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MEMOIRE DES POETES II, Cimetière de Saint-Mandé Nord, Juliette Drouet (1806-1873) et Jacques Grandville (1803-1846)

CIMETIÈRE COMMUNAL DE SAINT-MANDÉ NORD (24 avenue Joffre, 94160 SAINT-MANDÉ, Station Saint-Mandé, ligne 1)

Juliette Drouet, par Alphonse-Léon Noël (1832)

Juliette Drouet, par Alphonse-Léon Noël (1832)

   Créé en 1823, le cimetière communal de Saint-Mandé Nord est bien situé dans le département du Val de Marne (à la différence du cimetière de Saint-Mandé Sud). Parfaitement entretenu, ce petit enclos charmant cerné de hautes résidences, est surtout connu pour abriter la dernière demeure de Juliette Drouet (1806-1873), ce que signale une plaque informative sur le mur d’enceinte. Modèle de la statue représentant Strasbourg place de la Concorde, mais surtout maîtresse de Victor Hugo pendant près de cinquante ans, l’actrice à la troublante beauté renonce à sa carrière dès 1833, pour mener une vie cloîtrée, sous la pression d’un grand homme auquel elle enverra plus de 20000 lettres. Déjà marié, l’écrivain, qui a rencontré son amante lors d’une représentation de Lucrèce Borgia, n’hésite pourtant pas à la tromper, notamment avec la romancière Léonie d’Aunet (1820-1879) puis avec la comédienne Alice Ozy (1820-1893). Fidèle malgré tout, Juliette, qui suit Hugo dans son exil à Bruxelles, puis à Jersey et Guernesey après le coup d’Etat de Napoléon III de 1851, s’éteint à Paris le 11 mai 1873. Elle est enterrée auprès de son unique enfant, Claire (1826-1846), née d’une première relation avec le sculpteur James Pradier, et d’abord inhumée à Auteuil. Mère et fille reposent ainsi l’une à côté de l’autre, dans l’allée du fond, chacune sous une dalle sobre, sans statue ni crucifix. Hugo, qui considère Claire, prématurément emportée par la phtisie, comme sa propre fille, lui dédicace quatre poèmes des Contemplations, parues en 1856. Citons ainsi ces vers superbes, gravés dans la roche :

Voilà donc que tu dors sous cette pierre grise,

Voilà que tu n’es plus, ayant à peine été !

L’Astre attire le lys et te voilà reprise,

Ô vierge par l’azur cette virginité !

L’épitaphe dédié à Juliette a lui aussi quelque chose de sublime :

Quand je ne serai plus qu’une cendre glacée,

Quand mes yeux fatigués seront fermés au jour,

Dis-toi si dans ton cœur ma mémoire est fixée,

Le monde a sa pensée,

Moi j’avais son amour !

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   Non loin des deux Muses, en tournant la tête vers la gauche, on remarque la sépulture du fameux Jacques Grandville (1803-1847), qui, s’il ne fut auteur, illustra bien des livres, en particulier les Fables de La Fontaine, mais aussi Don Quichotte, Les voyages de Gulliver, ou Robinson Crusoé. Né à Nancy dans une famille de comédiens pauvres, et surnommé « Adolphe » par ses proches (du nom de son jeune frère mort deux mois avant sa naissance), Jean Ignace Isidore Gérard choisira « Grandville » comme nom d’artiste. Anticlérical, libéral, Grandville s’affirme précocement comme caricaturiste de presse, notamment dans Le nain jaune, journal satirique, puis, vers 1820, dessine d’étranges créatures hybrides, mi-hommes, mi-animaux. Il s’initie ensuite à la lithographie, alors en vogue, puis monte à Paris en 1833. Le malheur le frappe alors cruellement, puisqu’il perd sa femme, ainsi que trois enfants, disparus tragiquement (âgé de trois ans, le petit Henri s’étouffe avec un morceau de pain en présence de ses parents). Brisé physiquement et mentalement, Grandville, qui s’est remarié, fait une crise de folie lors d’un séjour à Saint-Mandé, en 1847, et décède peu après, à quarante-trois ans seulement, dans une clinique de Vanves. Surprenante, parfois déconcertante, son œuvre, cet appartement où le désordre serait systématiquement organisé, selon Baudelaire, inspirera fortement les Surréalistes. Conformément à ses vœux, il est enterré à côté de sa première épouse, Henriette, et de leurs trois fils, là aussi sous  une dalle toute simple, indiquée par un plan, à l’entrée du cimetière.

« Fables » de La Fontaine, par Grandville.

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