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« BLUES-ROCK (CÉLÉBRATION) », LOUIS BERTHOLOM, ÉDITIONS SÉMAPHORE, COLLECTION « ARCANES », 2020 (note de lecture parue dans « Diérèse » 80, hiver 2020)

   Le recueil porte un titre programmatique. Ancien infirmier en psychiatrie, attaché à sa Bretagne natale, Louis Bertholom fut aussi, de 1975 à 1985, chanteur et parolier du groupe Tasmant (soit « le fantôme » en breton). Et c’est précisément cette décennie qu’il choisit d’explorer à travers un ensemble de vers libres, courts, incisifs et rapides comme les riffs d’une Gibson (p.44). Dédié à Patrick Quiniou, alias Pat King, du groupe Délire, le volume semble déborder de l’énergie brute propre au rock, ce cri au fond des tripes (p. 56). Écrits en quatre-vingts dix jours, soit dans l’urgence, les fragments évoquent en effet de brèves annotations, pareilles à des flashs, de subites réminiscences. L’occasion, également, de retrouver des passions de jeunesse, qu’il s’agisse de musiciens ou d’auteurs, essentiellement issus de la beat generation. Fan de Bob Dylan, de Frank Zappa, Louis Bertholom s’est également nourri de Jack Kerouac, de Ginsberg, comme on peut le sentir dans Amerika blues, chroniqué par nos soins dans le numéro 45 (à l’été 2009). Livre américain, mais d’abord armoricain, Blues-rock mêle avec bonheur diverses références, comme si Louis Bertholom avait intégré les références d’outre-Atlantique à sa propre sensibilité de barde celtique, en une sorte de long cut-up granitique. 

   L’aventure rock se termine hélas brutalement lorsque, miné par les excès, l’auteur crache du sang/sur la bonnette bleue/du micro Shure SM58 (p. 13). Traumatique, l’incident apparaît à plusieurs reprises, au détour des pages, de façon récurrente, obsédante. Après 1985, Louis Bertholom se tourne définitivement vers la poésie, sans abandonner pour autant la musique, qu’il s’agisse de collaborer avec des jazzmen, ou de publier des disques (trois, à ce jour). Dès lors, ce bref recueil autobiographique prend valeur de témoignage. Une pointe de nostalgie baigne ainsi l’ensemble, tel un brouillard, un crachin. Quand du rock nous passons au blues Hérauts qui embellissent les souffrances/sculptant les notes/jusqu’à l’extase/la beauté de la tristesse (p. 70). 

« AMERIKA BLUES », LOUIS BERTHOLOM, EDITIONS SAUVAGES, Collection Askell, Quimper, 2008 (Article paru dans « Diérèse » 45, été 2009)

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   Poète, mais aussi chanteur, Louis Bertholom nous livre ici son neuvième recueil, sous forme d’hommage aux Etats-Unis, ou plutôt aux auteurs de la Contre culture d’Outre-Atlantique. Mêlant prose et vers-libres, Amérika blues convoque ainsi les figures tutélaires de Woody Guthrie (« Ta machine n’a pas fini de tuer les fascistes »), Bukowski (« Hank »), Janis Joplin (« L’hôtel de la zone morte »), et surtout Jack Kerouac, auquel est consacrée la deuxième et dernière partie du livre. Oscillant entre dégoût pour une « Amérique aveugle », raciste, destructrice, et admiration pour les artistes en marge ou les Indiens opprimés, l’auteur s’inscrit parfaitement dans la tradition Beatnik, héritière des Objectivistes, d’Allen Ginsberg, ou Gregory Corso, adeptes de la « poésie orale », loin de la « lourdeur de l’emphase » et des « ergoteries académiques ». L’écriture est ainsi hachée, mêlant extraits de discours, de chansons, de descriptions, dans une sorte de cut up assez limpide, assez direct.
Rythmé, puissant, imagé, Amerika blues fait l’éloge du voyage, des « hobos », ces SDF américains, contraints à l’errance par la crise de 1929, décrits par Steinbeck, puis par Guthrie et Dylan, et condamne les valeurs occidentales traditionnelles, l’éloignement de la Nature propre à nos sociétés industrielles. La tradition amérindienne, chamanique, se trouve ainsi valorisée : « Nous avons rompu la cohérence sacrée (…) Le chaman parle aux entités libres ». Contestataire, parfois violent, le livre laisse également transparaître un certain lyrisme, une certain bonheur, et d’être au monde, une façon de célébrer l’instant présent, le détail, à la manière du haïku, cher à Kerouac R. Brautigan, et à l’auteur lui-même : « Montréal couvre un murmure/d’hiver blanc,/érables, cèdres rouges et jaunes/déroulent leurs dernières vapeurs automnales ». Parfois triste et désabusée, souvent joyeuse et enthousiaste, la plume de Louis Bertholom nous permet en tous cas d’explorer un autre continent, une sorte de face cachée, loin des clichés habituels.

Diérèse45couv

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