Laurencin, qui ne supporte plus sa jalousie, l’homme n’en poursuit pas moins une activité frénétique, et publie, en français et en italien, L’Antitradition futuriste, hommage au mouvement transalpin initié par Antonio Marinetti. En 1913 sort son livre le plus célèbre, somme de ses meilleurs poèmes, d’abord publiés dans la presse, depuis 1898. Alcools, qui ne comporte volontairement pas de ponctuation, s’ouvre par « Zone », célébration de la ville moderne, qui rappelle notamment « Les Pâques à New-York » de son nouvel ami Blaise Cendrars. Apollinaire, qui est retourné vivre à Paris, écrit également un essai sur le cubisme, ainsi qu’un nouveau roman libertin, La Rome des Borgia, tout en s’enthousiasmant pour les toiles de Matisse et de son ami Douanier-Rousseau. Il se rend à Londres en compagnie de ses amis Francis Picabia (1879-1953, inhumé au cimetière Montmartre), puis à Berlin avec Robert Delaunay (1885-1941), pour admirer les toiles de Georges Braque.
La guerre éclate fin juillet 1914. Apollinaire, qui fréquente alors les cercles de Montparnasse en compagnie du caricaturiste André Rouveyre, et qui compose ses premiers calligrammes, tente de s’engager mais voit sa demande ajournée par le conseil de révision. Il part alors pour Nice, où sa seconde demande, déposée en décembre 1914, sera finalement acceptée. Peu après son arrivée, au cours d’un déjeuner au restaurant, il croise Louise de Coligny-Châtillon, dite Lou (1881-1963, inhumée au cimetière de Passy), femme divorcée qui mène une vie libre chez sa belle-sœur, à la villa Baratier. Très épris, Apollinaire est d’abord éconduit, avant que Lou ne lui accorde ses faveurs. Tous deux vivent alors une relation torride, et Lou vient rejoindre le poète-soldat à Nîmes, où il fait ses classes, non sans lui révéler qu’elle aime un autre homme surnommé « Toutou ». Une magnifique correspondance, plus tard regroupée sous le titre de Lettres à Lou, naît de leur passion. De très beaux poèmes (d’abord publiés sous le titre Ombres de mon amour puis de Poèmes à Lou) naissent de cette passion charnelle. Vous ayant dit ce matin que je vous aimais, ma voisine d’hier soir, j’éprouve maintenant moins de gêne à vous l’écrire. Je l’avais déjà senti dès ce déjeuner dans le vieux Nice où vos grands et beaux yeux de biche m’avaient tant troublé que je m’en étais allé aussi tôt que possible afin d’éviter le vertige qu’ils me donnaient, déclare ainsi Apollinaire dans une lettre du 28 septembre 1914. Cet amour total ne semble néanmoins pas totalement partagé. Toujours folle de « Toutou », Lou décide de rompre la veille du départ d’Apollinaire pour le front, en mars 1915. Les anciens amants demeurent amis. Citons ces quelques vers, d’une éblouissante beauté :

Nîmes, le 17 décembre 1914

Je pense à toi mon Lou ton cœur est ma caserne
Mes sens sont tes chevaux ton souvenir est ma luzerne
Le ciel est plein ce soir de sabres d’éperons
Les canonniers s’en vont dans l’ombre lourds et prompts
Mais près de moi je vois sans cesse ton image
Ta bouche est la blessure ardente du courage
Nos fanfares éclatent dans la nuit comme ta voix
Quand je suis à cheval tu trottes près de moi
Nos 75 sont gracieux comme ton corps
Et tes cheveux sont fauves comme le feu d’un obus qui éclate au nord
Je t’aime tes mains et mes souvenirs
Font sonner à toute heure une heureuse fanfare
Des soleils tour à tour se prennent à hennir
Nous sommes les bat-flancs sur qui ruent les étoiles

   Parti avec le 38ème régiment d’artillerie de campagne pour le front de Champagne le 4 avril 1915, Apollinaire, emporté par la fièvre patriotique, continue à écrire, malgré les difficultés de la vie militaire, et publie deux nouveaux romans érotiques. Il envoie aussi de nombreuses lettres à ses amis et à Lou, ainsi qu’à Yves Blanc, jeune poétesse montpelliéraine qui deviendra sa marraine de guerre , et à Madeleine Pagès (1892-1965) professeure de Lettres à Oran, rencontrée dans le train le 2 janvier, à laquelle il se fiancera. Nommé maréchal des logis après une formation, Apollinaire profite de sa première permission pour passer Noël en compagnie de Madeleine, en Algérie. Il obtient la nationalité française le 9 mars 1916, mais, huit jours plus tard, reçoit un éclat d’obus à la tête dans une tranchée près de Reims, alors qu’il lit le Mercure de France. Évacué à Paris, trépané le 9 mai, il entame une longue convalescence, et, très épuisé, rompt toute relation avec Madeleine Pagès, qui restera vieille fille. Fin octobre, la parution du Poète assassiné, ultime recueil de contes, sera suivie d’un mémorable banquet, organisé par des amis. Philippe Soupault et André Breton, qui considèrent Apollinaire comme un voyant considérable, voient en lui le précurseur de leur mouvement. C’est d’ailleurs Apollinaire lui-même qui invente le terme de « surréalisme » à travers Les mamelles de Tirésias, pièce étonnante, féministe et antimilitariste, censée se passer à Zanzibar, publiée en 1918 par les éditions Sic, et représentée une première fois le 24 juin 1917 sur une mise en scène de Pierre Albert-Birot (1876-1967), dans une ambiance particulièrement houleuse (Jacques Vaché, accompagné de Theodor Fraenkel, aurait menacé la salle avec un révolver. Le jeune Louis Aragon, de son côté, fait un compte-rendu extrêmement élogieux du texte). Déclaré inapte pour le front depuis mai, le poète, qui est affecté à la Censure par le Ministère de la Guerre, publie en 1918 un poème intitulé « La jolie rousse», dédié à Jacqueline Kolb, sa nouvelle compagne, épousée le 9 mai, tandis que sort le recueil Calligrammes, au Mercure de France. Promu lieutenant le 28 juillet, et travaillant cette fois au bureau de presse du Ministère des Colonies, il passe trois semaines avec Jacqueline dans le Morbihan, avant de rentrer dans la capitale, et de poursuivre un intense travail littéraire, et scénaristique. Affaibli par sa blessure, il décède toutefois à son domicile, 202 boulevard Saint-Germain, le 9 novembre 1918, vraisemblablement de la grippe espagnole. Détail troublant : dans la rue, tandis qu’il agonise, les Parisiens crient « À mort Guillaume ! », en référence au Kaiser Guillaume II, qui a abdiqué le même jour. Il est inhumé le 13 novembre, et déclaré « mort pour la France ».

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Apollinaire, par Jacques Cauda.

   En 1921, ses amis constituent alors un comité afin de réaliser un beau monument funéraire, et récoltent 30 450 francs suite à une vente d’œuvres d’art. Trois projets de pierre tombale, dont deux proposés par Picasso, sont abandonnés. C’est finalement le travail de Serge Férat (ami d’Apollinaire inhumé au cimetière de Bagneux), qui est retenu. Disparu à trente-huit ans seulement, le poète repose désormais sous un impressionnant menhir en granit orné d’un crucifix, à côté de Jacqueline (1891-1967). On peut y lire trois strophes issues du poème « Collines », ainsi qu’un calligramme en forme de cœur, constitué de tessons de bouteilles verts et blancs : mon cœur pareil à une flamme renversée. La sépulture est toujours ornée de morceaux de papier griffonnés, de tickets de métro, de fleurs, ultimes hommages à un poète mort trop jeune, au terme d’une vie passionnée.

 

NB : La tombe est indiquée sur le plan, fourni à l’entrée du cimetière.

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