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UN ENTRETIEN AVEC JEAN-PAUL GAVARD PERRET (mon propre travail)

Jean-Paul Gavard-Perret me gâte, en ce moment. L’universitaire et poète savoyard, spécialiste de Beckett, auteur d’un article sur Animaux, m’offre une belle interview pour le site Lelittéraire.com. Je l’en remercie, évidemment, et reproduit le texte ci-dessous, ainsi que le lien vers le site en question. C’est la deuxième interview de ma vie, la première ayant été réalisée en 2013 par Yann Landry sur YouTube, après la sortie de Disparaître. Grand merci à Jean-Paul, donc! L’aventure continue.

Etienne Ruhaud le dompteur — entretien avec l’auteur (Animaux)

Ruhaud tisse et détisse sans cesse un grand tapis grouillant sous la mousse de ses “contes” ani­ma­liers. Dans ce tapis : un motif — comme dans la célèbre  nou­velle d’Henry James. Et, comme lui, il y com­bine l’amusement et le mys­tère, conduit à s’interroger sur l’essence de la lit­té­ra­ture et l’existence de son motif secret. Celle qui consti­tue la trame de son écri­ture revient comme un leit­mo­tiv, de texte en texte : la bête.
Et par elle, au passé qui n’est fait que d’illusions, l’écriture donne un ave­nir mons­trueux. C’est un futur anté­rieur, vivant. C’est un retour fric­tion­nel qui apprend une vérité et crée une his­toire qui n’aurait pas pu exis­ter. De même qu’il faut deux temps pour créer un trau­ma­tisme, il en faut aussi deux pour le résoudre et c’est ce que l’écriture pro­pose.
En ce moment, la pan­dé­mie et les désordres du monde nous font redou­ter le tota­li­ta­risme tou­jours prêt à sur­gir, la liberté et l’épique dro­la­tique se dis­putent la vedette, lais­sant pla­ner la peur mais juste ce qu’il faut.

Etienne Ruhaud, Ani­maux, Edi­tions Uni­cité, Saint-Chéron, 2020, 50 p. — 12,00 €.

Entre­tien : 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Soit les néces­si­tés pro­fes­sion­nelles, soit le désir de lire, d’écrire, ou tout sim­ple­ment de me pro­me­ner en ville.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
J’en ai accom­pli une par­tie en voya­geant, et plus encore en publiant des livres.

A quoi avez-vous renoncé ?
J’ai briè­ve­ment songé à deve­nir réa­li­sa­teur, puis j’ai com­pris que la chose serait très compliquée.

D’où venez-vous ?
Je suis né à Rennes mais n’ai pas d’origine bre­tonne. Mon père, un ancien édu­ca­teur spé­cia­lisé, y avait été muté. J’ai essen­tiel­le­ment grandi à La Rochelle. Ensuite, j’ai un peu voyagé en France. Je vis à Paris depuis plus de dix ans.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Le goût des livres et de la culture, essen­tiel­le­ment, ce qui n’est pas négligeable.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Boire un bon verre de vin.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres poètes ?
Peut-être mon approche ani­ma­lière, puisque j’écris des bes­tiaires, et mon goût pour les sur­réa­listes com­plè­te­ment oubliés.

Com­ment définiriez-vous votre approche de la faune et de la flore ?
J’aime énor­mé­ment les ani­maux, même si je place l’homme au-dessus, du fait qu’il ait une conscience. Je fré­quente les zoos et regarde les émis­sions ani­ma­lières. J’aime aussi me retrou­ver en forêt, bien que je ne connaisse pas le nom des arbres ou des plantes.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Je n’en n’ai pas vrai­ment sou­ve­nir. En matière de pein­ture, j’ai tout de suite été séduit par Arcim­boldo, Dali, Jérôme Bosch et René Magritte.

Et votre pre­mière lec­ture ?
Là aussi c’est com­pli­qué. Il devait s’agir d’une col­lec­tion verte. Jeune, j’ai été très mar­qué par une his­toire de pirates dont j’ai oublié le nom, puis par les romans de Jack London.

Quelles musiques écoutez-vous ?
J’écoute beau­coup de clas­sique (avec un faible pour Debussy ou Schu­bert), mais aussi du métal, de l’électro, et un peu de chan­son française.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
“Les fleurs du mal” et “Exten­sion du domaine de la lutte” de Michel Houel­le­becq. Entre autres.

Quel film vous fait pleu­rer ?
“Œdipe-roi” de Pasolini.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Un homme en léger sur­poids, myope, rela­ti­ve­ment grand.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
À un amour de jeu­nesse, car je crai­gnais sa réaction.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
La Nouvelle-Orléans et Mos­cou. Je n’y suis jamais allé.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Il y en aurait beau­coup. J’ai été très mar­qué par les roman­tiques fran­çais, dont Gérard de Ner­val, mais aussi par les sur­réa­listes, ou assi­mi­lés, comme Artaud, Michaux. Je ne sais pas si je suis proche d’eux. En matière de roman contem­po­rain, j’apprécie beau­coup d’auteurs. Je ne crois abso­lu­ment pas à l’idée selon laquelle il n’y aurait plus rien. Je peux vous citer entre autres Michel Houel­le­becq, Thierry Jon­quet, ou encore Fran­çois Bon.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Une bague en or, avec un dia­mant. Mais c’est très cher !

Que défendez-vous ?
Le droit à une liberté d’expression totale, quelles qu’en soient les consé­quences. Cela existe aux États-Unis.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Je ne crois pas tel­le­ment aux théo­ries laca­niennes, mais cette phrase est fort belle. Bien qu’un peu péremptoire.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?“
« Si vous avez com­pris quelque chose à ce que je viens de dire, c’est que je me suis mal exprimé » (Jean-Luc Godard).

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Si je crois au livre numé­rique et aux nou­velles tech­no­lo­gies dans le domaine lit­té­raire. La réponse est oui !

Pré­sen­ta­tion et pré­sen­ta­tion réa­li­sés par jean-paul gavard-perret, le 19 novembre 2020.

Etienne Ruhaud le dompteur – entretien avec l’auteur (Animaux) | lelitteraire.com

« Le bal des vampires », ETIENNE RUHAUD, ANIMAUX (un article de Jean-Claude Gavard-Perret. Série « mon propre travail)

Universitaire spécialiste de Beckett, poète, critique chez Diérèse, Jean-Paul Gavard-Perret, que j’ai croisé à Chambéry il y a plus de dix ans, me fait l’honneur d’une recension. Merci à lui, donc, pour ce bel article!

https://cafe-valpins.blogspot.com/2020/11/le-bal-des-vampires-etienne-ruhaud.html?fbclid=IwAR0K4xrT5RLWadFCd9PAj7DFjfeN-AzIi241ItcHpuDlC_QYLnWXkeYoPxA

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Paul_Gavard-Perret

L’écriture de Ruhaud s’inscrit dans un courant tragico-jubilatoire. Soudain notre savoir du monde semble venir de l’immonde et de la « monstration ». L’auteur offre un bestiaire et une flore qui dépassent tout ce que nous connaissons.Par exemple, les « disques – grandes huîtres de vase extraplates, impeccablement rondes » sont immenses et les indigènes qui les côtoient en ont moins peur que nous : après avoir peints leur coquille – ils les placent sur un pick-up où ils produisent des grondements sourds. Quant aux cèpes ils prennent la dimension gigantesque de « vastes galettes spongieuses » de plusieurs mètres de circonférence.Tout cela dans l’objectif marqué  de tirer la langue à la dévotion qu’on porte à ce que nous connaissons. Autant au sujet des règnes animaux et végétaux que des hommes réduits à des groupes anonymes.  L’art poétique fait donc remonter des abîmes ce qui pourrait causer notre perte avec autant d’intelligence, de finesse que de drôlerie. 
Mettant la main à la pâte gluante des marais et la papatte de monstres repoussants, l’auteur propose une écriture des miasmes. Mais elle n’a rien de boueuse là où tout finit bien sûr par un bal des vampires selon la danse fantaisiste et ténébrante propre à l’auteur. 
Sa langue mêle dynamisme physique, tripotage jubilatoire et scansion allègre. Se trouve assumé et retourné par l’écriture tout ce qui est contre la matière-mère qu’on nomme nature.

Jean-Paul Gavard-Perret

Etienne Ruhaud, Animaux, Editions Unicité, Saint-Chéron, 50 p., 12 E.

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