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Archives de Catégorie: Luca Ghérasim

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MÉMOIRE DES POÈTES XXVI: GHERASIM LUCA (1913-1994), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 87, COLUMBARIUM (article à paraître dans « Diérèse » 73, été 2018).

DIVISION 87 (pour la description de l’ensemble crématorium-columbarium, nous renvoyons le lecteur à notre article autour de Max Ernst)
Notre article sur Max Ernst (cliquer sur le lien)

 

columbarium

Ghérasim Luca (1913-1994)
Né à Bucarest le 23 juillet 1913 au sein d’une famille de tailleurs ashkénazes, orphelin de père dès 1914, Salman Locker, qui maîtrise le français et l’allemand, se montre très tôt un lecteur acharné, attiré par la philosophie germanique. En 1930, l’adolescent rencontre Victor Brauner (1903-1966, inhumé au cimetière de Montmartre), et publie ses premiers poèmes dans la revue Alge. Adhérent du parti communiste, alors clandestin, il se marie en 1937 avec Annie Rasicovici et commence à écrire dans la langue de Molière, sous le pseudonyme de Ghérasim Luca. Composé en 1938, son premier texte en français, Les Poètes de vingt ans ou une mère mange l’oreille de son enfant, demeure inédit. Sept ans plus tard paraît Le Vampire passif, illustré par des clichés de Théodore Brauner (frère de Victor Brauner, 1914-2000), et republié en 2001 par José Corti. Actif auprès du groupe surréaliste, il poursuit une activité littéraire intense en compagnie notamment de Dolfi Trost, et Virgil Teodorescu. Parti pour Paris, il fuit en Italie lors de la déclaration de guerre, puis revient en Roumanie le 26 juin 1940, en compagnie de Gellu Naum, échappant ainsi à la déportation. Auteur d’un bref manifeste psychanalytique aujourd’hui perdu, mais dans lequel il s’oppose à Freud, Luca, effrayé par la dictature stalinienne, poursuit son périple, d’abord en Israël, puis à Paris, où il s’installe définitivement à partir des années 50. En couple avec la plasticienne moldave Mirabelle Dors, (et qui épousera le peintre Maurice Rapin, inhumé au cimetière de Bercy), Luca rencontre Béatrice de la Sablière, qui l’accompagne au sixième étage de « L’Avenir-hôtel », avec pour voisin de palier Sarane Alexandrian. En 1955, il rencontre enfin la peintre Micheline Catty, et emménage au 8 rue Joseph de Maistre, à Montmartre, dans un vieil atelier sans confort. Là, il retrouve Victor Brauner, et fréquente activement Jacques Hérold, Gilles Ehrmann, Wilfrefo Lam, Paul Celan, Jean Carteret ou encore le poète Claude Tarnaud, et poursuit une œuvre poétique intense, tout en s’initiant au collage, à travers les « cubomanies ». Parallèlement, ses productions écrites sont organisées de façon originale, selon un jeu typographique extrêmement subtil.

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Une « cubomanie » de Ghérasim Luca.

   Luca, dont les poèmes, accompagnés de peintures, sont placardés sur les murs de Paris peu avant mai 68, est célébré par Félix Gattari et Gilles Deleuze, qui saluent son pouvoir de subversion, sa « cabale phonétique », le considérant comme un grand poète parmi les plus grands. « Héros-limite », pour reprendre le titre d’un de ses recueils, Luca refuse en outre l’intégration au groupe surréaliste parisien, préférant conserver son indépendance en demeurer en marge, libre. Gallimard ayant refusé ses textes, l’homme, qui apporte un soin extrême à l’élaboration matérielle des imprimés, est alors publié par José Corti.
Son atelier montmartrois étant jugé insalubre par l’administration à la fin des années 80, Luca, jusqu’alors volontairement apatride, se voit contraint d’épouser Micheline Catty afin d’obtenir la nationalité française, et d’être relogé. Marié en 1990, il déménage pour la rue Boyer, dans le vingtième arrondissement. En apparence anodin, ce tracas matériel lui rappelle le poids des persécutions antisémites passées. Désespéré par ce monde où les poètes n’ont plus de place, l’homme se jette dans la Seine le 9 février 1994, à l’instar de Paul Celan. Retrouvé le 10 mars, il est incinéré au Père-Lachaise et ses cendres sont remises à ses proches. Son œuvre ne cesse d’être redécouverte, et suscite un véritable engouement. En 2012, ainsi, le fils de Jacques Higelin, Arthur H, reprend un de ses textes dans la chanson « Prendre corps ». Pour finir, citons ces quelques vers d’amour:

« Le rêve en action »

la beauté de ton sourire ton sourire
en cristaux les cristaux de velours
le velours de ta voix ta voix et
ton silence ton silence absorbant
absorbant comme la neige la neige
chaude et lente lente est
ta démarche ta démarche diagonale
diagonale soif soir soie et flottante
flottante comme les plaintes les plantes

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MÉMOIRE DES POÈTES XVIII: MAURICE RAPIN ET MIRABELLE DORS (Cimetière de Bercy)

CIMETIÈRE DE BERCY, 329 rue de Charenton, 75012 PARIS (métro Porte de Charenton).

bercy
Situé à l’extrémité Sud-Est de Paris, à quelques mètres seulement de Charenton et du bois de Vincennes, ce petit cimetière (61 ares pour 1161 tombes) ouvre en 1816 pour enterrer les défunts de Bercy, riche village, alors célèbre pour ses entrepôts de vin. En 1860, Bercy est administrativement rattaché à la ville de Paris, et le lieu devient un cimetière de quartier parmi d’autres, accueillant essentiellement la bourgeoisie locale, les négociants en spiritueux. On ne trouvera pas de célébrité, de people, ici, mais saluons la mémoire d’Henry Céard (1851-1924), naturaliste proche de Zola, et auteur de l’étonnant roman-fleuve Terrains à vendre au bord de la mer, en 1906. Signalons également ces belles sculptures de sablier volants sur les murs de l’enceinte, rappelant notre condition mortelle (Tempus fugit ! en latin), ainsi que cette étrange tombe en forme de dolmen, évoquant la dernière demeure du spirite Allan Kardec, au Père-Lachaise. Admirons enfin la grande croix gallicane qui orne la sépulture du pasteur écossais Charles Greig (1853-1922) : gravée en lettres énormes sur un écriteau, la maxime CHRIST EST MA VIE, semble fort éloignée de l’athéisme de Breton.

 

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Maurice Rapin (1927-2000)

 

MAURICE RAPIN ET MIRABELLE DORS
Né le 30 juin 1927 au 110 rue de Reuilly dans un milieu de garagistes (son père théorise le principe de « machine-outil »), ayant une sœur, Maurice Rapin s’intéresse très jeune à la peinture et à la musique, mais étudie d’abord les sciences. Il soutient ainsi une thèse autour du « métabolisme des porphyrines observés au moyen du microscope à fluorescence », et entre au laboratoire d’anatomie et d’histologie comparées de la Sorbonne, tout en ayant appris les rigoureux principes du dessin botanique au Muséum d’Histoire Naturelle. Professeur au lycée Carnot, apprécié par ses élèves, il mène parallèlement ses activités créatrices et épouse en 1954 l’artiste moldave Mirabelle Dors, contre l’avis de sa famille. Extrêmement proche des surréalistes, exposé « À l’Étoile scellée », il publie différents textes théoriques dans Médium, informations surréalistes, le journal de Jean Schuster (inhumé au cimetière de Pantin), et développe une œuvre singulière, basée sur certains principes mathématiques stricts. Rapidement, il rompt avec Breton, ce personnage atroce (sic) qui s’intéresse au tachisme, courant pictural théorisé par l’écrivain Charles Estienne (1908-1966), et se rapproche notamment de Clovis Trouille (1889-1975) de René Magritte, avec lequel il entretiendra jusqu’au bout une abondante correspondance. À travers plusieurs écrits, il définit ainsi ce que doit être le surréalisme populaire, en réaction directe contre l’abstrait, pour reprendre les termes de Jeanine Rivais , puis créé, en 1978, l’association « Figuration critique », qui a pour but de faire connaître divers artistes, à travers un salon qui se tient à Mons, en Belgique.

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« Sans titre (figures grotesques », Maurice Rapin, musée des Beaux-Arts de Bruxelles.

 

   Décédé le 10 octobre 2000, Maurice Rapin, a été incinéré. Ses cendres reposent désormais auprès des siens, dans le caveau familial, sous une lourde pierre tombale en granit ornée d’un crucifix.

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Mirabelle Dors (1913?-1999)

   Née, selon toute vraisemblance, en 1913 dans une famille francophone, Mirabelle Dors, qui est entrée très jeune dans l’atelier du sculpteur Ludo , tenté d’animer des groupes surréalistes à l’Est, avant de venir en France avec son compagnon Ghérasim Luca (1913-1994), en 1952. Accueillie par André Breton, elle réside d’abord rue Joseph de Maistre, à Montmartre. D’après la légende, son nom français viendrait de sa peau couleur mirabelle, et du goût pour l’hypnose propre au poète, qui lui ordonne fréquemment de dormir (d’où l’injonction « dors »). Ayant rencontré Maurice Rapin au début des années 50, et devenue sa femme, Mirabelle emménage 1 rue Louis Gaubert, à Vélizy-Villacoublay, dans une maison peinte en vert, couleur mousse. En compagnie de Maurice, elle poursuit une activité plastique intense, créant d’étranges masques totémiques, tout un foisonnement de créatures chimériques, parfois inquiétantes. Personnalité forte, féministe, elle anime, avec Maurice, la tendance surréaliste populaire, puis l’association « Jeune Peinture », et enfin « Figuration critique », mouvement résolument cosmopolite, né d’une prise de conscience d’un groupe qui se respecte et ne doit pas chercher à s’intégrer là où s’exerce le pouvoir officiel . Parallèlement, elle co-signe de nombreux tracts, et publie notamment Mirabelle et Rapin, aux éditions API, en 1990. Malade, hospitalisée à plusieurs reprises, elle meurt le 12 novembre 1999, quelques mois avant son époux. Selon nos informations, elle ne reposerait pas à ses côtés. Laissons-lui la parole à travers ce bref poème, glané sur le riche site de la critique Jeanine Rivais, et daté du 27 mai 1971 :

 

AU SOMMEIL D’AUJOURD’HUI
Dans ce palais taillé dans une seule perle, des ombres chinoises labourent les champs avec les doigts de la main. Ailleurs, on a découvert des visages qui se sont imprimés dans des bijoux vivants. Mais un jour reviendra avec des fleurs et des fantaisies musculaires.

 

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Œuvre de Mirabelle Dors.

 

   Signalons également l’hommage rendu à Maurice Rapin et Mirabelle Dors en juillet 2001 dans le numéro 33/34 du Cri d’Os.

N.B. : La tombe de Maurice Rapin se trouve dans la sixième division, le long de l’allée. Un plan est d’ailleurs accroché au mur d’enceinte. Par ailleurs le petit cimetière de Bercy ne doit pas être confondu avec le cimetière de Valmy, situé quelques mètres plus loin, le long du périphérique, et dépendant de la commune de Charenton, et où repose Willy Anthoons (1911-1982). Opposé à la figuration, mais non lié au mouvement qui nous intéresse, ce sculpteur belge nous a néanmoins laissé un dessin à l’encre de chine intitulé Composition surréaliste.

 

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« Kröller Müller », une œuvre de Willy Anthoons.

 

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