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« BONNE PENSÉE DU MATIN » (ARTHUR RIMBAUD)

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A quatre heures du matin, l’été,

Le sommeil d’amour dure encore.
Sous les bosquets l’aube évapore
L’odeur du soir fêté.

Mais là-bas dans l’immense chantier
Vers le soleil des Hespérides,
En bras de chemise, les charpentiers
Déjà s’agitent.

Dans leur désert de mousse, tranquilles,
Ils préparent les lambris précieux
Où la richesse de la ville
Rira sous de faux cieux.

Ah ! pour ces Ouvriers charmants
Sujets d’un roi de Babylone,
Vénus ! laisse un peu les Amants,
Dont l’âme est en couronne.

Ô Reine des Bergers !
Porte aux travailleurs l’eau-de-vie,
Pour que leurs forces soient en paix
En attendant le bain dans la mer, à midi.

Arthur Rimbaud, Derniers vers

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« ZOO », à Etienne Ruhaud (un poème de Padrig Grech)

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ZOO

(à Etienne Ruhaud)

 

On naît, on souffre, on meurt. On tue, on est tué.

Au début, au milieu, à la fin, la souffrance.

On fuit dans le délire où le rire s’élance,

s’effondre en pleurs au pied du mur, pantin fluet.

 

Les superbes lépreux n’ont toujours pas mué :

brandissant leurs moignons, ils louent la providence

au Bal des Culs-de-jatte où l’amour se cadence,

& c’est beau de les voir danser le menuet.

 

Ce spectacle distrait les débiles mentaux,

les CRS trempant un œil dans leur porto

qui lâchent quelques rots en bâfrant leurs lasagnes.

 

Moi mort, tranchez ma viande & jetez-la aux chiens

pour qu’ils la chient joyeux, par la verte campagne,

marquent leur territoire & odorent l’humain.

« HABILLÉ COMME TU ES » (EDOUARDO PISANI)

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   Il y a quelques temps, je changeai ma photo de profil Facebook. S’amusant de ma pose, de mon nœud-papillon, le chanteur franco-napolitain Eduardo Pisani, alias Edouardo, me composa un petit poème, comme un blason. L’homme, dont j’ai déjà parlé sur le blog, a connu la célébrité, notamment grâce à son morceau Je t’aime le lundi. Laissons-lui donc la parole!

pisani

Habillé Comme Tu es…

Habillé
Comme
Tu es,
On dirait
Que tu vas
À l’enterrement
De Prévert
Ou à celui
De Guitry.
N’as-tu
Pas vu
Qu’il y a
Du rose
Dans le ciel
Ce matin ?

Eduardo Pisani

Lien vers le blog d’Edouardo, « Les poèmes tout nus ».

 

« ÉTHER », DANIEL DEBSKI (in « Chats de mars », numéro 8)

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ÉTHER

Des Avions flambants neufs
En rafale émanaient de l’azur nouveau
Dans le ciel égaré on plantait des drapeaux
Et l’altimètre avait l’œil qui brille
J’ai eu un vague coma à G je ne sais plus

Suis remonté très haut là où Garros
Saint-Ex et autres opiomanes nuageux
Ont exprimé le désir de se moucher dans l’Éther
Éternuant dans l’éternité
Coupant les vannes
Piquant du nez

Ils avaient depuis longtemps franchi le mur du songe

Un lien vers la revue « Chats de mars » (animée par Julien Boutreux)

« TANT À L’ÉTOILE QU’AU COMPAS » (Hommage à Claude Courtot), par Jean-Claude Silbermann.

   Nous reproduisons ci-dessous un texte de Jean-Claude Silbermann, qui fut l’ami de Claude Courtot, récemment disparu, et inhumé au Père-Lachaise, comme nous l’avons signalé dans un précédent billet. L’hommage à d’abord été publié sur le blog de Daniel Martinez, créateur et rédacteur en chef de la revue Diérèse, dans laquelle nous intervenons régulièrement:

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Illustration de couverture: Jean-Claude Silbermann.

   Le Claude Courtot vient d’appareiller. Il s’éloigne de la côte toutes voiles déployées. Il mouillera au large, car il est aujourd’hui interdit d’accoster à la voile dans les ports — et l’élégance de sa coque et de ses œuvres vives exclut qu’il puisse être doté d’un de ces moteurs auxiliaires qui carburent à l’au-delà. C’est un trois-mâts : sur le mât de misaine est gravé au couteau le mot « liberté », sur le grand mât amour, et sur le mât d’artimon « poésie ». Ce n’est pas un corsaire accrédité par le roi, ni un pirate exclusivement préoccupé de rapines, — et ce n’est pas davantage un yacht de milliardaire. Il navigue de lui-même le Claude Courtot : ordres et injonctions lui viennent de la vague profonde de la mer. Il aime le vent et du vent se moque et le défie. Il lui est arrivé d’aborder aussi bien dans une baie introuvable du fleuve Amazone que sur les quais de Rome où, comme chacun sait, les bars à matelots autour de la fontaine de Trévise précipitent le jour dans la nuit et la nuit dans le jour.
Des hommes de pont aux maîtres voiliers et aux timoniers qui maintiennent le cap et se relaient, il est servi par un équipage nombreux mais sans commandant ni capitaine. André B. est préposé au traçage des routes de navigation, Alphonse de C., Jean-Jacques R., Robert S., ou encore Victor S. et Hubert R… sont maîtres de voiles (un grand bâtiment comme celui-ci demande un équipage choisi et compétent) ; Jean S. en est le bosco (ou maître de manœuvre) ; Benjamin Perret est à la barre, il assure presque toujours le quart de nuit, relayé parfois par Arthur Rimbaud et par Gérard de Nerval ; Jean B., Jorge C., Jean-Marc D., Jérôme D., Gilles G., Gérard R., moi-même et bien d’autres sans doute, en sont les gabiers préposés aux manœuvres de la toile et des ancres et à l’entretien des gréements.
Les ordres et messages venus du fond imposent des parcours inavouables et des chemins impratiqués. Ce qui motive ces directives est obscur et ne se réduit pas au goût de l’aventure, ni même à la simple fonction navigatrice propre à ce type de bâtiment. On pourrait croire que seul le caprice des profondeurs dirige ses appareillages. Mais qu‘elle est l’origine ou la raison d’être d’un tel caprice ? Cette très ancienne vague est issue, il me semble, du grand désir : celui qui conduit la nature, qui jaillit de la mort, qui émerge du néant originel. Ainsi, les bouleversantes demoiselles de hasard gouvernent, pour une part, le Claude Courtot. Elles nagent nues devant sa proue et basculent derrière l’horizon, ou bien elles grimpent dans ses vergues, se faufilent sans pudeur dans son gréement et sont saisies par les nuages au sommet de ses mâts. Pour le reste, pour tout le reste, n’oublions pas que lorsque le caprice se fait nécessité le Claude Courtot est aussi un navire de bataille. Soutenue par son équipage, sa manœuvre, tant à l’étoile qu’au compas, sa manœuvre violente, est dictée par le combat qu’il mène contre tout ce qui, au nom du profit, au nom des honneurs, au nom de Dieu et de l’ordre, ou simplement par résignation, domine les mers presque sans partage aujourd’hui pour faire échec à la liberté, à l’amour, à la poésie.

Le texte de Jean-Claude Silbermann sur le blog de Daniel Martinez

Notre notice nécrologique autour de Claude Courtot.

 

« SELON SILÈNE », FRÉDÉRIC TISON, L’Harmattan, 2018.

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   J’aime les rois mous, les princes légers, les petits maîtres et les poètes mineurs. J’aime ces silences, ces murmures – j’entends là les silences, les murmures dans les chroniques, dans les livres célèbres ou célébrés, parmi les paroles humaines convoquées au grand banquet des opinions délébiles: n’y décèle-t-on pas cette sorte de paix blanche, de paix secrète et scintillante qui est celle d’après l’orage? Or il est des orages ignorés, au cœur du silence, qui ne font aucun bruit – j’évoque aussi le calme des pensées et des mœurs, l’absence d’ambition vulgaire, les chatoiements discrets, les rêveries précises et délicates, les propositions sans cri, l’ironie simple – mais aussi les ombres étranges et douces, les eaux qui dorment, les choses sombres, toute la menace sourde et perpétuelle de la vie; ces divinités des bois, les elfes furtifs, les fées malicieuses, peut-être dangereuses. M’attirent les coulisses, la porte dérobée, la cave ou le grenier, l’autre chemin, l’impasse apparente qui soudain, ou lentement, se révèle passage ou traversée. (p. 12-13)

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« J’AVAIS BIEN DIT VAN GOGH », CATHERINE ANDRIEU, éditions Rafael de Surtis, 2017.

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   Le contraire de l’amour n’est pas la haine, c’est la peur… Et j’avais tellement peur du Divin Phallus, celui du Maître, à cause du viol! Et tu m’as dit je t’aime avec ma tête, je t’aime avec mon cœur, je t’aime avec mon cul. Et je me soumets. Tu en as fait une berceuse à laquelle je me suis complètement abandonnée. Et tu m’embrasses tendrement sur le front…

   Il nous faut l’invention d’un paysage.

   Et j’invente la forêt, et ses lumières d’écume. Et tu inventes la mer qui se fait verte. Un jour nous nous marierons. Le jour où il n’y aura plus rien dans l’espace. Le jour où… Rien et rien c’est encore autre chose. (p. 19)

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