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VOIX DES AUTEURS: ÉRIC DESORDRE (entretien paru dans « ActuaLitté » en juillet 2022)

Éric Desordre, « champion du détournement« 

Photographe, et rédacteur du magazine Rebelle(s), le Toulousain Éric Desordre a longtemps travaillé dans l’édition. Également poète, l’homme nous présente aujourd’hui un livre fort original, borgésien : suite de bibliographies fantaisistes, avec des titres loufoques. Le Grand catalogue des livres imaginaires: tout semble dit dans le titre. Nous avons toutefois résolu de rencontrer Éric, amateur de science-fiction, de romans d’aventures, de cinéma, mais aussi de littérature classique, comme en témoigne la vaste culture déployée au fil des pages. Champion du détournement, fort d’un humour parfois féroce, l’homme s’est volontiers prêté au jeu.  

ActuaLitté

Etienne Ruhaud : Comment t’est venue l’idée de ce livre ?

Eric Desordre : Je compose souvent, sans les écrire, des titres imaginaires ; tentatives pour illustrer la pensée au cours d’une conversation, ou ponctuation loufoque dans la marche d’un univers dont le fonctionnement nous échappe. Pour surnager avec le sourire, chacun a ses lubies, ses petits exercices d’imagination. L’absurdité du rapprochement de personnages, de situations, quelquefois leur drôlerie, le rappel à des lectures communes composent une médication apaisante à la douleur qu’engendrent la balourdise du monde et nos propres faiblesses. Lecteur compulsif et tout à la fois acheteur de palanquées d’ouvrages dont il n’est pas exclu que je finisse par en lire certains, l’univers mental encombré de titres et de références, je vois donc le livre s’imposer assez logiquement quand je veux démêler une question, dissiper des tracas. 

Il m’est un jour venu d’écrire ces titres inventés en aphorismes foutraques. Cela a commencé tel un jeu, je n’avais pas l’idée d’un livre au départ. Convoquant les souvenirs de l’enfance, j’ai eu spontanément à l’esprit des titres dans la veine de ceux de l’inusable Bibliothèque Verte d’Hachette : Le Club des Cinq, Le Clan des Sept, Fantômette, etc. Au fil de l’exercice, je me suis mis à créer des personnages : la Fille élastique, l’As de pique, Requin chagrin. Puis d’autres sont revenus du fond de ma mémoire, qui appartenaient à des univers littéraires populaires : Jean Valjean, Méphistophélès ou encore Chéri-Bibi. De fil en aiguille, ce sont des héros – ou anti-héros – qui se sont à leur tour imposés : Alien, DSK, Jérôme Cahuzac…

Ils entraient dans la danse et, au fur et à mesure, semblaient composer des ensembles qui n’avaient pas été prédéfinis. Avec ces nouveaux arrivés, le principe des collections s’est imposé, ne serait-ce que pour donner des repères au lecteur ; il y a tout de même plusieurs milliers de titres dans ce livre de livres.

Le jeu s’est alors complexifié entre les titres eux-mêmes et les collections. Soit la collection venait après coup des titres qui se créaient les uns à la suite des autres, dans une logique floue de jeux de mots ou de saynète farfelue ; soit elle était choisie en premier lieu, en tant que cadre d’invention des titres qui devaient alors raconter une histoire, illustrer une maxime prédéterminée. La dimension moraliste est venue assez vite, les mœurs et l’actualité offertes imposant leur matériau. 

Dans ces livres imaginaires, tu distingues les ouvrages « Déjà parus » des ouvrages « À paraître ». Peux-tu nous en dire davantage ? 

Eric Desordre : Une fois le principe de « l’objet » livre établi, je me suis demandé quel pouvait être son genre. Un recueil d’aphorismes, de fragments ? Le résultat est sans prétention philosophique, pas assez abouti du point de vue méthodologique ; ce n’est pas son ambition. La forme et la logique du catalogue d’éditeur m’ont semblé plus appropriées, compte tenu du caractère fourre-tout des thèmes proposés et des collections induites. J’avais d’ailleurs listé les thèmes avant d’avoir l’idée des collections ; la liste en est à la fin du livre. Je souhaitais me rappeler cette prééminence, et la signaler au lecteur.  

Du catalogue est venue la notion de parution. D’où les expressions « déjà parus » et « à paraître », distinction souvent présente dans ces opuscules fascinants que sont les catalogues d’éditeurs. Je les lis avec délectation comme de la littérature. C’en est, d’évidence. On y entend la respiration de l’éditeur, ainsi que dans tout roman dans lesquels on devine en filigrane la substance de l’auteur.

Dans la deuxième partie, « à paraître », le principe de construction des titres est plus indécis. Les livres ne sont pas encore écrits, ou pas complètement. C’est en cohérence avec un avenir–livres dans les limbes. Et un horizon encore plus incertain que des titres soi-disant « déjà parus » que serait celui de titres « à paraître » m’a semblé une perspective opportune. Un miroir flottant qui se reflète lui-même, à l’infini puisque « l’à paraître » est par essence illimité. 

Pour retrouver la suite de l’entretien, cliquer sur le lien suivant:

https://actualitte.com/article/107198/auteurs/eric-desordre-champion-du-detournement

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