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Archives de Catégorie: Cauda Jacques

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ÉVÉNEMENTIEL DE NOVEMBRE 2018

Chers amis, chers lecteurs,

Vous aurez probablement constaté que je n’ai pas publié la totalité des articles prévus le mois dernier. Il serait long, et peut-être vain, d’en expliquer les diverses raisons.

  Comme je l’ai annoncé dans le vlog (cf. précédent billet), je lirai donc des textes lors de la soirée « Acharniste » du 9 novembre (20h30 à la Cantada II, rue Moret, Paris XI), en compagnie d’Yves Gaudin, de Léonel Houssam et de Patrick Mosconi notamment. Et je viendrai au salon de la revue le 10, soit le lendemain, après 18h (espace des Blancs-Manteaux, rue Vieille du Temple, Paris IV, station Saint-Paul). Enfin, je serai de retour à la Cantada II le jeudi 22 septembre à partir de 20h30 pour lire d’autres textes, en compagnie de Lord Mandrake, alias Marc-Louis Questin, organisateur du Cénacle du Cygne, soirée plurielle. Tout est indiqué dans la vidéo (en précisant que le 9 novembre tombe un vendredi, et non un jeudi, comme j’ai pu le dire). Pour me contacter: er10@tutanota.com ou er10@hotmail.fr

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      Signalons également le traditionnel Café poésie de Meaux, organisé par mon ami Pascal Mora. Tout est indiqué ci-dessous (sur l’affiche). Hélas, exerçant une activité salariée, je ne pourrai être présent.

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   Signalons enfin deux parutions en revue. La première est un article de mon cru, consacré à la rue Philidor, paru dans le journal local L’ami du 20ème, disponible en kiosque et dans les paroisses. La seconde parution sera disponible vers le 27 novembre, dans Diérèse. Il s’agit d’articles critiques et de mini-biographies autour du Père-Lachaise. J’y évoque notamment le dernier livre de Denis Montebello, celui de Pascal Mora (cf. ci-dessus), et un ouvrage de Jacques Cauda. Chacun de ces textes sera reproduit ci-dessus avec l’aimable autorisation de Daniel Martinez, animateur du périodique. Hélas je ne dispose pas d’une photo de couverture en format image. Je partagerai un visuel lors de l’événementiel de décembre si tout va bien. Pour commander le numéro 74; envoyez un chèque de 18 euros à l’ordre de Daniel Martinez (8 avenue Hoche, 77380 Ozoir-la-Ferrière).

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COMILÉDIE, JACQUES CAUDA, éditions TINBAD, PARIS, 2017 (note de lecture à paraître dans « Diérèse » 74, automne-hiver 2018)

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   Deux fœtus dissertant de littérature et de Beaux-Arts dans le ventre de leur mère, peu avant l’accouchement : tel est le synopsis, le pitch de départ de ce volume foisonnant. Ancien réalisateur pour la télévision, Jacques Cauda semble ici pratiquer l’art du montage littéraire, superposant nombre de références, d’extraits, dans une sorte de maelstrom mêlant Joyce, Céline, ou encore Artaud et tant d’autres, issus des siècles précédents, plus ou moins célèbres. On songe naturellement aux Cantos, aux multiples palimpsestes d’Ezra Pound, un long poème mêlant des voix diverses, des troubadours à Li Bai, en passant par les créateurs américains contemporains : une sorte d’histoire de la lecture, donnant à découvrir nombre de textes, pour dessiner les contours d’une bibliothèque idéale. Admirateur de J.L. Godard, J. Cauda donnerait ainsi l’impression de partager une vaste culture, sans chercher nécessairement la cohérence, et en s’écartant du récit classique et en pratiquant le cut up.
Pour autant on ne saurait réduire Comilédie à son érudition, ni en faire une sorte d’ouvrage froid, écrit en jargon universitaire. Car le style de Cauda, précisément, fait fi de la logique, ou plutôt danse sur un air de jazz, comme précisé sur le quatrième de couverture, où se trouvent conviés Albert Ayler ou encore Ornette Coleman. Tantôt en vers, tantôt en glossolalies, l’auteur s’amuse, juxtapose savamment langue polie et obscénités, à grand renfort de néologismes, d’allusions sexuelles ou scatologiques, avec une joyeuse indécence :
les deux pôles
les deux trous
les deux couilles
les deux genres
les deux yeux
les deux seins
les deux mains (p. 132).

   L’érotisme devient vite franche pornographie, conte drolatique délibérément épais, rabelaisien, dans le style d’Oobèse, récit coquin (Z4 éditions, Paris, 2018). Surpris, parfois perdu, le lecteur est pris à témoin dans plusieurs notes de bas de page, remarques qui, loin d’éclairer le sens, paraissent encore l’opacifier, puisque tout échappe à l’enchainement narratif classique.
Comment, donc, considérer ce singulier écrit, que Philippe Sollers refusa dans les années 90? Classé dans la catégorie « roman » par Guillaume Basquin, directeur des jeunes éditions Tinbad, cette folie littéraire tient à la fois de la poésie, de l’essai, des la farce, de l’épopée burlesque, et aussi du livre d’art. Également peintre, Jacques Cauda, outre quelques partitions, insère directement ses propres toiles dans l’imprimé, tout en se jouant de la typographie. C’est dire la richesse, la polyphonie de cette bizarre, et parfois déconcertante, Comilédie, hapax de papier.

ÉVÉNEMENTIEL DE MARS 2018

Chers lecteurs, chers poètes,

  Un événementiel qui intervient quelque peu tardivement, en ce vendredi 2 mars. Il faut dire aussi que le mois de février, rigoureux et venteux cette année, ne compte que vingt-huit jours, ce qui décale tout.

DRIEU HERVIER

  Certains bondiront peut-être, ou se désabonneront du blog, en voyant l’illustration ci-dessus. Mon ancien professeur de littérature comparée, Julien Hervier, normalien et agrégé d’allemand, âgé de 82 ans, publie un livre autour du très controversé Pierre Drieu La Rochelle, qui fut, avant son revirement politique vers l’extrême-droite, très proche de Breton et du groupe surréaliste (j’en reparlerai un jour). Par nostalgie étudiante, et parce j’ai lu quatre fois Le feu follet, je pense donc me rendre à la dédicace qui se tiendra le 6 mars à partir de 18h15 à la grande librairie Compagnie, dans le Quartier Latin (58 rue des Écoles, 75006 PARIS, métro Cluny-La Sorbonne). Je joins ci-dessous le quatrième de couverture:

   D’«Alcool» à «Saphisme», Julien Hervier dresse un portrait alphabétique de Drieu la Rochelle en «désamoureux». Cette approche originale éclaire l’écrivain, «couvert de femmes» et entré en Pléiade en 2012, dans les zones d’ombre qui font de lui un cas à part en littérature, à la fois honni et admiré. Une histoire de désamours explore ainsi les grandes passions douloureuses de l’auteur de Gilles et du Feu follet : la guerre, la politique, l’amitié et la sexualité, et d’autres, moins connues : la peinture, la religion, l’argent, la drogue, etc.
Après sa grande biographie d’Ernst Jünger, on attendait que Julien Hervier consacrât un livre à Drieu la Rochelle, dont il est l’un des meilleurs connaisseurs actuels. Plutôt qu’une somme biographique, il a choisi l’élégance et la sobriété d’un abécédaire. Cet essai objectif, aux citations choisies, ne manquera pas d’être un bréviaire pour les amateurs de l’écrivain et, pour les autres, une passionnante entrée dans son œuvre.

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  Ce même mardi 6 mars, à peu près à la même heure et pas trop loin, Dominique Noguez, qui a préfacé mon roman Disparaître, présentera son propre roman à la librairie du Panthéon (15 rue Victor Cousin, RER B Luxembourg, métro Cluny la Sorbonne). Le tout sera accompagné de lectures d’Arthur Dreyfus et de Mark Greene.

Notre article sur « Pensées bleues » de Dominique Noguez (cliquer sur le lien)

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 Le jeudi 8 mars, cette fois à la librairie « L’humeur vagabonde » (dont le nom reprend le titre du célèbre livre d’Antoine Blondin, situé au Père-Lachaise), Frédéric Ciriez dédicacera BettieBook, son nouveau roman, histoire des amours contrariés d’un critique littéraire professionnelle et d’une booktubeuse de Melun, sur fond de « revenge porn ». Du beau, du neuf! (Librairie « L’humeur vagabonde », 44 rue du Poteau, 75018 PARIS, métro Jules Joffrin ou Porte de Clignancourt).

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  Retour au Quartier-Latin le 9 mars, puisque le plasticien et écrivain Jacques Cauda présentera ses dessins, à partir de 18h30 à la librairie « L’Emoi des mots », comme indiqué ci-dessus. Nous évoquerons d’ailleurs plus longuement le travail littéraire de ce même Jacques Cauda, habitant du XXème, dont nous avons déjà parlé ici même à plusieurs reprises.

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   Du 10 au 11 mars (soit toute la nuit), notre ami plasticien et nouvel auteur bordelais David Brocourt présentera son livre de correspondance avec des tueurs en série (publié au Camion noir), au festival « Sadique master », au cinéma « Les 5 Caumartin », (101 rue Saint-Lazare, 75009 PARIS, métro Saint-Lazare). Pour les passionnés d’enquête, de crime. Sanglant!

Une présentation de « Page paysage » sur le site de David Brocourt (cliquer sur le lien)

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   Le 17 mars, comme chaque mois, notre ami Pascal Mora animera le Café Poésie de Meaux, à la médiathèque Luxembourg. Je viendrai peut-être y lire mes propres textes.

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   Ce même 17 mars, de 14h à 15h, notre amie Diana Adamek, professeure de littérature à Cluj-Napoca dédicacera La douce histoire du triste éléphant, roman publié chez Rafael de Surtis, au pavillon de la Roumanie, au Salon du Livre de Paris (1 Place de Versailles 75015 Paris).

Notre article sur le roman de Diana Adamek (cliquer sur le lien)

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   Le 22 mars, après 20 heures, à la Cantada (13 rue Moret, 75011 PARIS, métro Ménilmontant), se tiendra le Cénacle du Cygne, soirée artistique libre, animée par l’inaltérable Marc-Louis Questin, avec des chants, de la danse, de la poésie, du théâtre, des performances, du cinéma… J’y lirai mes textes. Venez nombreux!

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Signalons enfin la parution de plusieurs livres, écrits par quatre amis de longue date, lecteurs du blog, et parfois contributeurs:

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  • L’âme-chambre, chez Unicité, par Prisca Poiraudeau.

 

_ Ce monde m’étonneTrès au-delà de l’irréel et J’avais bien dit Van Gogh par Catherine Andrieu.

 

  • Ce vide lui blesse la vue (éditions « La Mèche lente »), et Comment écrire un livre qui fait du bien (éditions « Le Temps qu’il fait ») par Denis Montebello.

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  • Eldorado de notre amie, animatrice de la rubrique « Itzpapalotl » Claudine Sigler, chez Blurb.

   Nous évoquerons ces sept ouvrages prochainement ici même. D’ores et déjà, si vous souhaitez en connaître (un peu) sur les auteurs…

Pour commander « Eldorado » de Claudine Sigler (cliquer sur le lien)

Le site de Catherine Andrieu (cliquer sur le lien)

Un entretien avec Denis Montebello autour de Pétrarque (cliquer sur le lien)

Blogorama 4: Une présentation de « Cotojest », le blog de Denis Montebello (cliquer sur le lien)

« La maison de la gaieté » de Denis Montebello, présenté par Etienne Ruhaud (cliquer sur le lien)

Blogorama; « Fée noire », le blog de Prisca Poiraudeau. (cliquer sur le lien)

« La demeure des chiens fantômes » de Prisca Poiraudeau par Etienne Ruhaud (cliquer sur le lien)

 

MÉMOIRE DES POÈTES XXI: GUILLAUME APOLLINAIRE (1880-1918), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 86 (article paru dans « Diérèse » 71, hiver 2017)

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   Guillaume Apollinaire naît à Rome le 26 août 1880, d’une mère originaire de Lituanie (pays qui appartient alors à la Russie), issue de la noblesse polonaise, qui entretient alors une relation avec Francesco Flugi d’Aspermont, un lieutenant italien. Déclaré né de père inconnu et de mère voulant rester anonyme, le futur poète reçoit d’abord le nom de Dulcigny, avant d’être reconnu par Angelica Kostrowtizka, sous le nom de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandroi Apollinare de Kostrowitzky. Son demi-frère, Alberto Eugenio Giovanni, naît en 1882. Installée en 1887 à Monaco, Angelica officie comme entraîneuse au casino, et se voit arrêtée, puis fichée par la police. Placé en pension au collège Saint Charles, dirigé par les frères maristes, puis au lycée Stanislas de Cannes, et enfin au lycée Masséna de Nice, Guillaume, pourtant bon élève échoue au baccalauréat. En 1899, on le retrouve en compagnie de son frère, à Stavelot, en Wallonie. Ce bref séjour de trois mois, qui s’achève le 16 octobre « à la cloche de bois » (dépourvu d’argent, les deux jeunes gens partent sans payer les frais d’hôtel), marque durablement l’imaginaire du jeune homme, qui évoquera la Belgique à travers plusieurs textes, jusqu’à emprunter certains termes au dialecte local. Arrivé à Paris en 1900, il fréquente les cercles littéraires et la bibliothèque Mazarine, mais, réduit à la précarité, se résout à passer un diplôme de sténographie, avant d’effectuer divers travaux alimentaires de secrétariat. Engagé comme nègre pour rédiger le roman feuilletonesque Que faire?, l’écrivain, qui n’a pas été payé, se venge en séduisant la jeune maîtresse du commanditaire, un avocat bohême du nom d’Henry Esnard.
Auteur d’un premier article publié par le journal satirique Tabarin, Apollinaire publie ses poèmes dans La Grande France, en septembre 1901, sous le nom de Wilhelm Kostrowitzky. Il réside alors en Allemagne, où il reste jusqu’en août 1902, pour officier en tant que précepteur auprès de la fille d’Élinor Hölterhoff, vicomtesse de Milhau, veuve d’un comte français. C’est là qu’il rencontre l’Anglaise Annie Playden, jeune gouvernante qui l’éconduit. Profondément amoureux, Apollinaire retournera voir deux fois Annie à Londres par la suite, avant que celle-ci ne parte pour les États-Unis en 1905. « La chanson du mal-aimé », ainsi que les neuf textes de « Rhénanes », témoignent de cette douloureuse expérience outre-Rhin.
Revenu à Paris, à la fois journaliste à L’Européen et employé de banque, il publie de nombreux contes et poèmes en revue, adoptant alors le pseudonyme d’Apollinaire, d’après son propre prénom, et en référence à Apollon, dieu grec de la poésie. En 1903, il créé également Le Festin d’Ésope, mensuel dont il est rédacteur en chef, et dans lequel on retrouve Alfred Jarry, ou encore André Salmon notamment. Ayant rencontré la peintre Marie Laurencin en 1907, il connaît sept ans durant une relation orageuse, chaotique, mais parvient peu à peu à vivre de sa plume, tout en fréquentant assidûment les cercles artistiques, pour côtoyer Pablo Picasso, André Derain, ou encore Le Douanier Rousseau, qui le représentera en compagnie de son amie. Il se fait alors un nom en tant que critique et conférencier, et contribue à théoriser le cubisme, mouvement radicalement nouveau. Apollinaire, qui vit alors rue Léonie à Paris, publie Les onze mille verges et Les exploits d’un jeune Dom Juan, deux œuvres érotiques signées de ses initiales, « G.A. ». En décembre 1909 paraît L’Enchanteur pourrissant, son premier livre « officiel », tiré à cent exemplaires par le galeriste Daniel-Henry Kahnweiler (inhumé dans la 90ème division) et illustré des bois de Derain. Œuvre de jeunesse, ce recueil de contes fantastiques peuplés de personnages issus de la saga arthurienne, comme Merlin, Morgane ou la fée Viviane, ravira les surréalistes, qui en loueront les qualités d’invention. Il s’agit peut-être néanmoins, avant tout, d’un hommage aux légendes classiques de l’Occident, dans une relecture très personnelle, pour ne pas dire autobiographique, puisqu’Apollinaire y parle à la fois du mystère des origines et des pouvoirs secrets du poète, inspiré et menacé par la passion amoureuse. L’auteur, qui entre temps a déménagé à Auteuil, écrit dans le quotidien L’Intransigeant, et, en octobre 1910, rate de peu le prix Goncourt avec son recueil L’Hérésiarque et Cie, nouveau recueil de contes fantastiques. En mars 1911 paraissent son célèbre Bestiaire, orné des œuvres de Raoul Dufy, ainsi que Le Cortège d’Orphée. Parallèlement, il tient une chronique de la vie aléatoire pour Le Mercure de France.

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Tout bascule le 7 septembre 1911. Apollinaire, qui a accepté de conserver chez lui les statues phéniciennes qu’un ami a dérobées au Louvre , se trouve accusé de complicité dans le vol de la Joconde, et jeté en prison, à la Santé, pour cinq jours, expérience traumatisante qui lui inspire plusieurs poèmes magnifiques. Cela ne l’empêche pas de fonder la revue Les Soirées de Paris en 1912. Accompagné de ses amis André Billy et André Salmon notamment, Apollinaire y publie de nombreuses critiques d’art, articles et notes, et devient rédacteur en chef l’année suivante. Déprimé par sa rupture avec Marie Laurencin, qui ne supporte plus sa jalousie, l’homme n’en poursuit pas moins une activité frénétique, et publie, en français et en italien, L’Antitradition futuriste, hommage au mouvement transalpin initié par Antonio Marinetti. En 1913 sort son livre le plus célèbre, somme de ses meilleurs poèmes, d’abord publiés dans la presse, depuis 1898. Alcools, qui ne comporte volontairement pas de ponctuation, s’ouvre par « Zone », célébration de la ville moderne, qui rappelle notamment « Les Pâques à New-York » de son nouvel ami Blaise Cendrars. Apollinaire, qui est retourné vivre à Paris, écrit également un essai sur le cubisme, ainsi qu’un nouveau roman libertin, La Rome des Borgia, tout en s’enthousiasmant pour les toiles de Matisse et de son ami Douanier-Rousseau. Il se rend à Londres en compagnie de ses amis Francis Picabia (1879-1953, inhumé au cimetière Montmartre), puis à Berlin avec Robert Delaunay (1885-1941), pour admirer les toiles de Georges Braque.
La guerre éclate fin juillet 1914. Apollinaire, qui fréquente alors les cercles de Montparnasse en compagnie du caricaturiste André Rouveyre, et qui compose ses premiers calligrammes, tente de s’engager mais voit sa demande ajournée par le conseil de révision. Il part alors pour Nice, où sa seconde demande, déposée en décembre 1914, sera finalement acceptée. Peu après son arrivée, au cours d’un déjeuner au restaurant, il croise Louise de Coligny-Châtillon, dite Lou (1881-1963, inhumée au cimetière de Passy), femme divorcée qui mène une vie libre chez sa belle-sœur, à la villa Baratier. Très épris, Apollinaire est d’abord éconduit, avant que Lou ne lui accorde ses faveurs. Tous deux vivent alors une relation torride, et Lou vient rejoindre le poète-soldat à Nîmes, où il fait ses classes, non sans lui révéler qu’elle aime un autre homme surnommé « Toutou ». Une magnifique correspondance, plus tard regroupée sous le titre de Lettres à Lou, naît de leur passion. De très beaux poèmes (d’abord publiés sous le titre Ombres de mon amour puis de Poèmes à Lou) naissent de cette passion charnelle. Vous ayant dit ce matin que je vous aimais, ma voisine d’hier soir, j’éprouve maintenant moins de gêne à vous l’écrire. Je l’avais déjà senti dès ce déjeuner dans le vieux Nice où vos grands et beaux yeux de biche m’avaient tant troublé que je m’en étais allé aussi tôt que possible afin d’éviter le vertige qu’ils me donnaient, déclare ainsi Apollinaire dans une lettre du 28 septembre 1914. Cet amour total ne semble néanmoins pas totalement partagé. Toujours folle de « Toutou », Lou décide de rompre la veille du départ d’Apollinaire pour le front, en mars 1915. Les anciens amants demeurent amis. Citons ces quelques vers, d’une éblouissante beauté :

Nîmes, le 17 décembre 1914

Je pense à toi mon Lou ton cœur est ma caserne
Mes sens sont tes chevaux ton souvenir est ma luzerne
Le ciel est plein ce soir de sabres d’éperons
Les canonniers s’en vont dans l’ombre lourds et prompts
Mais près de moi je vois sans cesse ton image
Ta bouche est la blessure ardente du courage
Nos fanfares éclatent dans la nuit comme ta voix
Quand je suis à cheval tu trottes près de moi
Nos 75 sont gracieux comme ton corps
Et tes cheveux sont fauves comme le feu d’un obus qui éclate au nord
Je t’aime tes mains et mes souvenirs
Font sonner à toute heure une heureuse fanfare
Des soleils tour à tour se prennent à hennir
Nous sommes les bat-flancs sur qui ruent les étoiles

   Parti avec le 38ème régiment d’artillerie de campagne pour le front de Champagne le 4 avril 1915, Apollinaire, emporté par la fièvre patriotique, continue à écrire, malgré les difficultés de la vie militaire, et publie deux nouveaux romans érotiques. Il envoie aussi de nombreuses lettres à ses amis et à Lou, ainsi qu’à Yves Blanc, jeune poétesse montpelliéraine qui deviendra sa marraine de guerre , et à Madeleine Pagès (1892-1965) professeure de Lettres à Oran, rencontrée dans le train le 2 janvier, à laquelle il se fiancera. Nommé maréchal des logis après une formation, Apollinaire profite de sa première permission pour passer Noël en compagnie de Madeleine, en Algérie. Il obtient la nationalité française le 9 mars 1916, mais, huit jours plus tard, reçoit un éclat d’obus à la tête dans une tranchée près de Reims, alors qu’il lit le Mercure de France. Évacué à Paris, trépané le 9 mai, il entame une longue convalescence, et, très épuisé, rompt toute relation avec Madeleine Pagès, qui restera vieille fille. Fin octobre, la parution du Poète assassiné, ultime recueil de contes, sera suivie d’un mémorable banquet, organisé par des amis. Philippe Soupault et André Breton, qui considèrent Apollinaire comme un voyant considérable, voient en lui le précurseur de leur mouvement. C’est d’ailleurs Apollinaire lui-même qui invente le terme de « surréalisme » à travers Les mamelles de Tirésias, pièce étonnante, féministe et antimilitariste, censée se passer à Zanzibar, publiée en 1918 par les éditions Sic, et représentée une première fois le 24 juin 1917 sur une mise en scène de Pierre Albert-Birot (1876-1967), dans une ambiance particulièrement houleuse (Jacques Vaché, accompagné de Theodor Fraenkel, aurait menacé la salle avec un révolver. Le jeune Louis Aragon, de son côté, fait un compte-rendu extrêmement élogieux du texte). Déclaré inapte pour le front depuis mai, le poète, qui est affecté à la Censure par le Ministère de la Guerre, publie en 1918 un poème intitulé « La jolie rousse», dédié à Jacqueline Kolb, sa nouvelle compagne, épousée le 9 mai, tandis que sort le recueil Calligrammes, au Mercure de France. Promu lieutenant le 28 juillet, et travaillant cette fois au bureau de presse du Ministère des Colonies, il passe trois semaines avec Jacqueline dans le Morbihan, avant de rentrer dans la capitale, et de poursuivre un intense travail littéraire, et scénaristique. Affaibli par sa blessure, il décède toutefois à son domicile, 202 boulevard Saint-Germain, le 9 novembre 1918, vraisemblablement de la grippe espagnole. Détail troublant : dans la rue, tandis qu’il agonise, les Parisiens crient « À mort Guillaume ! », en référence au Kaiser Guillaume II, qui a abdiqué le même jour. Il est inhumé le 13 novembre, et déclaré « mort pour la France ».

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Apollinaire, par Jacques Cauda.

   En 1921, ses amis constituent alors un comité afin de réaliser un beau monument funéraire, et récoltent 30 450 francs suite à une vente d’œuvres d’art. Trois projets de pierre tombale, dont deux proposés par Picasso, sont abandonnés. C’est finalement le travail de Serge Férat (ami d’Apollinaire inhumé au cimetière de Bagneux), qui est retenu. Disparu à trente-huit ans seulement, le poète repose désormais sous un impressionnant menhir en granit orné d’un crucifix, à côté de Jacqueline (1891-1967). On peut y lire trois strophes issues du poème « Collines », ainsi qu’un calligramme en forme de cœur, constitué de tessons de bouteilles verts et blancs : mon cœur pareil à une flamme renversée. La sépulture est toujours ornée de morceaux de papier griffonnés, de tickets de métro, de fleurs, ultimes hommages à un poète mort trop jeune, au terme d’une vie passionnée.

 

NB : La tombe est indiquée sur le plan, fourni à l’entrée du cimetière.

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ÉVÉNEMENTIEL DE DÉCEMBRE 2017

Chers lecteurs,

  La vie littéraire, artistique, se poursuit, malgré la pluie, malgré le froid. Quelques éléments nouveaux, donc, pour ce dernier évènementiel de l’année 2017. Le mois de novembre a vu le nombre de visiteurs augmenter. Quelques nouveaux abonnés, parmi lesquels un jeune poète et un ufologue, que je ne nommerai pas. Un premier visiteur irakien, également, ce qui constitue évidemment une agréable surprise. Mais venons en aux faits!

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Pétrarque, par Jacques Cauda. 

  Réalisateur, écrivain, peintre, illustrateur, notre ami Facebook Jacques Cauda expose depuis le 1er décembre, avec d’autres artistes, à la librairie « Équipages », au 61 rue de Bagnolet, 75020 PARIS (métro Porte de Bagnolet). Les éditions Tinbad, chez lesquels l’homme a publié Comilédie, sont également présentes. Venez donc avant le 31.

 

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La conteuse Karine Leroy en pleine action.

 

   Mardi 12 décembre à 20h, Karine Leroy viendra interpréter « Les Contes de la lune verte » au Bouffadou, 93 rue des Vignoles 75020 Paris (métro Maraîchers). L’entrée est libre, et un chapeau circulera dans la soirée. Chacun peut également amener quelque chose à boire ou à manger. Ambiance conviviale. (Métro Maraîchers ou Alexandre Dumas, bus 26 64, station Orteaux)

Site de la conteuse Karine Leroy

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   Le 16 décembre, notre lecteur et ami surréaliste franco-québécois David Nadeau, animateur de la revue La vertèbre et le rossignol, présentera ses Poésies complètes à la librairie Saint Jean-Baptiste, 565 rue Saint Jean, dans la belle ville de Québec, de l’autre côté de l’Atlantique, à partir de 17 heures. Je suis déjà allé à Québec à l’occasion d’un festival de poésie (ce qui a d’ailleurs été évoqué sur le blog), mais hélas pour le coup je ne pourrai pas être présent. Je le signale néanmoins à l’attention de mes amis canadiens, puisque certains semblent suivre « Page paysage ».

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  Organisé par notre ami Pascal Mora, le traditionnel café-poésie de Meaux se tiendra lui ce même 16 décembre. Tout est indiqué sur cette belle affiche. Je serai de la partie (pour la première fois!)

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  Organisé par notre ami poète, l’increvable Marc-Louis Questin, alias Lord Mandrake, le prochain Cénacle du cygne se tiendra le jeudi 28 décembre, peu après Noël, à partir de 20 heures, à La Cantada II, 13 rue Moret, 75011 PARIS, métro Ménilmontant. Je serai présent. Pas de thèmes imposés, cette fois-ci. Freestyle, comme disent les Anglo-Saxons et les jeunes!

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  Dans notre événementiel de novembre, nous évoquions le groupe pictave « Wallack », en plein essor. Vous pouvez d’ores et déjà soutenir leur projet en achetant le disque à sortir en janvier, soit le mois prochain, via la plateforme Ulule (suivre le lien ci-dessous). Un don de 10 euros vous permettra d’acquérir le produit. Plusieurs extraits sont disponibles sur Internet.

     Avant de vous souhaiter à tous de bonnes fêtes de fin d’année (avec un peu d’avance, il est vrai), évoquons le court-métrage Gypsies, par notre ami Stéphane Rizzi. Le tournage commence aujourd’hui même, dimanche 3 décembre, en Seine-Saint-Denis. Je suis à titre privé très fier d’en être le dialoguiste non exclusif, et d’avoir signé mon premier contrat de production il y a maintenant deux semaines. On retrouvera dans ce petit film notamment l’actrice syro-égyptienne Nanda Mohammad. Notre précédent travail, Cantate/macabre, ayant rencontré un certain succès (dans le milieu underground indépendant), on espère qu’il en ira de même pour cette histoire.

  Et joyeux Noël!!

 

 

 

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