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LA DOUCE HISTOIRE DU TRISTE ÉLÉPHANT, DIANA ADAMEK, éditions Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2017 (article à paraître dans « Diérèse » 72, automne-hiver 2017).

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Qualifié de « roman baroque » sur le quatrième de couverture, le livre a de quoi surprendre. Nous sommes au XVIème siècle, en Transylvanie : fille d’un aubergiste polonais, Amanda se laisse séduire par le mystérieux Amadeus, qui lui donne un fils nommé Rodolphe, et surnommé Roro. L’enfant, dont le corps se couvre de croûtes et de rugosités, prend progressivement l’apparence d’un éléphant, se trouve rejeté, mais apprend la pâtisserie, dans laquelle il excelle. Suite à diverses péripéties et tribulations, l’homme-éléphant, à l’instar de John Merrick , se prétend knèze (soit aristocrate de rang élevé), et se retrouve à la Cour de Vienne. Il y fabrique des gâteaux, tout en se liant d’amitié au prince Rodolphe et à sa famille. Plusieurs figures historiques, dont celle du peintre des Saisons Arcimboldo, peuplent l’histoire. Faits réels et imaginaires, tel ce mystérieux tremblement de terre, se mêlent également et se confondent. L’intrigue mène nos héros sur la péninsule ibérique, où la guerre fait rage.
Publié, une nouvelle fois, par Paul Sanda et Rafael de Surtis, le livre possède tous les aspects d’une sorte de long conte surréaliste, assez épais, une sorte d’intrigue magique, écrite dans une langue imagée, magnifique, admirablement traduite du roumain par Rodica Baconsky et Alina Pelea. Professeure de littérature comparée à l’université de Cluj-Napoca, essayiste, récompensée par plusieurs prix littéraires, Diana Adamek a su construire ici une étrange épopée, qui n’est pas sans rappeler, parfois, le style pour le moins singulier de l’écrivain japonais Kōbō Abe (1924-1993), notamment lorsque Roro découvre une espèce de désert à l’intérieur de la capitale autrichienne (on songe à La femme des sables). De manière aussi inattendue que tout a commencé, vient ensuite le silence. Le désert s’ébranle sous l’emprise d’une dernière secousse de ses entrailles, puis il se détend, mais, dans ses replis de poussière, il y a maintenant de tout, des feuilles, des pierres, des racines (page 228). On pourrait également parler de « récit poétique », au sens où l’entend Jean-Yves Tadié, tant finalement le lyrisme semble prendre le « pas » sur l’action proprement dite. Paysages, dates, lieux authentiques et fantasmés se croisent sous la plume de l’auteur, des Carpates au Portugal, en passant par l’Europe centrale, comme un long voyage mélancolique à travers le temps et les rêves.

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