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« ANIMAUX » ÉTUDIÉ À L’ÉCOLE!

… Ou plutôt au collège…

Quel plus beau cadeau de Noël?

Voici le mail que j’ai envoyé hier, ému, à l’ami poète Gaël Guillarme, chroniqué par mes soins sur le blog (cf. ci-dessous, un lien vers mon article). Professeur de Lettres classiques en Poitou-Charentes, Gaël a construit une séquence entière autour d’Animaux:

« Bonjour Gael,
  Je suis évidemment touché. D’une part, de savoir que mes textes sont étudiés au collège. D’autre part, parce que tu y as prêté une attention particulière (et on est toujours content d’être vraiment lu). Enfin, parce que j’ai l’impression d’avoir fait germer quelque chose. Tout se passe comme si ces enfants avaient complètement saisi le concept même des poèmes en prose, pour reproduire telle image, telle tournure langagière, telle évocation. Non, vraiment c’est un cadeau magnifique, à l’approche de Noël. Je constate aussi que les enfants sont demeurés souvent beaucoup plus imaginatifs que nous. Ainsi, parmi les multiples variations proposées ici, je trouve des engendrements inédits, des néologismes incroyables, des nouvelles bestioles comme les « carouilles ». Ou encore cette mer de Netböurg, soit une de ces géographies magiques dont parle Jean-Pierre Richard quand il évoque Nerval [dans le livre Poésie et profondeur. Jean-Pierre Richard ayant par ailleurs écrit l’essai Pages paysages qui donne son titre au blog].  C’est vraiment incroyable pour moi. Jamais je n’aurais pensé que ce petit recueil connaisse cette fortune. Dans un entretien, Tom Yorke a déclaré qu’il aimerait entendre un jour une des mélodies de Radiohead reproduites dans un jouet pour enfants. J’éprouve un peu cette sensation en lisant les rédactions. J’ai l’impression, d’ailleurs, qu’on perd beaucoup une fois devenu adulte, soit plus rationnel. Or précisément les fables ont un vernis de rationalité pseudo-scientifique. Vernis que j’ai moi-même soigneusement travaillé. 

J’ai adoré aussi cette interprétation toute personnelle de la couverture dessinée par Jacques Cauda, avec cette créature bizarre, qui ressemble à un test de Rorsach.  Je serais très heureux de te rencontrer en chair et en os si d’aventure tu passes à Paris.  Merci, encore une fois,  Et à très vite, pour de nouvelles aventures poétiques, 

Amicalement, 

ETIENNE »

… Gaël a passé des heures pour corriger chaque brouillon. Comment le remercier…

Bref. Je partage ci-dessous les rédactions en question. Les textes me donnent envie de créer de nouvelles bestioles, parfaitement inédites, avec le consentement de l’enseignant.

LES DOFAS

(Illustration de la 1ère de couverture du recueil)

         Les dofas, énormes oiseaux de mer, de la couleur des dauphins.

         Du bout de la queue au sommet de la tête, ils mesurent trois mètres. Leur silhouette fait penser à une graine en germination. La gemmule s’épanouit en une tête en formation. Seul l’œil semble fini. Les pattes sont pareilles à de molles méduses, mélangeant les eaux mousseuses et saumâtres. Le corps, duveteux, gris dauphin, flotte tel une bouée.

         Proches des côtes, ils ne s’éloignent jamais, vivent sur des fonds peu profonds. Leur respiration nécessite l’air du ciel. Les œufs, transparents, sont déposés dans les rochers. Solitaires, ils sont lents, nonchalants, indolents, indifférents.

         Souvent recherchés par les hommes car ce sont d’efficaces balayeurs des mers. Ils peuvent engloutir tous les déchets, débris laissés par les hommes. Mais ils peuvent aussi les avaler lorsque ces derniers s’aventurent trop près d’eux.

Rachel

LES SOURIS

         Créature aussi grosse qu’un chien.

         Avec leurs oreilles, elles entendent à plus de deux kilomètres. Elles peuvent sentir une odeur à plus de cinq kilomètres.

         Elles vivent souvent sous terre. Elles creusent elles-mêmes les galeries de leur terrier. Quand il pleut, elles se réfugient dans les constructions des hommes, cabanons en bois.

         Elles mangent tout, poules, vers, insectes, et même parfois elles se mangent entre elles.

         Certaines peuvent être domestiquées, mais la plupart ne peuvent pas l’être. Les hommes, qui en général ne les aiment pas, les chassent et les revendent aux zoos, comme nourriture pour les grands félins, tigres et lions. On raconte que certains chasseurs ne sont jamais revenus. Les plus sauvages des souris mordent et tuent les hommes, puis les mangent.

Enzo

LES BÔLCES

         Animal très gentil, avec de grandes dents, des yeux bleus. Poilus, les bôlces sont très forts. Ils courent plutôt vite et sont souvent tristes. Quand ils pleurent, leurs poils changent de couleur et deviennent bruns.

         Très peureux, ils ne savent pas chasser, et pourtant ils aiment plus que tout la viande. Leurs griffes sont très fragiles, souvent cassées. Ils passent toute la journée dans leur tanière. Plutôt intelligents, ils s’ennuient. Ils font alors du bruit avec leur nez noir, ça les occupe.

         Le bôlce vit sous terre, très profondément, fuyant la chaleur du jour. L’été, il quitte son habitat et part vers les pays froids, il revient durant l’hiver.

         Animal très recherché par les humains. Quand ceux-ci attrapent un bôlce, ils le dépècent, gardent la peau, pour en faire des vêtements. Le reste, la viande, part à la boucherie.

Valentin

LES LUCIOLES

         Grandes bestioles, adorables, de trois mètres de long, quatre de large. Elles habitent dans une grande forêt, près d’une mare. Malgré leur taille, elles mangent de petits insectes (larves, mouches), des fruits. Leur corps est d’une couleur vert clair, leurs ailes sont jaunes et transparentes. Leur corps produit une intense lumière dès la tombée de la nuit.

         Elles sont plutôt joueuses, très timides. Elles se reposent dans les arbres, elles jouent avec leurs enfants. Quand les Hommes pénètrent sur leur territoire elles s’enfoncent au plus profond de la forêt et souvent ne retrouvent plus jamais leur joie de vivre. 

         Les lucioles sont chassées par les Hommes. Enfermées dans des cages, elles servent à éclairer les rues des villes, pendant les nuits sombres de l’hiver.

Abygaëlle

 LES GRIFFONS

         Étranges créatures de la montagne, mi-aigles, mi-lions. Pelage brun, plumage blanc et gris, leur corps mesure un mètre de haut. Énormes griffes, permettant de défendre leur œuf d’or, grandes ailes pour survoler les villes. Une longue queue de lion, qui bouge selon leur humeur. Les yeux, énormes et bleus, brillent de mille feux, la nuit.

         Les griffons vivent au sommet d’une montagne et se nourrissent de lys à pétales violets, rares. Solitaire, le griffon n’aime pas la compagnie. À leur naissance, les parents abandonnent les petits, qui doivent alors se débrouiller seuls.

         Les chevaliers du royaume partent à la recherche des œufs d’or afin de les offrir à leur roi, mais ils ne reviennent souvent jamais. Le griffon pousse un cri spécifique afin de faire fuir les éventuels intrus. Il défend ensuite son nid grâce à ses énormes griffes. De nombreux chevaliers y ont perdu la vie.

         On dit que lorsqu’une personne trouve une griffe de griffon, elle aura de la chance durant un an.  

                                                                                                Angelina

LES DISQUES

         Long poisson plat, bleu, tacheté de vert.

         Les disques, fort féroces, se nourrissent de poissons, mais aussi de dauphins. Ils sortent peu de leur grotte, seulement pour chasser. Leur forme est un grand avantage. Plats et longs, ils peuvent se cacher partout. Le disque fonce alors sur sur sa proie, la déchire de ses dents aiguisées, dangereuses.

         Dans leur milieu naturel, les disques sont le plus souvent solitaires, mais certains vivent en groupe, dans une grotte sombre, enfouie dans les algues vertes et visqueuses.

         Les taches vertes protègent les disques des attaques d’éventuels prédateurs. Du venin. Si un homme touche à main nue le venin, il mourra dans d’atroces souffrances dans les jours qui suivent. Le disque est un poisson cependant très recherché. Sa chair, bien cuite, a un tendre goût de mélisse. C’est un repas de luxe, car la chasse est dangereuse.

         On utilise une technique spéciale pour ne pas toucher le venin. On attrape d’abord les nageoires, puis on applique la main sur la base de la tête. Le disque est alors paralysé, il ne peut plus bouger. On peut alors le tuer, le cuire, le manger.

Charlotte

LES LUCIOLES

         Grands insectes à l’abdomen transparent, le reste du corps noir. Leurs organes sont lumineux. Elles mesurent environ deux mètres et pèsent en moyenne quatre-vingt kilos. Elles possèdent deux petites ailes translucides, fixées au milieu de leur dos.

         Elles se retirent la nuit dans de grandes cages en verre, en haut des lampadaires. Les lucioles éclairent les rues de la vallée sombre. Le jour, elles se réfugient dans les greniers des habitations des hommes. Là, elles se nourrissent de l’obscurité de ces pièces silencieuses.

         Quand les lucioles meurent, leur corps disparaît, tel un souffle. La seule chose qui demeure est un petit cœur scintillant de la couleur de la lune. La tradition oblige les hommes à offrir ce cœur à leur enfant le jour de son départ. Ainsi, chaque habitant de la vallée sombre possède un petit cœur de luciole. On l’accroche à la porte de sa maison, pour souhaiter la bienvenue aux voyageurs.

Leïla

LES FOURMIS

         Énormes créatures violettes, tachetées de blanc, plus grandes qu’un éléphant. Elles deviennent rouges lorsque quelque chose les blessent. Elles pèsent environ mille-deux-cents kilos. Elles mesurent une dizaine de mètres. Leur durée de vie : entre trente et trente-cinq ans.

         Les fourmis sont plutôt solitaires. L’accouchement est toujours compliqué. Les femelles ne gardent leur bébé qu’une semaine, pendant laquelle elles le nourrissent d’herbes déjà mâchées. Le corps écailleux n’apparaîtra qu’à partir de la troisième année. Toutes fourmis se nourrissent de plantes.

          Les fourmis vivent dans de vastes cavernes noires, rouges comme la braise, qu’elles creusent, situées sur des îles au large. Elles n’aiment pas la lumière. Elles défendent jalousement leur territoire. Elles vivent cependant en bonne entente avec les Carouilles, sorte de grenouilles, qu’elles protègent.

         Les hommes viennent parfois déposer des offrandes sur le rivage, de l’herbe, comme s’ils leur offraient le plus grand des calmes.

  Inès

LES SOURIS

         Animal grand d’environ un mètre. Tacheté de gris et de noir. Grandes oreilles, grande moustache, petites pattes. Elles ont de petits yeux noirs, brillants. Elles vivent au plus profond des champs, dorment en groupe sous la terre. Elles se nourrissent essentiellement de blé, parfois de maïs. A la fin de l’été, les souris préparent leurs réserves pour le printemps prochain. Durant l’hiver, les souris hibernent, trois mois. A leur réveil, les arbres sont en fleurs.

         Hommes et souris vivent en harmonie. Les hommes leur laissent une partie de la récolte. C’est une sorte d’accord. Si celui-ci n’est pas respecté, à la saison suivante, les souris détruisent la récolte toute entière.

         En échange, elles se battent avec les chevreuils quand ils traversent les champs.

Léane

LES GRAVES

         Serpents longs de deux mètres, les graves vivent dans les forêts humides, dans les arbres. Il se nourrit de feuilles, de plantes, de racines. Il passe la moitié de la journée à manger, l’autre à digérer. Le grave s’attaque parfois aux plantations des hommes, qui les chassent pour cette raison, mais aussi pour leur chair comestible.  

          La chasse aux graves est difficile. L’animal, très rapide, est difficile à capturer. Capable de changer de couleur, il peut facilement se cacher, éviter la mort. On le repère cependant, dans la forêt, grâce au bruit qu’il produit, un bruit très grave.

         La morsure du grave n’est pas mortelle, mais elle inflige une douleur insupportable, très intense.

         La peau du grave est quant à elle utilisée pour confectionner des vêtements, des chaussures.

          Julie

LES MUSKELS

         Animal impressionnant, mi-cheval, mi-oiseau, mais très peureux. Gris, il possède quatre sabots noirs, deux ailes. Sa tête est assez grande, dotée d’un grand bec, de beaux yeux bleu clair. Sa grande taille ne l’empêche pas d’être majestueux, très gracieux, même si lorsqu’il est effrayé il peut avoir des mouvements brusques.

         Les muskels habitent dans les grottes, au sommet des montagnes. Ils ne se déplacent qu’en groupe, de dix à vingt. Ils ont peur du soleil et ne sortent de leur grotte que la nuit ou quand le temps est très nuageux. Ils passent la nuit à travailler. Les muskels sont organisés un peu comme des fourmis. Chacun a son poste. Ils entretiennent un lien familial fort.

         Ils ne croisent que très rarement les hommes, ne sortant que la nuit. Mais ils semblent les respecter car ils vivent comme eux en tribus.

Thaïs

LES PHOENIX

         Gigantesques aigles de dix mètres de long, couverts d’or et de flammes. Ils habitent au creux d’un volcan, sur une île. Ils se nourrissent d’une seule plante, la fleur d’or enflammée, qui leur donne leur pouvoir unique.

         Les phoenix défendent l’île, des animaux marins, Kraken, serpents des mers géants, carpes vampires ailées, autres monstres capables de détruire leur île paisible.        Les phoenix pondent leurs œufs dans la lave brûlante du volcan. Quelque jours plus tard, les bébés sortent de leur coquille, au milieu des flammes. Les petits ne quittent le volcan qu’au bout de plusieurs mois.

         Quand un grand Phoenix meurt, ses cendres se déposent sur la plage. L’oiseau d’or et de flammes renaît alors de ses cendres. Les habitants du village déposent des fleurs d’or enflammées sur le sable.

Thomas

LES ROSTRES

         D’étranges monstres, visqueux comme la larve. Son corps est recouvert d’une quantité extravagante de slime jaune, qui le rend semblable au blob. Couvert d’une membrane d’eau, il se déplace rapidement grâce à son envergure. Sur les côtés, des tentacules violettes, derrière, une longue queue. Ses yeux globuleux repoussent les prédateurs. Une bouche velue, des oreilles se rétractant sous la rosée du matin. Il verdit sous l’action du soleil. Flairant de la viande, son museau s’allonge.

         L’été il chasse. Il engloutit loutres, tortues, jusqu’à trente kilos par jour. L’hiver il hiberne. Dans son grand terrier, vers le Nord, il dort. S’il se réveille, c’est par peur de mourir.

         Les tribus du Nord le consomment. Écrasé, mélangé avec des épices sacrées, il subvient au besoin des Hommes. On ne le chasse que l’hiver, quand il hiberne. S’il se réveille et vous touche, vous en garderez une cicatrice jaunâtre dont les plus anciens aiment à raconter l’histoire.

Antoine

LES MOUCHES

         De grandes bestioles inoffensives, au dos confortable pour les traversées magiques au-dessus d’une île perdue dans la mer NëtBourg.

         De grands yeux rouges, quadrillés. De grandes ailes, avec des rayures orange et jaunes. Dotées d’une longue trompe, elles se nourrissent de jus de noix de coco. Elles habitent sur une île peuplée d’enfants orphelins, qui ne se nourrissent que de pictères morts.

         Les mouches aiment à survoler l’île pour voir les enfants jouer. Quand les enfants se chamaillent, elle interviennent, s’installent au milieu d’eux. Le soir, les mouches rejoignent les grands palmiers. Elles s’endorment pendant que les enfants se baignent.

         Quand une mouche meurt, les enfants brûlent son corps, mettent ses cendres dans une bouteille et la jette dans la mer NëtBourg.

Loane

LES  VAIROIS

(Illustration de la 1ère de couverture du recueil)

         Gigantesque bulle de gaz, verte de près, bleue de loin. Cyclope terrestre, il laisse derrière lui une traînée toxique. Une odeur de mort, qui s’étend sur des kilomètres dans le désert. Il aime les milieux chauds, arides. Main sur la tête, pattes à l’arrière lui permettent de creuser des galeries.

          Le varois se nourrit de sable, le convertit sous l’action du soleil en un gaz épais. Nomade, il ne cesse de se déplacer. On ne lui connaît pas d’habitat.

         Selon les spécialistes, il existerait depuis la nuit des temps, bien avant l’apparition de la vie.

         Ils attaquent les peuples du désert, sans raison aucune, les asphyxiant. On ne peut les tuer qu’en perçant leur œil unique. C’est tout ce qui reste de la gigantesque bulle de gaz. Les hommes récupèrent l’œil et s’en servent comme talisman contre les mauvais esprits. Ils en ornent aussi leurs pieux, leurs lances, quand ils partent à la guerre contre des tribus adverses.

Antoine

 LES MUSKELS

         Grand ours, peau noire, poils blancs, ils marchent sur deux pattes comme les humains. Leur taille est de deux mètres vingt pour les femelles, deux mètres pour les mâles à l’âge adulte. Ils se nourrissent de poissons et de bêtes errantes. Ils peuvent vivre jusqu’à soixante ans.

         Ils vivent dans les vastes montagnes. En période de reproduction, les mâles poussent un cri qui ressemble à celui de l’élan. Les femelles choisissent celui qui a le plus beau cri. Les muskels ont un instinct très maternel et défendent jusqu’à la mort leurs petits contre les prédateurs. Ils sont eux-mêmes de très bons chasseurs, dotés de redoutables griffes aiguisées qui déchirent les peaux les plus dures. On dit qu’ils aiment tuer.

         Les muskels sont protégés par les hommes depuis qu’ils sont en voie de disparition. On les surveille depuis de très hautes tours. Jadis, il étaient  chassés. Leur peau noire servait à confectionner des sacs ; leurs poils, blancs comme la neige, des manteaux.

Ninon

« APOSTILLES », GAËL GUILLARME, ÉDITIONS HENRY, COLLECTION « LES ÉCRITS DU NORD », MONTREUIL-SUR-MER, 2021 (note de lecture parue dans « Diérèse » 82, automne 2021).

  Addendum en marge ou en bas d’un écrit, le terme d’« apostille » vient du bas-latin postilla, qui signifie « note », « explication ». Également employé dans le champ juridique, le mot, mis au pluriel, désigne ici un ensemble de courts poèmes, sensibles et vrais, consacrés à des instants du quotidien, des lieux, des sentiments, comme autant d’annotations lyriques et précises. Professeur de Lettres dans le secondaire, Gaël Guillarme a pris soin de rendre le verbe accessible, comme s’il s’agissait (enfin !) d’éviter l’écueil du formalisme, de l’hermétisme. Les lycéens eux-mêmes ne s’y sont pas trompés, attribuant le prix des Trouvères à la plaquette, saluant de fait  le style sobre, mais riche, propre à Apostilles. Qu’il s’agisse d’évoquer la nuit, le ciel rendu à la mort et une forêt d’étoiles (p. 44), le parc Monceau et les yeux des statues (p. 45), ou encore un enterrement (Ce matin on enterre grand-mère/La fenêtre a l’effroi d’une porte de cave, p. 26), Gaël Guillarme sait parfaitement restituer l’émotion du moment, les odeurs, les images et les sons. Ainsi des douze fragments dont chacun est consacré à un mois, définissant une sorte de calendrier littéraire : chaque texte reproduit l’ambiance, le climat propres à la saison : Un oiseau porte le jour/en équilibre sur son aile/Un nuage décide du miracle (« Apostille au mois d’août », p. 39).

  L’homme choisit parfois de respecter la rime, ce qui confère évidemment un tour classique à l’ensemble. On peut d’ailleurs parler d’un recueil classique : non pas vieillot ou ringard, à l’instar de certaines productions néo-classiques, justement, mais plutôt éloigné du champ expérimental. S’apparentant à de longs haïkaï, les apostilles s’inscrivent quand même dans une sorte de tradition : celle d’une poésie lyrique versifiée. La métrique est ainsi soigneusement étudiée, pour aboutir à une fine musicalité, un délicat phrasé.

   Une mélancolie diffuse, presque apaisée, baigne le tout, notamment lorsque l’auteur parle de la nuit : La main qui sait les tristesses de l’or/se perd en caresses dans le revers du ciel/et fraye la passée d’une bête/aux abois dans une forêt d’étoiles (p. 44). Apostilles procède d’une nostalgie douillette, comme s’il fallait fixer les endroits, les gens, les souvenirs par écrit. Dès lors les textes sont autant de stèles pour ne pas oublier, conserver une trace. Discrète autant que réelle, la foi permet cependant de dépasser la tristesse (Flocon d’été/le papillon/a son ombre/au-delà de Dieu, « Apostille à l’éphémère, p. 26). Et parfois d’authentiques moments de joie, pareils à des trouées de lumière, éclairent l’ensemble : La promesse de la fleur/à la branche du pommier/emprunte à l’enfant (« Apostille au mois d’avril », p. 38).

« ANIMAUX » À L’ÉCOLE! (série: mon propre travail)

L’année prochaine, mes élèves étudieront quelques « animaux » dEtienne Ruhaud. L’idée m’est venue comme une évidence: découverte de la poésie contemporaine pour des adolescents : sacré défi, certes, mais je suis persuadé qu’il y a dans ce merveilleux recueil quelque chose, relevant peut-être de la magie créatrice déjà pour certains perdue de l’enfance, qui saura les toucher ; et également, plus prosaïquement, mine d’or en terme d’exercices d’écriture dont j’ai déjà l’idée…

… Tel est le sympathique message laissé sur Facebook par mon ami, le poète Gaël Guillarme, professeur de Lettres classiques en Poitou-Charentes. Quelle plus belle récompense que de voir son recueil étudié en classe! Mon autre ami, également écrivain, Christian Ghiotti (alias Nasthir Togitichi), psychologue, a lui fait lire mes textes aux jeunes pensionnaires d’un IME (institut médico-éducatif), en Seine-Saint-Denis. Un chaleureux merci (je reproduis le texte ci-dessous).

Photo de Christian Ghiotti.

Animaux, lue d’une voix haute et craintive, par une élève (légèrement déficiente) d’un IME (institut médico-éducatif). Un bon support d’entretien clinique. Que d’associations ! Et elle lit du Ruhaud avec intérêt et plaisir ! Le surréalisme, ici, c’est la rencontre improbable d’ un livre d’un bon niveau, et d’une jeune femme de 18 ans abonnée aux Mangas. Ça vaut presque celle d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table à dissection… Elle n’est pas, de loin, la plus démunie de cette école. Le lien thérapeutique est bon, où va t elle m’emmener ?

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