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« BAUDELAIRE ET APOLLONIE », CÉLINE DEBAYLE, ARLÉA, 2019 (note parue dans « Diérèse » 77, automne-hiver 2019)

Baudelaire-et-Apollonie

   Née en 1822, peintre, demi-mondaine, Apollonie Sabatier, dite « la Présidente », tient salon rue Frochot, à Paris, et sert accessoirement de modèle, Sa première rencontre avec Baudelaire date de 1851. Amante de nombreux artistes et hommes de Lettres, la belle Apollonie ne laisse pas indifférent le jeune dandy, qui lui voue alors une passion idéalisée, et lui dédie plusieurs des Fleurs du mal. Baudelaire, qui vit alors avec Jeanne Duval, la « belle mulâtresse », ne possèdera la Présidente qu’une fois, en 1857, soit dix ans avant sa mort. Les amants d’une nuit ne se reverront d’ailleurs plus, à partir des années 1862. Restent évidemment les magistraux vers d’«À celle qui est trop gaie », notamment, mais aussi l’impudique Lettre à la Présidente signée par Théophile Gautier en 1850, et la magnifique Femme piquée par un serpent, sculpture d’Auguste Clésinger, datée de 1847, aujourd’hui exposée au musée d’Orsay.

   Journaliste, grand reporter, mais aussi essayiste spécialiste du monde méditerranéen, Céline Debayle nous offre une belle promenade à travers une ville disparue, en suivant scrupuleusement les pas du poète, sa biographie. Divers extraits des lettres adressées à Apollonie ponctuent ainsi l’ouvrage. Chaque lieu de l’intrigue se trouve également minutieusement décrit, avec précision, exactitude : depuis l’appartement de la Présidente jusqu’aux rues adjacentes, où se perd Baudelaire après la rencontre charnelle. Nous avons ainsi l’impression de voyager à travers le temps et l’espace, comme au milieu du Spleen de Paris: Près du pont des Arts, le soleil tombant assombrit la Seine, chasse les pêcheurs poisseux de sueurs (…) La chaleur est encore là, août meurt dans l’étuve, avant l’automne, puis le plongeon dans les froides ténèbres. Roman historique consacré à un poète, Baudelaire et Apollonie est peut-être d’abord, un roman poétique, servi par une langue élégante et riche. Chacun des courts chapitres ressemble ainsi à un poème en prose, où les couleurs, les parfums et les sons se répondent, pour reprendre les termes de « Correspondances ». Lyrique, imagée, l’écriture de Céline Debayle a quelque chose de terriblement sensuel, sans jamais sombrer dans la pornographie. Car c’est bien à un ébat amoureux, a priori raté, que nous assistons. Les termes peuvent ainsi paraître crus, mais non obscènes, notamment lorsque se trouve évoquée la touffe (…) luisante de la Présidente, ou encore ce qu’il faut bien appeler l’impuissance de Baudelaire, homme raffiné, fragile, et non Hercule de foire (p. 126).

   Bref, délicat, ce premier roman apporte un éclairage nouveau, tant sur les Fleurs du mal que sur la vie même de Baudelaire. Souvent accusé de machisme, l’écrivain apparaît ici dans sa fragilité, dans son humanité. Nous découvrons aussi le portrait d’une égérie, d’une femme libre dont le souvenir s’est effacé avec les ans.

 

LE « DIÉRÈSE » NOUVEAU VA ARRIVER!

   Le nouveau numéro de Diérèse, paraîtra donc en novembre (dans la première quinzaine manifestement). Au programme, la traduction de poésie néo-zélandaise, mais aussi allemande, chinoise, et anglaise, avec plusieurs inédits de Katherine Mansfield. Plusieurs chroniques littéraires et cinématographiques viendront également compléter ce 77, avec notamment des extraits du journal de Pierre Bergounioux. Citons enfin mon propre (long) article consacré à Paul Éluard ainsi que deux notes de lecture (consacrées aux dernier recueil de Didier Ayres et au premier roman de Céline Debayle).

  Pour commander Diérèse, envoyer un chèque de 18 euros à l’ordre de Daniel Martinez, 8 avenue Hoche, 77380 Ozoir-la-Ferrière.

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