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LE PLEURE-MISÈRE, Flann O’Brien, traduit de l’irlandais par André Verrier et Alain Le Berre, éditions Ombres, Toulouse, 1991. (article paru dans « Diérèse 54 », automne 2011)

    Le-Pleure-misere-ou-la-triste-histoire-d-une-vie-de-chienHaut fonctionnaire et linguiste, figure célèbre à Dublin grâce à de mordants articles, Flann O’Brien (1911-1966) a également composé diverses pièces pour la télévision et quatre romans. Publié en Irlande, rédigé en langue celtique, Le Pleure-misère (An Béal Botcht, no an Milléanach) nous plonge dans le triste univers des paysans de la première moitié du siècle, à travers le parcours de Bonaparte O’Coonassa, malheureux Gaël du Comté de Corca Dorcha, à l’Ouest de l’île, dans la région appelée Gaeltacht. Narrateur infortuné, personnage picaresque élevé dans une ferme au milieu des pourceaux, Bonaparte tente de survivre grâce aux multiples subterfuges inventés par un aïeul aussi paresseux que roué, le Vieil homme gris. D’aventures en mésaventures, notre héros devient subitement riche suite à la découverte d’un mystérieux trésor, mais finit en prison, victime d’une erreur judiciaire. Il y retrouve un père inconnu, libéré après de nombreuses années au cruchon (p. 21)
Injustement oublié, ce petit livre mélange allégrement tons et genres, transcende les divisions généralement admises. Vivant tableau d’une lande dévastée, dominée par les Anglais et marquée par de graves crises alimentaires, Le Pleure-misère évoque par certains aspects Las Hurdes –Terre sans pain de L. Buñuel, dans un autre contexte. O’Brien ne compose pas pour autant un documentaire, mais fait la part belle aux mythes, aux légendes propres au pays, notamment lorsque Bonaparte croise le fameux Chat de Mer, qui lui fait forte impression : Un grand quadrupède (…) au milieu des rochers, crachant autour de lui des rafales de puanteur nauséabonde (…) une grande chose velue, au poil gris et aux yeux rouges éraillés. (p. 87-88). Enfin, Le Pleure-misère demeure un conte parodique, swiftien, pénétré d’humour noir, par exemple lorsque les différents protagonistes vont chasser le phoque loin des côtes, ou quand plusieurs professeurs émérites, venus de la ville, enregistrent des cris de cochon lors d’une fête, et pensent qu’il s’agit de gaëlique. Divers éléments propres à l’histoire de l’Eire manquent hélas au lecteur étranger pour juger pleinement de la portée satirique de ce bref roman. Toujours est-il que l’auteur a su construire un texte riche, profondément humain, souvent tragique mais généralement drôle, comme si le rire sauvait, un peu, du désespoir.

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