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AVIDA DOLLARS (suite)

   André Breton surnommait Salvador Dali, Avida Dollars. De même que les tee-shirts du Che, pourtant communiste, constituent une manne financière quasi inépuisable, les montres molles Made in China se vendent sur les réseaux. Recyclage du surréalisme, et normalisation d’un mouvement.

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BONNE ANNEE 2019! (vlog 3)

MÉMOIRE DES POÈTES XXVIII: ISIDORE ISOU (1925-2007), Cimetière du Père-Lachaise, DIVISION 87, columbarium, case n° 24193 (article paru dans « Diérèse » 73, printemps-été 2018)

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Né le 29 janvier 1925 à Botoşani, dans la plaine moldave, au sein d’une famille juive roumaine, Isidore Goldstein est élevé par un père exigeant, qui l’initié très jeune aux subtilités de la langue française, ainsi qu’aux grandes œuvres philosophiques et littéraires. Passionné par Proust, Dostoïevski, ou encore Karl Marx, l’adolescent pense très vite à créer une nouvelle langue poétique suite à la lecture du philosophe allemand atypique Hermann von Keyserling (1880-1946). Ainsi naît, dès 1941, le lettrisme, mouvement radicalement nouveau, en permanente évolution, placé dans la continuité du dadaïsme puis du surréalisme, théorisé une première fois à travers l’Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique, ouvrage écrit entre 1941 et 1947. Il s’agit, pour l’auteur de réaliser la première vraie internationale poétique, soit une œuvre qui serait transmissible n’importe où. De fait, la sémantique est sacrifiée au profit de la sonorité et de l’agencement typographique, afin qu’un individu lambda, sur la planète, puisse « entrer » dans le texte. De la même manière, en peinture, le mouvement fait appel à un subtil agencement de lettres et de signes. Poursuivant ses recherches intellectuelles tout en s’adonnant au dessin, Isou commence aussi, dès 1942, à énoncer les principes de La Créatique ou la Novatique, ambitieux projet qui se doit de transformer définitivement tous les champs de l’activité cérébrale : sciences, arts, théologie, philosophie, et, plus généralement, la vie elle-même.

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Après avoir fondé la revue Da (« oui » en français), en compagnie de son ami Serge Moscovici , Isou profite d’une bourse accordée par le parti communiste pour fuir les persécutions balkaniques et les misères de la guerre. Au terme d’un hasardeux périple européen, l’homme se retrouve à Saint-Germain-des-Prés en 1945, quartier qu’il ne quittera plus. Venu avec de nombreuses notes et manuscrits, il fréquente assidûment les soirées littéraires, croisant notamment André Breton, Pierre Albert-Birot, ou encore Jean Cocteau, pour lequel il conservera une indéfectible amitié. S’il ne goûte guère Benjamin Péret, réactionnaire à son sens , ses rapports avec Breton sont alors chaleureux. Breton représentait pour moi l’avant-garde qui avait précédé le lettrisme. C’est un auteur novateur et son groupe méritait de rentrer dans l’histoire de la création. L’auteur de Nadja soutient en effet activement le jeune prodige roumain, jusqu’à assister à une de ses manifestations esthétiques, puis de se brouiller. Une ultime rencontre, apaisée, aura par ailleurs lieu en 1965, soit quelques mois avant la mort du grand homme.
Début 1946, Isidore Isou organise deux manifestations inaugurales, pour lancement de sa théorie. Une première, à l’hôtel des Sociétés Savantes rue Danton, et surtout une seconde, le 8 janvier 1946, au théâtre du Vieux-Colombier. Avec Gabriel Pomerand (1925-1972) et d’autres disciples, le poète récite plusieurs lettries, et vole la vedette à son ami, compatriote et intercesseur, Tristan Tzara (1896-1963), dont la pièce La Fuite est alors représentée. C’est le scandale, et Isou accède enfin à la publicité dont il rêvait, le lendemain, lorsque Combat fait sa une de l’évènement en question. Dans la foulée, la Dictature lettriste, cahier à vocation propagandiste qui ne connaîtra qu’un seul numéro, est lancé, et une Centrale lettriste est créée à la librairie de la Porte latine, siège de la revue. Parallèlement, appuyé par Raymond Queneau et Jean Paulhan, fort du remou provoqué par l’algarade du Vieux-Colombier, Isou publie son Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique à la NRF en avril 1947. En octobre de la même année Gaston Gallimard accepte de publier L’Agrégation d’un Nom et d’un Messie, épais volume présenté comme un roman, et qui pourtant tient de l’autobiographie, de l’essai et du manifeste. La vie du jeune Isou est celle de tout adolescent pourri de littérature (et d’innombrables connaissances), mais projeté à travers le monde par une impudence qui bouscule — et veut bousculer : Isou est infiniment grossier, sans mœurs et sans raison déclare, sceptique, Georges Bataille dans sa revue Critique. De nombreux ouvrages suivent, parmi lesquels Le surréalisme et André Breton, essai enthousiaste, sorti en 1948, ou encore L’économie politique et l’érotologie (1949), Les arts plastiques (1950), Le roman et la prose (1950), Le cinéma (1951) et Le théâtre (1952), autant de livres fondateurs de la théorie lettriste, en de multiples domaines, dans un désir révolutionnaire de refonte sociale totale. En avril 1951, soit cinq ans après l’esclandre provoqué au Vieux-Colombier, Isou présente Traité de bave et d’éternité, film produit par son ami Marc-Olivier Guillaumin, dit Marc’O, en marge du festival de Cannes. L’œuvre, qui reçoit le prix des Spectateurs d’avant-garde, procède d’une démarche radicale, puisque selon le principe « discrépant » et « ciselant » la bande-son, mêlant narration et poèmes lettristes, est totalement dissociée de la bande-image, qui elle associe de vieilles pellicules de l’armée, ou encore des séquences montrant Cocteau (qui réalisera l’affiche), André Maurois ou Marcel Achard déambulant dans Paris. Le film qui aura une influence certaine sur la Nouvelle Vague, et en particulier sur Godard, ou encore sur le cinéma expérimental américain de Stan Brakhage, sera suivi par les productions d’autres lettristes comme Maurice Lemaître ou encore Gil J. Wolman. En outre, Guy Debord (1931-1994), fasciné, rejoint quelques temps le mouvement avant de s’en séparer pour fonder sa propre internationale lettriste, prélude au mouvement situationniste. Jusqu’au bout, Isou ne cessera de tourner, réalisant ainsi une vingtaine de films, dont certains sont toujours disponibles en ligne, sur YouTube notamment. Son intérêt le porte aussi vers la peinture, de 1944 jusqu’à sa mort.

Nous le retrouvons au théâtre, en 1954, puisque La Marche des jongleurs, sa première pièce, est montée par Jacques Poliéri. En 1955, répondant aux questions d’Orson Welles, de passage à Saint-Germain-des-Prés pour son documentaire Around the world with Orson Welles, Isidore Isou, accompagné de Gabriel Pomerand, déclare : (…) nous cherchions une nouvelle forme de poésie, un nouveau style. Nous avons étudié l’histoire de la poésie. Nous avons été déçus par la poésie surréaliste. Alors nous avons inventé cette nouvelle poésie en n’utilisant que les lettres et en écrivant des symphonies et des poèmes. Nous les appelons des lettries. Poursuivant l’aventure lettriste au Salon Comparaisons, Isou, qui s’est lié d’amitié avec de nombreux peintres, tel Maurice Boitel, ne cesse d’enrichir sa réflexion, en abordant aussi bien la psychologie, les mathématiques, et les sciences en général. La publication clandestine de livres érotiques, via la maison d’édition fictive « Les escaliers de Lausanne », assure peu ou prou sa survie matérielle, mais lui vaut également un bref séjour en prison.
Isou, qui a enregistré en 1965 le disque Rituel somptueux pour la sélection des espèces, en compagnie du fidèle Maurice Lemaître, est naturalisé français dans les années 1980. Seul, oublié, il s’éteint à son domicile, 42 rue Saint-André-des-Arts, le 28 juillet 2007. Ses cendres reposent désormais dans la case 24193, ornée de la citation suivante : Je crois que de moi on a déjà dit tout le mal qu’on puisse dire. Ce qui me semble original et rare reste le bien qu’on puisse découvrir dans mes actions.

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Autoportrait d’Isidore Isou.

La moitié des manuscrits qu’il nous a fait lire consistait en auto-panégyrique : sans le moindre intérêt. (…) Dix lignes d’Isou, cela va à vau l’eau aurait déclaré Jean Paulhan à Maurice Lemaître. Considéré par beaucoup comme un formidable fumiste, doublé d’un fieffé mégalomane, Isou est peut-être d’abord une sorte d’ovni littéraire, touche-à-tout de génie, en marge du surréalisme. Réédités, décriés ou réévalués, ses écrits occupent en tous cas une place unique dans l’histoire de la création, et continuent à irriguer le mouvement lettriste, toujours vivant.

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MÉMOIRE DES POÈTES XXVII: JACQUES BARON (1905-1986), Cimetière du Père-Lachaise, DIVISION 93 (article à paraître dans « Diérèse » 74)

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   Surnommé le « Rimbaud du surréalisme » du fait de sa précocité, Jacques Baron naît à Paris le 21 février 1905, et passe son enfance à Nantes. Revenu dans la capitale vers 1920, il rencontre André Breton et Louis Aragon le 14 avril 1921 dans l’église Saint-Julien-le Pauvre, à l’occasion d’une sortie organisée par Dada. Il est alors accompagné de Roger Vitrac. En octobre de la même année, ses premiers poèmes paraissent dans Aventure, revue dirigée par Marcel Arland, René Crevel Georges Limbour, Vitrac et Max Morise. Rapidement, Baron entre dans le groupe surréaliste, et collabore aux différentes feuilles du mouvement, dont La Révolution surréaliste. Il n’a que dix-neuf ans quand parait son premier recueil, L’Allure poétique, vite salué par Aragon. Ayant rejoint, avec Péret, Breton, et Unik, le PCF en 1927, Baron se tourne vers le trotskisme après son exclusion du groupe le 11 mars 1929 : ulcéré par la personnalité fougueuse de Roger Vailland, et par un de ses articles rendant hommage au préfet de police Chiappe, le pape du surréalisme organisé une réunion autour du thème « Examen critique du sort fait récemment à Léon Trotzky » (sic), et en profite pour congédier Prévert, Man Ray, Yves Tanguy et tous les membres du Grand Jeu. Baron, qui collabore à La Critique sociale, revue fondée par Boris Souvarine, se lie d’amitié avec Georges Bataille.

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   Auteur de plusieurs articles pour la revue Minotaure, ayant réglé ses comptes avec Breton, l’homme poursuit une vie libre. Après s’être engagé dans la marine marchande, avoir parcouru le monde et œuvré comme journaliste radio, il reçoit une forme de consécration en recevant le prix des Deux-Magots, à trente ans seulement, pour son unique roman Charbon de mer, récit à travers lequel il imagine un autre destin pour Rimbaud, qui ne serait pas parti pour Le Harrar. Son intérêt pour les artistes ne faiblit pas, puisqu’il signe plusieurs articles consacrés à Picasso ou encore au sculpteur Jacques Lipchiz. Dans ses mémoires, parues en 1969 et intitulées L’An I du surréalisme, Baron revient sur sa relation avec Victor Serge, sur mai 68 et sur les principales figures du surréalisme, qu’il juge plus ou moins sévèrement. Décédé le 30 mars 1986, à l’âge de quatre-vingt-un ans, Jacques Baron repose désormais aux côtés de sa femme Odette, née Dreyfus, dentiste à Montmartre, sous l’austère caveau noir, un peu usé par le temps, « DREYFUS-BIBARD », qui ne comporte aucun signe religieux. Auteur de nombreux ouvrages, dont l’un est consacré, à l’instar des Tarahumaras d’Artaud, au peuple maya, Baron a en outre écrit une très belle Anthologie plastique du surréalisme, publiée par Philipacchi en 1980, ainsi que de très beaux recueils. Laissons-lui donc la parole :

Si comme on me l’a dit je dois changer de peau
Dans une autre vie
Je serais à vingt ans matelot au long cours
Et j’aimerais une femme qui ne m’aimerait
Peut-être pas
J’aurais du vague à l’âme pour la treizième fois

NB : Pour retrouver la tombe :
Jacques Baron est inhumé avec Odette Baron Dreyfus dans la concession 42CC1901
Compter deux lignes par rapport à la division 92, et vingt tombes par rapport à la division 94.

MÉMOIRE DES POÈTES XXV: MAURICE NADEAU (1911-2013), CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, DIVISION 87, COLUMBARIUM (article à paraître dans « Diérèse » 73, été 2018)

DIVISION 87 (pour la description de l’ensemble crématorium-columbarium, nous renvoyons le lecteur à notre article autour de Max Ernst)

Notre article sur Max Ernst (cliquer sur le lien)

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Maurice Nadeau (1911-2013)

   Né à Paris le 21 mai 1911, orphelin de guerre très jeune, Maurice Nadeau intègre l’école Normale Supérieure de Fontenay Saint-Cloud après le baccalauréat, et adhère dès 1930 au PCF. Exclu en 1932, il adhère à la Ligue Communiste, mouvement d’obédience trotskiste fondé par Pierre Naville (1903-1994), lui aussi surréaliste, et fréquente assidûment Breton, Gide, Prévert ou encore Benjamin Péret. Agrégé ès Lettres en 1936, il enseigne à Prades, dans les Pyrénées-Orientales, comme professeur, puis à Thiais comme instituteur. Il collabore alors, en compagnie de Breton, à la revue Clé, pour protester contre l’internement en France de républicains espagnols. Brièvement mobilisé lors de l’entrée en guerre, Nadeau résiste auprès de David Rousset (1912-1997), et réchappe de peu à la déportation. Publiée en 1945, son Histoire du surréalisme, fait longtemps référence.

   Ayant abandonné l’Éducation nationale dès 1945, Nadeau devient critique à Combat, journal issu de la Résistance, sous le patronage d’Albert Camus. Grand découvreur, il révèle notamment Georges Bataille, René Char, Henri Michaux, Henry Miller, ou encore Claude Simon. Il entame également l’édition des œuvres complètes de Sade, et prend la défense de Louis-Ferdinand Céline, alors en disgrâce. Pendant plus de trente ans, il travaille pour plusieurs périodiques et pour plusieurs maisons, parmi lesquelles Corréa, Juliard, Denoël ou encore Robert Laffont. Son activité politique se poursuit, puisqu’il signe le Manifeste des 121, pour protester contre la guerre d’Algérie, avec Jean-Paul Sartre.

   Le 15 mars 1966, aux côtés de François Erval, Maurice Nadeau fonde La Quinzaine littéraire, qu’il anime en compagnie d’Anne Sarraute (1930-2008) et dont il prend la direction dès 1970. Le bimensuel, qui connaîtra d’importantes difficultés financières, sera soutenu par une vente aux enchères, organisée en 1976, avec la participation de Pierre Soulages, Henri Michaux ou Samuel Beckett notamment. L’année suivante, en 1977, Nadeau fonde sa propre maison d’édition, qu’il rebaptisera « éditions Maurice Nadeau » en 1984, et qu’il dirigera jusqu’à sa mort. Fidèle à sa réputation, l’homme déniche nombre de futurs génies, qu’il fait parfois traduire. Citons entre autres Malcolm Lowry, J.M. Coetzee, Fernando Arrabal, mais aussi Georges Perec, et Michel Leiris, et, plus récemment, Michel Houellebecq, à travers son premier roman, Extension du domaine de la lutte.

   Toujours en proie à des difficultés financières, Maurice Nadeau signe, le 16 mai 2013, un texte intitulé « Vous ne laisserez pas mourir la Quinzaine« , sorte de manifeste programmatique dans lequel il imagine les moyens légaux de sauver un journal devenu culte, mais trop peu lu. Il meurt le mois suivant, soit le 16 juin 2013, à l’âge de cent deux ans, avec le titre de commandeur des Arts et Lettres. Incinéré au Père-Lachaise, il repose désormais avec les siens, dans le cimetière de Jouy-en-Morin, en Seine-et-Marne. Réalisateur, son fils Gilles Nadeau a repris la direction de la Quinzaine, quand sa fille, Claire Nadeau, est actrice.

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Maurice Nadeau repose désormais au cimetière de Jouy-sur-Morin, en Seine-et-Marne.

  Pionnier, M. Nadeau nous a laissé un témoignage poignant, et vivant, sur ses contemporains, à travers Grâce leur soient rendues, paru en 2010 chez Albin Michel. Ses relations avec Breton et le milieu surréaliste demeurent néanmoins, comme souvent, conflictuelles. Ayant rencontré le « pape du surréalisme » le 11 novembre 1938 à l’issue d’un meeting du P.O.I (Parti Ouvrier Internationaliste), il se voit confier des responsabilités importantes au sein du mouvement, dont l’impression du bulletin Clé (évoqué plus haut), et l’organisation de la FIARI (Fédération internationale de l’art révolutionnaire indépendant). Proche de la revue résistante La Main à plume, sous l’Occupation, Nadeau accepte mal les critiques que Breton adresse à son Histoire du surréalisme, notamment lorsque ce dernier lui reproche d’avoir enterré le mouvement, et de surévaluer le rôle de Queneau ou de Prévert. Il n’en participe pas moins à divers évènements, dont une exposition de tracts surréalistes, organisée à la librairie La Hune du 29 juin au 17 juillet 1948, pour la parution des Documents surréalistes qu’il a lui-même réunis. En 1949, dans Combat, il fait grief à Breton de se tourner vers l’occultisme, au détriment de la révolution. Piqué, l’auteur de Nadja reproche au futur éditeur de n’avoir aucune vraie sensibilité poétique, pour s’être fourvoyé dans l’affaire de La « Chasse spirituelle », texte apocryphe de Rimbaud, faux publié par des comédiens. Malgré tout, la jeune génération surréaliste, qui compte notamment Jean Schuster (1929-1995, inhumé au cimetière de Pantin) ou Charles Duits (1925-1991, inhumé au cimetière de Montparnasse), apporte son soutien matériel à La Quinzaine.

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LA GESTE DE DRACULA EN COTENTIN, GUY GIRARD, CHEZ L’AUTEUR, SAINT-OUEN, MARS 2017 (pour acquérir le recueil, écrire à guy.girard10@sfr.fr). Note de lecture à paraître dans « Diérèse » 72, en février 2018.

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Un magnifique frontispice de Pierre-André Sauvageot.

Dracula dans le Cotentin : il fallait y songer. Peintre surréaliste, mais aussi auteur, Guy Girard l’a imaginé, décrivant le parcours du prince des vampires au bord de la Manche, pendant une semaine. Chacun des sept petits poèmes en prose correspond ainsi à un jour précis : « Lundi », « Mardi », et chaque étape de la créature est décrite, de manière assez précise, de l’île de Tombelaine, jusqu’au port de Cherbourg. La parole se déploie dès lors en une série d’images riches, audacieuses, dans une belle coulée lyrique, qui évoque à la fois des éléments presque triviaux du quotidien comme ce car de ramassage scolaire (p. 11), ou mythiques, tels la Dame blanche ou l’épiphyse de Merlin (p. 10). Une forme de réalisme semble infuser le royaume de l’imaginaire, tandis que se déploient diverses métaphores, dont certaines évoquent la pratique de l’écriture automatique, du cadavre exquis, tel cet étrange crapaud retiré d’un bol de punch (p. 5). Pour autant tout a l’air extrêmement maîtrisé, pensé, travaillé. Les phrases s’enchaînent, légères, dans une sorte de tourbillon verbal, en apparence libre, mais tout entier tendu par la logique du récit. Nous suivons bel et bien Dracula jusqu’au dimanche, et tout fait sens. On ne peut évidemment s’empêcher de penser, entre autres, à la prose lyrique d’Arcane 17, ou des Vases communicants. Par-delà la filiation, non reniée, au surréalisme, Guy Girard trace sa propre route, de recueil autopublié en recueil autopublié, loin des grosses machines éditoriales, ou même des circuits poétiques habituels, avec un humour et une originalité rares. Orné d’un magnifique frontispice signé Pierre-André Sauvageot, et représentant notre héros devant le Mont Saint-Michel, ce nouvel opuscule semble nous rappeler que l’esprit de Breton n’est pas mort, et continue à vivre, par-delà la théorie.

CINÉ-CLUB 7: « LA COQUILLE ET LE CLERGYMAN »

  Dans notre précédent billet, nous évoquions la figure attachante de Germaine Dulac (1882-1942), et nous parlions de La Coquille et le Clergyman, premier film surréaliste qui fut boudé par André Breton. Voici donc l’œuvre, en version restaurée. Pour les détails, on se référera donc plus précisément à ce que nous en avons dit il y a quelques jours, ainsi qu’à la fiche Wikipédia qui lui est consacrée, et qui est plutôt bien conçue.

Fiche Wikipédia consacrée au film

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