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MÉMOIRE DES POÈTES XXV: MAURICE NADEAU (1911-2013), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 87, COLUMBARIUM (article à paraître dans « Diérèse » 73, été 2018)

DIVISION 87 (pour la description de l’ensemble crématorium-columbarium, nous renvoyons le lecteur à notre article autour de Max Ernst)

Notre article sur Max Ernst (cliquer sur le lien)

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Maurice Nadeau (1911-2013)

   Né à Paris le 21 mai 1911, orphelin de guerre très jeune, Maurice Nadeau intègre l’école Normale Supérieure de Fontenay Saint-Cloud après le baccalauréat, et adhère dès 1930 au PCF. Exclu en 1932, il adhère à la Ligue Communiste, mouvement d’obédience trotskiste fondé par Pierre Naville (1903-1994), lui aussi surréaliste, et fréquente assidûment Breton, Gide, Prévert ou encore Benjamin Péret. Agrégé ès Lettres en 1936, il enseigne à Prades, dans les Pyrénées-Orientales, comme professeur, puis à Thiais comme instituteur. Il collabore alors, en compagnie de Breton, à la revue Clé, pour protester contre l’internement en France de républicains espagnols. Brièvement mobilisé lors de l’entrée en guerre, Nadeau résiste auprès de David Rousset (1912-1997), et réchappe de peu à la déportation. Publiée en 1945, son Histoire du surréalisme, fait longtemps référence.

   Ayant abandonné l’Éducation nationale dès 1945, Nadeau devient critique à Combat, journal issu de la Résistance, sous le patronage d’Albert Camus. Grand découvreur, il révèle notamment Georges Bataille, René Char, Henri Michaux, Henry Miller, ou encore Claude Simon. Il entame également l’édition des œuvres complètes de Sade, et prend la défense de Louis-Ferdinand Céline, alors en disgrâce. Pendant plus de trente ans, il travaille pour plusieurs périodiques et pour plusieurs maisons, parmi lesquelles Corréa, Juliard, Denoël ou encore Robert Laffont. Son activité politique se poursuit, puisqu’il signe le Manifeste des 121, pour protester contre la guerre d’Algérie, avec Jean-Paul Sartre.

   Le 15 mars 1966, aux côtés de François Erval, Maurice Nadeau fonde La Quinzaine littéraire, qu’il anime en compagnie d’Anne Sarraute (1930-2008) et dont il prend la direction dès 1970. Le bimensuel, qui connaîtra d’importantes difficultés financières, sera soutenu par une vente aux enchères, organisée en 1976, avec la participation de Pierre Soulages, Henri Michaux ou Samuel Beckett notamment. L’année suivante, en 1977, Nadeau fonde sa propre maison d’édition, qu’il rebaptisera « éditions Maurice Nadeau » en 1984, et qu’il dirigera jusqu’à sa mort. Fidèle à sa réputation, l’homme déniche nombre de futurs génies, qu’il fait parfois traduire. Citons entre autres Malcolm Lowry, J.M. Coetzee, Fernando Arrabal, mais aussi Georges Perec, et Michel Leiris, et, plus récemment, Michel Houellebecq, à travers son premier roman, Extension du domaine de la lutte.

   Toujours en proie à des difficultés financières, Maurice Nadeau signe, le 16 mai 2013, un texte intitulé « Vous ne laisserez pas mourir la Quinzaine« , sorte de manifeste programmatique dans lequel il imagine les moyens légaux de sauver un journal devenu culte, mais trop peu lu. Il meurt le mois suivant, soit le 16 juin 2013, à l’âge de cent deux ans, avec le titre de commandeur des Arts et Lettres. Incinéré au Père-Lachaise, il repose désormais avec les siens, dans le cimetière de Jouy-en-Morin, en Seine-et-Marne. Réalisateur, son fils Gilles Nadeau a repris la direction de la Quinzaine, quand sa fille, Claire Nadeau, est actrice.

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Maurice Nadeau repose désormais au cimetière de Jouy-sur-Morin, en Seine-et-Marne.

  Pionnier, M. Nadeau nous a laissé un témoignage poignant, et vivant, sur ses contemporains, à travers Grâce leur soient rendues, paru en 2010 chez Albin Michel. Ses relations avec Breton et le milieu surréaliste demeurent néanmoins, comme souvent, conflictuelles. Ayant rencontré le « pape du surréalisme » le 11 novembre 1938 à l’issue d’un meeting du P.O.I (Parti Ouvrier Internationaliste), il se voit confier des responsabilités importantes au sein du mouvement, dont l’impression du bulletin Clé (évoqué plus haut), et l’organisation de la FIARI (Fédération internationale de l’art révolutionnaire indépendant). Proche de la revue résistante La Main à plume, sous l’Occupation, Nadeau accepte mal les critiques que Breton adresse à son Histoire du surréalisme, notamment lorsque ce dernier lui reproche d’avoir enterré le mouvement, et de surévaluer le rôle de Queneau ou de Prévert. Il n’en participe pas moins à divers évènements, dont une exposition de tracts surréalistes, organisée à la librairie La Hune du 29 juin au 17 juillet 1948, pour la parution des Documents surréalistes qu’il a lui-même réunis. En 1949, dans Combat, il fait grief à Breton de se tourner vers l’occultisme, au détriment de la révolution. Piqué, l’auteur de Nadja reproche au futur éditeur de n’avoir aucune vraie sensibilité poétique, pour s’être fourvoyé dans l’affaire de La « Chasse spirituelle », texte apocryphe de Rimbaud, faux publié par des comédiens. Malgré tout, la jeune génération surréaliste, qui compte notamment Jean Schuster (1929-1995, inhumé au cimetière de Pantin) ou Charles Duits (1925-1991, inhumé au cimetière de Montparnasse), apporte son soutien matériel à La Quinzaine.

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MÉMOIRE DES POÈTES XXIV: SARANE ALEXANDRIAN (1927-2009) ET MADELEINE NOVARINA (1923-1991), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 87, COLUMBARIUM, case 40048 (article à paraître dans « Diérèse » 73, été 2018)

DIVISION 87 (pour la description de l’ensemble crématorium-columbarium, nous renvoyons le lecteur à notre article autour de Max Ernst)

Notre article sur Max Ernst (cliquer sur le lien)

Sarane Alexandrian (1927-2009) et Madeleine Novarina (1923-1991) -case 40048-

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Photographie de Pierre-Yves Beaudouin

   Surnommé « Sarane » par sa nourrice indienne, Lucien Alexandrian est né à Bagdad le 15 juin 1927 d’une mère française et d’un père arménien, stomatologue du roi Fayçal Ibn Hussein. Maîtrisant à la foi l’arabe, l’arménien, le turc et le français, l’enfant arrive très jeune à Paris, chez sa grand-mère, pour soigner une poliomyélite. Là, il suit les cours du lycée Condorcet mais termine sa scolarité à Limoges, avant de rejoindre le maquis. Engagé dans la Résistance, il rencontre l’exubérant dadaïste autrichien Raoul Hausmann (1886-1971). Très proche d’André Breton dès son retour à Paris, Sarane Alexandrian, qui obtient son baccalauréat en philosophie en 1946, suit des études d’art à l’école du Louvre, et se voit confier le secrétariat de la revue Cause, en compagnie de l’Égyptien Georges Henein (1914-1973), et d’Henri Pastoureau (1912-1996, père du médiéviste Michel Pastoureau). Tous trois sont chargés de répondre aux demandes d’adhésion de surréalistes venus du monde entier, puisque le mouvement s’est internationalisé. En 1948, après avoir quitté le groupe suite à l’exclusion de Roberto Matta, S. Alexandrian cofonde Néon, périodique qui connaît cinq numéros, et qui se veut le manifeste du « Contre-groupe H ». En rupture avec l’orthodoxie de Breton, cette nouvelle tendance associe essentiellement la jeune garde, avec notamment Claude Tarnaud, Stanislas Rodanski, Alain Jouffroy (1927-2013, inhumé dans la division 49 et précédemment évoqué Notre article sur Alain Jouffroy (cliquer sur le lien)), Jindrich Heisler (inhumé au cimetière de Pantin. Sa tombe a disparu), ou encore Jean-Dominique Rey. Citons également Madeleine Novarina, que Sarane Alexandrian épouse en juillet 1959, et qui restera à ses côtés jusque dans la tombe. Désirant se détacher de l’abstraction, pour en revenir au sensible, le contre-groupe H puise essentiellement son inspiration dans le vécu. En outre S. Alexandrian dissocie nettement poésie et politique, et se défie notamment de l’engagement très fort du groupe surréaliste belge auprès du parti communiste : La révolution poétique et la révolution politique n’ont rien à faire ensemble. Elles n’ont pas les mêmes objectifs ni les mêmes moyens, elles n’intéressent pas le même public et ne mobilisent pas les mêmes acteurs. La première est supérieure à l’autre, intellectuellement, et ne saurait sans déchoir se mettre sous sa dépendance déclare-t-il ainsi dans Le Spectre du langage (manuscrit demeuré inédit), ou encore Ce ne sont pas aux poètes de s’engager dans la politique, ce sont aux politiciens de s’engager dans la poésie. Poursuivant sensiblement le même objectif, le groupe « Infini » lui succède de 1949 à 1966. Le « grand Cri-Chant du rêve », comme le surnomme Victor Brauner (1902-1966, inhumé au cimetière de Montmartre), ne remettra cependant jamais en cause son amitié et son admiration pour Breton, auquel il consacre d’ailleurs un ouvrage brillant, André Breton par lui-même (éditions du Seuil, 1971): Auprès de lui, on apprenait le savoir-vivre des poètes, dont l’article essentiel est un savoir-aimer… On l’admirait pour la dignité de son comportement d’écrivain, ne songeant ni aux prix, ni aux décorations, ni aux académies.

 

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Sarane Alexandrian

   Lecteur acharné, travailleur infatigable, esprit toujours curieux, Sarane Alexandrian poursuit une œuvre abondante, diversifiée, tant dans le champ théorique que dans le champ littéraire pur. Outre sa célèbre trilogie consacrée aux pouvoirs de l’imagination et de l’intuition (Le Surréalisme et le rêve, Le Socialisme romantique et L’Histoire de la philosophie occulte), l’auteur, qui signe de nombreux articles dans L’Oeil ou L’Express, publie de nombreux contes, petits bijoux hypnotiques, oniriques, dont certains ont été regroupés par Paul Sanda, dans L’impossible est un jeu (éditions Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2012). Citons notamment « L’enlèvement de la Joconde », où les protagonistes masculins du Louvre (le Condottiere, mais aussi les esclaves de Michel-Ange), sortent de leurs cadres, descendent de leur piédestal, pour devenir réels, une fois la nuit tombée, et tenter de ravir la belle Monna Lisa. Illustré par Jacques Hérold (1910-1987, inhumé au cimetière de Montparnasse), S. Alexandrian atteint probablement le sommet de son art romanesque à travers Les Terres fortunées du songe, une de ses aventures mentales (sic), monument de prose surréaliste, inclassable, mêlant poésie et narration, paru en 1980. Érotologue invétéré, il publie en outre nombre d’essais autour de la magie sexuelle, tel l’Histoire de la littérature érotique (Seghers, 1983), ou Le Doctrinal des jouissances amoureuses (Filipacchi, 1997). Enfin on lui doit de nombreuses monographies d’artistes, parmi lesquels bien des surréalistes, tel Jacques Hérold, cité plus haut, mais aussi Salvador Dali, les Allemands Hans Bellmer (cf. notre article sur Hans Bellmer (cliquer sur le lien)) Max Ernst (cf. le lien sur notre notice plus haut), dont nous avons parlé dans Diérèse, Jean Hélion ou encore sa propre épouse, Madeleine Novarina. Dernier volume paru, Les Peintres surréalistes (Hanna Graham, New-York-Paris, 2009) semble couronner ces années de réflexion, faire la synthèse. Influencé par des maîtres aussi différents que l’humaniste Cornélius Agrippa, André Breton, Aleister Crowley, ou Charles Fourier (1772-1837, inhumé au cimetière de Montmartre), Sarane Alexandrian aura joué un rôle phare dans l’évolution de la pensée surréaliste, notamment à travers Supérieur inconnu, revue d’avant-garde qui compte trente numéros, parus entre 1995 et 2011. Parmi les contributeurs, citons notamment Christophe Dauphin, qui a entre autres consacré une magnifique biographie à l’intéressé : Sarane Alexandrian ou le défi de l’imaginaire (L’Âge d’homme, Paris, 2006). Mort à Ivry, comme Antonin Artaud, le 11 septembre 2011, des suites d’une leucémie, Sarane Alexandrian lègue ses biens à la Société des Gens de Lettres en souhaitant que celle-ci encourage la création en aidant financièrement un auteur, le directeur d’une troupe de théâtre ou l’animateur d’une revue particulièrement méritant. D’un montant de 10 000 euros, la bourse Sarane Alexandrian a donc été fondée en ce sens.

 

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Dans L’aventure en soi (Mercure de France, 1990), récit autobiographique, Sarane Alexandrian mentionne longuement la femme de sa vie, prématurément décédée en 1991, à l’âge de soixante-sept ans. Tante de l’écrivain Valère Novarina, sœur de l’architecte Maurice Novarina, Madeleine Novarina naît le 28 novembre 1923 à Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, au sein d’une fratrie de neuf enfants, et grandit au 2 place des Arts. Entrepreneur en bâtiment, son père, Joseph, refuse de la laisser intégrer l’école des Beaux-Arts. C’est donc auprès de son cousin, le peintre Constant Rey-Millet (1905-1959), qui lui-même admire ses gouaches fantastiques, que Madeleine effectue son apprentissage. Ayant pris une part active à la Résistance, elle est arrêtée avec sa sœur en juillet 1943, et interrogée par la Gestapo. L’officier SS, qui qualifie alors sa création « d’art dégénéré », décide de la faire déporter au camp de concentration de Ravensbrück. La jeune artiste est sauvée in extremis par son amant, l’avocat Marcel Cinquin, sous réserve qu’elle quitte Lyon définitivement. Arrivée à Paris, elle se lie d’amitié avec Victor Brauner dès mars 1946, et expose au premier Salon des Surindépendants. Là, Breton la remarque, et l’invite à participer aux réunions du groupe, le lundi au Café de la Place Blanche et le jeudi aux Deux-Magots, à Saint-Germain-des-Prés. En 1950, âgée de vingt-sept ans, elle fait un mariage malheureux avec un architecte de l’atelier Zavaroni, et peint alors une série de toiles sadomasochistes qu’elle détruira ultérieurement. Appréciée par Hans Bellmer, Benjamin Péret puis par Max Ernst, Dorothea Tanning, Yves Tanguy et Key Sage, elle fait la connaissance de Sarane Alexandrian en novembre 1954. Ils se marient fin juillet 1959.
Ayant obtenu une commande grâce à son frère Maurice, qui travaille alors pour les bâtiments civils, Madeleine Novarina réalise d’abord une mosaïque dans un immeuble d’Auguste Perret, au 52 rue Raynouard, derrière la maison de Balzac, puis seize vitraux en un style résolument moderne pour les églises de Vieugy et Marignier, en Haute-Savoie. D’autres commandes affluent, notamment pour les vitraux de l’église Notre-Dame-de-la-Paix à Villeparisis, en Seine-et-Marne, de la basilique Saint-François-de-Sales à Thonon-les-Bains et de la chapelle funéraire de l’église Saint-Maurice, à Annecy. Une rupture se produit alors, à travers les Patchworks, où se mêlent calligraphie, figuration et abstraction, à travers des scènes imaginaires surprenantes, avec diverses créatures apparaissant sur fond géométrique.
Ce travail se poursuit jusqu’en 1971. À l’été 1972, très affaiblie par une tumeur maligne, Madeleine Novarina doit mettre entre parenthèses ses grandes réalisations pour ne plus réaliser que des dessins automatiques à l’encre de chine, sortes de paysages intérieurs, pour reprendre les termes de son époux. C’est la troisième période de son art, plus intimiste, après les gouaches surréalistes de sa jeunesse, puis les travaux monumentaux. La maladie évolue lentement. Tombée dans le coma le 2 novembre 1991, Madeleine Novarina meurt prématurément deux jours plus tard. Pour finir, citons ces quelques vers, qui rappellent furieusement Henri Michaux:

Encore la corvée du ménage

Je tambouillonne

Tu m’écirages

Elle vaissellise

Nous surrécurons

Vous empailledeferisez

Ils mirauzenzimisent

 

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« Amoureuse arrivant sur un pas de danse », Madeleine Novarina, 1965.

Un site sur Sarane Alexandrian

Un site sur Madeleine Novarina (cliquer sur le lien)

 

MÉMOIRE DES POÈTES XXIII: LARS BO (1924-1999), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 86, COLUMBARIUM, case 18581 (article paru dans « Diérèse » 72, printemps 2018)

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   Né le 29 mai 1924 à Kolding, dans le Jutland, d’un père architecte et aquarelliste amateur, Lars Bo étudie d’abord à l’université des Arts appliqués de Copenhague, puis auprès du peintre figuratif Peter Rostrup Bøyesen (1882-1952), au Statens Museum for Kunst , avant d’intégrer l’École danoise de design, de 1941 à 1943. Ses dessins paraissent alors dans la presse. Résistant, Lars Bo gagne Odense, sur l’île Fionie, puis, après la guerre, voyage en Europe, pour finalement s’installer à Paris, dès 1947. Il y apprend la gravure auprès d’Albert Flocon (de son vrai nom Albert Mentzel, 1909-1994) et de Johnny Friedlaender (1912-1992), tous deux Allemands et antinazis à l’Atelier de l’Ermitage, et parfait sa formation à l’Atelier 17, créé par Stanley William Hayter (1901-1988). Ayant exposé en Suède et dans son pays natal, Lars Bo se lance dans une carrière d’illustrateur, en 1952, tout en collaborant, un temps, au journal Le Monde. Il connaît alors un très vif succès, et ses images accompagnent des auteurs très variés, tels Voltaire, Nerval, Robert Giraud (1921-1997), Boris Vian (1929-1959), ou encore son compatriote Hans Christian Andersen. Également écrivain, il publie le roman fantastique, toujours inédit en français, Det vidunderlige hus i Paris (La merveilleuse maison de Paris), en 1954, ainsi que deux livres pour enfants : Sous les yeux de l’Afrique, carnet de chasse et L’Oiseau de Lune. En 1969, il retourne à Copenhague et réalise les décors du Lac des Cygnes sur une chorégraphie de Flemming Flindt, pour le théâtre national. Reconnue aux États-Unis, dans toute l’Europe et au Japon, son œuvre, qui compte plus de 400 gravures, est très proche, par ses thématiques, par le primat de l’imaginaire, du surréalisme. Lars Bo nous a quittés le 21 octobre 1999 et repose désormais dans la case 18581.

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MÉMOIRE DES POÈTES XXII, MAX ERNST (1891-1976), Cimetière du Père-Lachaise, division 87, case numéro 2102 (article à paraître dans « Diérèse » 72, printemps 2018).

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PRÉSENTATION DU CRÉMATORIUM/COLUMBARIUM (DIVISION 87) :
Situés au sommet de la colline, dans la partie Est (non loin de la porte Gambetta), le crématorium et le columbarium occupent toute la surface de la 87ème division, soit environ 4900 mètres carrés. En 1883, le conseil municipal de Paris en confie la conception à l’architecte Jean-Camille Formigé (1845-1926). Les travaux durent plus de vingt ans, et le lieu est d’abord dédié à l’élimination des déchets provenant des hôpitaux. Il faut encore attendre la loi du 15 novembre 1887 pour que la crémation humaine soit autorisée, et le 30 janvier 1889 pour qu’un corps soit officiellement incinéré, ce qui est une première en France. Longtemps marginale, cette pratique n’est tolérée par l’église catholique qu’en 1969, et, avant cette date, relève généralement du choix idéologique. Militants de gauche, syndicalistes, anarchistes, libres penseurs et francs-maçons optent ainsi pour la crémation par anticléricalisme. Plus tragique peut être, les premières victimes du sida, tels les intellectuels Jean-Paul Aron (1925-1988), Guy Hocquenghem (1946-1988) préfèrent qu’on brûle leur dépouille, pour, pensent-ils, éliminer toute trace du virus. Notons également la forte représentation de personnes d’origine étrangère. Avec cinq fours, le crématorium réalise aujourd’hui près de 5000 crémations sur demande des familles par an, et 2500 crémations administratives par an, contre seulement 49 en 1889. C’est dire si les mentalités ont changé. Par-delà l’évolution des mœurs, et le phénomène de déchristianisation, le choix de la crémation, nettement moins onéreuse que l’inhumation, repose aussi sur des motifs d’ordre financier.
Actuellement, les cendres des défunts sont bien souvent remises à leurs proches, ou dispersées dans la 77ème section, sur la pelouse ombragée du jardin cinéraire. Nombre de personnes choisissent toutefois de reposer dans le columbarium. Construit suite à une délibération du Conseil municipal, en 1890, le premier columbarium, placé le long du mur d’enceinte du cimetière, ne compte au départ que 300 cases environ. Développé sur quatre faces, autour du crématorium, pour reprendre les termes de Formigé, le nouveau columbarium regroupe ensuite 600 cases en 1893, 850 en 1895, et enfin 40800 environ, réparties sur plusieurs niveaux: deux en sous-sol, et deux à l’extérieur. L’ensemble crématorium et columbarium se compose ainsi maintenant de quatre ailes, entourant une chapelle de goût néo-byzantin, constituée de bandes horizontales en pierre blanches et noires, disposées de manière successive pour former un édifice bicolore, surmonté d’un vaste dôme de gré et de brique, orné des vitraux de Carl Mauméjean (1888-1957), flanqué de trois petites demi-coupoles et de deux grosses cheminées. Le sculpteur franco-polonais Paul Landowski (1875-1961), auteur du célèbre Christ monumental de Rio de Janeiro, a lui réalisé, entre 1943 et 1954, Le retour éternel, magnifique bas-relief d’une des cinq pièces souterraines destinées aux familles. Le lieu est inscrit au recueil des monuments historiques depuis le 17 janvier 1995.

 

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MAX ERNST (1891-1976) case numéro 2102
Après avoir évoqué les Allemands Hans Bellmer et Unika Zürn (11ème division), parlons de Max Ernst, lui aussi originaire d’outre-Rhin, et qui a fait le choix de la crémation. Fils du peintre Philipp Ernst, Maximilien, dont le nom de famille signifie «sérieux » (ernst en allemand), naît le 2 avril 1891, à Brülh, en Rhénanie, non loin de la frontière. Ayant rapidement abandonné ses études de philosophie à l’université de Bonn, il se consacre à l’art, et croise le groupe du Blaue Reiter (le Cavalier Bleu), en compagnie d’August Macke et de Wassily Kandinsky, avec qui il expose à Berlin dès 1913. La rencontre d’Apollinaire et de Delaunay s’avère déterminante. Venu vivre à Montparnasse, alors centre des avant-gardes européennes, Ernst sert dans l’artillerie durant la grande Guerre, sous uniforme allemand, d’abord en Russie, puis en France, avant d’épouser en 1918 l’historienne d’art juive Louise Straus (1894-1944, morte au camp d’Auschwitz), avec laquelle il vivra une relation tumultueuse jusqu’en 1927, et qui lui donnera un fils, Jimmy. Il rencontre Paul Klee en 1919, et expérimente différentes nouvelles méthodes picturales, dont de nombreux collages, avant de créer en 1920 le collectif Zentrale W/3 avec Jean Arp (1886-1966) et Johannes Theodor Baargeld (1892-1927), qui, à travers La Chamade, revue à laquelle collaboreront Breton, Éluard et Aragon, exposent de nouvelles conceptions esthétiques. Ouverte à la brasserie « Winter » (« Hiver » dans la langue de Goethe), à Cologne, la deuxième exposition Dada provoque un scandale, et la police doit fermer l’établissement pour trouble à l’ordre public. Ernst, qui a exposé des collages collectifs, réalisés avec Arp (collages baptisés abréviation de « Fabrication de Tableaux Garantis Gazométriques »), se brouille alors avec son père. Ayant également organisé la première exposition internationale dadaïste à Berlin fin juin 1920, il rencontre Breton, Arp et son épouse Sophie Tæuber lors de vacances dans le Tyrol quelques temps plus tard, et fait la connaissance de Tristan Tzara (1896-1963).

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   L’homme retourne à Montparnasse en 1922, et loge chez le couple Éluard. Là, il invente la technique du frottage, équivalent pictural de l’écriture automatique, et qui consiste à laisser courir un crayon à papier sur une toile, elle-même posée sur un parquet ou sur une table en bois. Les figures ainsi esquissées engendrent des chimères, des monstres. Parallèlement débute sa collaboration avec Joan Miró, notamment pour la création des décors du chorégraphe Serge de Diaghilev. Toujours novateur, Ernst lance en outre la technique du « grattage », qui consiste à déposer le pigment directement sur la toile. Parti en Italie en 1933, année de la prise du pouvoir par Hitler, Ernst réalise d’innombrables collages, illustrant ainsi divers ouvrages français, publiés en intégralité dans Une semaine de bonté ou les sept éléments capitaux, un ensemble de cinq volumes parus dès 1934.

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Peintre, graveur, Ernst aborde également la sculpture après avoir croisé la route d’Alberto Giacometti. C’est ainsi une nouvelle phase de son œuvre, un nouvel aspect, qui apparaît. Évoquons notamment, à quelques stations de métro du cimetière, le magnifique Grand assistant, dressé au flanc Nord de Beaubourg, à l’entrée du quartier de l’Horloge, devant le Flunch, mystérieux figurant d’une autre mythologie, mi-homme, mi-bête, mi-oiseau. Installé avec Leonora Carrington (1917-2011), grande figure du surréalisme international, à Saint-Martin-d’Ardèche à partir de 1937, Ernst est activement soutenu par la riche héritière américaine Peggy Guggenheim (1898-1979), qui expose ses œuvres dans sa galerie londonienne.

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Un tournant décisif se produit en septembre 1939, suite à l’entrée en guerre de la France. Suspect aux yeux de l’État, « étranger ennemi », l’artiste allemand est interné, avec d’autres intellectuels, au camp des Milles dans les Bouches-du-Rhône, avant de s’envoler pour les États-Unis, en compagnie de Peggy Guggenheim, qu’il épouse en 1942. Il habite ainsi à New York, non loin de Marcel Duchamp ou de Marc Chagall, ainsi que de plusieurs surréalistes tel Breton. En dépit des difficultés du couple, qui se sépare, Ernst continue à produire et à innover, en contribuant notamment au développement de l’expressionnisme abstrait, mouvement incarné avant tout par Jackson Pollock (1912-1956). Fraichement divorcé, Ernst se marie en octobre 1946 avec Dorothea Tanning (1910-2012), et l’accompagne à Sedona, en Arizona. Naturalisé américain, il écrit un traité théorique autour de la peinture, et retourne en Europe dès 1950, avant de devenir satrape du Collège de Pataphysique, au sein du mouvement initié par Alfred Jarry, donc. Hélas ses œuvres sont boudées outre-Atlantique, et l’homme revient à Paris dès 1953, il est définitivement exclu du mouvement surréaliste pour avoir reçu le grand prix de la biennale de Venise, soit pour avoir accepté une récompense officielle. Est-ce pour cela qu’il quitte la capitale? On le retrouve en tous cas à Huismes, en Indre-et-Loire, puis à Seillans, dans le Var, où il continue, inlassablement à créer (notamment les décors d’un théâtre et une fontaine, ainsi qu’un jeu d’échecs géants en verre, baptisé Immortel). Il bénéficie alors du soutien de l’industriel Jean Riboud et se lie d’amitié avec l’éditeur Jean-Jacques Pauvert, pour lequel il dessine le sigle éditorial. Ernst, qui a été naturalisé français, après avoir été allemand, puis américain, voit son travail reconnu outre-Atlantique, lorsqu’une vaste rétrospective lui est consacrée au nouveau musée new-yorkais Solomon R. Guggenheim, grandes volutes de béton, posées sur la cinquième avenue en 1959 par l’oncle de son ex-femme Peggy. Une autre rétrospective se tient cette fois à Paris, au Grand Palais. Un catalogue complet de ses œuvres sort à l’occasion.

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Musée Solomon R. Guggenheim, New York.

   Mauvaise blague, Ernst décède à Paris, au 19 rue de Lille, le 1er avril 1976 dans le domicile qu’il occupe depuis 1962 rue de Lille, au milieu du VIIème arrondissement. Il aurait eu quatre-vingt-cinq ans le lendemain. La case où reposent ses cendres comporte simplement ses dates de naissance et de mort. Abondante, diverse, sa production est exposée partout dans le monde, et plus particulièrement au Centre Pompidou, mais aussi à Seillans, dans le Var, où il vécut, et où trône Le Génie de la Bastille, un autre totem en bronze, dominant la montagne En outre, un musée, contenant près de trois cents œuvres, a été ouvert dans sa ville natale de Brülh, en Allemagne, en 2005.

 

 

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« Ubu imperator », 1923.

 

MÉMOIRE DES POÈTES XXI: GUILLAUME APOLLINAIRE (1880-1918), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 86 (article paru dans « Diérèse » 71, hiver 2017)

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   Guillaume Apollinaire naît à Rome le 26 août 1880, d’une mère originaire de Lituanie (pays qui appartient alors à la Russie), issue de la noblesse polonaise, qui entretient alors une relation avec Francesco Flugi d’Aspermont, un lieutenant italien. Déclaré né de père inconnu et de mère voulant rester anonyme, le futur poète reçoit d’abord le nom de Dulcigny, avant d’être reconnu par Angelica Kostrowtizka, sous le nom de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandroi Apollinare de Kostrowitzky. Son demi-frère, Alberto Eugenio Giovanni, naît en 1882. Installée en 1887 à Monaco, Angelica officie comme entraîneuse au casino, et se voit arrêtée, puis fichée par la police. Placé en pension au collège Saint Charles, dirigé par les frères maristes, puis au lycée Stanislas de Cannes, et enfin au lycée Masséna de Nice, Guillaume, pourtant bon élève échoue au baccalauréat. En 1899, on le retrouve en compagnie de son frère, à Stavelot, en Wallonie. Ce bref séjour de trois mois, qui s’achève le 16 octobre « à la cloche de bois » (dépourvu d’argent, les deux jeunes gens partent sans payer les frais d’hôtel), marque durablement l’imaginaire du jeune homme, qui évoquera la Belgique à travers plusieurs textes, jusqu’à emprunter certains termes au dialecte local. Arrivé à Paris en 1900, il fréquente les cercles littéraires et la bibliothèque Mazarine, mais, réduit à la précarité, se résout à passer un diplôme de sténographie, avant d’effectuer divers travaux alimentaires de secrétariat. Engagé comme nègre pour rédiger le roman feuilletonesque Que faire?, l’écrivain, qui n’a pas été payé, se venge en séduisant la jeune maîtresse du commanditaire, un avocat bohême du nom d’Henry Esnard.
Auteur d’un premier article publié par le journal satirique Tabarin, Apollinaire publie ses poèmes dans La Grande France, en septembre 1901, sous le nom de Wilhelm Kostrowitzky. Il réside alors en Allemagne, où il reste jusqu’en août 1902, pour officier en tant que précepteur auprès de la fille d’Élinor Hölterhoff, vicomtesse de Milhau, veuve d’un comte français. C’est là qu’il rencontre l’Anglaise Annie Playden, jeune gouvernante qui l’éconduit. Profondément amoureux, Apollinaire retournera voir deux fois Annie à Londres par la suite, avant que celle-ci ne parte pour les États-Unis en 1905. « La chanson du mal-aimé », ainsi que les neuf textes de « Rhénanes », témoignent de cette douloureuse expérience outre-Rhin.
Revenu à Paris, à la fois journaliste à L’Européen et employé de banque, il publie de nombreux contes et poèmes en revue, adoptant alors le pseudonyme d’Apollinaire, d’après son propre prénom, et en référence à Apollon, dieu grec de la poésie. En 1903, il créé également Le Festin d’Ésope, mensuel dont il est rédacteur en chef, et dans lequel on retrouve Alfred Jarry, ou encore André Salmon notamment. Ayant rencontré la peintre Marie Laurencin en 1907, il connaît sept ans durant une relation orageuse, chaotique, mais parvient peu à peu à vivre de sa plume, tout en fréquentant assidûment les cercles artistiques, pour côtoyer Pablo Picasso, André Derain, ou encore Le Douanier Rousseau, qui le représentera en compagnie de son amie. Il se fait alors un nom en tant que critique et conférencier, et contribue à théoriser le cubisme, mouvement radicalement nouveau. Apollinaire, qui vit alors rue Léonie à Paris, publie Les onze mille verges et Les exploits d’un jeune Dom Juan, deux œuvres érotiques signées de ses initiales, « G.A. ». En décembre 1909 paraît L’Enchanteur pourrissant, son premier livre « officiel », tiré à cent exemplaires par le galeriste Daniel-Henry Kahnweiler (inhumé dans la 90ème division) et illustré des bois de Derain. Œuvre de jeunesse, ce recueil de contes fantastiques peuplés de personnages issus de la saga arthurienne, comme Merlin, Morgane ou la fée Viviane, ravira les surréalistes, qui en loueront les qualités d’invention. Il s’agit peut-être néanmoins, avant tout, d’un hommage aux légendes classiques de l’Occident, dans une relecture très personnelle, pour ne pas dire autobiographique, puisqu’Apollinaire y parle à la fois du mystère des origines et des pouvoirs secrets du poète, inspiré et menacé par la passion amoureuse. L’auteur, qui entre temps a déménagé à Auteuil, écrit dans le quotidien L’Intransigeant, et, en octobre 1910, rate de peu le prix Goncourt avec son recueil L’Hérésiarque et Cie, nouveau recueil de contes fantastiques. En mars 1911 paraissent son célèbre Bestiaire, orné des œuvres de Raoul Dufy, ainsi que Le Cortège d’Orphée. Parallèlement, il tient une chronique de la vie aléatoire pour Le Mercure de France.

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Tout bascule le 7 septembre 1911. Apollinaire, qui a accepté de conserver chez lui les statues phéniciennes qu’un ami a dérobées au Louvre , se trouve accusé de complicité dans le vol de la Joconde, et jeté en prison, à la Santé, pour cinq jours, expérience traumatisante qui lui inspire plusieurs poèmes magnifiques. Cela ne l’empêche pas de fonder la revue Les Soirées de Paris en 1912. Accompagné de ses amis André Billy et André Salmon notamment, Apollinaire y publie de nombreuses critiques d’art, articles et notes, et devient rédacteur en chef l’année suivante. Déprimé par sa rupture avec Marie Laurencin, qui ne supporte plus sa jalousie, l’homme n’en poursuit pas moins une activité frénétique, et publie, en français et en italien, L’Antitradition futuriste, hommage au mouvement transalpin initié par Antonio Marinetti. En 1913 sort son livre le plus célèbre, somme de ses meilleurs poèmes, d’abord publiés dans la presse, depuis 1898. Alcools, qui ne comporte volontairement pas de ponctuation, s’ouvre par « Zone », célébration de la ville moderne, qui rappelle notamment « Les Pâques à New-York » de son nouvel ami Blaise Cendrars. Apollinaire, qui est retourné vivre à Paris, écrit également un essai sur le cubisme, ainsi qu’un nouveau roman libertin, La Rome des Borgia, tout en s’enthousiasmant pour les toiles de Matisse et de son ami Douanier-Rousseau. Il se rend à Londres en compagnie de ses amis Francis Picabia (1879-1953, inhumé au cimetière Montmartre), puis à Berlin avec Robert Delaunay (1885-1941), pour admirer les toiles de Georges Braque.
La guerre éclate fin juillet 1914. Apollinaire, qui fréquente alors les cercles de Montparnasse en compagnie du caricaturiste André Rouveyre, et qui compose ses premiers calligrammes, tente de s’engager mais voit sa demande ajournée par le conseil de révision. Il part alors pour Nice, où sa seconde demande, déposée en décembre 1914, sera finalement acceptée. Peu après son arrivée, au cours d’un déjeuner au restaurant, il croise Louise de Coligny-Châtillon, dite Lou (1881-1963, inhumée au cimetière de Passy), femme divorcée qui mène une vie libre chez sa belle-sœur, à la villa Baratier. Très épris, Apollinaire est d’abord éconduit, avant que Lou ne lui accorde ses faveurs. Tous deux vivent alors une relation torride, et Lou vient rejoindre le poète-soldat à Nîmes, où il fait ses classes, non sans lui révéler qu’elle aime un autre homme surnommé « Toutou ». Une magnifique correspondance, plus tard regroupée sous le titre de Lettres à Lou, naît de leur passion. De très beaux poèmes (d’abord publiés sous le titre Ombres de mon amour puis de Poèmes à Lou) naissent de cette passion charnelle. Vous ayant dit ce matin que je vous aimais, ma voisine d’hier soir, j’éprouve maintenant moins de gêne à vous l’écrire. Je l’avais déjà senti dès ce déjeuner dans le vieux Nice où vos grands et beaux yeux de biche m’avaient tant troublé que je m’en étais allé aussi tôt que possible afin d’éviter le vertige qu’ils me donnaient, déclare ainsi Apollinaire dans une lettre du 28 septembre 1914. Cet amour total ne semble néanmoins pas totalement partagé. Toujours folle de « Toutou », Lou décide de rompre la veille du départ d’Apollinaire pour le front, en mars 1915. Les anciens amants demeurent amis. Citons ces quelques vers, d’une éblouissante beauté :

Nîmes, le 17 décembre 1914

Je pense à toi mon Lou ton cœur est ma caserne
Mes sens sont tes chevaux ton souvenir est ma luzerne
Le ciel est plein ce soir de sabres d’éperons
Les canonniers s’en vont dans l’ombre lourds et prompts
Mais près de moi je vois sans cesse ton image
Ta bouche est la blessure ardente du courage
Nos fanfares éclatent dans la nuit comme ta voix
Quand je suis à cheval tu trottes près de moi
Nos 75 sont gracieux comme ton corps
Et tes cheveux sont fauves comme le feu d’un obus qui éclate au nord
Je t’aime tes mains et mes souvenirs
Font sonner à toute heure une heureuse fanfare
Des soleils tour à tour se prennent à hennir
Nous sommes les bat-flancs sur qui ruent les étoiles

   Parti avec le 38ème régiment d’artillerie de campagne pour le front de Champagne le 4 avril 1915, Apollinaire, emporté par la fièvre patriotique, continue à écrire, malgré les difficultés de la vie militaire, et publie deux nouveaux romans érotiques. Il envoie aussi de nombreuses lettres à ses amis et à Lou, ainsi qu’à Yves Blanc, jeune poétesse montpelliéraine qui deviendra sa marraine de guerre , et à Madeleine Pagès (1892-1965) professeure de Lettres à Oran, rencontrée dans le train le 2 janvier, à laquelle il se fiancera. Nommé maréchal des logis après une formation, Apollinaire profite de sa première permission pour passer Noël en compagnie de Madeleine, en Algérie. Il obtient la nationalité française le 9 mars 1916, mais, huit jours plus tard, reçoit un éclat d’obus à la tête dans une tranchée près de Reims, alors qu’il lit le Mercure de France. Évacué à Paris, trépané le 9 mai, il entame une longue convalescence, et, très épuisé, rompt toute relation avec Madeleine Pagès, qui restera vieille fille. Fin octobre, la parution du Poète assassiné, ultime recueil de contes, sera suivie d’un mémorable banquet, organisé par des amis. Philippe Soupault et André Breton, qui considèrent Apollinaire comme un voyant considérable, voient en lui le précurseur de leur mouvement. C’est d’ailleurs Apollinaire lui-même qui invente le terme de « surréalisme » à travers Les mamelles de Tirésias, pièce étonnante, féministe et antimilitariste, censée se passer à Zanzibar, publiée en 1918 par les éditions Sic, et représentée une première fois le 24 juin 1917 sur une mise en scène de Pierre Albert-Birot (1876-1967), dans une ambiance particulièrement houleuse (Jacques Vaché, accompagné de Theodor Fraenkel, aurait menacé la salle avec un révolver. Le jeune Louis Aragon, de son côté, fait un compte-rendu extrêmement élogieux du texte). Déclaré inapte pour le front depuis mai, le poète, qui est affecté à la Censure par le Ministère de la Guerre, publie en 1918 un poème intitulé « La jolie rousse», dédié à Jacqueline Kolb, sa nouvelle compagne, épousée le 9 mai, tandis que sort le recueil Calligrammes, au Mercure de France. Promu lieutenant le 28 juillet, et travaillant cette fois au bureau de presse du Ministère des Colonies, il passe trois semaines avec Jacqueline dans le Morbihan, avant de rentrer dans la capitale, et de poursuivre un intense travail littéraire, et scénaristique. Affaibli par sa blessure, il décède toutefois à son domicile, 202 boulevard Saint-Germain, le 9 novembre 1918, vraisemblablement de la grippe espagnole. Détail troublant : dans la rue, tandis qu’il agonise, les Parisiens crient « À mort Guillaume ! », en référence au Kaiser Guillaume II, qui a abdiqué le même jour. Il est inhumé le 13 novembre, et déclaré « mort pour la France ».

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Apollinaire, par Jacques Cauda.

   En 1921, ses amis constituent alors un comité afin de réaliser un beau monument funéraire, et récoltent 30 450 francs suite à une vente d’œuvres d’art. Trois projets de pierre tombale, dont deux proposés par Picasso, sont abandonnés. C’est finalement le travail de Serge Férat (ami d’Apollinaire inhumé au cimetière de Bagneux), qui est retenu. Disparu à trente-huit ans seulement, le poète repose désormais sous un impressionnant menhir en granit orné d’un crucifix, à côté de Jacqueline (1891-1967). On peut y lire trois strophes issues du poème « Collines », ainsi qu’un calligramme en forme de cœur, constitué de tessons de bouteilles verts et blancs : mon cœur pareil à une flamme renversée. La sépulture est toujours ornée de morceaux de papier griffonnés, de tickets de métro, de fleurs, ultimes hommages à un poète mort trop jeune, au terme d’une vie passionnée.

 

NB : La tombe est indiquée sur le plan, fourni à l’entrée du cimetière.

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MÉMOIRE DES POÈTES XX: NUSCH ÉLUARD (1906-1946), Cimetière du Père-Lachaise, division 84. (Article paru dans Diérèse 71, automne 2017) 

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DIVISION 84

   Née le 21 juin 1906 à Mulhouse, alors ville allemande, fille d’un couple de forains, Maria Benz est très vite surnommée « Nusch » par un père aimant, qui l’initie à l’acrobatie et aux arts du cirque. Engagée par un théâtre berlinois à quatorze ans seulement, la jeune fille revient ensuite en Alsace, avant de travailler comme hypnotiseuse au Théâtre du Grand Guignol, rue Chaptal à Paris, tout en se livrant occasionnellement à la prostitution. Nusch, qui habite alors une misérable chambre de bonne près de Saint-Lazare depuis 1928, se fait aborder boulevard Haussmann par René Char et Paul Éluard, le 31 mai 1930, non loin des Galeries-Lafayette. Les deux amis emmènent Nusch dans un café, et lui offrent à manger. Charmée par la culture et par la personnalité d’Éluard, la comédienne vient habiter chez lui, rue Becquerel, puis rue de la Fontaine, dans le même immeuble que Breton, en union libre (pour reprendre l’expression de Clair de terre). Le poète, qui vit douloureusement son divorce avec Gala (1894-1982), mère de sa fille Cécile et future épouse de Dali, et qui trompe ouvertement Nusch, se marie néanmoins avec cette dernière le 21 août 1934. Physiquement affaibli, en proie à de graves difficultés financières, Éluard, qui a dédié La Vie immédiate à Nusch, vit en sa compagnie une aventure amoureuse et érotique intense, déclarant notamment, Je vis dans une lumière exclusive, la tienne, ou encore, Même quand nous sommes loin de l’autre, tout nous unit . Parallèlement, Nusch devient modèle pour Man Ray, entretenant une liaison avec lui, ainsi qu’une relation saphique avec Ady Fidelin, jeune Guadeloupéenne, maîtresse du photographe. En 1935, le recueil Facile est ainsi orné des images de Nusch, que Man Ray filme, en 1937, dans La Garoupe, court-métrage aujourd’hui perdu, et où figure également Pablo Picasso. Devenu intime du couple, le peintre, qui aurait eu des rapports particuliers avec Nusch, dîne fréquemment dans leur appartement, boulevard des Grands-Augustins, et les accompagne, l’été, à Mougins, en Provence. De magnifiques portraits, signés de la main du génie espagnol, nous sont ainsi parvenus. Fascinés par Nusch, Dora Maar (1907-1997), Joan Miró (1893-1983) ou encore René Magritte (1898-1967) immortalisent également la muse, égérie du groupe surréaliste.
En septembre 1939, P. Éluard, alors âgé de quarante-trois ans, est mobilisé au sein de l’administration militaire à Mignières dans le Loiret. Nusch le rejoint, avant de le suivre dans le Tarn, en juillet 1940, où l’armée l’a envoyé. Le 19 juillet 1940, le couple file à Carcassonne, où les attend leur ami Joë Bousquet (1897-1950), poète paralysé suite à une blessure, reçue au cours de la Grande Guerre. Revenu à Paris, ils habitent un petit logement au 35 rue de la Chapelle (rebaptisée Marx-Dormoy en 1945). En 1942, Éluard, qui a redemandé son adhésion au parti communiste français, entre en clandestinité, et publie de nombreux tracts et textes subversifs, que Nusch transporte dans des boîtes à bonbons. Tous deux sont successivement cachés chez Michel Leiris (inhumé dans la division 97), et Georges Hugnet (1906-1974), rue du Long, dans le XVIIème arrondissement. Réfugié à Vézelay chez les éditeurs Christian et Yvonne Zervos jusqu’à la Libération, l’auteur, tête de proue, avec Aragon, de la Résistance, donne de nombreuses conférences en Europe, toujours accompagné de sa muse. Le 28 novembre 1946, alors en Suisse, il apprend le décès brutal de Nusch, victime d’une hémorragie cérébrale au domicile de sa belle-mère, Suzanne Grindel, et en compagnie de sa belle-fille, Cécile. Terrassé, le poète, qui devait mourir six ans plus tard, et qui est inhumé dans la 97ème division, nous laisse ces quelques vers bouleversants :

Vingt-huit novembre mil neuf cent quarante-six
Nous ne vieillirons pas ensemble.
Voici le jour
En trop : le temps déborde.
Mon amour si léger prend le poids d’un supplice.

    Disparue à quarante ans seulement, sans enfants, Nusch, qui nous a laissé quelques collages, longtemps attribués par erreur à son mari, n’a pas écrit, mais aura beaucoup inspiré. Dotée d’une beauté trouble, et d’un accent germanique qui prêtait à plaisanteries, l’ancienne fille de rue prend toute sa place dans le mouvement, aux côtés de Kiki de Montparnasse (dont la tombe, auparavant au cimetière de Thiais, a disparu), ou de Nadja (de son vrai nom Léonie Delcourt, morte folle pendant l’Occupation, et inhumée au cimetière de Bailleul dans le Nord). Selon Chantal Vieuville : Silhouette fine et délicate, elle [Nusch] impose son image au Panthéon des grandes figures féministes des Surréalistes, telle une muse au service d’une révolution artistique. Elle repose aujourd’hui sous une tombe blanche fort sobre, indiquant uniquement son nom et son prénom, et régulièrement fleurie.

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MÉMOIRE DES POÈTES XIX: GERMAINE DULAC (1882-1942), Cimetière du Père-Lachaise, division 74 (article paru dans Diérèse 71, automne-hiver 2017)

DIVISION 74
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   De son vrai nom Charlotte Élisabeth Germaine Saisset-Schneider, Germaine Dulac naît le 17 novembre 1882 à Amiens, au sein d’un milieu bourgeois. Enfant, elle connaît plusieurs déménagements successifs, au gré des changements de garnison de son père, alors officier, avant de se fixer chez sa grand-mère, à Paris, et d’épouser le riche agronome socialiste, futur auteur, Albert Dulac, en 1905. Ayant reçu une solide formation musicale, elle s’engage d’abord en tant que féministe, rédigeant divers articles culturels pour La Française, journal fondé par la militante Marguerite Durand, et pour La Fronde, entre 1906 et 1913, tout en composant des pièces de théâtre. Après un voyage à Rome, en 1914, en compagnie de son amie, la danseuse-étoile Stacia Napierkowska , elle s’oriente vers un septième art encore balbutiant et déconsidéré. Profitant de la fortune de son mari, elle fonde sa propre société de production, la Délia films, et tourne dès 1915 un mélodrame historique, Les Sœurs ennemies, travail remarqué pour sa sensibilité intimiste et pour la qualité de l’image. Plusieurs courts-métrages sont réalisés dans la foulée, parmi lesquels Venus victrix, œuvre aujourd’hui perdue mettant en scène Stacia Napierkowska, et qui associe le goût de l’orientalisme et l’idée de libération de la femme. C’est sur le tournage d’Âmes de fous, feuilleton de six épisodes, et où perce un humour corrosif, surprenant, que Germaine Dulac croise Louis Delluc (1890-1923) , écrivain, critique, et metteur en scène dont l’influence s’avèrera déterminante. En 1919, ce dernier écrit ainsi le scénario de La fête espagnole, film dans lequel joue sa femme Ève Francis (1886-1980). L’œuvre, qui décrit le duel de deux hommes s’entretuant pour une femme qui préfère un troisième larron, est très bien accueilli par le milieu, et consacre Germaine Dulac comme une des personnalités prééminentes de la « Nouvelle Avant-Garde », courant également surnommé d’ « impressionnisme français », et qui associe des artistes aussi différents que René Clair, Abel Gance, Marcel L’Herbier ou Jean Epstein, tous cinéastes désirant se détourner de la comédie comme de la littérature pour fonder un art authentiquement et spécifiquement cinématographique. Les productions suivantes (La Mort du soleil, en 1921, La Souriante Madame Beudet, mordante critique de la vie petite-bourgeoise, en 1923 ou Le Diable dans la ville, en 1924), confirment l’orientation esthétisante prise par Germaine Dulac, qui théorise sa propre approche à travers divers articles .
En 1927, elle collabore avec Antonin Artaud (1896-1948) , scénariste pour La Coquille et le Clergyman. D’une durée de quarante-quatre minutes, disponible sur YouTube ou sur Dailymotion, le moyen-métrage, qui décrit, sur un mode totalement onirique, les pérégrinations d’un clergyman versant une sorte de liquide noir à l’aide d’une coquille d’huître géante pour faire apparaître des chimères, est considéré par beaucoup, et notamment par Alain et Odette Virmaux , comme le premier film surréaliste à proprement parler. Un an avec Un chien andalou, et deux ans avant L’âge d’or de Luis Buñuel et Salvador Dali, l’œuvre, qui met notamment en scène Génica Athanasiou (1897-1966), maîtresse roumaine du poète maudit, semble extrêmement novatrice, mais décevra doublement les critiques comme Artaud lui-même. Germaine Dulac (…) avait, elle aussi, abordé un scénario poétique du surréaliste Antonin Artaud : La coquille et le clergyman, mais l’avait gâché à la réalisation par le jeu médiocre d’Alex Allin et noyé sous une débauche de trucs techniques d’où ne surnageaient plus que quelques admirables images éparses, déclare ainsi Jacques B. Brunius (1906-1967). J’ai cherché dans le scénario à réaliser cette idée de cinéma visuel où la psychologie même est dévorée par les actes. (…) Ce scénario recherche la vérité sombre de l’esprit, en des images issues uniquement d’elles-mêmes, et qui ne tirent pas leur sens de la situation où elles se développent mais d’une sorte de nécessité intérieure et puissante qui les projette dans la lumière d’une évidence sans recours, déclare de son côté Artaud.
La désapprobation exprimée par le groupe surréaliste affecte profondément Germaine Dulac, qui dès lors réalise des courts-métrages expérimentaux, mêlant musique et image, telle Étude cinégraphique sur une arabesque (1929) ou Celles qui s’en font (1930), sur des chansons de Fréhel (1891-1951), ou encore Je n’ai plus rien (1931). Évoquons également La Germination d’un haricot, exemple de « cinéma pur » et de « poésie scientifique », employant à merveille les effets de ralenti et d’accéléré, ainsi que la magnifique Invitation au voyage, réalisée quelques années plus tôt, et très librement inspirée du poème de Baudelaire.
L’arrivée du cinéma parlant, qui modifie profondément les règles, en empêchant d’avoir une production totalement indépendante, amène la créatrice à renoncer au septième art. Cette dernière préfère ainsi diriger les actualités des studios Gaumont de 1933 à sa mort, le 20 juillet 1942, en pleine guerre, des suites d’une longue maladie, et dans un relatif oubli. Elle repose désormais dans un caveau familial, sorte de chapelle gothique, au nom de « Schneider-Saussais » (4ème ligne face à la 75ème division, 34ème tombe à partir du mur).

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