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« FURFUR », PATRICK BOUTIN, éditions LAMIROY, WOLUWE-SAINT-LAMBERT, BELGIQUE, 2019. (note de lecture parue dans « Diérèse » 78).

furfur

   De Balzac à Marguerite Yourcenar, en passant par Oscar Wilde, nombre de romanciers ont abordé la peinture sous l’angle fantastique. Plasticien de formation, auteur d’une vingtaine d’ouvrages, Patrick Boutin s’inscrit dans cette filiation à travers un conte bref et profond. Nous y suivons la mésaventure d’un artiste figuratif d’âge mur, pourvu d’un don indiscutable, mais [vendant] peu (p. 8). Réalisant un autoportrait extrêmement ressemblant, l’homme voit le tableau prendre vie, et progressivement prendre sa place. Soucieux de ménager le suspense, nous ne livrerons évidemment pas la fin au lecteur. Ce dernier devra débourser la modeste somme de quatre euros pour acquérir ce mince et élégant volume tout blanc, publié par Lamiroy, maison belge spécialisée dans l’édition d’opuscules, soit de petite(s) nouvelle(s) de 5000 mots paraissant tous les vendredis. Servie par un indéniable talent narratif, l’intrigue est à la fois efficace et simple, prenante. En conteur accompli, P. Boutin mène rondement le récit à son terme, jusqu’à sa chute fatale. Mais c’est surtout le style qui surprend : cette plume extrêmement maîtrisée, comme décalée à l’époque du SMS et de l’écriture parlée. Dans une prose impeccable, savamment rythmée, P. Boutin nous emmène loin du quotidien, employant des termes délicieusement désuets, comme tirés du Littré, d’une ère révolue, riche et distinguée. Avec son exergue emprunté aux Contes humoristiques de Théophile Gautier, cette singulière histoire semble datée du XIXe siècle, ou plutôt fait revivre le XIXe siècle, soit l’esprit précieux, décadent, propre à Barbey d’Aurevilly. Délibérément classique, loin des expérimentations contemporaines, P. Boutin n’a pour autant rien d’un passéiste, d’un homme de Lettres réactionnaire copiant un énième palimpseste, puisque son histoire traite avec originalité du double, thème intemporel. S’y ajoute l’humour subtil d’un narrateur désabusé, qui s’effacera littéralement, ou plutôt se verra effacer par son besson (p.26).

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