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RETOUR SUR « DISPARAÎTRE » (réflexion sommaire)

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   Parfois on se demande si on a fait quelque chose d’abouti. Je ne dis pas ça pour qu’on me rassure mais c’est une vraie question. Orné d’une photo de la gare du Nord, prise depuis la ligne 2 par mon amie Marianne Vinégla Camara, Disparaître est sorti il y a trois ans, grâce à François Mocaër et aux éditions Unicité (Gallimard avait aimé l’idée, et puis c’est tout). Dans sa préface, Dominique Noguez parlait d’un « roman de la crise ». Je demeure très touché que l’écrivain ayant fait connaître Houellebecq, grand romantique libéral de ce nouveau siècle, (et qui m’a écrit par mail après avoir reçu le livre), ait parlé en termes élogieux de ce qui se voulait d’abord un récit poétique. De fait, j’y évoquais le parcours catastrophique d’un étudiant apathique devenu précaire, à la Poste de Nanterre, de ceux qu’Aymeric Patricot appelle les « petits blancs » dans son essai éponyme, sachant que le terme est polémique (comme tout ce qui est vrai aujourd’hui). L’absence de perspective et de foi propre au personnage, l’absence de cause religieuse ou politique, constituaient le fil directeur d’un parcours tristement banal, de la banlieue Ouest jusqu’au cimetière de Thiais. Au moment de l’écriture je voulais surtout évoquer les SDF et les paysages urbains, ces paysages fer, les ensembles multiculturels de la petite ceinture. L’introduction assez rapide d’un personnage ressemblant fort au dynamique François Bon, et animant un atelier d’écriture à la fac de Limoges, ne devait rien au hasard, évidemment. Désormais certains éléments me paraissent datés.D’une part, Paris s’est encore dégradé, évidemment, et la donne terroriste a laissé son empreinte de sang. D’autre part les lieux eux-mêmes ont changé. Mon propre quartier a muté, puisque les squats y ont laissé la place aux bâtiments du Ministère, et que le tramway s’est installé, le long de Montreuil. Chinagora même, qui était alors abandonnée, et où plusieurs affaires sordides s’étaient déroulées, a été réhabilité. Les chiffres de vente du bouquin sont par contre toujours aussi faibles, mais ça c’est encore autre chose. Le prochain roman sera plus saignant, plus direct peut être plus long et plus construit aussi car certains éléments me semblent trop brefs et sommaires. Dépasser le politiquement correct ne serait pas une mince affaire. Pourtant tout est là. Parler de l’époque en vrai, sans provocation ni idée préconçue. Juste dire les choses.

« HOUELLEBECQ AUX FOURNEAUX » (Dédicace, 15 juin 2016)

   Mercredi 15 juin, à partir de 20 heures et jusqu’à une heure du matin, Jean-Marc Quaranta dédicacera son essai Houellebecq aux fourneaux (éditions Plein Jour, 20,50 euros) au bar librairie « La Belle Hortense » (31 rue Vieille du Temple, 75004 PARIS, métro Saint-Paul). Houellebecquophile mal assumé, j’y serai après le travail vers 22h20, probablement avec un ami. Peu de chances de rencontrer le boss, cela étant. Faites moi signe si vous venez! (07 50 89 83 24, er10@hotmail.fr)

houellebecq aux fourneaux

  

  Livre de cuisine et analyse approfondie de l’œuvre de Michel Houellebecq, cet essai d’un genre inédit renouvelle la connaissance de l’auteur de Soumission à partir d’une évidence que personne, jusque-là, n’a remarquée : la nourriture occupe chez lui une place centrale. L’étudier met en lumière la complexité, les nuances de ses livres, loin des caricatures médiatiques qu’ils ne cessent de susciter.

  Jean-Marc Quaranta explore cette table bien garnie, définit avec rigueur et clarté son rôle romanesque, tout en donnant les recettes qui la composent, mélange de terroir et d’exotisme où l’on trouve aussi bien les poivrons à l’huile, le pot-au-feu ou la tarte aux pommes que le poulet aux écrevisses, les baklavas, le biryani d’agneau… Il nous invite, de toutes les manières possibles, à dévorer les romans de Houellebecq, à entrer dans la bibliothèque en passant par la cuisine, pour devenir les intimes de cette œuvre inépuisable, qui n’a pas fini de nous surprendre.

  Jean-Marc Quaranta est maître de conférences en littérature française et création littéraire à l’université d’Aix-Marseille. Il est l’auteur du Génie de Proust (Honoré Champion, 2011).

 

EXTENSION DU DOMAINE DE LA LUTTE, Philippe Harel, 1999.

   J’en reviens à Michel Houellebecq, brièvement, après avoir évoqué Extension du domaine de la lutte, premier roman de l’auteur, hier soir, sur un quai de métro, avec un lecteur de ce blog. L’adaptation est signée Philippe Harel. Le réalisateur-acteur y interprète magnifiquement le narrateur, et José Garcia est extrêmement convainquant dans le rôle de Raphaël Tisserand. La fin en revanche est très différente. Je n’en dis pas plus.

PRO DOURDAN

   7Jamais houellebecquomania n’a été aussi forte que fin 2014. Jamais non plus la parution d’un roman, si provocateur fut-il, n’aura suscité pareil tapage médiatique : en une des principales feuilles issues de la bobosphère, invité sur les ondes et les plateaux-télé, le prix Goncourt 2010 reste incontournable, ou plutôt difficile à contourner.

   Dans un texte publié en 1999[2], l’auteur égratigne copieusement une modeste commune de la Grande Couronne, dont le nom, à l’onomastique suave, évoque généralement une sortie d’autoroute :À Dourdan, les gens crèvent comme des rats (…) on rentre le soir à huit heures, il n’y a pas un magasin ouvert; personne ne vient vous rendre visite, jamais; le week-end, on traîne bêtement entre son congélateur et son garage.

    D’un naturel curieux, et houellebecquophiles non-assumés, mon ami R. et moi-même décidons de visiter la ville, par un bel après-midi de printemps calme et tiède. L’expédition est longue. Une fois pris le RER C, il faut traverser tout le 91, jusqu’au terminus. D’abord, ce sont les extensions d’Austerlitz, ensemble de rails, de câbles et de caténaires, autour de bâtiments tagués, vaguement abandonnés. Ensuite, on longe une rivière (la Marne ?), entourée d’un désordre d’entreprises et d’entrepôts, avant les cités, murailles de béton plantées d’antennes. Juvisy, Savigny… Les agglomérations défilent selon une logique immuable, inconnue du novice. Dourdan-Forêt apparaît enfin, au fond de sa cuvette boisée, suite à une ultime rangée de maisons individuelles pour classe moyenne, munies de jardinets, parfois de balançoires.

  Première impression : celle d’un retour en province, à la campagne, avec cette petite gare grise, et ces vaches, en arrière-plan, broutant le pâturage. « Comme c’est calme ! », glisse R., tandis que nous descendons vers le centre, arrosé par l’Orge. Un pique-nique rapidement avalé, un Ricard et un café en guise de digestif au PMU de la place, à côté de l’église gothique et en face d’une ancienne halle au marché, puis nous visitons le château, fières tours crénelées entourées de remparts, de douves. Sortie de l’audio-guide, une voix féminine vous raconte l’histoire de France, Philippe Auguste, la Guerre de Cent ans, vagues souvenirs scolaires de dates à apprendre par cœur, et de cartes Vidal-Lablache accrochées au tableau noir ; toute mémoire enfouie, soudain ressuscitée. Ça sent la cire et la vieille pierre, une odeur de cave et de mousse, presque rassurante. Après les pièces médiévales, blanches et sereines, on traverse un ensemble disparate et beaucoup plus moderne : des chambres à coucher avec des bergères, des fauteuils crapaud, ainsi qu’un fatras de boiseries baroques, un Moyen-âge reconstitué, trop neuf pour faire vrai. Méthodiquement alignées sur leurs étagères d’ébène, apothicailleries et cornues rappellent la profession de l’acquéreur, riche bourgeois essonnien qu’on imagine assez sous les traits de Monsieur Homais. Quelques poteries (spécialités dourdannaises), un manuscrit du poète et aventurier baroque Jean-François Régnard, mort entre ces murs, un mot de Zola, familier des lieux… Non loin des austères portraits de notables locaux, figures oubliées, l’enluminure du mois d’avril, tirée des Très riches heures du duc de Berry, éclaire la pièce de lumière bleue ; derrière les personnages, gentes dames et preux chevaliers d’indigo vêtus, se dresse le fameux château, celui où nous nous trouvons, immuable dans son bain de soleil[3].

   Dans le train direct pour Dourdan/Une jeune fille fait des mots fléchés, lisons nous cette fois dans « Paris-Dourdan »[4]. De retour vers la capitale, en sens inverse du texte, nous ne croisons aucune donzelle amatrice de sudoku, pas plus que nous n’avons croisé de SDF à Dourdan, paisible trou de verdure, pour paraphraser, avec l’humilité requise, Arthur Rimbaud. Les génies connaissent parfois leurs faiblesses, et nul n’est décidément infaillible, pas même Houellebecq.

Le château de Dourdan

Le château de Dourdan

[1]Configuration du dernier rivage, Flammarion, 2013.

[2] Renaissance, Ibid.

[3] Certains fâcheux, historiens trop précis, y voient plutôt le château de Pierrefonds, mais qu’importe.

[4] Renaissance, Ibid.

DÉDICACE DE SARAH WIAME À L’OEIL DU XXème, LES 7, 8 ET 9 MAI

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  Les 7, 8 et 9 mai 2015, la plasticienne Sarah Wiame signera les livres qu’elle a illustrés à la galerie « L’œil du vingtième », située 24 rue de la Réunion, 75020 PARIS (métro Buzenval, ligne 9). Parmi les ouvrages présentés, citons La Peau de Michel Houellebecq, mais aussi plusieurs recueils poétiques de Werner Lambersy, Bernard Noël, Georges-Emmanuel Clancier ou encore Richard Rognet. L’artiste restera exposée jusqu’au 17 mai.

Le site de la galerie: http://www.oeilduvingtieme.fr/

La page Wikipédia consacrée à Sarah Wiame: http://fr.wikipedia.org/wiki/Sarah_Wiame

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UN EXTRAIT

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  Le 1er avril 1866, alors âgé de dix-huit ans, Joris-Karl Huysmans débuta sa carrière, en tant qu’employé de sixième classe, au ministère de l’Intérieur et des cultes. En 1874, il publia à compte d’auteur un premier recueil de poèmes en prose, Le drageoir à épices, qui fit l’objet de peu de recensions hors un article, extrêmement fraternel, de Théodore de Banville. Ses débuts dans l’existence, on le voit, n’eurent rien de fracassant.

   Sa vie administrative s’écoula, et plus généralement sa vie. Le 3 septembre 1893, la Légion d’honneur lui fut décernée pour ses mérites au sein de la fonction publique. En 1898 il prit sa retraite, ayant accompli – les disponibilités pour convenances personnelles une fois prises en compte – ses trente années de service réglementaires. Il avait entretemps trouvé le moyen d’écrire différents livres qui m’avaient fait, à plus d’un siècle de distance, le considérer comme un ami. Beaucoup de choses, trop de choses peut-être ont été écrites sur la littérature (et, en tant qu’universitaire spécialisé dans ce domaine, je me sens plus que tout autre habilité à en parler). La spécificité de la littérature, art majeur d’un Occident qui sous nos yeux se termine, n’est pourtant pas bien difficile à définir. Autant que la littérature, la musique peut déterminer un bouleversement, un renversement émotif, une tristesse ou une extase absolues ; autant que la littérature, la peinture peut générer un émerveillement, un regard neuf porté sur le monde. Mais seule la littérature peut vous donner cette sensation de contact avec un autre esprit humain, avec l’intégralité de cet esprit, ses faiblesses et ses grandeurs, ses limitations, ses petitesses, ses idées fixes, ses croyances ; avec tout ce qui l’émeut, l’intéresse, l’excite ou lui répugne. Seule la littérature peut vous permettre d’entre en contact avec l’esprit d’un mort, de manière plus directe, plus complète et plus profonde que ne le ferait même la conversation avec un ami – aussi profonde, aussi durable que soit une amitié, jamais on ne se livre, dans une conversation, aussi complètement qu’on ne le fait devant une feuille vide, s’adressant à un destinataire inconnu. Alors bien entendu, lorsqu’il est question de littérature, la beauté du style, la musicalité des phrases ont leur importance ; la profondeur de la réflexion de l’auteur, l’originalité de ses pensées ne sont pas à dédaigner ; mais un auteur c’est avant tout un être humain, présent dans ses livres, qu’il écrive très bien ou très mal en définitive importe peu, l’essentiel est qu’il écrive, et qu’il soit, effectivement, présent dans ses livres (il est étrange qu’une condition si simple, en apparence si peu discriminante, le soit en réalité tellement, et que ce fait évident, aisément observable, ait été si peu exploité par les philosophes de diverses obédiences: parce que les êtres humains possèdent en principe, à défaut de qualité, une même quantité d’être, ils sont tous en principe à peu près également présents ; et trop souvent on voit s’effilocher, au fil de pages qu’on sent dictées par l’esprit du temps davantage que par une individualité propre, un être incertain, de plus en plus fantomatique et anonyme). De même, un livre qu’on aime, c’est avant tout un livre dont on aime l’auteur, qu’on a envie de retrouver, avec lequel on envie de passer ses journées. Et pendant ces sept années qu’avait duré la rédaction de ma thèse j’avais vécu dans la compagnie de Huysmans, dans sa présence quasi permanente(p. 12-14)

[LIBERTE D’EXPRESSION] J-2 AVANT LE PROCHAIN HOUELLEBECQ!!!

   En 2001, Michel Houellebecq a été attaqué par le MRAP de Mouloud Aounit, pour avoir, au pays de Voltaire, osé critiquer une religion. Ce nouveau roman, qui pose une hypothèse pour le moins farfelue (la présence d’une candidate d’extrême droite au second tour, et la victoire d’un candidat musulman), m’apparaît d’abord comme une farce. Surtout, j’attends de le lire, dans la mesure où il ne sort que mercredi. Laissons donc la place à la littérature (avant tout), qui toujours défiera les censeurs et les bien-pensants, surtout quand ils se prétendent libertaires. Les livres sont là pour tout dire. Surtout, je sens qu’on va rire, pour ce que rire est le propre de l’homme (Rabelais)!

liberteexpression

« Soumission », le prochain roman de Michel Houellebecq : la France convertie à l’islam (Vidéo). Un livre sur le suicide de l’Europe et de ses habitants (MàJ)

Addendum 05/01/15 : Extraits de l’entretien donné par Michel Houellebecq à Mediapart

Sylvain Bourmeau : Est-ce une satire ce roman ?

Michel Houellebecq : Non. Très partiellement, c’est une satire des journalistes politiques tout au plus, un petit peu des hommes politiques aussi à vrai dire. Mais les personnages principaux, non.

SB : Comment as-tu conçu ce fait de fiction d’un deuxième tour de l’élection présidentielle de 2022 opposant Marine Le Pen au président d’un parti musulman ?

MH : Bon, Marine Le Pen cela me paraît tout à fait vraisemblable en 2022 – déjà en 2017… Le parti musulman, c’est plus… Là, on touche le point dur en fait. J’ai essayé de me mettre à la place d’un musulman, et je me suis rendu compte qu’ils étaient en réalité dans une situation totalement schizophrénique. Parce que globalement les musulmans ne s’intéressent pas trop aux sujets économiques, leurs grands sujets d’intérêts sont ce qu’on appelle de nos jours les sujets sociétaux. De toute évidence, ils sont très éloignés de la gauche et plus encore des écologistes sur tous ces sujets, il suffit de songer au mariage homosexuel pour comprendre mais c’est pour tout pareil. Et on ne voit vraiment pas pourquoi ils voteraient pour la droite et encore moins pour l’extrême-droite qui les rejette de toute ses forces. Que peut bien faire un musulman qui veut voter ? Il est dans une situation impossible en fait. Il n’est pas représenté du tout.

Il serait faux de dire que c’est une religion qui n’a pas de conséquences politiques, elle en a, le catholicisme aussi d’ailleurs, même si les catholiques ont été pas mal rembarrés. Donc, à mon avis un parti musulman est une idée qui s’impose.

SB : Mais de là à imaginer qu’un tel parti puisse se trouver dans sept ans en situation de gagner l’élection présidentielle…

Je suis d’accord, c’est peu vraisemblable. Pour deux raisons en fait. La première, qui est la plus difficile : il faudrait d’abord que les musulmans réussissent à s’entendre entre eux. Il faudrait quelqu’un d’extrêmement intelligent et d’un extraordinaire talent politique, qualités que je donne à mon personnage, Ben Abbes. Mais un extrême talent est, par définition, peu probable. Mais supposons qu’il existe, ce parti pourrait progresser, mais cela prendrait plus de temps. Si l’on considère la manière dont les frères musulmans ont procédé, on voit un maillage du territoire, des associations caritatives, des lieux de culture, des lieux de prières, des centres de vacances, des soins, un peu l’équivalent de ce qu’avait fait le Parti Communiste. A mon avis, dans un pays où la misère va continuer à s’étendre, ça peut convaincre bien au-delà des musulmans « normaux » si je puis dire, parce qu’en plus il n’y a plus de musulmans « normaux » puisqu’on a des conversions de gens qui ne sont pas du tout d’origine maghrébine… […]

SB : Donc tu utilises le fait de faire peur à propos du fait que l’islam devienne majoritaire dans le pays ?

MH : En fait, on ne sait pas bien de quoi on a peur, si c’est des identitaires ou des musulmans. Tout reste dans l’ombre. […]

SB : Je ne la perçois pas, au contraire les mêmes personnes sont souvent des militants antiracistes et de fervents défenseurs de la laïcité, le tout prenant racine dans la philosophie des Lumières.

MH : Bon, la philosophie des Lumières on peut faire une croix : décès. Un exemple frappant ? La candidate voilée sur la liste Besancenot, voilà un exemple de contradiction.

Mais il n’y a pas que les musulmans qui sont dans une situation schizophrène, au niveau de ce qu’on appelle classiquement les valeurs, les gens d’extrême- droite ont plus en commun avec les musulmans qu’avec la gauche. Il y a plus d’opposition foncière entre un musulman et un athée laïc qu’entre un musulman et un catholique. Cela me paraît évident.

[…]

SB : L’islamophobie sert de paravent à un racisme qui n’est plus dicible parce qu’il tombe sous le coup de la loi.

Je crois que c’est juste faux. Je ne suis pas d’accord. […]

SB : Mais dans Soumission n’y a t il pas une théorie du complot avec l’idée que le « grand remplacement », comme dit Renaud Camus, est à l’œuvre, que les musulmans vont prendre le pouvoir…

MH : Je connais mal la thèse du grand remplacement mais apparemment c’est plutôt racial. Or là non, il n’est pas fait mention d’immigration. Ce n’est pas le sujet. […]

SB : Ce n’est pas forcément racial, ce peut être religieux. En l’occurrence, il y a remplacement de la religion catholique par l’islam.

MH : Non. Il y a une destruction de la philosophie issue du siècle des Lumières, qui n’a plus de sens pour personne, ou pour très peu de gens. Le catholicisme lui se porte plutôt bien.

Je maintiens assez positivement qu’une entente entre catholiques et musulmans est possible, cela s’est déjà vu. Cela peut se reproduire.

[…]

Source


Addendum 29 12 : Dans son dernier roman « Soumission », Michel Houellebecq raconte comment la France se donne à un parti islamiste sans (trop de) heurts et avec l’assentiment des partis politiques et des médias.

Sous la plume de Michel Houellebecq, la société française semble se satisfaire de ce nouvel ordre des choses. C’est d’ailleurs ici que commence la véritable provocation du livre. Pour l’auteur, notre société avachie dans le confort émollient de la démocratie et biberonné à un État providence qui pourvoit à tout glissera presque naturellement vers cette charia douce.

Soumission (éditions Flammarion, sortie le 7 janvier 2015), le nouveau livre de Michel Houellebecq, est-il islamophobe ? Telle est la question qui suinte depuis quelques jours des discussions parisiennes… Si oui, le scandale menace d’être immense, une nouvelle affaire Zemmour… Eh bien non : Soumission n’est pas un brûlot anti-musulman. Il est pire que ça : une théorie convaincante et inspirée sur la fin de notre civilisation européenne, de sa culture et de sa démocratie. Cela mérite une explication.

Au printemps 2022, François Hollande achève son second mandat. Bien qu’il l’ait emporté cinq ans plus tôt contre Marine Le Pen il est déconsidéré, honni, détesté et ne parvient pas à empêcher la montée en puissance de la Fraternité musulmane, qui, sous la férule du charismatique, intelligent et cultivé Mohamed Ben Abbès, rallie de plus en plus de suffrages. Le second tour de la présidentielle oppose ce nouveau venu à la candidate du FN. Les partis traditionnels de gouvernement (UMP, PS, UDI) se rallient à ce « visage présentable de l’islam ». Et le tour est joué… Les femmes sont interdites d’emplois publics, permettant ainsi l’embauche de centaines de milliers d’hommes et une baisse spectaculaire du chômage, elles ne peuvent plus porter la robe ou la jupe dans les lieux publics, les professeurs de faculté doivent se convertir au terme d’un processus qui ne prend que quelques heures.

Houellebecq insiste également sur l’aveuglement, le silence, la passivité et finalement la complicité des médias et des intellectuels de centre gauche dans l’accession au pouvoir de la Fraternité musulmane. Des crimes sont commis à la veille de l’élection : ils sont passés sous silence. Pour ne pas donner prise au racisme, on refuse d’évoquer les méfaits commis par des voyous se revendiquant de l’islam, on tait les écrits de jeunesse de Ben Abbès, beaucoup moins conciliants avec la culture judéo-chrétienne de la France que ses discours de façade… Les services secrets qui, semaine après semaine, constatent l’évolution des banlieues et plus généralement du pays entier sont muselés puis leurs agents invités à prendre leur retraite… Et voilà comment, démocratiquement, avec l’assentiment de nos élites notre démocratie craque de toute part, cède et se soumet pour un plat de lentilles.
Trop faux pour être vrai ? […]

Le Point

Addendum du 18/12/14 : Le dernier livre de Michel Houellebecq sortira en janvier 2015 mais fait déjà polémique

Le prochain roman de Michel Houellebecq « Soumission », paraîtra le 7 janvier chez Flammarion et risque de faire beaucoup de bruit. Le Goncourt 2010 plonge son lecteur dans la France de 2022. Il imagine une élection présidentielle en fin de second mandat de François Hollande.

Une anticipation dans laquelle un parti musulman remporte la présidentielle contre le Front national.

Le Front national de Marine Le Pen, qui a déjà perdu le scrutin de 2017, subit la loi d’une alliance UMP, UDI, PS, associée à la Fraternité musulmane, parti inventé par l’auteur. Son leader, Mohammed Ben Abbes, finit par être élu et choisit François Bayrou comme premier ministre.

Le narrateur, qui s’appelle François, est un universitaire malheureux et solitaire, spécialiste de Joris-Karl Huysmans. Il couche avec des étudiantes et comme toujours chez Houellebecq, l’amour est triste. La soumission du titre fait référence à celle des mécréants qui doivent se soumettre à Allah et à celle des femmes aux hommes. À la fin du roman, François se convertit à l’islam et, professeur adulé, voit se soumettre à ses désirs de jeunes étudiantes voilées…

Ce roman de 300 pages devrait attirer toute l’attention lors de la rentrée littéraire. Le sujet commence déjà à faire le tour du web, et la twittosphère n’a pas tardé à réagir. Et risque bien de ranimer la polémique née en 2001, lorsque l’écrivain en promotion de son roman Plateforme avait déclaré: «La religion la plus con, c’est quand même l’islam.»

Le Figaro

J’AI UN MAUVAIS PRESSENTIMENT

    Ci-dessous l’article du Figaro, qui, pour la première fois, parle vraiment du contenu.

Houellebecq convertit la France à l’islam dans son prochain roman

Michel Houellebecq son prochain roman dans la France de 2022.
Michel Houellebecq son prochain roman dans la France de 2022. Crédits photo : MIGUEL MEDINA/AFP

L’auteur situe son nouveau livre, Soumission, à paraître le 7 janvier 2015, dans la France de 2022. Une anticipation dans laquelle un parti musulman remporte la présidentielle contre le Front national.

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Michel Houellebecq se lance dans la politique fiction. Son prochain roman, Soumission, paraîtra le 7 janvier chez Flammarion et risque de faire beaucoup de bruit. Le Goncourt 2010 plonge son lecteur dans la France de 2022. Il imagine une élection présidentielle en fin de second mandat de François Hollande.

Le Front national de Marine Le Pen, qui a déjà perdu le scrutin de 2017, subit la loi d’une alliance UMP, UDI, PS, associée à la Fraternité musulmane, parti inventé par l’auteur. Son leader, Mohammed Ben Abbes, finit par être élu et choisit François Bayrou comme premier ministre.

Le narrateur, qui s’appelle François, est un universitaire malheureux et solitaire, spécialiste de Joris-Karl Huysmans. Il couche avec des étudiantes et comme toujours chez Houellebecq, l’amour est triste. La soumission du titre fait référence à celle des mécréants qui doivent se soumettre à Allah et à celle des femmes aux hommes. À la fin du roman, François se convertit à l’islam et, professeur adulé, voit se soumettre à ses désirs de jeunes étudiantes voilées…

Ce roman de 300 pages devrait attirer toute l’attention lors de la rentrée littéraire. Le sujet commence déjà à faire le tour du web, et la twittosphère n’a pas tardé à réagir. Et risque bien de ranimer la polémique née en 2001, lorsque l’écrivain en promotion de son roman Plateforme avait déclaré: «La religion la plus con, c’est quand même l’islam.»

« CONFIGURATION DU DERNIER RIVAGE », MICHEL HOUELLEBECQ, éditions Flammarion, 2013 (note de lecture parue dans « Diérèse » numéro 59, été 2013)

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             En 1988, la défunte Revue de Paris publie « Quelque chose en moi », bref texte d’un jeune inconnu, fonctionnaire à l’Assemblée nationale. Aujourd’hui en une de Libération et des Inrockuptibles, invité sur les plateaux de Canal +, BFM-TV ou France 2, Michel Houellebecq est devenu un people, lauréat du prix Goncourt 2010 pour La Carte et le territoire. Célèbre grâce à ses romans, l’homme reste d’abord un poète, et se considère comme tel : la poésie permet, davantage que le roman, de s’exprimer intimement. Composé de pièces souvent très différentes, écrites à plusieurs années d’intervalle, ce nouveau recueil semble renouer avec la première manière de l’auteur, à travers Le sens du combat notamment. Houellebecq, qui déclare ne pas lire les poètes contemporains, à l’exception notable de William Cliff ou Mathieu Bénézet, demeure un grand admirateur des symbolistes, en particulier Baudelaire, Verlaine ou Laforgue. De fait, Configuration du dernier rivage est composée dans cette forme régulière, défendue par l’écrivain à travers Rester vivant : Croyez à la structure. Croyez aux métriques anciennes, également. La versification est un puissant outil de libération de la vie intérieure (p.15). Alexandrins, octosyllabes et décasyllabes alternent ainsi avec quelques poèmes en prose, et quelques vers libres. Une certaine unité de ton reste maintenue tout au long du livre, sous-tendue par un désespoir quasi-total : Tout futur est nécrologique/Il n’y a que le passé qui blesse,/Le temps du rêve est de l’ivresse,/La vie n’a rien d’énigmatique (« Face B », p.37). Schopenhauerien, Houellebecq demeure un pessimiste athée, hanté par la maladie, le déclin, la vieillesse et la mort : La publicité Volvic déchirait le cœur d’Adam. Ces volcans éteints, ces forêts, ces sources… Tout cela était si différent de la retraite probable qui l’attendait, dans un asile pour vieillards de Garges-lès-Gonesse, exposé à la méchanceté gratuite des délinquants juvéniles. (p. 80).  Le regard qu’il porte sur le monde contemporain n’a rien de tendre non plus. « Peintre de la vie moderne », Houellebecq s’attache à décrire avec minutie la solitude propre à notre temps, à la société de consommation, et à la ville d’aujourd’hui : Supermarché des corps où l’esprit est à vendre/Et des psychologies se tordent et se dénouent/Sous le soleil. Bronzé, rien ne sert de prétendre/Que vous avez une âme. (p.52). Ce scepticisme total s’étend au sexe, aux jeux de séductions, en particulier dans la troisième partie, « Mémoire d’une bite » (p.41), impitoyable observation de la dégradation physique, et critique implicite du féminisme, déjà condamné dans Les Particules élémentaires puis Plateforme: Tu te cherches un sex-friend,/Vieille cougar fatiguée,/You’re approaching the end,/Vieil oiseau mazouté. (p.44). De fait, Configuration du dernier rivage reste un livre de deuil, caractérisé par le cynisme propre au créateur, par un humour noir particulièrement prégnant, tout au long du recueil, et par un certain sens de l’absurde, prêtant à sourire.

            Seul l’amour, le vrai, semble pouvoir tempérer ce sentiment de chute, et cette détresse radicale. Comme l’écrit en effet Bruno Viard : Le mystère Houellebecq, c’est qu’il existe deux Houellebecq, un méchant Houellebecq (…) et un gentil Houellebecq, qui parle d’amour et de bonté. Écrivain romantique selon Aurélien Bellanger, la star des Lettres est aussi capable de lyrisme, et chante avec bonheur la fusion des cœurs et des corps, dans le magnifique et long poème « HMT », initialement présent dans La possibilité d’une île : Il a fallu que je connaisse/Ce que la vie a de meilleur,/Quand deux corps jouent de leur bonheur/Et sans fin s’unissent et renaissent. (p.65). Nihiliste, essentiellement sombre, cette Configuration du dernier rivage, au titre programmatique, n’est pas exempte de facilités  et de platitudes, mais offre d’authentiques instants de joie et de douceur, par-delà tout battage médiatique.

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