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MÉMOIRE DES POÈTES: FRANZ KAFKA (1883-1924)

Juif, névrosé, tuberculeux, écrivant en allemand… Franz Kafka est né le 3 juillet 1883 à Prague, où il repose désormais. De passage dans la capitale tchèque, j’ai pu me rendre sur sa tombe, voir la maison où il vécut. Je laisse au lecteur le soin de consulter sa biographie, puisqu’il s’agit d’un auteur connu. André Breton intègre l’écrivain à sa fameuse Anthologie de l’humour noir, et cite entre autres ce texte, pour le moins percutant:

UN CROISEMENT

« J’ai un animal curieux, moitié chaton, moitié agneau. C’est un héritage de mon père. En ma possession, il s’est entièrement développé : avant, il était plus agneau que chat. Maintenant, il est moitié-moitié. Du chat il a la tête et les griffes, de l’agneau la taille et la forme; de tous deux les yeux, qui sont sauvages et pétillants, la peau suave et ajustée au corps, les mouvements ensemble sautillants et furtifs. Couché au soleil, dans le creux de la fenêtre, il se pelotonne et ronronne; à la campagne il court comme un fou et personne ne peut l’atteindre. Il fuit les chats et il veut attaquer les agneaux. Durant les nuits de lune il aime à se promener sur la gouttière. Il ne sait pas miauler et il déteste les souris. Il reste des heures et des heures à l’affût devant le poulailler, mais il n’a jamais attaqué. 

Je le nourris avec du lait; c’est ce qui lui réussit le mieux. Il boit le lait à grandes gorgées entre ses dents d’animal de proie. Naturellement, c’est un vrai spectacle pour les enfants. L’heure de sa visite et le dimanche matin. Je m’assieds avec l’animal sur mes genoux et tous les enfants du voisinage m’entourent.

On pose alors les questions les plus extraordinaires, auxquelles personne ne peut répondre : pourquoi il n’y a qu’un seul animal de cette sorte, pourquoi je suis son maître et non pas un autre, s’il y a eu avant un animal semblable et qu’arrivera-t-il après sa mort, s’il ne se sent pas seul, pourquoi il n’a pas eu de petits, comment il s’appelle, etc… Je ne prends pas la peine de répondre : je me limite à montrer ce que je possède, sans autre explication. Quelquefois les enfants amènent des chats; une fois ils ont été jusqu’à amener deux agneaux. Contre toute espérance, les animaux ne se reconnaissent pas, mais se regardent avec douceur, et s’acceptent mutuellement, comme s’il s’agissait d’un fait divin. Sur mes genoux l’animal ignore la crainte et l’instinct de poursuite. Blotti contre moi, il se sent bien. Il s’attache à la famille qui l’a élevé. Cette fidélité n’a rien d’extraordinaire : c’est l’instinct naturel d’une créature qui, ayant sur la terre d’innombrables parentés par alliance, n’en n’a pas un seul consanguin. La protection qu’il a trouvée auprès de nous est chose sacrée.

Je ne peux m’empêcher de rire quand il me tourne autour en reniflant, quand il se faufile entre mes jambes et que je n’arrive pas à m’en séparer. Cela ne lui suffit pas d’être agneau et chat, on dirait qu’il veut être aussi un chien. – Un jour, alors que j’étais occupé par mes affaires commerciales et tout ce qui en dépend, et que je ne parvenais pas à trouver une solution – ce qui peut arriver à tout le monde – au point de vouloir tout laisser tomber, j’étais assis dans un rocking-chair avec l’animal sur les genoux. Je vis, en baissant les yeux par hasard, des larmes couler de ses gigantesques moustaches. – Etaient-ce les miennes, étaient-ce les siennes ? – Est-ce que le chat à l’âme d’agneau avait aussi une ambition humaine ? – De mon père je n’ai pas hérité grand-chose, mais ce dont j’ai hérité là, je puis en être fier.

Il a les deux espèces de nervosité en lui, celle du chat et celle de l’agneau, si différentes soient-elles. C’est pourquoi il se trouve à l’étroit dans sa peau. – Il saute parfois à côté de moi sur le fauteuil, s’appuie avec ses pattes de devant contre mes épaules, et colle son museau contre mon oreille. On dirait alors qu’il me parle, et en effet il se penche ensuite vers moi et me regarde dans les yeux pour observer l’impression que son message a faite sur moi. Et moi, pour être aimable, je fais comme si j’avais compris quelque chose et je hoche la tête. – Alors il saute par terre et sautille de ci, de là.
Peut-être le couteau du boucher serait-il une délivrance pour l’animal, mais puisqu’il s’agit d’un héritage je dois lui refuser. Il lui faut donc attendre le moment où il cessera lui-même de respirer, même s’il me regarde parfois avec des yeux humains doués de raison qui m’exhortent à agir de manière raisonnable.

(Nouvelle tirée de La muraille de Chine, traduction revue par mes soins).

Illustration par Max Ernst.

MÉMOIRE DES POÈTES: JINDRICH HEISLER (1914-1953), SUITE. (« ET LE GRILLON S’ÉTAIT ENDORMI », A. BRETON)

Jindrich Heisler (1914-1953)

… IL y a quelques mois, nous évoquions dans Diérèse, puis ici, le tragique destin de Jindrich Heisler, plasticien et poète juif tchèque, ami de Toyen, mort prématurément d’une crise cardiaque. Bouleversé, André Breton consacre quelques lignes à son ami, le 13 janvier 1953, dans la revue surréaliste Médium. La tombe d’Heisler a disparu. Mais soixante-huit ans plus tard, les mots de Breton demeurent toujours aussi forts, émouvants.

PS: Pour lire, relire notre note biographique, cliquer sur le lien:

Le cimetière de Pantin est le plus grand de France.

 

   Le noir n’est pas si noir dit l’un (Paul Valéry) et l’autre parle de ces morts qu’il ne convient pas de pleurer pour la simple raison qu’ils n’ont jamais rien de commun avec la douleur (Apollinaire in Feu Alfred Jarry). Mais la vanité de ces propos devant le départ d’Heisler! Ce 6 janvier vers 3 heures, au cimetière de Pantin enfoui sous la neige, se dérobait jusqu’à l’idée d’un soleil autre qu’un coeur poignardé. 

   Cédons la parole à l’un de ceux qui n’étaient pas là et qui, placés devant la nouvelle foudroyante, ont pu d’autant mieux la tourner à l’exaltation de ce que Jindrich Heisler avait d’unique. De Rabat, le 8 janvier, Robert Benayoun écrit: Il va falloir que nous nous serrions pour que sa place, au lieu d’être prise, soit en chacun de nous – mais ce sens inné de l’harmonie graphique, qu’il possède à plus de titre qu’aucun d’entre nous, cette affinité chimique qu’il entretient avec les matières les plus subtiles et les moins définies, cet oeil incroyablement perfectionné qui apporte à chaque objet, à chaque vide entre les objets, la direction même qui lui manquait, ce don perpétuel de soi-même aux entreprises les plus perdues d’avance, voilà) ce qu’avec notre seule affection nous ne saurions remplacer. 

   De son arrivée en France en 1947 jusqu’à ces tous derniers jours, Jindrich Heisler a vécu intégralement pour le surréalisme. L’énumération de ses titres personnels dans la poésie, l’objet, les recherches de tous ordres, le film, serait plus loin que pour quiconque dépuiser l’étendue de son apport qui se voulut avant tout générateur d’action collective: c’est ainsi qu’il fut de 1948 à 1950 l’âme de Néon et jusqu’à ses derniers instants le plus grand enfanteur de projets que son génie lui soufflait le moyen de réaliser comme par enchantement. Sa perte, en ce sens, est illimitable. 

  Il a été enseveli portant sur lui son livre de prédilection: Gaspard de la Nuit en traduction tchèque. 

Médium numéro 3, janvier 1953. 

 

 

Sans titre, oeuvre de Jindrich Heisler, 1942.

TITRE INCONNU, PIERRE MOLINIER (série « surréalisme)

André Breton à Pierre Molinier le 13 avril 1955 : Vous êtes aujourd’hui le Maître du Vertige, d’un de ces vertiges que Rimbaud s’était donné à tâche de fixer. Les photographies jointes sont aussi belles que scandaleuses, à l’unisson de tout ce que vous m’avez déjà fait entrevoir de votre œuvre. J’ai sous les yeux le Château magique que vous m’avez adressé (…) Mais peut-être ai-je été en profondeur assez touché par votre premier envoi pour que s’ouvrît chez moi cette fenêtre bleue qui donne sur l’éperdu.

MARABOUTISME (libre propos)

barbès

   …Quand j’habitais le XVIIIème, j’étais généralement sollicité parles marabouts distribuant leur carte de visite à la sortie du métro Barbès (du moins ceux qui ne me prenaient pas pour un keuf en civil). En soi, cela ne me paraît pas plus absurde que les voyantes, dont certaines furent, dit-on, consultées par l’Élysée. Reste que le grand maître spirituel A. a publié le message commercial suivant dans le groupe Facebook « Surréalisme(s) » (un an d’existence, déjà!).

Bonjour, bonsoir mes très chers!
Attention!attention!attention! Encore de retour le grand maître spirituel clairvoyant A. du BENIN mets à votre disposition ses produits secret de richesse et chance.
*porte-monnaie magique pour la multiplication de l’argent quelques soit la monnaie utilisée dans votre pays; valise magique ; calebasse magique ; le retour d’affection rapide dans les couples séparés depuis des années, savon de chance, problème de justice résolu.ainsi que d’autres travaux disponible.
Les produits seront récupérer par la DHL pour les clients qui sont à l’extérieur. Merci que la bénédiction soit avec vous.
Téléphone :+XXX
Whatsapp :+XXX

   En soi, je ne peux lui reprocher de vendre sa came charlatanesque, mais j’ai dû me résoudre à le bannir du groupe après avoir effacé ledit message, car cela ne rentre pas dans le cadre de nos activités. Alors certes, on m’opposera l’intérêt profond de Breton ou Leiris pour l’Afrique, ainsi que le versant occulte du surréalisme… J’ai préféré néanmoins trancher dans le vif, tout en rigolant bêtement, quinze minutes durant, devant l’écran de mon PC. Je rigolerai peut-être moins s’il me jette un sort. La plaisanterie n’est guère de mise sur de tels sujets.

19 FÉVRIER 1896, NAISSANCE D’ANDRÉ BRETON À TINCHEBRAY (ORNE)

Union libre

 

Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d’éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d’étoiles de dernière grandeur
Aux dents d’empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d’ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d’écriture d’enfant
Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle
Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d’allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d’as de cœur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d’écume de mer et d’écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d’initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d’orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d’or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d’éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d’amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu.

                                                                                                                             Clair de terre,  (1931)

MÉMOIRE DES POÈTES XXXV, MICHEL LEIRIS (1901-1990), cimetière du Père-Lachaise, division 97 (article paru dans « Diérèse 75, hiver 2018-2019)

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Michel Leiris chez lui, en 1984.

Sous le signe de Roussel…

   Essentiellement connu pour ses travaux d’ethnologie, Michel Leiris est lié, par sa famille même, au surréalisme. Issu d’un milieu modeste, travaillant depuis l’âge de quatorze ans, son père est en effet employé par la famille Roussel, et donc par l’auteur de Locus solus (cf. Diérèse 74), auquel Michel portera toute sa vie une grande admiration.
L’écrivain voit le jour le 20 avril 1901 dans le très bourgeois Auteuil, et grandit auprès de ses deux frères, et d’une nièce, Juliette, considérée comme une sœur. Fervente catholique, cultivée, sa mère a étudié à la Sorbonne et parle fréquemment anglais. Excellent élève au lycée Jeanson de Sailly, Michel Leiris se montre toutefois indiscipliné et passe péniblement son baccalauréat, avant de s’orienter, sans enthousiasme, vers les sciences. L’adolescent, qui préfère les Lettres, le jazz et le whisky, fréquente dès 1918 les milieux artistiques. Il se lie ainsi d’amitié avec André Masson, Pablo Picasso et surtout Max Jacob. Ce dernier lui adressera ses condoléances en 1921, suite au décès du père. Une longue et riche correspondance s’ensuivra.

Incertitudes, rencontres…   

   N’arrivant pas à trouver un emploi stable dans le commerce, Michel échoue à l’examen d’entrée de l’Institut de Chimie, à l’automne 1920. Il doit effectuer ses deux années de service militaire dès décembre 1921, d’abord au fort d’Aubervilliers, puis à l’Institut Pasteur. J’obéis à ma vocation — et renonçant aux vagues études que j’avais poursuivies jusqu’alors — je quittai le laboratoire où j’avais fini mon service […], décidé à consacrer toute mon activité à la littérature déclarera t’il par la suite dans L’Âge d’homme. Peu attiré par les burettes, les éprouvettes, Michel Leiris se tourne définitivement vers l’écriture en décembre 1923.
Il rencontre Breton en 1924, au 45 rue Blomet, par l’intermédiaire d’André Masson. Très impressionné, il rejoint le groupe surréaliste dès 1924, et publie onze récits de rêves dans La Révolution surréaliste. Breton apprécie particulièrement cette nouvelle recrue, même s’il ne goûte guère sa vision du merveilleux, conçu par Leiris comme subjectif. Michel Leiris partage avec Desnos le souci d’intervenir, d’opérer sur la matière même du langage en obligeant les mots à livrer leur vie secrète et à trahir le mystérieux commerce qu’ils entretiennent en dehors de leur sens, déclarera ainsi l’auteur de Nadja lors d’un entretien en 1952. Sur recommandation de Breton, Leiris tente de ramener Roussel au mouvement, en vain.

   Turbulences et engagements

   Partisan d’un engagement politique du surréalisme, Leiris se montre volontiers turbulent, et participe du scandale provoqué au banquet d’hommage à Saint-Pol Roux, en juillet 1925, proférant diverses provocations en pleine rue. Assez critique à l’égard de Breton, rétif à toute autorité, le jeune homme se sent alors plus proche d’Aragon. Il a d’ores et déjà publié un premier recueil, en 1925, Simulacre, Le Point Cardinal.
Par sa femme, Louise Godon, fille naturelle surnommée « Zette » (1902-1988), Michel Leiris devient en 1926 le gendre de Daniel-Henry Kahnweiler (1884-1979), marchand d’art juif chez qui il rencontre toute l’intelligentsia de l’époque, ou presque. Citons notamment Érik Satie, Antonin Artaud, André et Clara Malraux, Juan Gris. Parallèlement, Michel Leiris, devenu représentant en librairie, adhère à la CGT puis au PCF en 1927, tout en demeurant sceptique quant à l’évolution de l’URSS. En 1929, il succède au poète et romancier Georges Limbour (1900-1970), en tant que secrétaire de rédaction de la revue Documents, fondée par Georges Bataille. Cette même année, l’homme, qui se livre à divers excès alcooliques et sexuels, entame une psychanalyse, sous la conduite d’Adrien Borel, proche de ce même Bataille. Il vit alors très mal sa rupture avec Breton au cours de la réunion au bar du Château, et critique vertement le pape du surréalisme dans le texte vengeur Un Cadavre, après avoir été lui-même attaqué dans le Second Manifeste du surréalisme.

product_9782071014049_195x320L’Afrique
Grâce à Paul-Henri Rivière, sous-directeur du Musée d’ethnographie du Trocadéro, Leiris est recruté en janvier 1931 par Marcel Griaule en tant que secrétaire-archiviste pour la mission scientifique « Dakar-Djibouti ». Leiris, qui n’a aucune compétence en ethnologie, prend ainsi la place que Luis Buñuel a refusée. Ce voyage donnera sera dépeint dans L’Afrique fantôme, journal de route décrivant cette rencontre, et laissant une grande place à la subjectivité, l’introspection. La mission compte alors six personnes, parmi lesquelles le lettré éthiopien, interprète et informateur principal de Leiris à Gondar, Abba Jérôme Gabra Mussié (1881-1983).
M. Leiris, qui vit encore chez sa mère avec sa femme, a du mal à se réadapter à la vie parisienne. Suivant les cours de Marcel Mauss à l’Institut d’ethnologie, il dirige le département d’Afrique noire du futur Musée de l’Homme, au Trocadéro. La publication de L’Afrique fantôme chez Gallimard, en 1934, provoque des remous. Évoquant le quotidien de l’expédition, ainsi que les conditions de travail habituelles des membres de l’équipe, Leiris se brouille avec Marcel Griaule, dont il dévoile certains travers : notamment le fait que les objets africains soient acquis de manière brutale. Parallèlement, M. Leiris apprend diverses langues du Continent noir, dont celle des Dogons. Il obtient parallèlement une licence ès Lettres à la Sorbonne, ainsi qu’un diplôme en sociologie et en amharique (langue chamito-sémitique d’Afrique de l’Est), et enfin une certification en ethnologie. Fort de cette légitimité universitaire, il participe dès lors aux activités du collège de Sociologie, animé par Bataille et Caillois, entre 1937 et 1939.

 

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Musée ethnographique du Trocadéro

Psychanalyse: écriture et introspection   

   Michel Leiris, qui a interrompu sa psychanalyse en 1935, en vient à une forme d’introspection littéraire. Ce sera La Règle du jeu, récit autobiographique d’une rare honnêteté, auto-analyse livresque, dont le premier tome, L’Âge d’homme, cité plus haut, paraît dès 1939. Je viens d’avoir trente-quatre ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis de taille moyenne, plutôt petit. J’ai des cheveux châtains coupés court afin d’éviter qu’ils ondulent, par crainte aussi que ne se développe une calvitie menaçante. Autant que je puisse en juger, les traits caractéristiques de ma physionomie sont : une nuque très droite, tombant verticalement comme une muraille ou une falaise, marque classique (si l’on en croit les astrologues) des personnes nées sous le signe du Taureau ; un front développé, plutôt bossué, aux veines temporales exagérément noueuses et saillantes. […] Mes yeux sont bruns, avec le bord des paupières habituellement enflammé ; mon teint est coloré ; j’ai honte d’une fâcheuse tendance aux rougeurs et à la peau luisante […], pouvons-nous y lire.

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   Sa carrière évolue : nommé directeur de service au Laboratoire d’ethnologie du Muséum d’Histoire naturelle (soit du Musée de l’Homme), Leiris entre au CNRS, dont il reste salarié jusqu’en 1971, année de son départ à la retraite.

  Guerre: hésitations et engagement(s)

   Pendant la guerre, il entretient des rapports cordiaux avec le « secteur Vildé », groupe résistant du Musée de l’Homme fondé par son collègue Boris Vildé (fusillé le 23 février 1942 au Mont-Valérien), sans en faire partie. L’écrivain, qui désire avant tout protéger son beau-père israélite, réfugié en zone libre, n’hésite cependant pas à héberger, dans son appartement de la rue Eugène-Poubelle, la linguiste Déborah Lifchitz, juive polonaise qui mourra à Auschwitz, prenant des risques considérables. C’est dans ce même logement du XVIème arrondissement que sera jouée Le désir attrapé par la queue, première pièce de Picasso, sous la direction d’Albert Camus, et en présence de Sartre, Beauvoir, Lacan, Reverdy, le 19 mars 1944. Une profonde amitié le lie alors à Jean-Paul Sartre, qui écrit une préface enthousiaste à L’Âge d’homme, louant l’originalité stylistique de Leiris, cette dislocation de la temporalité, cette façon si originale de procéder par analepses, à l’instar de Montaigne, quelques siècles plus tôt. Subjugué par La Nausée, Leiris de son côté devient membre de l’équipe fondatrice des Temps modernes, après la Libération.
L’homme multiplie alors les activités, publiant divers textes dans la revue du Collège de Pataphysique (dont il deviendra Satrape), participant de près à Présence africaine auprès des intellectuels sénégalais Léopold Sédar Senghor et Birago Diop. Toujours profondément angoissé, il tente de se suicider en 1957, et reste plusieurs jours dans le coma, événement qu’il relate quelques années plus tard dans Fibrilles, troisième tome de La Règle du jeu.

 

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Un surréaliste marginal et indépendant

   Politiquement engagé, Leiris, qui a participé à la fondation et à la direction des Cahiers d’étude africaine, publiés par l’École pratique des Hautes Études, signe en juillet 1960 le « Manifeste des 121- Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la Guerre d’Algérie », texte en faveur de l’indépendance, ce qui lui vaut un blâme administratif en décembre de la même année. L’ethnologue collabore également à La Cause du peuple, journal d’inspiration maoïste, auprès de Simone de Beauvoir, et participe activement aux évènements de mai 68, jusqu’à rejoindre les poètes Yves Bonnefoy, Paul Celan, Jacques Dupin, Louis-René Des Forêts et André du Bouchet au comité de rédaction de L’Éphémère, périodique dont l’ultime numéro paraîtra en 1972.

   Aujourd’hui, ce que je retiens de sa haute figure avec le plus d’émotion, c’est ce qu’il aura su rester jusqu’à la fin : quelqu’un dont n’ont jamais fléchi ni l’orgueil ombrageux, ni le désir ardent d’aboutir à notre affranchissement total, déclare Leiris dans Le Monde du 29 septembre 1966, après la mort de Breton. Reconnaissant sa dette à l’égard du surréalisme, notamment pour l’écriture analytique de La Règle du jeu, Leiris voit dans l’ethnologie une remise en cause fondamentale des valeurs occidentales condamnées par Breton, (bien que ce dernier n’ai jamais versé concrètement dans les sciences humaines). De fait, les deux hommes se sont cités mutuellement et se sont revus à l’occasion de contributions, notamment dans la lutte contre le fascisme. Bien que brouillé, Leiris reconnaîtra ainsi toujours le génie poétique et théorique de Breton. Breton, lui, évoque Leiris dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme, paru en 1938.

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Tombe de Michel Leiris et Daniel-Henry Kahnweiler.

Disparition
Michel Leiris, qui refuse, par conviction, le Grand prix national des Lettres en 1980 lègue ses œuvres d’art africaines, ainsi que ses toiles de Picasso, Wilfredo Lam, André Masson ou de son ami Francis Bacon, au centre Pompidou en novembre 1984. Victime d’un infarctus fin 1989, il meurt le 30 septembre 1990 dans sa maison secondaire de Saint-Hilaire, dans l’Essonne. Incinéré le 4 octobre, il repose désormais auprès de ses beaux-parents, Jeanne Godon et Daniel-Henry Kahnweiler, dans un caveau familial austère, sans signe distinctif ni symbole religieux. L’homme, qui a en outre laissé une partie de ses biens à Amnesty International et au MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples), a également confié ses manuscrits et sa correspondance à la bibliothèque parisienne Jacques Doucet.
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NB : Pour retrouver la tombe de Michel Leiris :
– Compter dix tombes en partant de la division 76
– Compter dix-huit tombes en partant de la division 96.

 

AVIDA DOLLARS (suite)

   André Breton surnommait Salvador Dali, Avida Dollars. De même que les tee-shirts du Che, pourtant communiste, constituent une manne financière quasi inépuisable, les montres molles Made in China se vendent sur les réseaux. Recyclage du surréalisme, et normalisation d’un mouvement.

BONNE ANNEE 2019! (vlog 3)

MÉMOIRE DES POÈTES XXVIII: ISIDORE ISOU (1925-2007), Cimetière du Père-Lachaise, DIVISION 87, columbarium, case n° 24193 (article paru dans « Diérèse » 73, printemps-été 2018)

columbarium
Né le 29 janvier 1925 à Botoşani, dans la plaine moldave, au sein d’une famille juive roumaine, Isidore Goldstein est élevé par un père exigeant, qui l’initié très jeune aux subtilités de la langue française, ainsi qu’aux grandes œuvres philosophiques et littéraires. Passionné par Proust, Dostoïevski, ou encore Karl Marx, l’adolescent pense très vite à créer une nouvelle langue poétique suite à la lecture du philosophe allemand atypique Hermann von Keyserling (1880-1946). Ainsi naît, dès 1941, le lettrisme, mouvement radicalement nouveau, en permanente évolution, placé dans la continuité du dadaïsme puis du surréalisme, théorisé une première fois à travers l’Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique, ouvrage écrit entre 1941 et 1947. Il s’agit, pour l’auteur de réaliser la première vraie internationale poétique, soit une œuvre qui serait transmissible n’importe où. De fait, la sémantique est sacrifiée au profit de la sonorité et de l’agencement typographique, afin qu’un individu lambda, sur la planète, puisse « entrer » dans le texte. De la même manière, en peinture, le mouvement fait appel à un subtil agencement de lettres et de signes. Poursuivant ses recherches intellectuelles tout en s’adonnant au dessin, Isou commence aussi, dès 1942, à énoncer les principes de La Créatique ou la Novatique, ambitieux projet qui se doit de transformer définitivement tous les champs de l’activité cérébrale : sciences, arts, théologie, philosophie, et, plus généralement, la vie elle-même.

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Après avoir fondé la revue Da (« oui » en français), en compagnie de son ami Serge Moscovici , Isou profite d’une bourse accordée par le parti communiste pour fuir les persécutions balkaniques et les misères de la guerre. Au terme d’un hasardeux périple européen, l’homme se retrouve à Saint-Germain-des-Prés en 1945, quartier qu’il ne quittera plus. Venu avec de nombreuses notes et manuscrits, il fréquente assidûment les soirées littéraires, croisant notamment André Breton, Pierre Albert-Birot, ou encore Jean Cocteau, pour lequel il conservera une indéfectible amitié. S’il ne goûte guère Benjamin Péret, réactionnaire à son sens , ses rapports avec Breton sont alors chaleureux. Breton représentait pour moi l’avant-garde qui avait précédé le lettrisme. C’est un auteur novateur et son groupe méritait de rentrer dans l’histoire de la création. L’auteur de Nadja soutient en effet activement le jeune prodige roumain, jusqu’à assister à une de ses manifestations esthétiques, puis de se brouiller. Une ultime rencontre, apaisée, aura par ailleurs lieu en 1965, soit quelques mois avant la mort du grand homme.
Début 1946, Isidore Isou organise deux manifestations inaugurales, pour lancement de sa théorie. Une première, à l’hôtel des Sociétés Savantes rue Danton, et surtout une seconde, le 8 janvier 1946, au théâtre du Vieux-Colombier. Avec Gabriel Pomerand (1925-1972) et d’autres disciples, le poète récite plusieurs lettries, et vole la vedette à son ami, compatriote et intercesseur, Tristan Tzara (1896-1963), dont la pièce La Fuite est alors représentée. C’est le scandale, et Isou accède enfin à la publicité dont il rêvait, le lendemain, lorsque Combat fait sa une de l’évènement en question. Dans la foulée, la Dictature lettriste, cahier à vocation propagandiste qui ne connaîtra qu’un seul numéro, est lancé, et une Centrale lettriste est créée à la librairie de la Porte latine, siège de la revue. Parallèlement, appuyé par Raymond Queneau et Jean Paulhan, fort du remou provoqué par l’algarade du Vieux-Colombier, Isou publie son Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique à la NRF en avril 1947. En octobre de la même année Gaston Gallimard accepte de publier L’Agrégation d’un Nom et d’un Messie, épais volume présenté comme un roman, et qui pourtant tient de l’autobiographie, de l’essai et du manifeste. La vie du jeune Isou est celle de tout adolescent pourri de littérature (et d’innombrables connaissances), mais projeté à travers le monde par une impudence qui bouscule — et veut bousculer : Isou est infiniment grossier, sans mœurs et sans raison déclare, sceptique, Georges Bataille dans sa revue Critique. De nombreux ouvrages suivent, parmi lesquels Le surréalisme et André Breton, essai enthousiaste, sorti en 1948, ou encore L’économie politique et l’érotologie (1949), Les arts plastiques (1950), Le roman et la prose (1950), Le cinéma (1951) et Le théâtre (1952), autant de livres fondateurs de la théorie lettriste, en de multiples domaines, dans un désir révolutionnaire de refonte sociale totale. En avril 1951, soit cinq ans après l’esclandre provoqué au Vieux-Colombier, Isou présente Traité de bave et d’éternité, film produit par son ami Marc-Olivier Guillaumin, dit Marc’O, en marge du festival de Cannes. L’œuvre, qui reçoit le prix des Spectateurs d’avant-garde, procède d’une démarche radicale, puisque selon le principe « discrépant » et « ciselant » la bande-son, mêlant narration et poèmes lettristes, est totalement dissociée de la bande-image, qui elle associe de vieilles pellicules de l’armée, ou encore des séquences montrant Cocteau (qui réalisera l’affiche), André Maurois ou Marcel Achard déambulant dans Paris. Le film qui aura une influence certaine sur la Nouvelle Vague, et en particulier sur Godard, ou encore sur le cinéma expérimental américain de Stan Brakhage, sera suivi par les productions d’autres lettristes comme Maurice Lemaître ou encore Gil J. Wolman. En outre, Guy Debord (1931-1994), fasciné, rejoint quelques temps le mouvement avant de s’en séparer pour fonder sa propre internationale lettriste, prélude au mouvement situationniste. Jusqu’au bout, Isou ne cessera de tourner, réalisant ainsi une vingtaine de films, dont certains sont toujours disponibles en ligne, sur YouTube notamment. Son intérêt le porte aussi vers la peinture, de 1944 jusqu’à sa mort.

Nous le retrouvons au théâtre, en 1954, puisque La Marche des jongleurs, sa première pièce, est montée par Jacques Poliéri. En 1955, répondant aux questions d’Orson Welles, de passage à Saint-Germain-des-Prés pour son documentaire Around the world with Orson Welles, Isidore Isou, accompagné de Gabriel Pomerand, déclare : (…) nous cherchions une nouvelle forme de poésie, un nouveau style. Nous avons étudié l’histoire de la poésie. Nous avons été déçus par la poésie surréaliste. Alors nous avons inventé cette nouvelle poésie en n’utilisant que les lettres et en écrivant des symphonies et des poèmes. Nous les appelons des lettries. Poursuivant l’aventure lettriste au Salon Comparaisons, Isou, qui s’est lié d’amitié avec de nombreux peintres, tel Maurice Boitel, ne cesse d’enrichir sa réflexion, en abordant aussi bien la psychologie, les mathématiques, et les sciences en général. La publication clandestine de livres érotiques, via la maison d’édition fictive « Les escaliers de Lausanne », assure peu ou prou sa survie matérielle, mais lui vaut également un bref séjour en prison.
Isou, qui a enregistré en 1965 le disque Rituel somptueux pour la sélection des espèces, en compagnie du fidèle Maurice Lemaître, est naturalisé français dans les années 1980. Seul, oublié, il s’éteint à son domicile, 42 rue Saint-André-des-Arts, le 28 juillet 2007. Ses cendres reposent désormais dans la case 24193, ornée de la citation suivante : Je crois que de moi on a déjà dit tout le mal qu’on puisse dire. Ce qui me semble original et rare reste le bien qu’on puisse découvrir dans mes actions.

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Autoportrait d’Isidore Isou.

La moitié des manuscrits qu’il nous a fait lire consistait en auto-panégyrique : sans le moindre intérêt. (…) Dix lignes d’Isou, cela va à vau l’eau aurait déclaré Jean Paulhan à Maurice Lemaître. Considéré par beaucoup comme un formidable fumiste, doublé d’un fieffé mégalomane, Isou est peut-être d’abord une sorte d’ovni littéraire, touche-à-tout de génie, en marge du surréalisme. Réédités, décriés ou réévalués, ses écrits occupent en tous cas une place unique dans l’histoire de la création, et continuent à irriguer le mouvement lettriste, toujours vivant.

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MÉMOIRE DES POÈTES XXVII: JACQUES BARON (1905-1986), Cimetière du Père-Lachaise, DIVISION 93 (article à paraître dans « Diérèse » 74)

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   Surnommé le « Rimbaud du surréalisme » du fait de sa précocité, Jacques Baron naît à Paris le 21 février 1905, et passe son enfance à Nantes. Revenu dans la capitale vers 1920, il rencontre André Breton et Louis Aragon le 14 avril 1921 dans l’église Saint-Julien-le Pauvre, à l’occasion d’une sortie organisée par Dada. Il est alors accompagné de Roger Vitrac. En octobre de la même année, ses premiers poèmes paraissent dans Aventure, revue dirigée par Marcel Arland, René Crevel Georges Limbour, Vitrac et Max Morise. Rapidement, Baron entre dans le groupe surréaliste, et collabore aux différentes feuilles du mouvement, dont La Révolution surréaliste. Il n’a que dix-neuf ans quand parait son premier recueil, L’Allure poétique, vite salué par Aragon. Ayant rejoint, avec Péret, Breton, et Unik, le PCF en 1927, Baron se tourne vers le trotskisme après son exclusion du groupe le 11 mars 1929 : ulcéré par la personnalité fougueuse de Roger Vailland, et par un de ses articles rendant hommage au préfet de police Chiappe, le pape du surréalisme organisé une réunion autour du thème « Examen critique du sort fait récemment à Léon Trotzky » (sic), et en profite pour congédier Prévert, Man Ray, Yves Tanguy et tous les membres du Grand Jeu. Baron, qui collabore à La Critique sociale, revue fondée par Boris Souvarine, se lie d’amitié avec Georges Bataille.

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   Auteur de plusieurs articles pour la revue Minotaure, ayant réglé ses comptes avec Breton, l’homme poursuit une vie libre. Après s’être engagé dans la marine marchande, avoir parcouru le monde et œuvré comme journaliste radio, il reçoit une forme de consécration en recevant le prix des Deux-Magots, à trente ans seulement, pour son unique roman Charbon de mer, récit à travers lequel il imagine un autre destin pour Rimbaud, qui ne serait pas parti pour Le Harrar. Son intérêt pour les artistes ne faiblit pas, puisqu’il signe plusieurs articles consacrés à Picasso ou encore au sculpteur Jacques Lipchiz. Dans ses mémoires, parues en 1969 et intitulées L’An I du surréalisme, Baron revient sur sa relation avec Victor Serge, sur mai 68 et sur les principales figures du surréalisme, qu’il juge plus ou moins sévèrement. Décédé le 30 mars 1986, à l’âge de quatre-vingt-un ans, Jacques Baron repose désormais aux côtés de sa femme Odette, née Dreyfus, dentiste à Montmartre, sous l’austère caveau noir, un peu usé par le temps, « DREYFUS-BIBARD », qui ne comporte aucun signe religieux. Auteur de nombreux ouvrages, dont l’un est consacré, à l’instar des Tarahumaras d’Artaud, au peuple maya, Baron a en outre écrit une très belle Anthologie plastique du surréalisme, publiée par Philipacchi en 1980, ainsi que de très beaux recueils. Laissons-lui donc la parole :

Si comme on me l’a dit je dois changer de peau
Dans une autre vie
Je serais à vingt ans matelot au long cours
Et j’aimerais une femme qui ne m’aimerait
Peut-être pas
J’aurais du vague à l’âme pour la treizième fois

NB : Pour retrouver la tombe :
Jacques Baron est inhumé avec Odette Baron Dreyfus dans la concession 42CC1901
Compter deux lignes par rapport à la division 92, et vingt tombes par rapport à la division 94.

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