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Archives de Catégorie: Création personnelle

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LES BOURDONS (création personnelle, 8)

LES BOURDONS

 

Énormes insectes, vibrations dans le Ciel.

   Strié d’épaisses soies jaunes et blanches, leur corps mesure environ un mètre cinquante. Les femelles sont plus petites que les mâles, et ont une tache rouge sur la tête. Ils volent avec un vrombissement caractéristique, assourdissant, pareil au b ruit d’un hélicoptère.

   Espèce endémique d’un archipel perdu, les bourdons butinent les grandes fleurs de lave à flanc de cratère, et disparaissent parfois sous l’éruption, étouffés par le soufre, avalés par la boue. Leur pauvre dépouille fossilisée réapparaît parfois des siècles après lors d’un glissement de terrain : pauvre cadavre décoloré, les ailes à jamais pétrifiées par la mort grise.

   Sanglé, sellé, l’animal fait la joie des enfants qui le montent, pour des promenades aériennes autour des volcans, par-dessus l’onde. Des circuits permettent aux jeunes touristes d’explorer les îles à dos de bourdon, des bouchons dans les oreilles et un casque sur la tête, par mesure de sécurité. Liés à la surexploitation, à la fatigue de la bête, les rares accidents recensés sont généralement mortels, et font toujours la une de la presse, sur le continent.

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LES BRAÏNS (création personnelle, 7)

LES BRAÏNS
Des poissons dans la tête.

Ça vous rentre par la bouche, le nez, les oreilles, pendant le bain dans la rivière. Des œufs microscopiques qui éclosent entre les méninges en grouillement millimétrique d’alevins rouges, nourris du liquide céphalo-rachidien qui les baigne. Pas de migraine, mais une perte de la mémoire, avec parfois de bizarres changements d’humeur, de thymie.

Les braïns piquettent la pie-mère de multiples scléroses vertes, petites souillures, varicelle du cerveau.

HOLZWEGE/CHEMINS QUI NE MÈNENT NULLE PART (création personnelle, 6)

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   Bonjour Madame, Ca va? Ah, quel temps pourri, etc. Dialogue étrange, hier, dans l’ascenseur, avec la nièce d’un ancien président de la République, infirmière en psychiatrie à la retraite, qui vit avec son fils, manifestement dépressif dans ma résidence porte de Montreuil. Pas de ressemblance physique avec son oncle, que j’ai par ailleurs déjà croisé au musée. Juste une femme de petite taille, déjà âgée, au fort caractère, si on en croit le concierge sicilien, habillée sobrement mais élégamment, et qui fait ses courses au Monoprix.
Et, vers Maraîchers, derrière la station de métro, en face de la Société Générale, ce clone de Martin Heidegger: même pardessus, même petit chapeau allemand ringard, à la Derrick, même petite moustache avec cet air concentré, digne, quelque peu empesé, même serviette en cuir marron, avec des mocassins de vieux, à pompons. Comme une réincarnation sortie du Lidl

« LES KRAPS » (création personnelle, 5)

 

MONDE SUB-LUNAIRE

« Les Kraps », vus par Monique Marta.

 

 

LES KRAPS

Bizarres batraciens, tout ronds, sans queue ni pattes, enfoncés dans des tombes, au milieu des marais.

De loin on dirait d’énormes œufs pourris, enfouis aux trois-quarts.

   Leur corps marron et pustuleux forme comme une boule, un gros ballon. Seul le haut dépasse. Deux yeux rouges et une gueule plissée d’une moue permanente, et d’où sort parfois une langue en forme de laisse, pour gober ce qui passe, ce qui nage ou ce qui vole : rongeurs, poissons, libellules, grenouilles et petits oiseaux. Toutes bestioles avalées dans un gargouillement.

Toxique, leur peau brûle l’épiderme. Les habitants les craignent, et les vénèrent, leur sacrifiant parfois un lapin, ou un poulet, pour apaiser les astres. Seuls les enfants s’en amusent, les tuant à coups de pierre comme on crèverait une vesse-de-loup. Le krap dégage une forte fumée verte, odeur de soufre et de merde, dans une explosion de sang, de tripes, et de vermine, un ultime pet. Répandus à plusieurs mètres, les restes de l’animal, très fertiles, nourrissent la terre, et engendrent de nouveaux kraps.

 

« LES BOLETS » (création personnelle 4)

LES BOLETS

   Des champignons de trois mètres de haut, quarante à cinquante mètres de large, au fond d’une vallée encaissée, au milieu d’un pays lointain et pluvieux, peuplé de gens silencieux et bruns.

   Pas de pied. Juste une sorte de soucoupe arrondie, immense, blanche, posée comme ça sur le sol. Une vaste galette spongieuse mais étanche, rainurée de tiges sanguines, et dont l’intérieur reste creux, garni de soies cotonneuses, qui tiennent chaud l’hiver.

   Chaque clan a son bolet, dans lequel il rentre au moyen d’un étroit orifice pratiqué à la base, pour ne pas tuer l’organisme. Toute la famille dort en commun, sans porte ni fenêtre, s’éclairant à l’aide d’un feu, au centre, sur un foyer construit en pierre qui laisse de longues, cruelles taches brunes à la surface. Cela sent le mouillé, le suint. Les tribus adverses n’ont jamais pu détruire les bolets bimillénaires, dont le corps résiste au feu. Flèches et autres projectiles restent ainsi fichés dans la membrane, avant d’être progressivement avalés, formant de légères aspérités qui disparaissent avec les jours.

   L’été, les bolets se reproduisent, s’étendent vers d’autres vallées. Saturé de spores, vague bleue et odorante, urticante, l’air devient irrespirable. Les habitants rejoignent le haut de la montagne, pour quelques semaines, la grande grotte rouge.

HOMMAGE À MONIQUE MARTA (création personnelle 3)

  Composé par mes soins en hommage à Monique Marta, ce texte est paru dans un catalogue d’exposition à Nice en octobre. J’en reproduis ici l’intégralité, sachant que j’écrirai quelque chose de plus long à propos de la peinture, sous peu. 

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« VERS D’AUTRES MONDES »
Poétesse, directrice de la revue Vocatif, Monique Marta est également peintre autodidacte. Ayant appris à contempler en lisant des magazines comme Grands maîtres ou Les Muses, celle qui ne revendique aucune école a également commencé à dessiner en reproduisant des écorchés, des squelettes, glanés sur des fiches médicales. De fait le corps demeure omniprésent, sur presque toutes les toiles. Pour autant, pas de têtes de mort, d’os ou de muscles saillants : heureux, les personnages étalent fièrement leur nudité, leurs formes baignées de lumière, un léger sourire aux lèvres, telle cette vahiné vêtue d’un pagne, et qui relève sensuellement ses cheveux, sur fond de couleurs chaudes. Un érotisme discret émane de chaque tableau : tantôt à travers d’étranges totems phalliques, tantôt à travers la représentation d’une généreuse poitrine. Monique, qui beaucoup voyagé, en particulier dans le Pacifique, créé dans la joie. De là vient sans doute cette inspiration solaire, ces silhouettes pleines, hommes ou femmes, baignés par les rayons marins, comme dans les toiles de Gauguin. Parfois, dans cet univers apaisé, apparaissent des êtres hybrides, des sirènes, ou mêmes d’indéfinissables chimères, une faune et une flore inédites, surgies sur le papier, une sorte de jardin d’Eden, mêlant plusieurs univers, comme si les strates de mémoires se confondaient, à travers le pinceau. Parfois aussi apparaissent des éléments humains, une horloge, un instrument, qui brise tout réalisme.

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Car Monique parcourt diverses cultures. De mère danoise, la Niçoise, qui aime à se baigner dans la Méditerranée revendique fièrement ses origines, et son amour pour les runes. Ainsi retrouvons nous divers symboles indéchiffrables, des caractères romains ou d’autres, inconnus, un genre de mythologie unique, un syncrétisme associant héritage scandinave, calligraphie hébraïque, panthéisme lointain et astrologie. Ayant beaucoup étudié, beaucoup lu, Monique, qui par ailleurs admire la figure chrétienne de Marie-Madeleine, plusieurs fois représentée, assume son mysticisme. Mais un mysticisme de félicité, sans Dieu vengeur ou dogme figé, une sorte de transcendance picturale, à travers de paisibles icônes. Un nouvel ésotérisme, et une nouvelle cosmogonie, des cieux couverts d’astres bizarres, de lunes, d’étoiles, de planètes imaginaires. Le titre des œuvres lui-même procède du mystère : Tendresse, Galaad, Le fil d’Ariane, Jubilation, Nuit mystique, Pivoines, Chambre secrète, Les amants, Signes dans le ciel, Cérès… Autant d’invitations à l’ailleurs.
Ce goût de la variété, conduit également Monique à utiliser des matériaux différents: aquarelles réalisées sur de petites feuilles, sur des cartes à jouer, ou grands formats peints à l’huile, avec de temps à autres des collages, des éléments extérieurs, en plastique, en totale liberté. L’originalité semble le maître mot. On serait toutefois tenté de lier pareille inspiration au surréalisme. Comment effectivement ne pas classer cet ensemble décalé, onirique, dans une case précise ? Comment ne pas songer à Toyen, à Delvaux, ou parfois à Magritte, en contemplant ces jeunes filles évaporées ou ces bestioles volantes ? Admiratrice de William Blake, mais aussi de Cézanne ou de Van Gogh, artistes provençaux par excellence, Monique ne semble pas surréaliste par choix, mais en quelque sorte par accident. Habitée par la magie de l’enfance, mais finalement très maîtrisée, loin des chapelles, sa peinture nous transporte en tous cas vers d’autres mondes, heureux et colorés.

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BABYLONE (création personnelle 2)

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Antiquités mésopotamiennes, Musée du Louvre.

 

   J’ai toujours ressenti une énorme mélancolie en songeant aux civilisations mortes. Enfant, en tous cas, j’imaginais que les peuples avaient gardé quelque chose de leurs attributs antiques. Ainsi étais-je surpris, en voyant l’équipe grecque de football, de ne pas croiser des joueurs habillés comme Socrate ou Périclès, avec de longues barbes, des toges, ou des casques à crinière. De même pour les Egyptiens, que j’imaginais accoutrés en pharaons. Dans les années 80, lorsque la république islamique iranienne était considérée comme une menace primordiale, j’étais étonné de voir l’armée de ce vaste et ancien pays avoir des tanks modernes, et de faire le lien entre Khomeyni, personnage menaçant, ennemi déclaré, et l’ancienne Perse. Comme si les ressortissants de cette lointaine contrée devaient habiter de vastes palais parfumés d’encens, avoir d’immenses sérails, et vivre, tel Sardanapale, enturbannés au milieu de félins apprivoisés, avec un mélange de cruauté et de raffinement exotiques, tout une image d’Orient de bazar, confondant Inde, péplums ratés et péninsule arabique. Rien ne m’a plus attristé, au cinéma, que cette scène de Roma, où Fellini met en image la destruction d’une villa étrusque, littéralement bouffée à l’air libre, lors de la construction du métro, dans la capitale italienne. Les fresques, les statues disparaissent. Et les archéologues en demeurent bouleversés, constatant que tout est fini. De même certains touristes japonais doivent-ils se figurer les Français en personnages du XVIIème siècle, portant perruques et bas, très poudrés, ou comme des esthètes XIXème, habitant Montmartre, et ne buvant que du Champagne, de l’absinthe, avec de bonnes manières, des carrosses à chevaux et tous les clichés de l’exécrable Amélie Poulain, qu’on croirait produit par l’Office du tourisme. Ou, pour pousser encore le bouchon plus loin, sous les traits de Gaulois à casque ailé, avant le sacre même de Clovis.

   Hier, alors que j’officiais à mes fonctions de gardien dans le plus grand musée du monde, et que la fatigue me gagnait, une famille d’Orientaux, précisément (sachant que le terme est pesé, car tout est suspect, linguistiquement, dans l’Hexagone), vient me trouver. L’homme doit avoir quarante ans, ou un peu plus, et porte un soupçon de barbe, une négligence ou une flemme. La femme a plutôt un beau visage, avec un nez fort, et elle est habillée comme ses enfants, avec des joggings américains et une paire de Nike flashy. Situé à l’église copte, dans une sorte de réconfortant grenier, ou plutôt cave fraiche, sorte de réserve à sel, je pensais qu’on allait encore me demander où se trouvait le sphinx, la momie.
« Hello, where is Irak, please?
_ Irak?
_ Yes. Oriental antiques. »
Et ma main de saisir le plan en anglais, et non en arabe, pour indiquer les lieux, marqués en jaune foncé.
‘Here. It’s antique Mesopotamia. Bagdad, Babylone. Here is islamic art. It’s différents things.
_ I prefer Babylone. We are not from Bagdad. It’s still Babylone.
_ Ok,, Babylone. When you want. »

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