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« LE VOL », SONIA NEMIROVSKY, éditions L’œil du Prince, Paris, 2011 (article paru dans « Diérèse » 54, automne 2011)

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   Le 24 mars 1976, la junte militaire argentine renverse le gouvernement d’Isabel Perón, et met en place le « Processus de réorganisation nationale », qui consiste à supprimer massivement et systématiquement tout opposant au régime (…). Ainsi s’ouvre Le Vol, brève tragédie en trois actes, ou plutôt en trois scènes, dialogue entre un homme en fuite et une jeune disparue, victime de la répression. Récit d’un amour adolescent condamné, la pièce demeure avant tout dénonciation. Brisés par un système politique sanglant et arbitraire, les deux personnages ne peuvent effectivement se réaliser. L’action toute entière tourne autour de l’effroyable « guerre sale » menée par le général Videla , notamment lorsque l’héroïne anonyme décrit la torture avec une vérité criante : Décharges : 7-8. Parle ! Parle ! Parle ! Des noms ? Qui ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Qui bordel ? (p.38). Arrachement, perte d’identité, l’exil incarné par le deuxième protagoniste est également contrainte, pour ne pas dire violence.
Dans quelle mesure parler d’œuvre engagée, ici ? Ni autobiographie, ni chronique de la dictature, pour reprendre les termes du metteur en scène Bertrand Degrémont, Le Vol peut être d’abord considéré comme un texte littéraire. Écrite dans une langue puissante et lyrique, cette évocation dépeint le désespoir et la souffrance en versets poétiques, sublime l’horreur par le truchement des mots et de la scène, comme si le théâtre permettait de dépasser la barbarie à défaut de l’abolir, le temps d’une représentation : Dans tes rêves la Disparue apparaît toutes les nuits pour qu’on soit encore un peu tous les deux, pour que tu ne m’oublies pas, pour que tu te souviennes d’autre chose que des fusils braqués, des balles qui pleuvent et des corps qui tombent. (p. 34). Réactualisant une page sombre et méconnue de l’Histoire récente, ce premier livre de la jeune actrice et dramaturge Sonia Nemirovsky frappe par la justesse, la sobriété et l’efficacité du propos. Une manière de lutter contre l’oubli ?

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« LA NOUVELLE AUSTRASIE » (Cotojest)

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   C’est donc ce matin, cet après-midi ou demain, que plusieurs régions vont changer de nom, en France. Le Nord-Pas-de-Calais, terre de mines à l’image souvent pauvre, devient ainsi « Hauts-du-Nord », comme pour en redorer définitivement le blason, lui donner un petit côté Rueil-Malmaison, lui conférer un peu du chic de Sceaux. Pareillement, on aura droit à la Grande Aquitaine. Bref, tout un bouleversement géographico-linguistique, pour une nouvelle donne territoriale qui, certes, ne modifie probablement pas le cours du naufrage.

  Lecteur assidu de Denis Montebello, professeur, traducteur et écrivain, j’ai évoqué à plusieurs reprises le blog « Cotojest » en ces pages (notamment dans ma rubrique « Blogorama »). Aujourd’hui, j’ai donc soumis à l’intéressé une suggestion: évoquer le nouveau nom de sa région d’origine du Grand-Est, qui pourrait s’appeler 1) L’Acalie 2) Rhin Champagne (je pense que cette suggestion, assez neutre, sera retenue), ou 3) La Nouvelle Austrasie. Je pensais en effet que Denis parlerait avec talent et humour de la proposition numéro 3), qui rappelle la période mérovingienne, celle au cours de laquelle, il y a fort longtemps, la région de Strasbourg, et même au-delà, s’appelait donc l’Austrasie, Australie bis, comme si des kangourous ou des koalas pouvaient se balader au milieu des Vosges, ou dans la forêt de Forbach, attaquer les rois francs casqués et bottés aux noms oubliés, grimper sur la blonde chevelure de Brunehilde… N’ayant que de vagues souvenirs de mes cours de troisième, à l’époque où on étudiait encore le passé de l’Hexagone, ainsi que de L’histoire de France pour les nuls, je ne me sentais pas de me lancer en pareille aventure littéraire. Je fis bien. Le texte de Denis, paru ce matin sur « Cotojest », est très bon, et je le cite, avec le plaisir d’avoir généré, plus ou moins directement, un nouveau fragment poétique:

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   Entre deux mots je ne choisirai pas le moindre. Ni même le troisième qui évoque un canal, le canal de la Marne au Rhin, ses modernisations successives, une mise au grand gabarit européen qui laisserait la Lorraine à ses sabots.

   Mon coeur ne balance donc pas. Entre version latine et version novlangue, entre une momie qu’on prétend ressusciter, et un monstre (l’acronyme qu’on veut nous vendre) qui n’aurait rien à envier à Frankenstein. Et, je le répète, la troisième option n’est pas meilleure, qui ne passe même plus par la Lorraine.

   Commençons par l’Austrasie, par éviter la confusion (avec l’Australie voire l’Autriche) et les méchants jeux de mots (ils pullulent sur Twitter). Limoges pourrait enfin respirer, laisser la place à Toul ou à Forbach où une mutation, forcément disciplinaire, vous enverrait croupir. Vous pourriez ainsi revivre ce qu’a connu Venance Fortunat quand il fut invité à Metz, au mariage de Sigebert et de Brunehilde, et qu’avec son épithalame de goût antique il réjouit les oreilles des barbares, vous sentir à votre tour terriblement poète et terriblement Italien. Inventer, au sens archéologique du terme, l’austracisme. C’est ce que l’identité fabrique: de l’autre, de l’étranger. C’est à cela que je pense. À Georges Frêche aussi et à sa Septimanie. Quand le latin n’aide pas à penser l’époque, quand le passé ne vient pas informer le présent mais au contraire le figer, le vider de son sens, cela donne ces architectures néoclassiques qu’on vit fleurir à Montpellier sous le consulat de Georges Frêche. Si le passé est vivant (survivant), c’est chez Walter Benjamin, et pas dans cette Nouvelle Austrasie.

Commençons donc par l’Austrasie, et terminons avec elle.

   Mais je parle comme si j’étais concerné. Alors que je vis à La Rochelle, dans la future Grande Aquitaine, une Aquitaine excédant ses frontières ou qui les retrouverait…

« Cotojest », blog de Denis Montebello

LA NUIT SUR TERRE

IMG_1754    En ouvrant un livre, je tombe sur une carte oubliée de la ville de Palmyre, envoyée par mes proches en 2012. Il y a encore trois ans, j’aurais pu les accompagner et voir ces merveilles. Grande tristesse.

LA BARBARIE

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18.08 Le groupe Etat islamique (EI) a décapité Khaled Assaad, l’ancien directeur du site archéologique de Palmyre, âgé de 82 ans, au centre de la Syrie. Le corps du vieil homme a été suspendu à une colonne antique d’une des places de la ville, a déclaré mardi soir le directeur des Antiquités syriennes. Une bonne partie du site, dont le célèbre Lion d’Athéna, a par ailleurs été détruite.

Le lion d'Athéna.

Le lion d’Athéna.

LA PRISE DE LA BASTILLE

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« Là où on brûle des livres, on brûle des hommes » (Heinrich Heine)

Malgré mes récents billets consacrés à l’œuvre de Houellebecq (œuvre avant tout littéraire, rappelons-le), je me dois de réaffirmer le caractère apolitique, essentiellement artistique, de ce blog. C’est aussi dans cet esprit que je reprends l’article, tiré du site « Géopolis », ci-dessous. La perte historique et culturelle provoquée par cette nouvelle exaction de Daech est juste un désastre, tant pour la poésie que pour la civilisation.

Daech brûle 2.000 livres et manuscrits et détruit des œuvres datant de plus de 7.000 ans

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Poète entouré de femmes. Détail de la gravure du Livre de chansons d’Abou Al Faraj al Isfahari.  © The Art Archive / National Library Cairo / Gianni Dagli Orti

GEOPOLIS – L’autodafé géant est passé totalement inaperçu. Les combattants de l’organisation Etat islamique auraient envahi la Bibliothèque centrale de Mossoul et le Musée. Bilan: des centaines de manuscrits, des œuvres antiques et des vieux journaux détruits et incendiés.

C’est une information d’Alarabtv (lien en arabe), qui relate avec force détails ce qui pourrait être le plus grand autodafé de l’Histoire. Cette information Associated Press mise en ligne le 1er février n’a pas été encore confirmée par les autorités. Selon Alarabtv, courant janvier, des combattants de Daech auraient pris possession de la Bibliothèque centrale pour «assainir» les fonds documentaires. Selon les habitants, ils auraient emmené avec eux dans six pickups plus de deux milles livres pour les détruire. Etaient concernés, les livres pour enfants, de poésie, de philosophie, de santé, de sport et de sciences, ainsi que les journaux datant du début du XXe siècle, des cartes ottomanes et des collections privées offertes par les vieilles familles de Mossoul. Seuls les livres traitant de l’islam auraient été épargnés.

Désobéissance à Dieu
Un homme en tenue afghane aurait harangué la foule : «Ces livres appellent à la désobéissance à Dieu, ils doivent être brûlés.» Les assaillants auraient ensuite mis le feu aux documents devant les étudiants. «Les extrémistes ont déjà commencé à détruire les livres dans les autres bibliothèques publiques de Mossoul le mois dernier (janvier, NDLR) », témoigne un professeur d’histoire de l’Université de Mossoul. Selon lui, les préjudices touchent les archives d’une bibliothèque sunnite, celle de l’Eglise latine et le monastère des Dominicains.

Les combattants de Daech s’en sont ensuite pris à la bibliothèque du Musée de Mossoul et ont détruit des œuvres datant de 5.000 ans avant Jésus Christ. Daech «perçoit la culture, la civilisation et la science comme des ennemis féroces», remarque le député irakien Hakim Al Zamili.

Les bibliothèques de Mossoul avaient déjà subi deux pillages : en 2003 avec la chute de Saddam Hussein et en juin 2014 lorsque les djihadistes ont pris le contrôle de la ville. De nombreux manuscrits ont été exportés clandestinement. Les Dominicains, eux, avaient commencé à numériser les manuscrits dans les années 90.

Document ancien Mossoul

Poète entouré de femmes. Détail de la gravure du Livre de chansons d’Abou Al Faraj al Isfahari.  © The Art Archive / National Library Cairo / Gianni Dagli Orti

source: http://geopolis.francetvinfo.fr/daech-brule-2000-livres-et-manuscrits-datant-de-plus-de-7000-ans-52575

« LA GUERRE », MARCEL GROMAIRE, 1925 (Musée d’Art moderne de la ville de Paris).

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   A raison de douze hommes de front représentant la largeur d’un défilé, la colonne des morts se serait étirée sur 110 kilomètres (distance qui sépare Paris de Montargis). Si le glas avait retenti pour chacun des morts pendant deux minutes, il aurait sonné pendant 1875 jours, soit plus de cinq ans; rien que pour Verdun, pendant plus de six mois. Chaque journée de guerre a tué en moyenne 900 hommes (Jean-Paul Cointet, Hitler et la France).

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