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UN CLASSIQUE PAR MOIS: CARLO GOLDONI (épisode 5)

   Encore du théâtre, me dira-t-on. Mais cette fois un livre étranger, traduit. Les pièces offrent l’avantage d’être généralement courtes (si on excepte celle de Claudel). Idéal, de fait, pour un lecteur pressé, toujours à rédiger des critiques ou à parcourir des livres autour du surréalisme, en vue de mon essai… 

  L’intrigue est simple, et je pense la pièce suffisamment célèbre pour que chacun en connaisse à peu près le déroulé, ou puisse consulter Wikipédia, ou Babelio. Non que j’aie la flemme. Mais le but de cette chronique (« un classique par mois »), consiste à faire part de quelques impressions brutes sur le livre, court ou long, d’un auteur « classique » qu’on n’aurait absolument jamais lu (au cours de l’année, je lis systématiquement un Victor Hugo et un Balzac, mais n’en parle pas ici, du fait que je connaisse déjà les auteurs). Évoquons toutefois succinctement Mirandella, soit la belle aubergiste, séductrice impénitente prenant un malin plaisir à voir des nobles désargentés, grotesques, ramper à ses pieds, tandis que son promis, le valet Fabrice, finira par l’épouser. Misogyne invétéré, qui cache une âme fragile, le Chevalier qui la méprise ouvertement finira par tomber amoureux, piégé par les minauderies de Mirandella. D’aucuns -à une époque où tout paraît suspect- trouveraient la pièce macho. Il est vrai que la femme apparaît ici inconstante, manipulatrice. Cruelle, sournoise, narcissique, Mirandella (au nom significatif), finit toutefois par se ranger, une fois le jeu fini. Si tu ne m’aimes pas, je t’aime. Et si je t’aime, prends garde à toi (Georges Bizet, Carmen). Mais citons Goldoni lui-même: … Et vous, messieurs, profitez de que ce vous avez vu, au profit et à la sécurité de vos cœurs ; et si vous vous trouvez dans une situation de douter, de devoir céder, de devoir tomber, pensez aux malices que je vous ai dévoilées, et n’oubliez pas la Locandiera. 

  Étrangement, la sympathie du dramaturge vénitien semble aller à la fameuse aubergiste. Capables de se laisser berner par une roturière assez habile, les aristocrates demeurent ridicules, caricaturaux dans leur affectation même. Écrite en 1753, alors même que Goldoni (1707-1793) subissait le mépris de l’élite, en Italie, La Locandiera, comédie burlesque, serait la première pièce jouée sans masques. Là encore, je laisse les abonnés se documenter. J’ai, de mon côté, passé un court, mais bon, moment. En espérant voir La Locandiera directement au théâtre. Comme beaucoup, j’ai besoin de connaître d’abord le texte, avant d’assister au spectacle.

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SANS TITRE, STANISLAO LEPRI (1905-1980). Série surréaliste.

UNE FEMME COMBLÉE! (MÉMOIRE DES POÈTES)

Photographie trouvée sur le site de Philippe Landru. Tous droits réservés.

À Saint-Dyé-sur-Loire (Loir-et-Cher). la peintre surréaliste argentine Leonor Fini (1905-1996), repose avec ses deux amants: l’ancien diplomate et peintre italien Stanislao Lepri (1905-1980), et l’essayiste franco-polonais Constantin Jelenski (1922-1987), de dix-sept ans son cadet. Les trois intellectuels formaient un trio amoureux parfaitement assumé, et restèrent ensemble jusqu’à leur mort, partageant le même atelier, non loin du Louvre. Leonor leur survécut, et décida de les réunir pour l’éternité.

On sait que la plasticienne fut d’abord amoureuse de Lepri, rencontré dans les années 40, et auquel elle resta toujours plus attachée. Fasciné par Leonor Fini, l’aristocrate romain abandonna la carrière consulaire pour prendre le pinceau. Le jeune Jelenski, demi-frère d’un des nombreux amants de Leonor, croisa leur route vers 1950. Bisexuel, épris de Lepri, il ne devait plus les quitter.

La femme-artiste poursuivit sa production jusqu’à son dernier souffle dans un hôpital d’Aubervilliers. Selon ses voeux, l’appartement-atelier ne fut vendu qu’après la mort du dernier de ses dix-sept chats, représentés sur de multiples tableaux: après elle, ils coulèrent une existence paisible dans le décor où ils avaient été heureux en compagnie de celle qui sut si bien les immortaliser (notice: https://sites.google.com/site/latribudesgatos/les-amis-des-gatos/leonor-f)

Stanislao Lepri, Constatin Jelenski, et Leonor Fini dans leur maison de Nonza, en Corse.
Stanislao Lepri, Leonor Fini et Constantin Jelensky (tableau de Leonor Fini).

SURRÉALISTES 29: « MÉLANCOLIE HERMÉTIQUE » DE GIORGIO DE CHIRICO (1888-1978)

chirico

« LA NUIT SERA BLANCHE ET NOIRE » (NERVAL)

  Il y a quarante ans, dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, Pier Paolo Pasolini était assassiné sur la plage d’Ostie. Tué à coups de bâton, écrasé par sa propre voiture de sport. Ainsi s’achevait une existence brève, passionnée et sombre. De nombreux doutes subsistent: qui a tué le poète? S’agit-il d’un complot, d’un meurtre politique, ou d’une simple aventure sexuelle ayant mal tourné? Pareilles incertitudes font naturellement le régal des complotistes. Loin de nous l’idée de répondre à ces questions, ni même de dresser une biographie complète de ce fascinant auteur, cinéaste et écrivain, quand d’autres s’y emploient fort bien. Disons juste que j’ai eu le bonheur de croiser Pasolini, ou plutôt son reflet, un matin de juillet 2015, dans une station de métro, à Naples, ville qu’affectionnait probablement cet enfant du Nord.

Pier Paolo Pasolini, stazione di Materdei, Napoli.

Pier Paolo Pasolini, stazione di Materdei, Napoli.

Le jour de ma mort

Dans une ville, Trieste ou Udine,
le long d’une allée de tilleuls,
au printemps quand les feuilles
changent de couleur,
je tomberai mort
sous le soleil qui brûle
blond et haut,
et je fermerai les yeux,
laissant le ciel à sa splendeur.

Sous un tilleul tiède de verdure
je tomberai dans le noir
de ma mort qui dispersera
les tilleuls et le soleil.
Les beaux jeunes garçons
courront dans cette lumière
que je viendrai de perdre,
essaimant des écoles,
les boucles sur le front.

Je serai encore jeune
en chemise claire,
les cheveux tendres en pluie
sur la poussière amère.
Je serai encore chaud,
et courant sur l’asphalte
tiède de l’allée,
un enfant posera sa main
sur mon ventre de cristal.

(La meilleure jeunesse, Suite frioulane © poésie/Gallimard, 1995, p. 45)

Il giorno della mia morte

In una città, Trieste o Udine,
per un viale di tigli,
quando di primavera
le foglie mutano colore,
io cadro’ morto
sotto il sole che arde,
biondo e alto,
e chiudero’ le ciglia
lasciando il cielo al suo splendore.

Sotto un tiglio tiepido di verde,
cadro’ nel nero
della mia morte che disperde
i tigli e il sole.


I bei giovinetti
correranno in quella luce
che ho appena perduto,
volando fuori dalle scuole,
coi ricci sulla fronte.

Io saro’ ancora giovane,
con una camicia chiara,
e coi dolci capelli che piovono
sull’amara polvere.

Saro’ ancora caldo,
e un fanciullo correndo per l’asfalto
tiepido del viale,
mi posero’ una mano
sul grembo di cristallo.

Un article assez complet sur la mort de Pasolini, dans « Télérama » (cliquer sur le lien)

Biographie de Pasolini sur Wikipédia (cliquer sur le lien)

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