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« POÈMES PRÉHISTORIQUES », OLIVIER MASSÉ, L’HARMATTAN, 2013 (article paru dans « Diérèse » 73, été 2018). 

poèmes préhistoriques

   Imaginer la vie à l’âge de pierre : la chose a déjà été tentée dans le champ romanesque et cinématographique, mais probablement jamais en poésie. Chroniqueur régulier pour Diérèse, l’Aquitain Olivier Massé s’y est essayé. À l’instar de Rosny Ainé dans La Guerre du feu, l’auteur se met ainsi dans la peau d’un homme des cavernes. Divisé en trois parties (« En plaine et en forêt », « Dans la caverne » et « La tribu »), ce bref volume semble plutôt bien documenté, puisqu’il retrace avec force détails ce que devait être la vie quotidienne d’un chasseur-cueilleur. O. Massé, fasciné par l’art pariétal périgourdin, connaît manifestement bien une période qu’il décrit avec précision, par étapes : depuis la chasse, dépeinte notamment dans « Les Bisons », jusqu’aux rites propres au groupe, à travers un poème tel « La danse » : La nuit tombe à peine/C’est que nous n’avons pas/Assez dansé (p. 51). S’il ne détaille pas les rites religieux (la chose étant impossible, puisque la spiritualité de ce temps nous demeure inconnue), O. Massé donne corps à un mystérieux « chaman », dans la pièce du même nom : Un cheval fou traverse mon esprit/Quelques mots ont ouvert la porte de l’enclos/L’espace inconnu/Et maintenant dans la plaine/Mille bruits de sabot (p. 32-33). Comme dans chaque croyance primitive, les animaux dessinés sur les parois de la grotte occupent une place centrale, et incarnent chacun une fonction, dans le panthéisme abrupt de la tribu : Au centre du mur deux rennes face à face/Aucun ne leur ressemble/Bisons chevaux cerfs et taureaux/Tournent autour/Force et beauté face à face/Face contre face/Avec tendresse. Il en va de même des éléments naturels : l’herbe, le feu, l’eau s’intègrent à ce paganisme archaïque, à la force du ciel (p. 27). Pour autant, O. Massé ne compose pas là un pur ouvrage documentaire, aride et froid, mais bien un recueil poétique, inspiré et vivant. Ainsi le rapport aux animaux, souvent empreint de violence (car il s’agit bien de chasser, de tuer pour la viande), est-il parfois mêlé de fascination, voire de tendresse. En harmonie avec un monde enchanté, divin, l’homme préhistorique-créateur, imitateur mais aussi démiurge, fait partie du Tout, ne paraît pas dissocié du milieu naturel, de la steppe. Un fort lyrisme, apparaît ainsi tout au fil des pages, tantôt joyeux, tantôt mélancolique, notamment lorsque sont évoqués les oiseaux du désastre (p. 49).

   Écrits en vers libres, brefs et sobres, savamment rythmés, ces Poèmes préhistoriques ne constituent pas seulement une curiosité, un hapax littéraire, mais bien un ensemble cohérent, émouvant ; et qui nous plonge dans l’esprit et le corps de nos lointains ancêtres, quelque part, très loin.

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