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RETOUR À THIAIS

fahrad

   Pourquoi j’aime autant les cimetières, les tombes, les disparus, les oubliés, les sépultures de clowns, d’artistes de music-hall, de has been, de ces gens dont il reste si peu, sinon une indication, un surnom? S’agit-il là de complaisance morbide avec ce sentiment honteux de contempler à loisir le malheur, ou du désir de maintenir quelque chose, de l’angoisse de la perte, d’un goût non avoué pour la marginalité? De l’espoir que, de nous, quelque chose subsiste? Je ne saurais répondre, tant on est mauvais juge de soi-même. Ce matin, je suis revenu au cimetière de Thiais, ce vaste ensemble funéraire aux cénotaphes anonymes, où furent ensevelis tant de maudits, terroristes, résistants, collabos, et surtout SDF, de ces petites morts du métro qu’on n’aimerait pas voir, que j’évoque dans Disparaître, mon bref et unique roman. Je ne sais quand l’heure viendra ni ce que deviendra notre corps. Reste que l’endroit, pour glauque qu’il soit, demeure toujours aussi émouvant, au fond, si on sait le sonder, y redécouvrir les figures méconnues, à l’image du peintre américain Beaufort Delaney, dont l’art joyeux et le sourire contrastent tant avec la tristesse abyssale de la zone. En marchant ce matin dans les allées, sous le timide soleil, redécouvrant les lignes et les lieux de mon récit, au sud de nulle part, mais accompagnée de S., jeune Iranienne enthousiaste, me revenaient en mémoire les airs de Fahrad Mehrad,Jacques Brel persan enterré dans le minuscule carré achéménide de l’ensemble, comme un souvenir d’empire enfoui.

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