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« PETITE HISTOIRE DE LA JONGLE », JACQUES BARON. CITATION (merci à Ambroix, alias P.G.).

PETITE HISTOIRE DE LA JONGLE

Eléphant Eléphant allant en promenade
pourquoi emportes-tu cet oiseau sur ton dos
Mais c’est un oiseau-lyre Il va voir un malade
un souffrant qui n’a plus que la peau sur les os

un de mes vieux amis un éléphant sauvage
qui ne vient plus s’asseoir au cercle de famille
Lorsque l’enfant paraît il n’est pas d’autres sage
pour savoir désigner le garçon ou la fille

Eléphant de minuit allant à l’eau dormante
Eléphant de la lune cet oiseau sur ton dos
n’est pas un oiseau-lyre à la plume charmante
Mais un vieux crocodile un vieux sac en croco

Eléphant de minuit éléphant de la lune
j’irai jusqu’au bout portant l’oiseau on se tutoie
et votre voix de terre un peu trop m’importune
De l’oiseau en croco j’ai décidé le choix

Oui j’irai jusqu’au bout sur les jambes de soie

Comme le temps passe… Incroyable comme le temps passe vite… Aujourd’hui, 17 février 1967, les journaux parisiens sont pleins de Toutankhamon. On expose son masque d’or au Petit Palais. Je lis: « vers sa vingtième année la vie s’éloigne de lui. Pourquoi? Comment? Personne ne peut encore répondre à ces questions: il fut enterré en avril comme les fleurs des bouquets funéraires permettent de l’apprendre ».

Qu’ai-je affaire ici de ce pharaon qui sortit en 1922, de la vallée des Rois où, depuis des millénaires, il vivait sa vie de mort supérieur? Signe des temps… Le temps passé ne se retrouve jamais… Nous faisons glisser d’une main dans l’autre, entre nos doigts, les grains de sable du désert. Geste machinal dans lequel il serait vain de voir celui de l’orpailleur idéaliste espérant trouver quelque trace de l’or du temps dans la poussière minérale et cependant spirituelle. Pourtant, si la mémoire se met à étinceler tout d’un coup? Ne serait-ce qu’à cause d’un rayon de soleil qui frappe la poignée de sable retenue dans la main…

Toutankhamon est venu sans que je le cherche. Il est venu comme un éclaireur de l’au-delà, avec son regard d’enfant-dieu étonné et sa momie, regarder par-dessus mon épaule cette écriture qu’il ne sait pas lire, qui va en dépit du bon sens hiéroglyphique et qui est la mise en train de quelques souvenirs. C’est en 1922 que l’archéologue Carter pria Lord Carnavon, alors à Londres, de se hâter d’accourir en égypte pour ouvrir la nécropole de Neb Kheperou Ré, autrement dit Toutankhamon. Lord Carnavon en mourut.

En 1922, il y eut de curieuses rencontres, à Paris, entre des jeunes gens qui se voulaient poètes et se trouvaient, chacun avec ses raisons particulières, dans un état d’exaspération qui les conduisait au même rendez-vous. C’est en 1922 que je fis la connaissance d’André Breton. Toutankhamon n’y fut pour rien.

MÉMOIRE DES POÈTES XXVII: JACQUES BARON (1905-1986), Cimetière du Père-Lachaise, DIVISION 93 (article à paraître dans « Diérèse » 74)

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   Surnommé le « Rimbaud du surréalisme » du fait de sa précocité, Jacques Baron naît à Paris le 21 février 1905, et passe son enfance à Nantes. Revenu dans la capitale vers 1920, il rencontre André Breton et Louis Aragon le 14 avril 1921 dans l’église Saint-Julien-le Pauvre, à l’occasion d’une sortie organisée par Dada. Il est alors accompagné de Roger Vitrac. En octobre de la même année, ses premiers poèmes paraissent dans Aventure, revue dirigée par Marcel Arland, René Crevel Georges Limbour, Vitrac et Max Morise. Rapidement, Baron entre dans le groupe surréaliste, et collabore aux différentes feuilles du mouvement, dont La Révolution surréaliste. Il n’a que dix-neuf ans quand parait son premier recueil, L’Allure poétique, vite salué par Aragon. Ayant rejoint, avec Péret, Breton, et Unik, le PCF en 1927, Baron se tourne vers le trotskisme après son exclusion du groupe le 11 mars 1929 : ulcéré par la personnalité fougueuse de Roger Vailland, et par un de ses articles rendant hommage au préfet de police Chiappe, le pape du surréalisme organisé une réunion autour du thème « Examen critique du sort fait récemment à Léon Trotzky » (sic), et en profite pour congédier Prévert, Man Ray, Yves Tanguy et tous les membres du Grand Jeu. Baron, qui collabore à La Critique sociale, revue fondée par Boris Souvarine, se lie d’amitié avec Georges Bataille.

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   Auteur de plusieurs articles pour la revue Minotaure, ayant réglé ses comptes avec Breton, l’homme poursuit une vie libre. Après s’être engagé dans la marine marchande, avoir parcouru le monde et œuvré comme journaliste radio, il reçoit une forme de consécration en recevant le prix des Deux-Magots, à trente ans seulement, pour son unique roman Charbon de mer, récit à travers lequel il imagine un autre destin pour Rimbaud, qui ne serait pas parti pour Le Harrar. Son intérêt pour les artistes ne faiblit pas, puisqu’il signe plusieurs articles consacrés à Picasso ou encore au sculpteur Jacques Lipchiz. Dans ses mémoires, parues en 1969 et intitulées L’An I du surréalisme, Baron revient sur sa relation avec Victor Serge, sur mai 68 et sur les principales figures du surréalisme, qu’il juge plus ou moins sévèrement. Décédé le 30 mars 1986, à l’âge de quatre-vingt-un ans, Jacques Baron repose désormais aux côtés de sa femme Odette, née Dreyfus, dentiste à Montmartre, sous l’austère caveau noir, un peu usé par le temps, « DREYFUS-BIBARD », qui ne comporte aucun signe religieux. Auteur de nombreux ouvrages, dont l’un est consacré, à l’instar des Tarahumaras d’Artaud, au peuple maya, Baron a en outre écrit une très belle Anthologie plastique du surréalisme, publiée par Philipacchi en 1980, ainsi que de très beaux recueils. Laissons-lui donc la parole :

Si comme on me l’a dit je dois changer de peau
Dans une autre vie
Je serais à vingt ans matelot au long cours
Et j’aimerais une femme qui ne m’aimerait
Peut-être pas
J’aurais du vague à l’âme pour la treizième fois

NB : Pour retrouver la tombe :
Jacques Baron est inhumé avec Odette Baron Dreyfus dans la concession 42CC1901
Compter deux lignes par rapport à la division 92, et vingt tombes par rapport à la division 94.

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