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« VITAMINES NOIRES », CLAIRE BOITEL, ÉDITIONS RAFAËL DE SURTIS, 2020 (note parue dans « Diérèse » 81, printemps-été 2021)

   La narratrice croise un homme énigmatique, brun. Celui-ci lui demande de lâcher une allumette dans le métro. Sa mission accomplie, d’autres mondes apparaissent, comme si la mèche s’était embrasée. La femme erre ainsi dans les méandres d’un songe étrange et labyrinthique, où se mêlent plusieurs strates oniriques, peuplées de personnages récurrents : Olga, Anatole, les Ennemis, la Dame au chat, ainsi que le singulier Monsieur du début. Ce dernier pose des électrodes sur la tête de notre héroïne, note les pensées qui en surgissent sur ordinateur, puis la pénètre: Je suis tombé amoureux de ton cerveau en train de s’ouvrir, de s’épanouir, lui déclare t’il ainsi (p. 26).

   Sous-titré « roman », le singulier récit de Claire Boitel a de quoi surprendre, puisqu’il n’obéit pas à une logique narrative classique. Nulle cohérence apparente, sinon celle de l’inconscient, dans ce bref et dense volume : on pourrait ainsi parler d’écriture romanesque automatique, dans la mesure où Claire Boitel passe d’une vision à l’autre, sinon d’un fantasme à l’autre. Rien d’étonnant, donc, à ce que Paul Sanda, responsable de la maison des surréalistes, ait publié l’opuscule, tant celui-ci évoque l’univers roussélien, soit une série de visions instantanées, de tableaux oniriques. Le terme même est d’ailleurs lâché page 73 : Mon maître surveille ce dialogue surréaliste. On songe parfois à La coquille et le clergyman, adapté d’Antonin Artaud par Germaine Dulac, ou encore au premier David Lynch, au long cauchemar d’Eraserhead. Car loin d’être apaisé, Vitamines noires, évoque souvent une hallucination colorée, peuplée de mirages, notamment lorsqu’une piscine apparaît au moment où les deux protagonistes ont des rapports. Le titre même du livre fait sens : la bouche d’ombre parle. Le cortex semble précisément dopé par les fameuses vitamines noires : dans les sinuosités roses de mon cerveau rampe un filet de teinte noire (p. 29). Et même si la fin évoque un brusque réveil, dans une chambre à la couleur de coquille d’œuf (p. 98), le rêve semble se maintenir, encore et toujours, puisque jusqu’au bout, il pleut des flocons de cendre (p. 100). Quel sens donner à cette exploration ? La narratrice elle-même paraît s’interroger : quelle est la face cachée de ce paradis ? (p. 29).

  Reste, pour explorer cette terra incognita, ces espaces du rêve, un style riche en images. Parfois surprenantes, les métaphores fusent au fil des lignes, provoquant des rapprochements inattendus : Les centaines de bras de mon amant nous déshabillent, mes seins nous regardent comme de gros yeux, nous nous transformons en insectes de chair rose avec quelques touffes de poil (p. 51). Venue de la poésie, Claire Boitel signe là un livre original, riche.

DIÉRÈSE 81 (été 2021)

Sous le patronage de Daniel Martinez, le Diérèse nouveau est en route! Outre la poésie contemporaine, les traductions et les textes libres, retrouvez mes chroniques autour du surréalisme ainsi que quatre notes de lecture de mon cru. Les différents articles seront mis en ligne ici même au fil du temps. Pour être précis:

  • deux notes biographiques autour des poètes plasticiens Théodore Koenig et Paul Jean Revel
  • quatre critiques littéraires autour de Didier Ayres (H.P.), Paul Sanda (Sept fragments immanents pour une alchimie poétique), Radu Bata (Le Blues roumain) et Claire Boitel (Vitamines noires).

Retrouvez une présentation plus complète sur le blog dédié:

Diérèse 81 : Diérèse et les Deux-Siciles (hautetfort.com)

Pour commander Diérèse, envoyer un chèque de 19,90 euros (15 euros + 4,90 euros de frais de port), à Daniel Martinez, 8 avenue Hoche, 77330 Ozoir-la-Ferrière. L’abonnement (3 numéros annuels) est de 45 euros.

La revue sortira fin mai, aux alentours du 30.

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