PAGE PAYSAGE

Accueil » Guillarme Gaël

Archives de Catégorie: Guillarme Gaël

« APOSTILLES », GAËL GUILLARME, ÉDITIONS HENRY, COLLECTION « LES ÉCRITS DU NORD », MONTREUIL-SUR-MER, 2021 (note de lecture parue dans « Diérèse » 82, automne 2021).

  Addendum en marge ou en bas d’un écrit, le terme d’« apostille » vient du bas-latin postilla, qui signifie « note », « explication ». Également employé dans le champ juridique, le mot, mis au pluriel, désigne ici un ensemble de courts poèmes, sensibles et vrais, consacrés à des instants du quotidien, des lieux, des sentiments, comme autant d’annotations lyriques et précises. Professeur de Lettres dans le secondaire, Gaël Guillarme a pris soin de rendre le verbe accessible, comme s’il s’agissait (enfin !) d’éviter l’écueil du formalisme, de l’hermétisme. Les lycéens eux-mêmes ne s’y sont pas trompés, attribuant le prix des Trouvères à la plaquette, saluant de fait  le style sobre, mais riche, propre à Apostilles. Qu’il s’agisse d’évoquer la nuit, le ciel rendu à la mort et une forêt d’étoiles (p. 44), le parc Monceau et les yeux des statues (p. 45), ou encore un enterrement (Ce matin on enterre grand-mère/La fenêtre a l’effroi d’une porte de cave, p. 26), Gaël Guillarme sait parfaitement restituer l’émotion du moment, les odeurs, les images et les sons. Ainsi des douze fragments dont chacun est consacré à un mois, définissant une sorte de calendrier littéraire : chaque texte reproduit l’ambiance, le climat propres à la saison : Un oiseau porte le jour/en équilibre sur son aile/Un nuage décide du miracle (« Apostille au mois d’août », p. 39).

  L’homme choisit parfois de respecter la rime, ce qui confère évidemment un tour classique à l’ensemble. On peut d’ailleurs parler d’un recueil classique : non pas vieillot ou ringard, à l’instar de certaines productions néo-classiques, justement, mais plutôt éloigné du champ expérimental. S’apparentant à de longs haïkaï, les apostilles s’inscrivent quand même dans une sorte de tradition : celle d’une poésie lyrique versifiée. La métrique est ainsi soigneusement étudiée, pour aboutir à une fine musicalité, un délicat phrasé.

   Une mélancolie diffuse, presque apaisée, baigne le tout, notamment lorsque l’auteur parle de la nuit : La main qui sait les tristesses de l’or/se perd en caresses dans le revers du ciel/et fraye la passée d’une bête/aux abois dans une forêt d’étoiles (p. 44). Apostilles procède d’une nostalgie douillette, comme s’il fallait fixer les endroits, les gens, les souvenirs par écrit. Dès lors les textes sont autant de stèles pour ne pas oublier, conserver une trace. Discrète autant que réelle, la foi permet cependant de dépasser la tristesse (Flocon d’été/le papillon/a son ombre/au-delà de Dieu, « Apostille à l’éphémère, p. 26). Et parfois d’authentiques moments de joie, pareils à des trouées de lumière, éclairent l’ensemble : La promesse de la fleur/à la branche du pommier/emprunte à l’enfant (« Apostille au mois d’avril », p. 38).

« ANIMAUX » À L’ÉCOLE! (série: mon propre travail)

L’année prochaine, mes élèves étudieront quelques « animaux » dEtienne Ruhaud. L’idée m’est venue comme une évidence: découverte de la poésie contemporaine pour des adolescents : sacré défi, certes, mais je suis persuadé qu’il y a dans ce merveilleux recueil quelque chose, relevant peut-être de la magie créatrice déjà pour certains perdue de l’enfance, qui saura les toucher ; et également, plus prosaïquement, mine d’or en terme d’exercices d’écriture dont j’ai déjà l’idée…

… Tel est le sympathique message laissé sur Facebook par mon ami, le poète Gaël Guillarme, professeur de Lettres classiques en Poitou-Charentes. Quelle plus belle récompense que de voir son recueil étudié en classe! Mon autre ami, également écrivain, Christian Ghiotti (alias Nasthir Togitichi), psychologue, a lui fait lire mes textes aux jeunes pensionnaires d’un IME (institut médico-éducatif), en Seine-Saint-Denis. Un chaleureux merci (je reproduis le texte ci-dessous).

Photo de Christian Ghiotti.

Animaux, lue d’une voix haute et craintive, par une élève (légèrement déficiente) d’un IME (institut médico-éducatif). Un bon support d’entretien clinique. Que d’associations ! Et elle lit du Ruhaud avec intérêt et plaisir ! Le surréalisme, ici, c’est la rencontre improbable d’ un livre d’un bon niveau, et d’une jeune femme de 18 ans abonnée aux Mangas. Ça vaut presque celle d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table à dissection… Elle n’est pas, de loin, la plus démunie de cette école. Le lien thérapeutique est bon, où va t elle m’emmener ?

%d blogueurs aiment cette page :