PAGE PAYSAGE

Accueil » Ayres Didier

Archives de Catégorie: Ayres Didier

DIDIER AYRES PARLE D' »ANIMAUX » DANS « LA CAUSE LITTÉRAIRE » (mon propre travail)

Un chaleureux merci à mon ami Didier Ayres et à son épouse Yasmina Mahdi, qui précédemment a chroniqué Disparaître. Quel beau cadeau de Noël! Merci aussi à Léon-Marc Lévy, directeur de La Cause littéraire. Ci-dessous un lien vers l’article en ligne:

https://www.lacauselitteraire.fr/animaux-etienne-ruhaud-par-didier-ayres

Étrangeté

Outre le vif sentiment que j’ai ressenti à la lecture des Animaux d’Étienne Ruhaud, je ne cessais d’inventer des titres à cette chronique. Est-ce la profusion des images – entre doute et effroi –, la qualité de la surprise, la liberté d’invention, l’aspect débridé des descriptions d’animaux imaginaires, est-ce cela qui me poussait dans cette science des titres ? Tel a été en tout cas mon chemin dans le livre. Je consigne ici quelques-unes de ces tentatives : Zoomorphie, Pur animal organique, Les bêtes intérieures, L’en-soi des faunes, Matière des bestioles, L’animal plurivoque, Là où meurent la raison des proies, Bêtes soûles, Rien de naturel. Cette liste veut seulement rendre la complexité et ce qui déréalise en même temps ce bestiaire riche et original.

Ce qui ressort de cette écriture, c’est le mélange de didactique feinte, qui permet de voir ce qui se déroule dans l’esprit du rédacteur, et cette impression d’insolite constante, qui me ramenait à Lynch ou Cronenberg, pour me référer au seul cinéma. Cependant, il faut dire aussi que cette collection bizarre d’un belluaire littéraire se rapproche plus facilement de Michaux ou encore du Cthulhu de Lovecraft que d’Apollinaire et des gravures de Dufy.

Dans ces descriptions se dessine une inquiétude devant une certaine agitation. Car ces bestioles parfois dangereuses, espèce de silures qui se décomposeraient, qui viendraient du royaume anthropologique des dieux de l’eau, faune remontant du monde aqueux de l’imagination bien souvent, sont ensemble fascinantes et repoussantes, en tout cas propres à une aventure intérieure très imagée, où le monstre est rendu visible. Est-ce du domaine de la tératologie, telle que l’évoque Foucault dans ses cours sur les Anormaux au Collège de France ?

Quoi qu’il en soit on se trouve sans doute dans la comptine enfantine et effrayante ou dans le monde plastique et organique de certains tableaux de Max Ernst. De cette manière on ne sombre pas tout à fait dans l’angoisse, mais on se voit pris au sein d’images ambiguës, comme les représente Jérôme Bosch, homme à tête de chien, créatures à demi-oiseau qui avalent des corps humains, fous à tête de chouette et aux bras multiples… Peut-être aussi on pourrait analyser la libido de ces drôles de chèvre-pied, comme s’il y avait en eux un mélange de désir et de mort. En fait, c’est particulièrement dans l’étrangeté que nous plongeons, dans un état à moitié fasciné par des espèces de freaks et un intérêt presque scientifique pour ces cartels d’un muséum fabuleux.

Donc, rien de mièvre ; pas de tendresse excessive pour des animaux domestiques doux et joueurs, des pets anglais si amusants et un tantinet ridicules. Non, au mieux on serait témoin de guerres de fourmis, de jets d’acide, de crimes étranges des abeilles des sables, ou au moins au-devant de la cruauté, absolument pas gratuite mais facilitant l’imagination et le rêve. Et comme je veux citer un extrait qui me semble parlant, je le ferai avec son entrée Scorpions, qui est mon signe zodiacal – et je précise que je suis la veille de la Toussaint, dans une contiguïté au mortel.

LES SCORPIONS

Myriades de scorpions, comme un mauvais rêve dans la ville en guerre.

Long de plusieurs mètres, leur corps orange et brun se couvre d’une fine fourrure vénéneuse. Leurs yeux violets brillent de cruels éclats, trouent la nuit d’éclairs rouges.

Ils se nourrissent des charognes laissées par les combats, mais aussi d’êtres vivants. Leur dard plonge hommes et animaux en d’atroces convulsions. Leurs pinces déchirent chair et os.

L’État les utilise pour éliminer les gêneurs. Opposants, marginaux et délinquants ont ainsi disparu de la cité, réduits en charpie, enterrée en fosse commune, loin des regards.

PARUTIONS (mon propre travail)

Chers amis, chers lecteurs,

  Mon article consacré à Néant de Didier Ayres, a été repris dans la revue en ligne « Le littéraire ». Par ailleurs, plusieurs notes de lecture ainsi qu’un « tombeau des poètes » consacré à Maurice Rapin et Mirabelle Dors ont été publiés dans « Diérèse » numéro 78 (envoyer un chèque de 18 euros, FDP compris à l’ordre de Daniel Martinez, 8 avenue Hoche, 77380 Ozoir-la-Ferrière).

Ma note de lecture en ligne (cliquer sur le lien)

Didier-Ayres-couv.néant

94267497_232029774567320_6933460143673704448_o

 

 

« NÉANT », DIDIER AYRES, TARABUSTE, 2019 (article paru dans Diérèse 77, automne-hiver 2019)

Didier-Ayres-couv.néant

  Exigeante, l’écriture de Didier Ayres paraît bien loin des effets de manche ou des considérations esthétiques propres à tant d’auteurs. De prime abord, cela ressemble fort à un journal intime, ou plutôt à un journal poétique divisé en cinq « cahiers », composé dans un style efficace, délibérément dépouillé, tout en brèves notations. Avec un langage pauvre (p. 21), D. Ayres tente essentiellement de se comprendre, de saisir son être, à la manière de Montaigne. Fidèle à son objet d’étude (qui n’est autre que lui-même), l’écrivain se regarde, se décrit, sans pour autant verser dans le narcissisme littéraire, le nombrilisme si commun à la production actuelle. Ici, le moi est traité en tant que pur objet d’observation, de dissection, avec pour seul scalpel la plume, et pour conclusions médicales, le texte. Ayant [son] étude pour toute occupation, Didier Ayres semble tout entier tourné vers l’intériorité, reconnaissant ainsi s’enclore en une sorte de citadelle. Si le monde vibrionne comme une ruche (p. 38), la vie monastique semble tentante à cet homme dont l’âme est un poème double et vitreux. La tentation mystique n’est pas loin non plus, mais la voie semble bloquée, pour laisser place au pessimisme, au nihilisme annoncé par un titre programmatique. La mort étant la seule vraie finalité (p. 31), l’écriture constitue-t-elle un refuge ? Fidèle à une tâche doublement austère et irréalisable, Didier Ayres n’a pas même le soutien d’une religion vers laquelle il voudrait tendre, en vain. En concevant des sortes d’épîtres (p. 95), l’homme, qui, de son propre aveu, voudrait prendre la robe de bure, ne peut dépasser l’angoisse existentielle, la certitude de marcher vers la disparition, qu’en grattant des pages, encore et encore, avec cette obstination de griffonner puis de biffer (p.31). Il ne s’agit pas de composer des poèmes, de faire du bel ouvrage, de se perdre dans le vers ou dans le morceau lyrique, mais bien de se saisir, de dessiner un modèle qui toujours échappe. Comme si cette quête insensée, en apparence vaine, remplaçait les habituels exercices littéraires. Parfois la beauté jaillit au détour d’une phrase, d’un paragraphe, mais il s’agit en quelque sorte d’une beauté fortuite, de la richesse involontaire d’un poème (p. 34). L’objectif n’est pas là. Nous ne jouons pas.

   « Là où d’autres proposent des œuvres, je ne propose rien d’autre que de montrer mon esprit », déclare Antonin Artaud dans L’ombilic des limbes. Pareille considération s’applique parfaitement à ce nouveau recueil, publié par les soins de Djamel Meskache et Tatiana Lévy, aux élégantes éditions Tarabuste. Animateur d’atelier d’écriture, docteur ès Lettres, directeur de la revue L’hôte, Didier Ayres propose ici une voie exigeante, loin des sentiers battus.

78720113_168297590940539_3738234651337031680_o

Didier Ayres et votre serviteur, au salon « Ecriture et spiritualité », le 1er décembre 2019 au collège des Bernardins (Paris)

« DISPARAÎTRE », une chronique de Yasmina Mahdi (parue dans « Le Capital des mots »)

  Co-directrice, avec son mari Didier Ayres, de la revue L’hôte, Yasmina Mahdi nous offre une très belle critique de Disparaître. Nous l’en remercions vivement, de même que nous remercions Eric Dubois, poète, blogueur, ami, qui a relayé le texte sur « Le capital des mots ». Nous aurons l’occasion de reparler de Didier, de Yasmina et d’Eric sur le site, ainsi que dans la revue Diérèse.

Un lien vers « Le Capital des mots », revue en ligne d’Eric Dubois

4173ky5lofl

Déambuler/errer

   Disparaître commence un peu à la manière d’un roman d’investigation, et l’on y rencontre le monde du travail et l’arbitraire de ses hiérarchies. Il y a quelque chose de vivant et de désespéré, de morbide, et ce n’est pas un oxymore, dans cette banlieue parisienne, où « s’étale sur le trottoir gelé (…) une neige dense » dans un « poisseux matin de janvier ». Le mot latin simili est employé à plusieurs reprises, à la fois comme signifiant la matière, le faux, l’imitation, et comme symbole de la condition d’individus condamnés à un incessant remplacement, à n’être que de simples substituts au sein d’entreprises malades : des travailleurs palliatifs. Le témoignage du roman est en un sens sociologique, et en cela, Disparaître vise une certaine objectivité. Étienne Ruhaud décrit un univers que l’on analyse comme corollaire du libéralisme, qui génère l’exploitation des plus démunis, des marginaux, des étrangers, que le chômage touche et exclut du système. Un affreux vocabulaire commercial a remplacé l’éloquence, chère à l’auteur. Ce constat est celui d’une société en crise, inégalitaire et brutale.

   Les pauvres, les indigents – masse anonyme au XIXéme siècle -, se retrouvent au XXIème siècle, numérotés, parqués, condamnés, mais tout aussi anonymes, étiquetés comme improductifs. Compensation et décompensation alternent avec précarité. Le Limousin figure comme lieu de départ d’un vaste exode rural en 1961, de « prolétaires » voisins d’« Algériens » consignés dans « un fatras de bidonvilles » à Nanterre. L’auteur éprouve de la jubilation dans cette misère, évoque des bonheurs simples, le courage des individus exilés pour la survie. Malgré tout, le protagoniste préfère « le bitume (…) recouvert de gelée » aux « dimanches mornes en province (…), à une vie diminuée [en Corrèze], racornie, sans emploi et sans moyens ». Un spleen baudelairien est entrecoupé de conversations banales, d’un rapport au réel direct, parfois trivial, où le corps et ses sanies tranchent avec le doux rêve littéraire du jeune homme. Chez Étienne Ruhaud, les bouchers et la viande morte occupent une place, ainsi que les meublés insalubres, qui renvoient au Paris de 1980 de Rafael Chirbes : « ça pue la viande pourrie, un appart’ de louchébem qui s’est enrichi en vendant de la viande de chien » (Paris-Austerlitz) ; « Mon cerveau n’est plus qu’un morceau de viande rouge et saignant (…) J’aurais besoin qu’on me coupe la tête (…) » (Disparaître). Comme si d’un écrivain à l’autre s’établissait une soudaine continuité au-delà de la mort, de la disparition.

   Un certain pessimisme côtoie une recherche existentielle et une rébellion contre « le conformisme social ». Cette société contemporaine surchargée de signes, de communication et d’échanges via la technologie se révèle aussi vide que spécieuse. Les rôles des fonctionnaires, employés ou décideurs campent une situation socio-économique désastreuse, à la limite des mauvais traitements. Les parallélépipèdes de béton, perforés de galeries commerciales anodines, toutes semblables, le regroupement familial des immigrés dans les HLM, les emplois les plus bas et les moins rémunérés de manœuvres sans qualification, ont donné naissance au fondamentalisme, à la toxicomanie et au chômage comme perspective finale. La perte d’un logement s’ensuit du pire des statuts, celui de sans domicile fixe. Le long de cette déambulation désenchantée, le lecteur va suivre un itinéraire entrecoupé, en zigzag, à travers la vision personnelle et lucide du personnage du roman, au milieu de l’indifférence, voire de l’hostilité des résidents des cités, des passants et de la détresse des mendiants et des ivrognes. La parole d’Étienne Ruhaud guide, repère, critique, construit un morceau de littérature, une ode ténébreuse à la capitale et ses lacis, où encore une fois, et le somatique et le psychisme sont mis à rude épreuve.

   Dans Disparaître, nous sommes proches du microcosme de Raymond Carver et des destins accablés de William Kennedy, à travers la déterritorialisation des hobos. Par cette errance, É. Ruhaud désigne une trajectoire instable qui peut s’avérer commune à beaucoup d’entre nous, et se transformer en perte. L’auteur classifie scrupuleusement les noms de rues, de lieux, de bâtiments, de restaurants, de monuments, où rôde la menace inéluctable du hasard.

YASMINA MAHDI

Plasticienne.

thumbnail_meaux20-201620juin202018202

De gauche à droite: Yasmina Mahdi, Didier Ayres, Etienne Ruhaud, Hélène Mora, Pascal Mora, Claudine Sigler et une poétesse argentine, tous réunis au Café littéraire de Meaux (Seine-et-Marne)

( Notice La Cause Littéraire )

Yasmina Mahdi, née à Paris 16ème, de mère française et de père algérien.
DNSAP Beaux-Arts de Paris (atelier Férit Iscan/Boltanski). Master d’Etudes Féminines de Paris 8 (Esthétique et Cinéma) : sujet de thèse La représentation du féminin dans le cinéma de Duras, Marker, Varda et Eustache.
Co-directrice de la revue L’Hôte.
Diverses expositions en centres d’art, institutions et espaces privés.
Rédactrice d’articles critiques pour des revues en ligne.


ÉTIENNE RUHAUD

Il se présente :
Ecrivain, critique littéraire, blogueur.
Son blog : https://pagepaysage.wordpress.com/

Disparaître. Etienne Ruhaud. Préface de Dominique Noguez. Editions Unicité, 2013

lhote-e1546414566552

NB: Ci-dessous le site de la revue L’hôte, évoquée plus haut. Le prix est modique (5 euros), et le contenu fameux.

Revue « L’hôte ».

 

ÉVÉNEMENTIEL DE JUILLET 2018

Chers lecteurs,

  Bien peu de choses à annoncer, pour cette période estivale, dans la mesure où la plupart de mes contacts, amis, artistes et créateurs, partent en vacances. En juillet et en août, il n’y aura effectivement ni Cénacle du Cygne, ni Café-Poésie à Meaux. Peut-être ajouterai-je un addendum toutefois au cours du mois. Je joins quelques photos prises à la médiathèque Luxembourg, en compagnie de Pascal Mora (organisateur de la manifestation), de Claudine Sigler (qui anime notre rubrique « Itzpapalotl » notamment, de Didier Ayres et de Yasmina Mahdi, auteurs, plasticiens, qui ont fondé la revue L’Hôte.  En vous souhaitant naturellement à tous un très bel été!

thumbnail_Meaux-16juin2018(6)

Pascal Mora au Café-Poésie de Meaux, le 16 juin 2018 (médiathèque Luxembourg).

thumbnail_Meaux-16juin2018(2)

De droite à gauche, Yasmina Mahdi, Didier Ayres, Etienne Ruhaud, Madame Mora, Pascal Mora, Claudine Sigler et une dame argentine très sympathique, habituée de lieux. Café-poésie de Meaux, médiathèque Luxembourg, 16 juin 2018.

thumbnail_28juin-LaCantada-JuleHellwave

Julie Hellwave au Cénacle du Cygne, le 28 juin 2018 (photo de Claudine Sigler)

thumbnail_28juin-LaCantada-Claudine

Claudine Sigler au Cénacle du Cygne, le 28/06/2018 (photo d’Etienne Ruhaud)

thumbnail_28juin-LaCantada-Etienne(10)

Etienne Ruhaud au Cénacle du Cygne, le 28/06/2018.

thumbnail_28juin-LaCantada-Etienne(13)

Etienne Ruhaud au Cénacle du Cygne, le 28/06/2018 (photo de Claudine Sigler)

 

 

%d blogueurs aiment cette page :