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DÉDICACE D’ODILE COHEN-ABBAS À PARIS LE 4 JUIN 2021 (SÉRIE « ÉLÉPHANT BLANC »)

Chers amis, chers lecteurs,

Comme indiqué dans le précédent billet, Odile Cohen-Abbas dédicacera donc Canon de Sanda le vendredi 4 juin, à 15 heures, à la mairie du Vème arrondissement (place du Panthéon), dans le cadre du salon « Quartier du livre », sous le patronage de Laure Adler. Rendez-vous donc au stand des éditions Unicité. Ce sera l’occasion de lancer ma nouvelle collection « Eléphant blanc » (je ne sais toutefois si je serai présent). Vous pourrez retrouver d’autres auteurs d’Unicité, fidèles du blog, comme Jacques Cauda ou Eric Dubois.

Moi-même, je viendrai dédicacer le week-end. Vous pouvez me joindre, comme d’habitude, à l’adresse mail er10@hotmail.fr.

LANGAGE(S), ÉRIC DUBOIS, éditions Unicité, 2017 (note de lecture parue dans « Diérèse » 80, hiver printemps 2020-2021)

  Publié par Unicité, ce court recueil semble tout entier placé sous le sceau du doute. S’interrogeant sur le sens de la vie, ce fake (p. 21), cet artefact (p. 24), Éric Dubois décrit avec talent l’effacement du souvenir, la disparition, la nostalgie, cette ombre portée (p. 22). Décevant, le réel paraît également à la fois fugace et pesant, à l’instar des bruits du RER (p. 27) entendus à Joinville-le-Pont, ville d’origine. Une délicate, mais profonde mélancolie, s’exprime ainsi au fil des pages, des ces brèves notes, ces vers libres fragmentaires. On songe parfois à André du Bouchet, tant la phrase est rare, retenue. Car il s’agit de saisir les bribes du monde en une série de clichés, de croquis, d’images fugaces.

   Dès lors, puisque tout semble vain, éphémère, comment composer avec l’absence ?, ou encore comment composer avec l’oubli ? (p.33). La réponse se trouve déjà dans le titre, inscrit en rouge sur une couverture blanche, sobre et dépouillée, comme pour coller au propos, au style. Seul le verbe, seuls les « langage(s) », semblent en effet devoir répondre à pareilles interrogations. La pratique de la poésie, conçue comme exutoire, sauve du désespoir. La peau des mots recouvre bien des silences et des incertitudes (p. 35) déclare ainsi le poète au détour d’une page. À la fois lyrique et théorique, le recueil indique, éclaire, fournit la clé. Pour survivre au monde et dépasser l’absurde, il faut écrire. Et c’est bien cela que s’emploie l’auteur, non sans talent. Sa parole, précisément, permet non seulement de magnifier une réalité dure et creuse, mais encore de dépasser l’effacement, et donc la fin. Écrire, c’est tutoyer la mort/Dire l’impossible/Écrire ou mourir/On laisse parfois des mots en héritage (p.26), estime ainsi celui qui place dans la création tout son espoir.

ENTRETIEN AVEC ÉRIC DUBOIS (série « La voix des auteurs »)

Poète, blogueur, président de l’association « Le Capital des mots », Éric Dubois (54 printemps), dont nous parlons ici régulièrement, sort un nouveau recueil en avril, aux éditions Unicité. Nous avons cherché à en savoir plus sur Somme du réel implosif. L’homme a accepté de répondre à nos questions.

https://www.lecapitaldesmots.fr/

https://poesiemag317477435.wordpress.com/

  • Somme du réel implosif… Le titre du recueil est singulier. Peux-tu nous en dire plus? Es-tu un poète du réel?

Somme du réel implosif..  C’est un bout de vers dans un des poèmes proposés que j’ai trouvé parlant. Je suis un poète du réel comme tous les poètes, qu’ils soient romantiques, symbolistes ou surréalistes…

  • Ce même réel apparaît souvent pénible, trivial. Dans la première partie, tu évoques ainsi La merde la pluie les pavés… Le monde extérieur est-il si décevant?

J’aime la trivialité du réel. Cette vulgarité, qui tranche avec la belle poésie. Cela, Baudelaire l’avait compris bien avant moi, et sans doute mieux que moi!

  • Ni vers libre à proprement parler, ni prose, ton style est délibérément fragmentaire, comme celui d’André du Bouchet. On songe parfois à une série de haïkaï. Est-ce justement pour mieux saisir un monde fuyant? Capter des images?

Mon style oscille  effectivement entre la prose et le vers libre. Et je m’exprime souvent de manière fragmentaire, à travers une série de distiques comme tu as pu le constater. Je n’aime pas la poésie bavarde, mis à part quelques exceptions (Claudel, Péguy ou Aragon…) Dire peu pour dire plus, cela me convient. Au fond, je suis un taiseux quand je suis seul, avec moi-même, hors du spectacle du monde et hors mondanités.

  • Tu as publié une vingtaine de plaquettes depuis 2001. On te doit aussi un détour par la prose, à travers deux romans (Lunatic et Paris est une histoire d’amour), ainsi qu’un récit autobiographique (L’homme qui entendait des voix, Unicité, 2019). Établis-tu un lien entre la prose et la poésie? Te considères tu d’abord comme un poète, et pourquoi avoir choisi ce moyen d’expression?

Je suis un poète qui écrit des récits et des poèmes, un poète qui dessine et peint, un poète qui photographie et fait des vidéos faussement bidons, mais un poète avant tout. À l’instar de Cocteau, je suis un poète du réel et parfois du surréel, qui fait de la poésie, qui en écrit. J’ai toujours écrit des récits, des romans, qui ont disparu dans des corbeilles ou bien donné à des amis. Les ont-ils gardés? Je n’en sais rien! Il faut dire que j’ai commencé à quatorze ans. La peinture, le dessin, c’est venu vers trente ans, quand j’ai fait un séjour en HP pour bouffée délirante.

  • Ce dernier recueil est-il autobiographique? Si oui, dans quelle mesure?

Oui, je parle de schizophrénie, j’emploie le mot tel quel sans périphrase inutile et sans masque.

  • La poésie doit être faite par tous. Non par un, déclare Lautréamont. Président de l’association “Le capital des mots”, blogueur, ancien animateur de radio, penses-tu que le poète doive s’isoler pour créer? La pratique d’Internet, le fait d’échanger sur les réseaux, ont-ils une influence sur ton rapport au poème, sur ton écriture?

On peut écrire partout, au café, dans son bain ou dans son lit avec un crayon et du papier ou un ordinateur, de préférence seul. L’écriture est un acte solitaire! Internet, Facebook, Twitter ou Instagram c’est surtout pour montrer ce qu’on a dans le ventre, sous le capot. J’aime bien utiliser ces supports-là, je ne m’en cache pas. Comme j’aime utiliser les blogs.

  • Tu pratiques également la peinture, à titre amateur. Ta poésie est souvent figurative, ancrée dans le présent, comme nous l’avons dit plus haut. Doit-on établir un lien entre la plume et le pinceau? Es-tu influencé par certains plasticiens?

C’est amusant: la plupart des gens trouve mes peintures, mes dessins, mes textes, abstraits sinon abscons. En fait, je photographie le réel et n’évite pas toujours les clichés… Je plaisante. Dans les faits, je me sens influencé par Van Gogh, Matisse ou Basquiat, soit des peintres du réel. À l’âge de seize ans, j’ai découvert le surréalisme:  Breton, Eluard, Desnos, Artaud, Ernst, Dali, Bellmer… Tous ces créateurs ont durablement marqué l’adolescent naïf et maladroit que j’étais. J’ai commencé à écrire des textes plus audacieux, plus imagés… Puis je me suis lassé… Tout cela m’a construit, a cimenté ma sensibilité, de manière plus ou moins consciente. Mon écriture est également tributaire de mes rêves.

  • Tu évoques aussi la peur des mots, et le terme silence apparaît de manière récurrente, au détour des pages. Dans un précédent recueil (Mais qui lira le dernier poème?  publie.net, 2011), tu t’interrogeais sur le sens même de la poésie, sur son impuissance, sur sa possible disparition. Peu médiatisée, peu lue, la poésie a-t’elle encore un sens?

 Oui, elle en a un, celui d’être en dehors de la littérature et dedans. Les poètes sont les aristocrates de la littérature, et en même temps des laborantins. Même s’ils ne s’en rendent généralement pas compte. 

  • Un poème doit être/une empreinte. Malgré sa fragilité, la poésie ne nous sauve-t-elle pas, justement, du désespoir, de la disparition?

Elle est disparition et épiphanie, elle vit et elle meurt, elle renaît à chaque vie.

  • Signature du bonheur/qui transforme les fantômes. La joie, le bonheur, font parfois de timides percées au sein d’un livre généralement sombre, mélancolique. Connais-tu des moments de joie, quand tu écris?

  Oui, quand c’est fini. La joie n’est pas dicible, elle est même obscène quand elle est démonstrative. On n’écrit pas quand on est heureux. Heureux, on vit, on fait l’amour, on aime mais on n’écrit pas. L’écriture est une magnifique tragédie.

(entretien réalisé par Etienne Ruhaud, janvier 2021)

ÉRIC DUBOIS PARLE D' »ANIMAUX » (mon propre travail)

   Maintes fois cités sur Page Paysage, le poète Éric Dubois nous fait l’honneur d’évoquer Animaux dans une sympathique vidéo, diffusée sur YouTube. Nous publierons prochainement un article consacré à son recueil Langage(s), publié là encore chez Unicité. Décidément très actif, le président du « Capital des mots » (association loi 1901) cite également un extrait de notre livre sur un nouveau blog, illustré par Jacques Cauda (cf lien ci-dessous).

https://poesiemag317477435.wordpress.com/2020/11/27/etienne-ruhaud/

UN POÈME D’ÉRIC DUBOIS

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Eric Dubois par Jacques Cauda

Où sont les fantômes
des amis disparus ?
Ils traversent la pièce
sans faire de bruits
et longent le miroir
où je regarde mon visage

Octobre 2017

« DISPARAÎTRE », une chronique de Yasmina Mahdi (parue dans « Le Capital des mots »)

  Co-directrice, avec son mari Didier Ayres, de la revue L’hôte, Yasmina Mahdi nous offre une très belle critique de Disparaître. Nous l’en remercions vivement, de même que nous remercions Eric Dubois, poète, blogueur, ami, qui a relayé le texte sur « Le capital des mots ». Nous aurons l’occasion de reparler de Didier, de Yasmina et d’Eric sur le site, ainsi que dans la revue Diérèse.

Un lien vers « Le Capital des mots », revue en ligne d’Eric Dubois

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Déambuler/errer

   Disparaître commence un peu à la manière d’un roman d’investigation, et l’on y rencontre le monde du travail et l’arbitraire de ses hiérarchies. Il y a quelque chose de vivant et de désespéré, de morbide, et ce n’est pas un oxymore, dans cette banlieue parisienne, où « s’étale sur le trottoir gelé (…) une neige dense » dans un « poisseux matin de janvier ». Le mot latin simili est employé à plusieurs reprises, à la fois comme signifiant la matière, le faux, l’imitation, et comme symbole de la condition d’individus condamnés à un incessant remplacement, à n’être que de simples substituts au sein d’entreprises malades : des travailleurs palliatifs. Le témoignage du roman est en un sens sociologique, et en cela, Disparaître vise une certaine objectivité. Étienne Ruhaud décrit un univers que l’on analyse comme corollaire du libéralisme, qui génère l’exploitation des plus démunis, des marginaux, des étrangers, que le chômage touche et exclut du système. Un affreux vocabulaire commercial a remplacé l’éloquence, chère à l’auteur. Ce constat est celui d’une société en crise, inégalitaire et brutale.

   Les pauvres, les indigents – masse anonyme au XIXéme siècle -, se retrouvent au XXIème siècle, numérotés, parqués, condamnés, mais tout aussi anonymes, étiquetés comme improductifs. Compensation et décompensation alternent avec précarité. Le Limousin figure comme lieu de départ d’un vaste exode rural en 1961, de « prolétaires » voisins d’« Algériens » consignés dans « un fatras de bidonvilles » à Nanterre. L’auteur éprouve de la jubilation dans cette misère, évoque des bonheurs simples, le courage des individus exilés pour la survie. Malgré tout, le protagoniste préfère « le bitume (…) recouvert de gelée » aux « dimanches mornes en province (…), à une vie diminuée [en Corrèze], racornie, sans emploi et sans moyens ». Un spleen baudelairien est entrecoupé de conversations banales, d’un rapport au réel direct, parfois trivial, où le corps et ses sanies tranchent avec le doux rêve littéraire du jeune homme. Chez Étienne Ruhaud, les bouchers et la viande morte occupent une place, ainsi que les meublés insalubres, qui renvoient au Paris de 1980 de Rafael Chirbes : « ça pue la viande pourrie, un appart’ de louchébem qui s’est enrichi en vendant de la viande de chien » (Paris-Austerlitz) ; « Mon cerveau n’est plus qu’un morceau de viande rouge et saignant (…) J’aurais besoin qu’on me coupe la tête (…) » (Disparaître). Comme si d’un écrivain à l’autre s’établissait une soudaine continuité au-delà de la mort, de la disparition.

   Un certain pessimisme côtoie une recherche existentielle et une rébellion contre « le conformisme social ». Cette société contemporaine surchargée de signes, de communication et d’échanges via la technologie se révèle aussi vide que spécieuse. Les rôles des fonctionnaires, employés ou décideurs campent une situation socio-économique désastreuse, à la limite des mauvais traitements. Les parallélépipèdes de béton, perforés de galeries commerciales anodines, toutes semblables, le regroupement familial des immigrés dans les HLM, les emplois les plus bas et les moins rémunérés de manœuvres sans qualification, ont donné naissance au fondamentalisme, à la toxicomanie et au chômage comme perspective finale. La perte d’un logement s’ensuit du pire des statuts, celui de sans domicile fixe. Le long de cette déambulation désenchantée, le lecteur va suivre un itinéraire entrecoupé, en zigzag, à travers la vision personnelle et lucide du personnage du roman, au milieu de l’indifférence, voire de l’hostilité des résidents des cités, des passants et de la détresse des mendiants et des ivrognes. La parole d’Étienne Ruhaud guide, repère, critique, construit un morceau de littérature, une ode ténébreuse à la capitale et ses lacis, où encore une fois, et le somatique et le psychisme sont mis à rude épreuve.

   Dans Disparaître, nous sommes proches du microcosme de Raymond Carver et des destins accablés de William Kennedy, à travers la déterritorialisation des hobos. Par cette errance, É. Ruhaud désigne une trajectoire instable qui peut s’avérer commune à beaucoup d’entre nous, et se transformer en perte. L’auteur classifie scrupuleusement les noms de rues, de lieux, de bâtiments, de restaurants, de monuments, où rôde la menace inéluctable du hasard.

YASMINA MAHDI

Plasticienne.

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De gauche à droite: Yasmina Mahdi, Didier Ayres, Etienne Ruhaud, Hélène Mora, Pascal Mora, Claudine Sigler et une poétesse argentine, tous réunis au Café littéraire de Meaux (Seine-et-Marne)

( Notice La Cause Littéraire )

Yasmina Mahdi, née à Paris 16ème, de mère française et de père algérien.
DNSAP Beaux-Arts de Paris (atelier Férit Iscan/Boltanski). Master d’Etudes Féminines de Paris 8 (Esthétique et Cinéma) : sujet de thèse La représentation du féminin dans le cinéma de Duras, Marker, Varda et Eustache.
Co-directrice de la revue L’Hôte.
Diverses expositions en centres d’art, institutions et espaces privés.
Rédactrice d’articles critiques pour des revues en ligne.


ÉTIENNE RUHAUD

Il se présente :
Ecrivain, critique littéraire, blogueur.
Son blog : https://pagepaysage.wordpress.com/

Disparaître. Etienne Ruhaud. Préface de Dominique Noguez. Editions Unicité, 2013

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NB: Ci-dessous le site de la revue L’hôte, évoquée plus haut. Le prix est modique (5 euros), et le contenu fameux.

Revue « L’hôte ».

 

« SÉROTONINE », Michel Houellebecq, Flammarion, 2019 (critique parue sur « Le capital des mots » et dans la revue « Diérèse 75 »)

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  Le livre est attendu depuis quatre ans, depuis Soumission, sorti le 7 janvier 2015, jour des attentats de Charlie Hebdo. Déjà tiré à 320 000 exemplaires, ce septième roman de Michel Houellebecq jouit, comme toujours, d’une couverture médiatique inouïe. Détesté par les uns, adulé à l’excès par les autres, l’auteur semble ne laisser personne indifférent, comme en témoignent les multiples unes qui lui sont consacrées, de Valeurs actuelles aux Inrockuptibles.

   Les amateurs de polémiques et de dérapages seront malgré tout déçus par Sérotonine. Loin de la controverse provoquée par Soumission, qui annonçait une islamisation complète de l’Hexagone, le livre est en effet bien sage, ou, disons-le, plus littéraire, moins trash. Hormis quelques minces saillies homophobes, une rapide scène de zoophilie, Houellebecq ne paraît pas vouloir choquer le bourgeois. Haut-fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, Florent, quarante-six ans, abandonne sa jeune compagne japonaise pour végéter dans un hôtel Mercure du XIIIème arrondissement, avant de partir sur les routes, sur les traces du passé. Traversant une France rurale abandonnée, l’homme renoue avec son seul ami, gentleman-farmer ruiné par la crise du lait, mais échoue à reconquérir la douce Camille, devenue vétérinaire en Normandie. Telle est l’intrigue d’un épais volume écrit dans une langue harmonieuse, mélancolique, procédant d’une sorte de lyrisme asséché typiquement houellebecquien. Récit de l’errance, récit du deuil, Sérotonine est aussi un long morceau de poésie. Derrière le cynisme, le nihilisme apparent se cache un profond amour de la terre, de cette France rurale désertifiée, des paysages intimes, de l’enfance perdue : Le lendemain je me rendis à Coutances noyée dans la brume, c’est à peine si l’on apercevait les flèches de la cathédrale, qui paraissait ceci dit d’une grande élégance, la ville dans son ensemble était paisible, arborée et belle (p. 270).

   Alors, certes, on pourra s’indigner, avec les députés poitevins, des paroles peu amènes prononcées sur Niort (l’une des villes les plus laides), on pourra disserter sur la pensée souverainiste d’un ex-chevènementiste opposé au libre-échange, on pourra évoquer cette surprenante anticipation du phénomène « gilets jaunes », mais le propos n’est fondamentalement pas idéologique. Homme cultivé, riche, mais somme toute moyen, noyé de médicaments, Florent, tel le narrateur d’Extension du domaine de la lutte, incarne une sorte de désarroi très actuel, d’absence de sens, par-delà les considérations économiques ou politiques. Ne parvenant pas, comme Huysmans, à se réfugier dans la religion, Florent n’arrive pas non plus à aimer ses contemporains. La figure nervalienne de Camille, fil rouge de Sérotonine, femme idéale, maternelle, perdue, demeure inaccessible, car il est trop tard. Ne restent que le doute, la solitude, les antidépresseurs. Et, en guise d’ultime consolation, l’humour grinçant, noir, propre à Houellebecq, qui jaillit parfois, de façon diffuse, au détour d’une phrase, comme pour atténuer la tristesse.

Pour lire l’article dans la revue électronique « Le Capital des mots » d’Eric Dubois

MAIS QUI LIRA LE DERNIER POÈME?, Éric Dubois, publie.net, 2011 (article paru dans « Diérèse » 65, printemps-été 2015).

dubois_mais-qui    Blogueur, homme de radio, fondateur et animateur de la revue en ligne « Le Capital des mots », Eric Dubois semble opposé à toute forme d’hermétisme, tant dans ses choix de publication que dans sa propre production littéraire. Déployant une langue à la fois sobre et néanmoins souple, harmonieuse, Mais qui lira le dernier poème ? évoque la vie quotidienne, au risque d’un certain prosaïsme, parfois, une sorte de simplicité volontaire, ascèse stylistique, qui n’est pas sans rappeler, par moments, Bukowski ou Houellebecq : Le temps s’étire comme un chewing-gum/La bite perdue dans les poils et les plis/du pantalon/Dans la poussière/et les temps morts. Editeur du recueil sous forme numérique, François Bon parle lui d’écriture concrète. Poésie de l’actuel, de l’immédiat, les vers brefs et précis d’Eric Dubois parlent de la cité d’aujourd’hui, son décor froid, inamical mais familier : Encore l’œil électronique/de désirs fantasmés/Par l’unité centrale/La caméra et l’écran/dans la nuit du commerce. Visuels, matérialistes, les textes ne constituent pas pour autant une sorte de contemplation plate et détachée, une forme d’objectivisme un peu formel. Chaque phrase semble en effet habitée par la mélancolie, pour ne pas dire le désespoir. Quelle valeur accorder à la poésie, au sein d’une société désincarnée ? Angoissé par la perte de sens, la vacuité intérieure, Eric Dubois s’interroge douloureusement : Quel sera le dernier poème ?/L’unique correspondance ?/Quand écrirai-je le dernier poème ?/Qui le lira ?/Aurai-je la force de l’écrire ?. Reste l’amour, apparu en filigrane comme pour sauver l’homme de sa propre déréliction, de son propre sentiment de néant : Il était une fois/elle/Je l’adore/ses cheveux/Et le temps/a continué à faire son chemin.
Riche en images, dépouillé mais fin, ce bref recueil trop méconnu, ouvre donc à une lecture à la fois originale et sincère de l’époque, du désarroi contemporain.

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L’article sur le site d’Eric Dubois

L’article sur le site publie.net

ÉVÉNEMENTIEL D’AVRIL 2018

 

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De gauche à droite: Cristina Hermeziu, Diana Adamek, Maria Iaroslavchi, Irina Theodorescu, Isabelle Lagrange, et Etienne Ruhaud.

Chers amis,

  Ouvrons le mois d’avril, non avec un poisson, non avec un Kinder Surprise, mais bien avec cette photo, souvenir d’une émouvante rencontre au Salon du Livre de Paris, le 17 mars, au pavillon de la Roumanie. Bien qu’arrivé légèrement en retard suite à des problèmes de transport, j’ai pu présenter La douce histoire du triste éléphant, roman publié par les soins de notre ami Paul Sanda et de sa compagne Rafael de Surtis. Un très beau moment. Et sinon…

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   Silène, dont nous avons déjà parlé sur le blog, dédicacera ses livres, parmi lesquels Moana et 14-14 (éditions Bragelonne), le 4 avril à la librairie ‘Jeux Lis là’ en compagnie d’Aude Marzin (17 rue du Champ de Mars, 75007 PARIS, 01 44 18 38 77). Pour des raisons professionnelles, je ne pourrai peut-être être pas venir, hélas.

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  Le 6 avril, cette fois, de 18 heures à 21 heurs, Patrick Frêche et son équipe reçoivent Denis Montebello à la Librairie du Rivage (62 boulevard Aristide Briand, 17200 ROYAN), pour une rencontre et d’âpres ou aimables conversations autour de Ce vide lui blesse la vue (éditions La Mèche lent,) & Comment écrire un livre qui fait du bien (éditions Le temps qu’il fait). Nous reparlerons très rapidement de Denis, à travers deux articles. Pour le découvrir, ou le redécouvrir:

Une présentation du blog de Denis Montebello

Un entretien avec Denis Montebello autour de Pétrarque

« La nouvelle austrasie », un texte de Denis Montebello.

Un article autour de « La maison de la gaieté », paru dans « Diérèse » 69.

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   Comme indiqué ci-dessus, le traditionnel « Café-poésie » de Meaux, animé par Pascal Mora, se tiendra le samedi 21 avril.

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   Le mardi 24 avril, à partir de 19h15, l’association « Le Capital des Mots » (du nom éponyme de la revue en ligne), dirigée par le poète Eric Dubois, la poétesse Mélodie Quercron et la chanteuse Marie Volta, dont le but est de promouvoir la poésie et les écritures contemporaines dans les médias, le web, les bibliothèques et les librairies etc. explorera le thème suivant « Poésie, Musique & Chanson ».
Avec Marie Volta, Pascal Hermouet, Eric Dubois, Pierre Kobel, Mélodie Quercron, Odile Loiret-Caille, Miguel Coelho pianiste, musicien et poète, Claire Kalfon (sous réserve), Fabienne Alliot ( sous réserve) , Françoise Geier, Murielle Compère-Demarcy, Laurence Bouvet, Etienne Ruhaud (moi-même, donc), Manuel Renaud, et l’artiste (dessinateur) et auteur (chansons et récits) invité Jean-Louis Guitard, ainsi que d’autres surprises.
Des textes de la poétesse et peintre Catherine Andrieu seront aussi lus.

  Rendez-vous donc à l’Entrepôt, 7 rue de Pressensé, 75014 PARIS, métro Pernéty.

Le site de l’Entrepôt

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   Animé par Marc-Louis Questin, alias Lord Mandrake, le Cénacle du Cygne, qui regroupe peintres, poètes, cinéastes, danseurs et farfelus, se tiendra le jeudi 26 avril à partir de 20h30 au bar « La Cantada II », 13 rue Moret, 75011 PARIS (métro Ménilmontant).

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   Enfin, le samedi 28 avril, à partir de 17h 30, notre ami Alexis Denuy, fidèle du Cénacle, viendra parler des aquarelles du chanteur Francis Lalanne, qui sera présent. On prévoit de nombreuses performances jusqu’à minuit. Rendez-vous cette fois au Théâtre de Verre, 12 rue Henri Ribière, 75019 PARIS, métro Place des Fêtes (ligne 11)

Le site du Théâtre de Verre.

 

 

 

« LANGAGE(S) », ÉRIC DUBOIS, éditions Unicité, octobre 2017.

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Les bruits du monde sont le paravent des habitudes
Comme un bruit respire par le sésame
porte porte porte nombre de pensées
nombre établir le plan
Joinville le pont litanie tremper ses pieds dans l’eau bruissante
d’une rivière monotone
dans le soleil miroir de face hiver grinçant
saison des revenants des morts mis en abyme

 

Pour commander « Langage(s) »

Notre présentation du blog d’Eric Dubois

 

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